Les Appalaches (partie 1)

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Temps approximatif de lecture : 11 minutes


J'ai entendu cette histoire dans un camp de vacances. Elle m’a été racontée par une jeune fille qui vivait dans une petite ville tranquille et qui a juré sur tout ce qu’elle avait de plus cher que c'était vrai... Je suis enclin à la croire.

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Pour Timmy Welsh, la vie était dure et cruelle. Il habitait dans une bourgade rurale au pied des Appalaches. Sa maison était une ruine faite de briques croulantes, de volets blancs pourris et de fenêtres brisées. Elle démontrait la qualité de son enfance. Ses parents eux, n'étaient pas bien différents de ce qu'offrait à voir leur demeure.

Abusifs et constamment en colère, les Welsh menaient une vie de constante déception. Le père avait un tempérament très vif, et la mère était connue pour être une misérable garce qui se plaignait constamment à son fils de sa santé déclinante et de sa jeunesse malheureuse. Des coups de ceinture, des brûlures de cigarettes, des menaces de le déshériter et pire encore empoisonnaient le quotidien de Timmy. Mais malgré tout, cet enfant gardait toujours sa bienveillance.

Considéré comme un accident, il ne connaissait pas d'autre vie que celle du foyer brisé dans lequel il vivait. Il travaillait constamment à cause des lacunes de ses parents, apprenant à réparer des choses dans la maison, à faire les courses, à couper du bois pour le chauffage et à s'assurer qu’ils ne sombrent pas dans la misère. C'est ainsi que Timmy avait appris l'autosuffisance et l'indépendance, à un âge extrêmement précoce.

Il vivait à la périphérie d'une ville qui ne comptait pas plus de trois cents habitants. Personne n'aidait le garçon et pourtant, il ne s’en plaignait jamais. Au contraire, il était fier de son travail, faisait abstraction des coups qu'il recevait et pensait que sous la brutalité de ses parents, il existait une forme d'amour.

Au fur et à mesure que les mois s'écoulaient, les ressources se faisaient aussi rares que la patience des parents Welsh. Pour le jeune Timmy de onze ans, cela signifiait que son travail devenait toujours plus ardu. Il accomplissait ses tâches du matin au soir, souvent dans des températures glaciales, vêtu de fripes. Mais alors que le froid arrivait, il trouva un moyen d'égayer ses journées.

Fort de son expérience dans la coupe du bois et dans les tâches de menuiserie courantes à la maison, Timmy s'était découvert un amour pour le travail du bois et la fabrication de choses en tout genre. De belles choses. Tout au long de la fin de l'été et de l'automne de cette année-là, il avait ramassé des morceaux de bois. Peu à peu, sa réserve s’était agrandie, et quand l'hiver vint, elle fut suffisante pour lui permettre de concrétiser son projet.

Le moment venu, il transporta avec un soin infini son trésor dans le sous-sol de la maison, où se trouvait un vieux poêle à bois. Ses parents ne s'y étaient jamais aventurés, par paresse ou simplement parce qu'ils étaient trop ivres, défoncés ou occupés à se disputer. Timmy était en sécurité là-bas.

Il cacha sa réserve de bois derrière une machine à laver rouillée, qu'il utiliserait comme prétexte afin de gagner du temps pour travailler sur son projet. Avec cette occupation, les jours d'hiver de Timmy devirent un peu plus supportables. Il souffrait toujours pour ses parents et risquait des engelures à chaque journée passée dans les étendues enneigées de sa petite ville, mais son petit projet restait d'actualité. Pour lui, c'était une petite étincelle de joie dans un monde morose.

Alors que le calendrier de novembre laissait place aux affres de décembre, le projet de Timmy se concrétisa, en une magnifique chaise à bascule qui prenait forme peu à peu. Il y avait mis tout son amour, l'avait poncée à la perfection, fait les mesures avec précision, percé des ouvertures pour les articulations. Elle était méticuleusement équilibrée, faisant sa fierté et sa joie.

Lorsque le mois de décembre arriva en hurlant sur la maisonnée des Welsh, Timmy avait enfin terminé. A partir de ce moment, il passa une grande partie de son temps, consacré d'ordinaire au travail, en se balançant sur sa création.

D'avaaaaaaaant en arrière... D'avaaaaaaaant en arrière...

Il se balançait souvent jusqu'à ce que sa mère et son père le réclament d'en haut avec leurs voix rauques. La paix de Timmy volait en éclats à chaque fois, mais il ne se plaignait pas. Il pourrait toujours revenir plus tard.

Parfois c'était une question d'heures, d'autres fois, c’était des jours qui passaient avant que Timmy ne pût revenir, mais il le faisait toujours. Et ses parents n'étaient jamais au courant.

D'avaaaaaaaant en arrière... D'avaaaaaaaant en arrière...

Décembre s’écoula lentement pour les Welsh, amenant avec lui à un néant blanc, froid et silencieux. À l'approche de la fin du mois, un jour ou deux après Noël, le temps commença à se dégrader. Un épais blizzard, que les informations de l'ancienne radio de la famille disaient être une tempête, avait fait rage dans le sud-est des États-Unis. Les régions montagneuses en avaient particulièrement souffert, l'isolement et les hautes altitudes aggravant les conditions de vie de nombreux habitants des Appalaches.

Pour les parents du garçon, cela signifiait de nouveaux maux de tête et des cris supplémentaires sur l'enfant. Pour Timmy, cette tempête menaçait à la fois sa santé mentale et sa vie. Quand elle arriva inéluctablement, une grande quantité de neige tomba sur la ville comme une grande bête blanche, étouffant les habitants dans une coquille immaculée plus épaisse et plus froide que tout ce qu'ils avaient jamais connu.

Timmy pouvait à peine s'aventurer à cent mètres de l'arbre où il récupérait le bois de chauffage pour sa famille. Ses pieds se transformaient en blocs de glace et sa respiration devenait difficile alors qu'il faisait de son mieux pour répondre aux demandes criardes de son père. Malgré tous ses efforts, cela ne semblait jamais être suffisant.

Il trouvait à peine le temps d'accomplir une tâche avant qu'une autre lui soit imposée. Et l'échec signifiait de cinglants coups de ceinture ou de cruelles menaces impliquant de le jeter définitivement dans le froid. Timmy prenait tout cela très au sérieux, et faisait de son mieux. Mais il avait toujours sa chaise à bascule.

En deux jours, le blizzard avait déversé un mètre de neige sur la ville. Au bout de quatre jours, Timmy commençait à craindre qu'ils ne fussent emmurés, tant le niveau avait monté. Il eut même du mal à ouvrir la porte de derrière, ayant peur qu'une avalanche ne s'abatte sur lui. Mais ses parents, ignorant tout du monde qui les entourait, lui demandaient de continuer sans s'en soucier.

Le cinquième jour, Timmy se retrouva chargé de récupérer du bois pour le chauffage. En rentrant, il fut blessé d'une entaille à la joue, car son père, insatisfait du temps qu'il avait mis, le frappa au visage avec la boucle de sa ceinture. Cela fit mal au garçonnet, mais il avait appris à ne pas se défendre.

Il rangea la première fournée de bois, et s'assit silencieusement dans sa chaise à bascule, à côté du poêle, juste le temps de se reposer. D'avaaaaaaaant en arrière... D'avaaaaaaaant en arrière...

Puis, ravalant sa douleur, sous les cris de ses parents qui s'insultaient, Timmy tenta de s'emmitoufler du mieux qu'il pouvait et remonta patauger dans l'étendue enneigée qu'il y avait tout autour de leur maisonnette. Sentant la neige s'infiltrer au travers de ses vêtements au bout de quelques secondes seulement, il la dégagea du mieux qu'il put, et continua d'avancer. A mesure qu'il progressait, il voyait se dessiner les vagues contours des arbres et des montagnes qui se trouvaient au-delà... Mais pas l'ombre d'un morceau de bois adéquat pour le chauffage.

Pendant des heures et des heures, Timmy en chercha. Il pensa tout d'abord que la neige avait enseveli la réserve qu'il avait constituée à l'extérieur, ou qu'elle avait peut-être été volée, mais il était bien plus probable qu'ils étaient tout simplement à court. Très vite, le blizzard effaça toute notion du temps pour Timmy. Bien qu'il se souvînt encore du moment où le jour s'était transformé en nuit, ses nombreuses tâches se mélangeaient entre elles, et il se surprenait par instants à se demander ce qu'il faisait là, dans cette étendue gelée.

Malgré tout, le jeune garçon chercha. Il regarda longtemps et difficilement, allant jusqu'à racler la glace des arbres voisins, même s'ils en étaient totalement recouverts. Soupirant, Timmy se retourna enfin vers sa maison, lassé... et il se figea.

De la fumée s'élevait de la cheminée. Le jeune garçon sentit une peur sans nom s'insinuer dans ses tripes. Pendant un bref instant, il pensa que son père avait peut-être acheté plus de bois, mais il savait qu'ils avaient autre chose. Timmy fit une embardée vers la maison.

Cela lui prit beaucoup plus de temps que ce qu'il avait imaginé, mais il finit par réussir à patauger dans la neige jusqu'à la porte arrière. Il courut jusqu'à la cave, ignorant le cri de sa mère sur son passage, et s'arrêta en dérapant devant le poêle.

Son père se retourna pour lui sourire, montrant des dents pourries et une barbe sale alors qu'il brisait une autre des lattes de la chaise à bascule sur son genou.

« Tu nous as caché quelque chose, hein ? Espèce d'égoïste, sale petit trouduc. Tu pensais nous trahir, et faire de nous des exclaves pour subvenir à tes besoins ? »

Il jeta le bois brisé dans le poêle, pendant que Timmy regardait fixement.

« Tu verras où ça te mènera. »

Le père fit glisser sa ceinture en disant à Timmy de se pencher. Le garçon lui obéit. Il regardait les flammes crépitantes tandis que la ceinture de l'homme fouettait ses jambes, son dos et ses fesses. Le garçon ne broncha presque pas, même lorsque la lanière lui coupa la peau.

Quand le père eut fini, il piétina les restes de la chaise à bascule et prit le menton de son fils dans l'une de ses mains grasses.

« Souviens-toi, espèce de petit bâtard, que sans la grâce de ta mère et moi, ton cul serait déjà dehors dans la neige, bon à se faire baiser par le Père Hiver. Souviens-toi de ça à partir de maintenant.

– Je m’en souviendrai, chuchota Timmy, je m’en souviendrai.

– Bien, dit le père en laissant son fils tomber sur le sol, nettoie toute cette merde. »

Timmy savait qu'il ne devait pas répondre. Il prit un balai et commença à ramasser le reste des morceaux pendant que son père montait à l'étage, maugréant dans sa barbe, maudissant sans doute sa mère quant à l'incompétence de leur fils.

Laissé seul, Timmy commença à ressentir du stress, désespéré par la situation qui s'installait. Comment pourrait-il passer une autre journée sans sa chaise à bascule ? Alors qu'il était en train de nettoyer, ses yeux se mirent à passer sur les outils avec lesquels il avait travaillé si durement. Une hachette, une perceuse, quelques marteaux, du grillage... De plus en plus de choses ressortaient du lot. Des choses qui l'avaient aidé à construire ce qui jusqu'à lors lui permettait de s'évader de ce monde minable.

Alors que Timmy finissait de nettoyer les derniers bouts de la chaise à bascule, il prit le grillage et la perceuse dans ses mains. Peut-être pourrait-il créer un autre moyen d'évasion ?

La nuit vint rapidement, et les conditions météorologiques qui allaient avec. Timmy se sentit reconnaissant lorsque ses parents partirent s'endormir plus tôt que d’habitude, lui donnant ainsi suffisamment de temps pour lui. Une fois qu'il fut certain que ses parents ronflaient vraiment, il rassembla ses outils et se mit au travail.

Vers trois heures du matin, son père entendit un bruit étrange qui le réveilla. Une sorte de grincement métallique mélangé à un bourdonnement grave. Lorsqu'il essaya de se frotter les yeux, il se rendit compte qu'il ne pouvait pas bouger. Ses bras étaient coincés sur les côtés, attachés par quelque chose de pointu et tranchant.

Ce doux bourdonnement imprégna de nouveau l'atmosphère, remplissant d'animosité cette chambre minable. Le père cligna des yeux en se crispant contre ses liens, jurant quand il sentait ce qui lui coupait les bras. Alors que ses yeux s'adaptaient à l'obscurité, il commençait à distinguer la silhouette de Timmy se tenant au pied du lit.

« Timmy ? Qu'est-ce que tu fous, fiston ? T'as envie d'une autre raclée ? » Le père cracha et jura, réveillant sa femme au passage.

La mère cligna rapidement des yeux alors qu'elle se réveillait. Ses cheveux blonds s’ébouriffant dans tous les sens, alors qu'elle regardait autour d'elle.

« Timmy, mon chéri, dit-elle dans un murmure rauque, ne force pas ton père à te fouetter encore une fois. »

Timmy alluma les lumières. Il semblait pâle, éclairé ainsi par la lampe, la perceuse dans une main et le rouleau de grillage dans l'autre. Le père continuait à jurer, et la mère de tenter de raisonner leur fils, alors que ce dernier avançait sur le côté du lit pour rejoindre sa génitrice.

« Je pense que vous n'avez plus besoin de vous inquiéter pour moi, » déclara-t-il d'un ton placide.

Sa mère le regarda, montrant une rangée de dents brunes et noires en lui souriant.

« Oh, chéri, dit-elle d'une voix douce et maladive, je m'inquiéterai toujours pour toi. Nous subvenons à tes besoins. Nous t'aimons. »

De l'autre côté du lit, le père continuait de maudire son fils et essayait de se libérer, mais à chaque fois, le grillage s'enfonçait un peu plus dans ses bras, créant des lacérations superficielles sur son corps.

« Petit baiseur de porc ! Laisse-moi sortir maintenant ou je jure à la nouvelle lune que je t'arracherai la peau avec ma ceinture !

– Écoute ton père, répondit sa mère, sois un bon garçon. Un garçon obéissant. »

Timmy secoua la tête et souleva la perceuse.

« Au revoir, mère. »

Il plongea la perceuse dans les yeux de la femme blonde, remplissant la pièce de cris et du bruit strident de l'outil.

La mère tenta de résister en s’appuyant sur le grillage alors que sa vision devenait rouge, et que la perceuse rentrait plus profondément dans son crâne. Timmy plongea calmement l'outil jusqu'à arriver au bout de la mèche, ignorant le sang et les hurlements de son père qui lui crachait mille insultes. Au milieu du blizzard, il n'y avait personne d'autre qu'eux.

Le bruit de la perceuse continua de remplir la pièce. Bzzzzzzzzt. Bzzzzzzzt. Au bout d'une minute, la mère arrêta de bouger. Elle n'était plus qu'un corps taché de sang allongé sur le lit, fixant le plafond de ses orbites ruinées.

Timmy fit le tour du lit pour rejoindre l'autre côté. Son père le regardait fixement, l'écume à la bouche, tapant assez fort contre le grillage pour former des filets de sang de chaque côté de ses poignets.

« Petit bâtard… fit-il en s'étouffant.

– C’est approprié, répondit Timmy en plongeant la perceuse dans l'œil de son père, étant donné que tu n'as jamais été là. »

Le père s'affaissa tout comme la mère, sa vision se remplissant de spirales de lumières noires et rouges, avant que l'obscurité ne le submerge, quand que la perceuse atteint son cerveau. Bzzzzzzzt. Bzzzzzzzzt.

Enfin, le corps du géniteur de Timmy se détendit.

Le garçon se recula et essuya le sang sur son visage. Il était enfin libre.

Vu les conditions météorologiques et l'isolement de la maison de la famille Welsh, personne ne vint avant quatre jours. A l'issue de ceux-ci, un conducteur de chasse-neige chargé de déblayer les routes, faisant sa ronde dans la région, passa dans la zone. Il avait reçu l'ordre de frapper à chaque porte et d'offrir son aide à quiconque en avait besoin.

Arrivant devant la demeure des Welsh, le conducteur alla frapper à la porte en fredonnant une chanson. Mais il eut beau attendre plusieurs minutes, personne ne lui répondit. Il poussa donc la porte, constatant qu'elle était ouverte, et entra dans la maison. Il fut immédiatement submergé par une odeur de viande pourrie.

« Il y a quelqu'un ? » a-t-il grogné.

Pas de réponse. Bien sûr. Il soupira, enfouit son nez sous sa chemise et s'avança davantage.

L'odeur ne fit que s'intensifier à mesure qu'il s'enfonçait dans la maison. Ses pas résonnaient à travers les lieux, et alors qu'il s'aventurait dans un couloir pour rejoindre la porte qu'il y avait au bout, le fumet se fit plus intense que jamais. Intrigué, il entrouvrit la porte et se figea pendant un instant. Puis, il sortit de la maison.

Lorsqu'il atteignit son chasse-neige, il s'arrêta pour vomir avant de s'enfermer dans sa cabine. Il appela les services d'urgence avec sa radio en scrutant nerveusement les environs, les yeux écarquillés. Se faisant, il jura apercevoir une silhouette à quelques centaines de mètres, vers les arbres. Mais dès qu'il lui accorda un second regard, elle avait disparu.

Ce qu'il avait vu en entrant dans cette chambre resterait à jamais gravé dans sa tête. Un couple, aux corps complètement déchiquetés, avec du grillage de basse-cour enfoncé dans la peau, creusant des sillons à travers leurs cadavres en lambeaux. Leurs yeux n'étaient plus que des cratères brunâtres, leurs bouches étaient grandes ouvertes, comme si elles criaient encore et pour une raison quelconque, il y avait à côté du lit une chaise à bascule... faite d'os et de muscles.

Il n'avait pas couru à cause des corps, bien que ceux-ci fussent immondes. Il avait beaucoup chassé dans la région. Les cadavres ne l'avaient pas effrayé.

Non, c'était cette chaise à bascule. Cette satanée chose qui était en mouvement.

D’avaaaaaaaant en arrière… D’avaaaaaaaant en arrière…

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La jeune fille du camp nous a ensuite raconté que la police avait bien sûr mené une enquête. Un double homicide et la disparition d'un enfant dans un minuscule quartier résidentiel isolé ne pouvaient pas être pris à la légère. Cependant, l'enquête s'était avérée infructueuse, à cause de la stupéfiante superficie des Appalaches.

"L'incident" était lentement tombé dans l'obscurité. C'était un récit qu'il fallait raconter à la lueur d'un feu de camp, comme cette fille l'avait fait avec nous. De temps en temps, il est rapporté qu'un jeune garçon errant sur les sentiers des Appalaches est aperçu, armé d'une perceuse. Pire encore, on raconte que des randonneurs seraient tombés sur une chaise à bascule dans une clairière. Comme toujours, elle se balançait d’avaaaaaaaant en arrière… D’avaaaaaaaant en arrière…

Ce texte a initialement été réalisé par Hdalby33 sur Creepypasta.com, et constitue sa propriété. Toute réutilisation, à des fins commerciales ou non, est proscrite sans son accord. Vous pouvez tenter de le contacter via le lien de sa création. L'équipe du Nécronomorial remercie également Ramiso qui a assuré sa traduction de l'anglais vers le français à partir de l'originale, Rostone Hermann, Adiboy et Kitsune, qui ont participé au processus d'analyse et de sélection conformément à la ligne éditoriale, et Kintefleush et Noname qui se sont chargés de la correction et la mise en forme.

Le grand homme de Briarbell




Temps approximatif de lecture : 5 minutes


Nous aimions tous M. Winscot. Il ne se mettait pas en colère quand nous utilisions la piste de luge de sa propriété et il distribuait toujours les meilleurs bonbons d'Halloween du quartier. Alors lorsque nous avons appris qu'il avait été attrapé par le Grand Homme, ça a fait un choc pour tout le monde.

Vous ne devez pas le connaître, alors laissez-moi vous parler de lui. Le Grand Homme est une légende connue dans ma ville depuis des décennies. Ceux qui prétendent l'avoir vu disent qu'il mesure plus de deux mètres de haut et qu'il est mince et pâle avec un sourire extrêmement aimable. Mon père m'a dit que c’est un collectionneur, qu'il aime les "choses". Il dit que ce qu’il préfère, ce sont les gens tristes, les immeubles vides et les rêves. Je dois admettre qu'il m'a volé mes songes plus d'une fois.

Un dimanche, M. Winscot n’est pas venu à l’église, mais personne n'a trouvé ça bizarre. Puis quand le lundi est arrivé et qu'il n'était pas au travail avec mon père, les gens ont commencé à parler entre eux. Mes parents ont trouvé ça étrange, mais pas particulièrement inquiétant. Mais ensuite, les rumeurs disant que le Grand Homme l'avait attrapé ont commencé à courir les rues. Un enfant de ma classe a même dit qu'il avait vu celui-ci dans la maison de M. Winscot à travers une fenêtre. J'ai répété à mes parents les paroles de Jake, mais ils ont juste ris.

Tyler et moi passions à vélo devant chez M. Winscot tous les jours après l'école pour nous rendre chez notre ami Rory. Nous ne nous sommes jamais arrêtés devant chez lui pour voir le Grand Homme à travers les vitres comme Jake l'avait fait. Nous n'avons même jamais ralenti en approchant de la demeure.

Mais un jour, nous sommes restés jouer trop tard chez Rory. Et comme nous ne voulions pas rentrer à vélo dans le noir, nous avons appelé nos parents et demandé à rester dormir chez lui. Tyler a eu l'autorisation pour rester, pas moi.

J'ai essayé de ne pas regarder vers la maison de M. Winscot lorsque je suis repassé devant. J'ai failli y arriver, mais ma curiosité m'a poussé à jeter un coup d'œil en regardant derrière moi. Les lumières étaient toutes allumées et mes yeux ont immédiatement été attirés par le visage près de la fenêtre. J'ai vu le Grand Homme, il me regardait. Je me suis étouffé en paniquant et mon pied a manqué la pédale alors que j'essayais de gagner en vitesse. J'ai perdu l’équilibre l’espace d’une seconde, mes yeux ne pouvaient quitter le visage, puis j’ai pédalé aussi vite que possible pour rentrer chez moi.

Le lendemain matin à l'école, j'ai parlé du Grand Homme à Rory et Tyler. Ils ne m'ont pas cru, et bien sûr, ils ne croyaient pas Jake non plus. Je savais que je devais leur montrer, sinon ils auraient pensé que j'étais un menteur.

Nous avons attendu le soir et nous sommes ensuite allés à vélo en direction du cul-de-sac de M. Winscot. Le Grand Homme était là, comme je l'avais dit, et nous observait depuis la fenêtre au-dessus de la porte d'entrée. Cette dernière était si grande que j'en ai conclu qu’il devait faire au moins trois mètres de haut pour pouvoir regarder par la lucarne. Il souriait, mais son expression trahissait un certain mécontentement. Soudainement, Tyler est tombé de son vélo.

« Putain de merde ! Courez ! » Et nous avons couru.

Dès que nous sommes sortis des limites du terrain, nous avons tous commencé à parler dans une panique totale.

« J'arrive pas à croire qu'on ait vu le Grand Homme !

– Vous avez vu sa tête ? !

– Il faut prévenir la police ! »

Nous y sommes retournés le lendemain matin avec d'autres amis, mais le Grand Homme n'était plus là. Alors nous avons fait la même chose le lendemain, mais une fois de plus, nous n'avons vu personne derrière cette fenêtre. Nous avons commencé à nous demander s’il ne sortait pas que le soir. Et quelques nuits plus tard, alors que nous étions assis dans la cave de Rory en attendant qu'une pizza arrive, nous avons décidé de sortir en douce pour voir si notre théorie était vraie.

Nous avons tranquillement fait rouler nos vélos dans l'allée afin de gagner la rue et sommes partis rejoindre la maison de M. Winscot, déchirés entre l'espoir que le Grand Homme soit là et priant pour qu'il n'y soit pas.

Nous l'avons vu dès que nous nous sommes approchés. Il était toujours là, après tout. Et cette fois, il fronçait carrément les sourcils.

« Il est furieux, m'a soufflé Rory, il veut que nous restions éloignés.

– Je ne comprends pas pourquoi il ne sort que la nuit, a répondu Tyler pendant qu'il prenait une photo.

– Ne fais pas ça ! ai-je chuchoté, arrête de prendre des photos, tu vas l'énerver encore plus.

– Peut-être qu'il nous regarde la journée aussi, a dit Rory en haussant les épaules, peut-être qu'on ne peut le voir que la nuit parce que c'est là que les lumières du porche s'allument et brillent contre la fenêtre. »

C'était une pensée effrayante. Mais nous avons décidé de tester la théorie de Rory le samedi suivant, enhardis par l'hypothèse que le Grand Homme ne pouvait que nous regarder et ne jamais sortir.

Dès que le soleil s'est levé ce matin-là, nous sommes allés chez M. Winscot avec nos vélos. Nous devions nous rapprocher jusqu'à l’entrée de son allée, mais Tyler a juré avoir vu le Grand Homme toujours debout à la fenêtre.

J'ai placé mes mains en forme de jumelles en regardant vers la fenêtre et j'ai plissé les yeux pendant quelques minutes avant que Tyler ne dise soudainement « Partons ! » et saute sur son vélo avant de s’en aller en pédalant. Nous l'avons rattrapé quelques rues plus loin.

« Mais qu'est-ce qui t’a pris ? me suis-je écrié.

– Le Grand Homme... il était là, mais il avait l'air différent cette fois.

– Comment ça ? a demandé Rory.

– Je ne sais pas, il avait l'air en colère ou… quelque chose clochait chez lui, en quelque sorte. »

Il nous a fallu des jours pour convaincre Tyler de retourner voir la maison de M. Winscot et même après avoir accepté, il a insisté pour emmener son grand frère Matt avec nous. Matt n'était pas du tout impressionné par nos histoires. Il ne nous croyait même pas, mais il est quand même venu pour faire plaisir à Tyler.

Dès que nous nous sommes suffisamment approchés pour voir le Grand Homme par la lucarne, Matt est descendu de son vélo. Il l’a regardé fixement en plissant les yeux pendant un moment. Enfin, il s'est approché, plus près que nous n'avions jamais osé le faire. Nous l'avons suivi nerveusement en restant bien derrière lui.

Matt a remonté l'allée, puis a descendu le chemin de pierre jusqu'au porche. Nous n'avons pas osé le suivre aussi loin. Puis, Matt a monté les escaliers pour arriver jusqu’à la porte.

« Putain de merde ! » avons-nous entendu, suivi de toujours plus de jurons. Matt est soudainement parti en trombe de la maison pour dévaler le chemin, l'allée, et nous retrouver dans la rue où nous attendions.

« Que se passe-t-il ? lui a demandé Tyler.

– Il n'y a pas de Grand Homme ! a-t-il dit, à bout de souffle, il faut appeler les flics. Tout de suite. »

Et il avait raison, ce n'était pas le Grand Homme. Nous sommes restés assez longtemps pour voir la police défoncer la porte et découvrir le corps en décomposition de M. Winscot accroché au plafond où il s'était pendu. Il s'était décomposé comme s'il avait fondu depuis chaque jour où nous l'avions regardé depuis la route. Le pauvre bougre n'avait écrit aucune note et n'avait pas fait d'adieux, ne laissant derrière lui que le triste souvenir d'un homme d'âge moyen, divorcé, souffrant d'une profonde dépression bien cachée.

Il a fallu des semaines avant que les habitants de la ville ne se désintéressent de ce tragique suicide et des mois avant que les autres enfants ne cessent de nous demander de décrire le cadavre dans les moindres détails. Finalement, même Tyler et Rory ont cessé d'en parler. Tout le monde était passé à autre chose. Tout le monde, sauf moi.

Vous voyez, il y a un détail qui m'a toujours dérangé, une chose que je n'ai jamais dite à Tyler et Rory. Il s’agit de la première fois que j'ai vu "le Grand Homme", une fois où j'étais seul. Le fait est que la veille de sa disparition, j'étais passé devant chez M. Winscot. On pouvait le voir assis, seul dans sa cuisine en train de dîner. Mais il y avait aussi autre chose. À la fenêtre du deuxième étage, cet homme incroyablement grand et pâle qui me regardait fixement.

Il avait poliment affiché un large sourire.

Ce texte a initialement été réalisé par Rebecca Klingel sur Creepypasta.com, et constitue sa propriété. Toute réutilisation, à des fins commerciales ou non, est proscrite sans son accord. Vous pouvez tenter de le contacter via le lien de sa création. L'équipe du Nécronomorial remercie également Miss Cobra qui a assuré sa traduction de l'anglais vers le français à partir de l'originale, Sawsad, Daniel Torrance et Adiboy qui ont participé au processus d'analyse et de sélection conformément à la ligne éditoriale, et Kintefleush et Noname qui se sont chargés de la correction et la mise en forme.

Le père Cooke, chapitre 3 : Je voudrais tenir ta main


Temps approximatif de lecture : 7 minutes


Là, le Magister Alexander s'est moqué de moi : 

« Ça ne cessera jamais de m’amuser. » 

Il a ramassé les pages trouvées sur Internet que j'avais imprimées et a commencé à les parcourir en secouant la tête. 

« Si j'avais un dollar pour chaque sort d'invocation qui tourne au désastre, je pourrais prendre ma retraite immédiatement.

– Ce n'est pas drôle ! lui ai-je crié, vous devez m'aider !

– Je ne peux pas vous aider, et même si je le pouvais, je ne le ferais probablement pas. C'est au Père Cooke de décider s'il veut vous aider ou non. » 

Il a utilisé les feuilles pour désigner le prêtre assis sur le tabouret juste en face de moi. 

« Par contre, je peux vous donner un conseil. La prochaine fois que vous voudrez tenter d'invoquer un lutin, ne cherchez pas le rituel sur internet. » 

Il a jeté les pages sur la table devant moi.

« J'ai compris la leçon... Maintenant vous allez m'aider ou non ? C'est vraiment douloureux. » 

Je pleurnichais devant le Père Cooke en pointant du doigt de ma main droite mon bras gauche qui était tenu par deux grands étaux en métal. L'un d'eux tenait mon poignet tandis que l'autre était serré juste en-dessous de mon coude. C'était la seule solution que j'avais trouvée pour éviter que ma main ne cause plus de problèmes. C'est pour cela que nous étions réunis autour d'un établi dans l'atelier d'usinage de mon père.

Ma main gauche a répondu à mes supplications en me tendant le majeur.

« Je suis d’accord avec le gaucher, a souri le Magister Alexander.

– Je peux vous aider, a affirmé le Père Cooke, mais quelle garantie avons-nous que vous ne ferez plus jamais une chose aussi stupide ? Vous pourriez ne pas avoir autant de chance la prochaine fois. 

– Faites-moi confiance, ai-je dit en essayant d'être aussi convaincant que possible malgré les circonstances, j'ai compris la leçon. S'il vous plaît, enlevez-le de mon bras. »

Le Père Cooke m'a regardé pendant plusieurs secondes avant de prendre une décision : 

« Puisque nous sommes déjà là, autant vous aider, a-t-il soupiré avant d’ouvrir la grande sacoche en cuir posée sur la table devant lui, j'espère que vous avez suffisamment souffert pour réellement comprendre votre leçon.

– Je doute qu'il ait souffert autant que le pauvre chien du voisin, a souligné le Magister Alexander.

– Ce n'était pas de ma faute ! » 

Le Magister agissait comme si j'avais vraiment tué ce chien.

« C'était la main ! Je me suis juste penché pour le caresser comme je l'ai toujours fait et… » 

Penser à ce qui était arrivé au chien m'a donné mal au ventre. J'ai baissé la tête de honte et, en jetant un coup d'œil vers le bas, j'ai remarqué le sang et les marques des viscères qui tachaient encore mon pantalon.

« Vous l'avez invoqué, donc vous êtes responsable. » 

Le Magister a replié ses bras contre sa poitrine et m’a regardé, le visage plein de mépris. En entendant son commentaire, ma main gauche a levé le pouce.

« Si vous n'aidez pas, taisez-vous. » 

Le Père Cooke réprimandait son partenaire tout en retirant trois objets de sa sacoche : une fiole remplie d'un liquide clair, une petite bible et une simple croix en bois.

Une fois les objets disposés sur la table, les doigts de ma main gauche ont commencé à gesticuler frénétiquement. J'ai à ce moment deviné qu'il s'agissait d’une sorte de langage des signes.

« Le gaucher a raison, a déclaré le Magister Alexander après avoir interprété ce que ma main avait épelé.

– Qu'est-ce qu'il a dit ? ai-je demandé.

– Il prétend qu'il est la vraie victime dans l'histoire et qu'il ne devrait pas être puni pour votre stupidité. » 

Il s'est tourné vers le Père Cooke. 

« Le gaucher veut plaider sa cause. Je ne vois pas pourquoi on ne le laisserait pas faire.

– Vous vous moquez de moi !? » 

Je ne pouvais pas croire qu'ils allaient perdre du temps à écouter ce truc. 

« C'est juste ma main !

– C'est vrai, mais il prétend détenir des informations qui pourraient nous faire changer d'avis sur la façon dont nous devrions traiter votre situation, a rétorqué le Magister Alexander.

– C'est une main, que pourrait-elle savoir ? » 

J'ai frissonné à l'idée que mon sort pourrait être décidé par ce que ma main gauche allait dire.

« Vous n'êtes pas en danger immédiat, et votre problème est entièrement causé par votre faute. Je suis d'accord avec Alexander. J'aimerais entendre ce qu'il a à dire, » a dit le Père Cooke.

Ma main gauche a formé un poing et a essayé de le diriger en l'air pour signifier sa victoire, mais l'étau l'a empêché de monter bien haut.

« Va te faire foutre ! » ai-je lancé en regardant ma main. Elle m’a répondu en levant lentement son majeur, puis elle a commencé à épeler des choses en langage des signes au Magister.

« Un instant s'il vous plaît. » 

Le Magister Alexander a levé un doigt le temps de sortir un carnet et un stylo. 

« Ok, vous pouvez continuer. »

Nous sommes restés assis en silence pendant une quinzaine de minutes alors que le Magister Alexander transcrivait tout ce qui était dit par ma main. Lorsqu’elle eut terminé, elle a serré le poing, sauf le petit doigt, qui lui, était complètement étiré.

Le Magister Alexander a alors fait le même geste avec sa main en serrant son petit doigt autour de celui de ma main gauche. 

« Nous faisons une promesse, » a-t-il expliqué en remarquant que les sourcils du Père Cooke s’étaient levés.

« Voyons voir... a-t-il dit en lisant ses notes, intéressant. »

Il a ensuite remis le carnet au Père Cooke. 

« Très intéressant, même… a acquiescé le prêtre après avoir lu.

– Quoi ? ai-je commencé à crier, qu'est-ce que ça dit !?

– Donnez-nous un moment. » 

Le Magister Alexander s’est levé en indiquant au Père Cooke qu'ils devaient s'éloigner et parler en privé.

Ils ont parlé à voix basse pendant plusieurs minutes. À un moment donné, j'ai cru entendre le Père Cooke dire : « C'est un peu dur, vous ne trouvez pas ? »

Ça m'a rendu très nerveux. De grosses gouttes de sueur ont commencé à apparaître sur mon front alors que j'attendais qu'ils finissent de délibérer.

Les deux hommes ont fini par revenir, mais aucun d'eux ne s'est assis. Le Magister Alexander se tenait debout, les mains croisées derrière le dos, un sourire en coin sur le visage.

« Alors ? ai-je finalement demandé.

– Nous avons trouvé ce que nous pensons être la meilleure solution, compte tenu des nouvelles informations que... votre main nous a communiquées. Nous allons, bien entendu, vous donner une chance de vous expliquer, m'a dit le Père Cooke.

– D'accord... » 

Je commençais à me sentir un peu soulagé. 

« Qu'est-ce que ça vous a dit ?

– Ces derniers temps, nous constatons une augmentation du nombre de rituels partagés dans les recoins d'internet. Nous avons été appelés à traiter des cas délicats qui y sont liés, y compris votre situation actuelle.

– Quel est le rapport avec moi ? » 

Je ne savais pas comment la chose dans ma main aurait pu savoir ce que j'avais fait, mais je n'avais pas l'intention de l'admettre. Après tout, c'était ma parole contre la sienne. 

« Je suis une victime, comme tous les autres !

– Vous êtes victime de votre propre stupidité. Elle allait bien finir par vous rattraper un jour, m'a grogné le Magister, pensiez-vous vraiment que nous ne le saurions pas ?

– Je ne sais pas de quoi vous parlez.

– Cessez de feindre l'ignorance. » 

Le Père Cooke a levé la main pour me faire taire. 

« Notre ami nous a raconté tout ce que vous avez fait.

– Comment pourrait-il savoir quoi que ce soit ? C'est une main ! ai-je répondu.

– C'est une main possédée, m’a corrigé le Magister Alexander, et en tant que telle, elle a accès à vos pensées et à vos souvenirs. Elle est simplement coincée, incapable de se déplacer ailleurs dans votre corps.

– Mais… » 

J'aurais aimé trouver les mots pour leur expliquer, mais je n'ai rien trouvé à dire qui pourrait les faire changer d'avis. 

« C'est vrai, je l'ai fait... ai-je admis, j'ai voulu les utiliser pour les échanger contre le sort d'invocation. Je ne savais pas qu'ils seraient mis en ligne et que tout le monde pourrait les voir… »

« … Maintenant, est-ce que vous pouvez m'aider, s'il vous plaît ? ai-je supplié.

– Nous allons le faire, a dit le Père Cooke en ramassant ses affaires et en les rangeant dans sa sacoche, mais vous n'allez pas aimer la solution que nous avons trouvée. »

Ça me semblait de mauvais augure. 

« Vous n'allez pas pratiquer un exorcisme sur ma main ? ai-je demandé au Père Cooke.

– Non, pas moi, a-t-il répondu, c'est le Magister Alexander qui le fera.

« Je croyais qu'il ne pouvait pas exorciser les démons ? » 

J'étais confus. D'autant plus que je voyais le Père Cooke placer sur la table une seringue, un rouleau de gaze et quelques autres instruments médicaux que je ne reconnaissais d'ici.

« Effectivement, je ne peux pas, m'a répondu le Magister, nous avons décidé que la meilleure façon de vous aider est de faire en sorte que quelque chose comme cela ne se reproduise plus jamais en limitant votre capacité à pratiquer les arts. » 

Il a ensuite révélé la grande scie à main qu'il tenait derrière son dos. 

« C'est pourquoi je m'apprête à exorciser cette main de votre poignet. »

En entendant cela, ma main gauche a levé son pouce, enthousiaste.


Ce texte a initialement été réalisé par Ken Lewis sur Creepypasta.com, et constitue sa propriété. Toute réutilisation, à des fins commerciales ou non, est proscrite sans son accord. Vous pouvez tenter de le contacter via le lien de sa création. L'équipe du Nécronomorial remercie également Naveen qui a assuré sa traduction de l'anglais vers le français à partir de l'originale, Jared Gauss et AngeNoire qui ont participé au processus d'analyse et de sélection conformément à la ligne éditoriale, et Kintefleush et Antinotice qui se sont chargés de la correction et la mise en forme.

Apocalypse, chapitre 13 : L'Apocalypse

  


Chapitres précédents :

Chapitre 1 : Prologue
Chapitre 2 : Gourmandise
Chapitre 3 : Envie
Chapitre 4 : Avarice
Chapitre 5 : Orgueil
Chapitre 6 : Colère
Chapitre 7 : Luxure
Chapitre 8 : Paresse
- Chapitre 9 : Famine
- Chapitre 10 : Guerre
- Chapitre 11 : Mort
- Chapitre 12 : Conquête


"[...] Quand la Famine, la Guerre, La Mort et la Conquête furent réunies, les clairons de l'Apocalypse sonnèrent, et ce fut le début de la fin de l'Homme. L'éternel est bon et miséricordieux, mais il donna le libre-arbitre à sa création pour la laisser seule maîtresse de son destin. Et, ce jour-là, ce dernier fut bien funeste..."  

Troisième testament : l'Apocalypse de la Terre selon Noah, 6:2 


Au sommet du Mont Sinaï, là où jadis Moïse avait reçu les Dix Commandements, se trouvaient quatre cavaliers. D'un œil scrutateur, ils contemplaient le désert dans lequel, quarante ans durant, avait erré le peuple juif, cherchant la Terre promise. Mais cette terre, elle n'était plus celle des Hommes, et le temps était maintenant venu pour les quatre sinistres émissaires d'achever leur mission. Il était temps pour eux de déclencher l'Apocalypse, celle qui mettrait fin au monde de souffrance qu'ils avaient décidé d'anéantir.

Le premier à s'avancer a été Soma Kabanita, le Cavalier apportant la Famine. Il est descendu non sans mal de son cheval noir, du fait de son corps chétif et meurtri par la faim, sa malédiction, et s'est approché du bord de la falaise. Il a alors tendu un bras vers les cieux, révélant à ceux-ci le tatouage qu'il avait reçu lors de son avènement en tant que Cavalier, représentant une balance.

Aussitôt, une lumière éblouissante a jailli de celui-ci, aveuglant les autres Cavaliers présents. Lorsqu'elle s'est atténuée, la marque avait disparu, laissant place à une véritable balance de bronze, que Soma tenait de la main gauche.

Il a levé l'objet au ciel, et avec conviction, a crié d'une voix forte :

"Je suis Soma Kabanita, né parmi les hommes, et élevé au-dessus d'eux. Aujourd'hui, par le pouvoir qui m'a été accordé, je déclare l'ère des Hommes révolue. Jamais plus vous ne mangerez le pain et le vin. Que la famine... soit."

À ces mots qui marquaient le début de la fin, la balance s'est mise à briller intensément, puis, comme la lumière de la vie consumée en un instant par les ténèbres d'une humanité décadente, elle est partie en fumée.

*** 

"[...] Les Hommes découvrirent avec horreur, que toutes les mers et tous les océans du monde s'étaient teintés de rouge. Et ce n'était pas tout, car toute l'eau du monde, qu'elle soit contenue dans une bouteille, ou bien coulant d'un robinet, avait elle aussi subi cette transformation.  

Il fallut se rendre à l'évidence : toute l'eau présente sur Terre s'était changée en sang, privant l'être humain de sa ressource la plus primordiale. Il n'y avait plus aucune échappatoire.  

[...] D'immenses nuées de sauterelles envahirent le monde, éclipsant parfois le soleil. Elles dévorèrent les fruits des arbres et les plantations des champs. Rien n'avait résisté à leur appétit féroce. 

L'éleveur, se levant pour aller accomplir ses tâches matinales, fut surpris de ne pas entendre son troupeau, habituellement si bruyant. Il trouva toutes ses bêtes allongées sur le sol, la langue pendante.  

Et il ne fut pas le seul à déplorer ces pertes : tout le bétail, partout dans le monde, était mort durant la nuit [...]"


Troisième testament : L'Apocalypse de la Terre selon Noah, 8:8-9, 9:7, 10:2-3 

*** 

Le second cavalier à s'avancer a été Marion, l'incarnation de la Guerre. Elle a sauté de son cheval avec une grâce féline, et s'est postée à côté de Soma, qu'elle a pris par l'épaule pour le tirer en arrière, celui-ci ayant accompli sa tâche. C'était maintenant à son tour de montrer au monde sa puissance destructrice. Celle de la violence, du sang, une puissance que les Hommes pensaient acquise, mais qui s'était ironiquement retournée contre eux, maintenant que le moment était venu pour eux de payer. 

La jeune femme s'est à son tour rapprochée du bord, et a imité le premier cavalier, levant son bras au ciel. A l'instar de Soma, une funeste lumière a irradié de son tatouage, miroitante comme le soleil de midi. Une fois celle-ci dissipée, et l'épée de la Guerre tenue fièrement entre ses mains, Marion a souri.

Elle a donné quelques coups dans le vent pour s'imprégner une dernière fois de cette sensation, puis a planté l'arme au sol, a écarté les bras face au vide, et a crié aux cieux :

"Mon nom est Marion Sultani, née parmi les hommes et élevée au-dessus d'eux. Aujourd'hui et pour l'éternité, la paix a disparu de la surface de la Terre. Qu'importe que vous ayez vécu par l'épée ou non, vous périrez par l'épée. Que la guerre... soit."

Sur ces paroles, cruelle vérité qui était celle des Hommes et de ce qu'ils avaient fait de leur terre, l'épée s'est mise à émettre un éclat annonciateur de désastre, comme un cor informant de l'arrivée prochaine d'une armée ennemie. A son tour, l'arme est partie en fumée. 

***

"[...] À travers le monde, de sanglants affrontements eurent lieu. Qu'ils soient de la même famille, voisins, ou bien des inconnus, l'animosité de chaque être vivant atteignit son paroxysme en quelques jours, si bien que partout où on allait, il y avait une odeur de sang dans l'air [...] 

[...] Elles étaient sorties de nulle part. En pleine ville, ou dans un village reculé, le résultat était le même : La terre des hommes fut envahie par les bêtes sauvages, qui les dévoraient et les déchiquetaient [...] 

[...] Tombées du ciel par milliers, les grenouilles recouvraient les toits des maisons et inondaient les rues [...]" 

Troisième testament : l'Apocalypse de la Terre selon Noah, 12:2, 12:8, 13:2 

*** 

Le troisième cavalier à s'avancer a été Damian, celui qui apportait la Mort. Sourire en coin et cigare à la bouche, il a calmement attendu que Marion finisse sa démonstration, et revienne aux côtés de ses pairs, pour accéder lui aussi au rebord de la falaise. Offrant pour la troisième fois au vide le geste qui avait permis l'avènement des deux premiers Fléaux, il a levé un bras vers le ciel en souriant, comme pour narguer ce Créateur qui avait laissé la déréliction frapper ses enfants sans réagir, et les mener à la mort. Après une nouvelle explosion lumineuse qui a fait étinceler le sommet de la montagne dans le lointain, le tatouage du Cavalier s'est matérialisé dans sa main gauche. Tenant fermement le crâne humain qui semblait hurler mille blasphèmes à l'intention de la voûte céleste, Damian l'a levé au-dessus de lui, comme pour l'exhiber au monde entier. Comme pour lui montrer que la valse finale avec la Faucheuse, celle qui attendait chaque pécheur depuis que Caïn avait jeté la première pierre, prenait place maintenant, au sommet d'un monde en pleine déchéance. D'une voix calme, l'homme a pris la parole :

"Je me nomme Damian Müller. Né parmi les hommes, mort par leurs mains, et revenu à la vie pour les voir mourir des miennes. Aujourd'hui, les portes de l'Enfer vont s'ouvrir et le désespoir va s'abattre sur le monde des Hommes. Que la mort... soit."

Le Cavalier a alors écrasé le crâne dans sa main, comme autant d'âmes brisées par la damnation éternelle qui les attendait. Les débris de l'objet sont ainsi partis en fumée, laquelle s'est dispersée dans l'air à la manière des derniers espoirs de salut d'une Humanité au destin d'ores et déjà scellé.

*** 

"[...] Les morts revinrent à la vie partout dans le monde, s'extirpant de la terre ou ouvrant leurs tombeaux.  

La puanteur de la mort s'était installée dans chaque ville du monde, et quiconque avait le malheur de croiser une de ces monstruosités subissait leur colère, rejoignant ensuite leurs rangs, qui compta chaque jour de plus en plus de soldats immortels et infatigables. 

Les moustiques devinrent de plus en plus gros et menaçants, suçant le sang des Hommes sans relâche. En lieu et place des boutons que laissaient habituellement leurs piqûres, les malheureuses victimes virent apparaître des furoncles douloureux et sanglants, les menant souvent vers le trépas [...] 

[...] Malgré toutes les calamités qui s'abattirent sur les Hommes, il en fut une plus terrible que les autres : Tous les premiers-nés de chaque famille moururent en même temps, frappés par un mal invisible et mystérieux [....]" 


Troisième testament : l'Apocalypse de la Terre selon Noah, 15:3-4, 16:8, 18:4 

*** 

Des quatre Cavaliers, n'en restait désormais plus qu'un. Un seul qui n'avait pas encore montré au monde son pouvoir, et parachevé le dernier acte de l'Armageddon. Le dernier des Cavaliers, Edgar, avait jusqu'à lors préféré rester légèrement en retrait, ayant assisté sans mot dire aux trois démonstrations, mêlant en une curieuse harmonie le grandiose au funeste, qui s'étaient offertes à lui.

Damian ayant achevé sa mission, il est remonté sur son cheval, et s'est tourné vers le jeune homme. D'un geste de la main, son habituel sourire aux lèvres, il a invité Edgar à avancer jusqu’au rebord. Ce dernier est descendu de son destrier, et s'est lentement approché de la falaise. De là, il pouvait voir les vastes étendues du monde à des kilomètres de distance. Il pouvait voir cette terre, gangrenée par le peuple à qui elle avait été gracieusement offerte. Il pouvait voir la souffrance, les pleurs, le désespoir d'un monde au crépuscule de son existence, suppliant, hurlant qu'on le délivre des supplices. Edgar a jeté un dernier regard derrière lui, toisant ses compagnons, ceux qui avaient su lui insuffler son idéal, celui de la purification par la destruction. A présent, il ne doutait plus. C'était sa mission, inscrite depuis les éons dans le marbre. Avec une détermination absolue, Conquête a levé le bras en direction des cieux, ces cieux qui avaient laissé dépérir et pourrir la terre des hommes. La radiance a enveloppé son tatouage, illuminant une ultime fois le faîte de la montagne d'une lueur à la fois funèbre et immaculée. Une fois l'éclat dissipé, Edgar a brandi devant lui l'arc qu'il tenait maintenant entre les mains. D'une voix déterminée, écrasante de volonté, il a déclamé :

"Je suis Edgar Camus, né parmi les hommes, et destiné à mettre fin à leur présence sur ce monde. J'ai choisi en toute conscience de déclencher l'Apocalypse, car l'Humanité ne mérite pas de fouler cette terre."

Alors, tandis que la mélodie de l'annihilation parvenait à son dernier couplet, rythmée par la douleur, les pleurs et les lamentations des agneaux de Dieu égarés, et souillés par les conséquences inéluctables de leurs propres choix, Edgar a placé une flèche sur son arc, et l'a pointée vers les nuées. Il y était. Le dernier instant de lumière, de chaleur. Celui qui consumerait toute forme d'existence tangible sur cette terre, qui mettrait fin à son tourment. L'ultime instant où la lumière déclinerait, où il libérerait le monde du carcan de souffrance dans lequel les pécheurs l’avaient enfermé. Edgar a fermé les yeux, et d'un seul geste, a décoché la flèche, qui a disparu dans les cieux, fendant les nuages en deux. En quelques secondes à peine, les astres se sont mis à danser un bien triste ballet. La lune, ombre noire et menaçante, a couvert entièrement le soleil, plongeant le monde dans l'obscurité et la damnation éternelle, parjurant à la notion de vie elle-même.

L'arc d'Edgar est tombé en poussière, dernier symbole d'une Apocalypse désormais arrivée à son terme, et l'Humanité avec elle. Le Cavalier Conquête a alors levé les yeux vers un ciel noyé dans d'opaques ténèbres, et a souri comme jamais il ne l'avait fait auparavant. Il a levé les mains vers l'astre noir dans une forme d'ultime supplique, et a murmuré :

"Que la fin... soit."

Et la fin, fut.

*** 

"[...] Alors que le ciel était noyé dans l'obscurité, un grand bruit se fit entendre. De gigantesques boules de feu s'abattaient sur la terre, provoquant d'énormes explosions, telle une grêle flamboyante.  

C'est à ce moment-là que les Hommes abandonnèrent tout espoir de salut. L'Apocalypse était là, et personne ne viendrait les sauver." 


Troisième testament : l'Apocalypse de la Terre selon Noah, 21:2-3 

*** ***


Épilogue 

Dans sa cabine, Noah réfléchissait à tout ce qui lui était arrivé. Lui, simple écossais ayant fait fortune dans le commerce d'alcool, s'était vu confier une mission de la plus haute importante, une mission dont il contemplait maintenant la réussite. Au moment où, perdu dans ces pensées, il saisissait sa bouteille de whisky pour s'en servir un verre, quelqu'un a frappé à la porte, l'arrachant à sa rêverie. L'homme, n'attendant aucune visite, a ainsi pris le temps de remplir son verre du liquide ambré, avant d'aller ouvrir le battant, laissant apparaître un visage familier.

"Ah, c'est vous, monsieur Denroe. Entrez, je vous en prie"

Avec un grand sourire, l'homme a pénétré dans la pièce. Il s'agissait de Gaspard Olly Denroe, l'architecte qui avait aidé Noah à construire ce gigantesque vaisseau spatial, à bord duquel ils étaient maintenant en route pour Mars.

"Je vous sers quelque chose à boire ?

- Non, merci. Je venais simplement voir comment se passait notre voyage. Rien à signaler au niveau de l'Arche ? Aucune panne à déclarer ?

- Non, tout marche à merveille, Dieu merci. C'est vraiment grâce à vous... Je ne sais pas comment un vaisseau de cette taille a pu être construit et se révéler fonctionnel en si peu de temps. Vous êtes vraiment un génie...

- Voyons, vous me gênez."

Sur ces paroles, Gaspard a avisé un instant l'armoire de bois vernis qui trônait au fond de la pièce, puis s'est dirigé vers celle-ci. Il a saisi le cadre photo qui y était exposé, et l'a examiné.

"Ce sont vos enfants ?

- Oui, Ethan et Leonora. Ce sont des jumeaux, ils viennent d'avoir huit ans.

- J'imagine qu'ils sont à bord du vaisseau ?

- En effet. J'ai amené toute ma famille avec moi pour ce voyage..."

L'homme a reposé le cadre à sa place, et s'est tourné vers Noah.

"On raconte que les raisons qui vous ont poussé à entreprendre la construction de ce gigantesque vaisseau sont pour le moins... spirituelles. Est-ce vrai ?

- Qui vous a raconté cela ? Même la presse n'est pas au courant.

- J'ai mes sources. Et puis, j'ai imaginé l'Arche en prenant en compte vos demandes, vous savez. Personne ne demande à installer un complexe scientifique de ce calibre dans un vaisseau qui a pour « simple » but d'emmener des gens sur Mars..."

A l'entente de ces paroles, Noah a avalé son whisky d'une traite, puis a soupiré.

"Je vous dois bien la vérité. Après tout, vous la découvrirez bien assez tôt. Asseyez-vous, je vais tout vous raconter".

L'homme a croisé les mains par-dessus la table, et a regardé l'architecte droit dans les yeux. D'une voix calme, il a commencé ses explications :

"Il y a quelques années, croyez-le ou non, j'ai reçu la visite d'un être divin. Un homme magnifique à la longue chevelure de feu, arborant dans son dos deux paires d'ailes d'un blanc immaculé. Même si je n'ai pas voulu y croire au début, j'ai rapidement dû me faire à l'idée : il s'agissait d'un ange de Dieu, qui s'est présenté à moi comme étant l'Archange Gabriel. Sous mon regard à la fois incrédule et subjugué, il m'a expliqué que l'Apocalypse allait bientôt avoir lieu, et qu'à l'instar de Noé avant le Déluge, je devais mettre en œuvre tous les moyens que j'avais à disposition pour construire une gigantesque arche, un immense vaisseau qui permettrait à l'Humanité de survivre. En l'occurrence ce vaisseau spatial, qui a été conçu afin de fuir une Terre désormais condamnée, dans l'espoir de trouver un monde habitable...

- Et pourquoi vous ?

- Selon l'Archange, en plus d'avoir un prénom quasiment similaire à celui de Noé, l'architecte biblique, je serais l'un de ses descendants directs. Incroyable, n'est-ce pas ?"

Noah s'est resservi un verre de whisky, a bu une gorgée du liquide ambré, et a poursuivi.

"Néanmoins, un autre problème se posait. La faune, la flore terrestres... Avec la fin du monde, elles allaient disparaître, elles aussi. C'est pourquoi j'ai décidé d'utiliser toutes les techniques de pointe à ma portée, toute la science à ma disposition, pour endiguer ce problème.

- C'est incroyable. C'est donc la raison d'être de ce complexe scientifique à bord du vaisseau ?

- En effet, et je n'en suis pas peu fier. Il y a à bord un exemplaire cultivable d'au moins une cellule de chaque animal vivant, chaque plante, chaque champignon. Par chance, ou plutôt par miracle, j'ai croisé la route d'un scientifique qui a fait des progrès fulgurants dans le domaine du clonage, et dirige maintenant mon équipe de recherche. La création de vie par voie artificielle ne nécessite plus de mère porteuse... Vous vous rendez compte ?

- Hallucinant. Mais comment allez-vous faire pour introduire toutes ces espèces sur Mars ? La planète rouge est loin de ressembler à la terre.

- Pas d'inquiétude, nous avons également à bord des professionnels du domaine de la terraformation, ayant déjà mené plusieurs expériences concluantes. C'est incroyable, c'est comme si toutes les personnes possédant les connaissances nécessaires à cette mission s'étaient jointes à moi à un moment ou un autre du projet... Comme si la Providence les avait menés jusqu'à nous..."

Gaspard a hoché la tête, puis s'est levé, et s'est dirigé vers la porte.

"Votre histoire est incroyable. On aurait du mal à y croire. De toute façon, comme pour tout le monde ici, on est avec vous jusqu'au bout. On verra bien.

- C'est pour cette raison que je n'ai jamais raconté cette histoire, à part à mes proches. Je me demande d'ailleurs qui vous en a parlé..."

Ignorant la remarque, Gaspard a ouvert le battant, et a posé un pied hors de la pièce. Avant de le refermer, il s'est néanmoins retourné, et a interpellé Noah.

"Oh, j'allais oublier. Je vous ai apporté un cadeau, pour fêter le succès de ce projet. Ce n'est pas grand-chose. Mais il va vous être utile, pour le futur."

Noah a alors baissé les yeux vers son bureau, rencontrant effectivement du regard un paquet qui n'était pas là quelques secondes plus tôt. Il s'est demandé à quel moment Gaspard avait pu le poser là, sachant que durant toute leur discussion, il ne l'avait presque jamais quitté des yeux.

Curieux, il a saisi l'emballage et l'a déchiré, révélant un épais livre relié. L'homme s'est alors mis à le feuilleter, mais à mesure que les mots défilaient sous ses yeux, sa curiosité se mêlait à une surprise grandissante, laquelle a atteint son paroxysme et s'est mue en une révélation lorsqu'il s'est rendu à la page de garde. En grandes lettres noires, on pouvait y lire « Le Troisième Testament ».

*** 

Le regard perdu à travers la gigantesque vitre du vaisseau, qui garantissait une splendide vue sur l'Espace, Gaspard observait la petite planète bleue qui n'était plus qu'un petit point au loin. La Terre, berceau de l'Humanité. Sa création, qui d'ici peu serait plongée dans les ténèbres, lorsque les Cavaliers se rassembleraient au sommet du monde et condamneraient les humains pour ce qu'ils en avaient fait.

Cette Humanité, il l'avait dotée du libre-arbitre, car il espérait qu'elle prendrait les bonnes décisions d'elle-même, sans qu'il ait à interférer comme il l'avait fait jadis.

Mais cette fois encore, alors qu'il avait juré ne pas intervenir en faveur des hommes, Gaspard avait finalement décidé de les aider dans l'espoir qu'ils ne répètent pas une troisième fois leurs erreurs. Par espoir, et par miséricorde envers des agneaux qui s'étaient égarés, miséricorde dont il avait déjà fait preuve des milliers d'années auparavant, lors du Déluge.

L'Architecte a alors tourné le dos à la vitre, à la Terre, et a souri. Puis, sans un bruit, il a disparu, espérant que désormais, ses enfants feraient les bons choix.


Et nous voilà à la fin d'une saga qui pendant deux ans, aura marqué les esprits et fait battre les coeurs. A cette occasion, l'auteur aimerait s'exprimer. 
"Nous voilà enfin à la conclusion de cette nouvelle. Celle-ci a mis du temps à arriver, mais mieux vaut tard que jamais. J'espère que l'épopée d'Edgar et du professeur vous a plu, n'hésitez pas à nous le dire en commentant cet article. Cette nouvelle sera peut-être publiée en format papier, et nous ne manquerons pas de vous avertir si c'est le cas.
J'ai pris énormément de plaisir a écrire et faire des recherches, pour écrire ce texte. J'espère que cela s'est ressenti lors de la lecture.
Merci énormément à notre cher Gordjack pour la correction, sans qui le texte ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui. Toujours au top.
Merci à CFTC de m'avoir fait confiance pour la publication de cette nouvelle.
Et merci à vous, chers lecteurs, pour avoir suivi cette aventure et pour tous vos retours.
Rendez-vous prochainement pour une nouvelle aventure, qui sait ? 
Kamus."
Pour ma part, j'aimerais moi aussi te remercier, Kamus. Merci de nous avoir fait découvrir cet univers, et plus personnellement, de m'avoir permis d'y insuffler une part de moi en t'offrant humblement l'harmonisation et le lyrisme nécessaires à la sublimation de ton œuvre !

Anatomie Divine (1) - Scolopendre éxomorphique


Temps de lecture : environ 4 minutes


Il était 5 heures lorsque nous avons quitté le camp. Et malheureusement, j'avais dû utiliser un peu d'eau potable à cause des vents violents pour être sûr de pouvoir éteindre le feu. Mith était toujours malade, et j’essayais de garder autant de provisions que possible afin qu'elle guérisse au plus vite. Enfin, cela faisait maintenant deux jours que nous étions partis de la cité, or j'avais l'impression que notre exil avait débuté depuis des semaines. Au point que je ne pensais pas que notre squat miteux me manquerait. Et plus nous avancions, moins il était facile de respirer. J'avais l'impression que ces interminables dunes de cendres dansaient. De violentes bourrasques nous balayaient, nous forçant toujours un peu plus à nous emmitoufler dans nos écharpes. Puis le brouillard s'est levé subitement, me permettant de vérifier si mon chariot fonctionnait toujours correctement. C'est ainsi que je transportais Mith, ma fille, atteinte d'une paraplégie. Cet engin m'avait coûté jusqu'à mes dernières économies. Mais alors que je regardais devant moi, les quelques caravanes que je voyais au loin il y a encore cinq minutes étaient à présent cachées par une épaisse couche de cendres. Nous progressions à l'aveuglette, et mes jambes commençaient à souffrir.

C'était maintenant mon ouïe que la tempête impactait. Le seul son que je percevais était l'horrible sifflement strident du vent et de la cendre glissant sur mes vêtements. Ces bruits abjects ressemblaient presque à des cris humains, des cris de souffrance. Ma fatigue s'intensifiant, les courbes des dunes donnaient parfois l'air de valser. Tantôt se formaient des tornades, tantôt des vagues grises brûlaient les quelques morceaux de peau que ma combinaison laissait à découvert. Mais je savais quand mon esprit me jouait des tours. Et cette étrange forme longiligne sous le tapis de cendres n'était pas le fruit de mon imagination. Elle donnait l'impression de tourner autour de nous comme un chasseur traquerait sa proie. Une énorme bourrasque m'a alors forcé à m'arrêter et à me couvrir le visage. J'ai mis un genou à terre afin d'essuyer au mieux cette nouvelle vague. Une sensation de légèreté m'a alors empli, comme si une partie de ma fatigue m'avait abandonné. Pareil miracle n'existait pas dans ce désert. Se pourrait-il que toutes mes prières aient enfin été exaucées ? Bien sûr que non, ce poids en moins n'était rien d'autre que mon chariot... Mith !

La panique me gagnant, je me suis risqué à ouvrir un œil, puis l'autre. Les vagues se dissipaient peu à peu, et il n'y avait plus aucun signe de cette étrange forme. J'y voyais de plus en plus clair. « Je dois la retrouver me suis-je dit, je dois retrouver ma fille coûte que coûte. Elle est tout ce qu'il me reste. »

J'ai vu mon chariot quelques dizaines de mètres plus loin, et l'espoir de récupérer Mith m'a redonné des forces pour de bon. J’ai trébuché de nombreuses fois, me brûlant encore la peau. Et même si les vents continuaient de déformer sans cesse le paysage, je n'avais qu'un objectif et rien ne pouvait se mettre en travers de ma route. Mais mon regain d'énergie s'est épuisé dès que je me suis rendu compte que la cargaison était vide. Non seulement nos dernières provisions n'étaient plus là, mais Mith était introuvable. J'ai hurlé ma rage et ma détresse à qui voulait bien l'entendre au milieu de ce maudit désert. Mais un son que je n'aurais plus jamais cru entendre a soudain retenti. Un son tout aussi faible que familier. J'ai tendu l'oreille.

« Aidez-moi... » C'était elle, ma raison de vivre, ma fille.

« Ai..dez... »

Sa voix était si faible que je peinais à comprendre ce qu'elle disait. Et puis j’ai enfin vu son petit bras s'agiter. J’ai puisé dans mes dernières forces pour me rapprocher d'elle, mais cette maudite forme commençait à réapparaître, elle me traquait. Elle est passée tout près de mon pied alors que je n'étais plus qu'à quelques pas.

« J'arrive, chérie ! » ai-je crié.

Elle se tordait de douleur, tanguant de droite à gauche à la manière d'un vulgaire pantin.

« Papa ! »

Ses paupières se sont ouvertes à l'instant où elle hurlait ce mot, mais ses habituels yeux verts n'étaient plus que deux trous abyssaux d'où coulait son sang encore frais. Elle se tordait de plus en plus vite, ses mouvements saccadés étaient accompagnés de bruits de craquements d'os et de déchirements musculaires. Ce qui restait de ma fille s'est soulevé, emportant avec elle toute la cendre brûlante aux alentours. Ce n'était plus Mith qui se tenait devant moi, elle ne faisait plus partie de ce monde. Plus depuis qu'elle avait quitté son brancard de fortune quelques instants auparavant.

Son cadavre articulé faisait maintenant partie intégrante d'un corps gigantesque ressemblant à un insecte cliquetant, aussi noir que les profondeurs dont il devait venir. Il luisait sous une épaisse carapace formée d'os provenant de plusieurs espèces. Il a ondulé vers moi avec une agilité surprenante pour un monstre de cette taille. Et ce qui ressemblait à deux bras se sont ouverts, laissant apparaître des griffes ayant appartenu jadis à un grand mammifère. Plusieurs cadavres d'humains pendaient des flans jusqu'au dos du prédateur, des hommes, des femmes, d'autres enfants... Tel un marionnettiste, le monstre a incliné toutes ses poupées de chair et d'os dans ma direction, leurs mâchoires tombantes grandes ouvertes. D'un rapide mouvement elles ont fondu sur moi, criant rageusement d'un seul cri, alors que mon sang se glaçait.

« PAPA ! »


Ce texte a été réalisé par RemyC et constitue sa propriété. Toute réutilisation, à des fins commerciales ou non, est proscrite sans son accord. Vous pouvez le contacter sur nos plateformes, nous tâcherons de vous y aider si besoin. L'équipe du Nécronomorial remercie également Sawsad et Kitsune qui ont participé au processus d'analyse et de sélection conformément à la ligne éditoriale, et Magnosa et Noname qui se sont chargés de la correction et la mise en forme.

Bonjour à toutes et à tous

Temps de lecture : environ 4 minutes


Je vais directement rentrer dans le vif du sujet. Il faut que je m'en débarrasse. J'ai besoin que vous m'aidiez.

Les explications, tout d'abord. Je pense qu'il faut que vous compreniez la situation, sinon tout cela vous paraîtra bien trop étrange. J'habite dans une grande ville, dans un immeuble au sein d'un quartier plutôt calme. Mes relations avec mes voisins de palier sont courtoises (même si je dois avouer que ce ne sont pas des gens particulièrement intéressants) et il m'arrive occasionnellement de dîner avec certains d'entre eux. En clair, je menais une vie banale, travail, amis et dodo. Mais, comme vous vous en doutez, quelque chose s’est produit.

Depuis plusieurs semaines, j'avais remarqué que la relation entre mes voisins du rez-de-chaussée se dégradait peu à peu. Les disputes incessantes, une histoire de fugue de leur fils et le mari qui rentre tard… Bon, un couple qui va mal, rien d’exceptionnel. Cependant, un jour, plus rien… Un silence. Je ne saurais vous en donner la raison, mais j'en ai perdu le sommeil. Me trouverez-vous bizarre si je vous avoue que les cris me manquaient ? Au fil du temps, c'était devenu une sorte de douce berceuse et cette absence de bruit me gênait maintenant énormément. Me tourner et me retourner dans mon lit me rendait dingue ! Sans compter l'impact sur ma vie quotidienne... Et pourtant, avec le recul, j'aurais mieux fait de rester insomniaque…

Au bout de quelque temps, mon mal a fini par passer. C'est un rêve terrifiant qui a pris sa place, se répétant chaque nuit. Je suis encastré dans un mur de salon d'appartement. Je peux néanmoins observer avec mes yeux qui en dépassent (ne me demandez pas comment). J'inspecte alors la pièce : deux, trois photos de famille, une décoration quelque peu impersonnelle et très peu de meubles. Bref, une résidence en plein déménagement. Soudain, M. Pinkerton, mon voisin, surgit avec une hache. C'est un respectable père de famille, qu’est-ce qu’il fout avec ça ? Le plus étrange, c'est qu'il chantonne : « Chérie ? Chééééééérie ? CHÉRIE ! » Cette dernière entre dans la pièce, puis son visage se décompose devant sa moitié ainsi armée. Elle pousse un hurlement, tente de s'enfuir, mais il l'attrape. La jette sur le sol violemment, lui assène des dizaines de coups de hache ; jusqu’à ce que tous les membres de la défunte soient détachés et en lambeaux. Sous les borborygmes de joie du meurtrier, je me réveille. Chaque fois en sueur, et en retard au travail. C’en était assez ! Un jour, je me suis dit que sitôt rentré, je vérifierais si Mme Pinkerton était encore vivante, ainsi ce rêve ne me boufferait plus la vie.

Le soir, je me suis caché en bas de mon immeuble pour guetter le retour de ma voisine. Rien, absolument rien. J’ai donc décidé de sonner chez eux. La porte s'est ouverte sur l'homme d'âge presque mûr et plutôt massif. Je vous retranscris (à peu près) l'échange.

« Oui ? » a dit Pinkerton, engageant la conversation. « Oh salut, comment tu vas, la jeunesse ?

– Bien, j'ai appris que vous déménagiez, donc j'aimerais vous dire au revoir, à vous et à votre famille.

– C'est gentil de ta part, mais ma femme et mon ado ne sont pas là. » Là, pour rien vous cacher, un frisson glacé m'a parcouru le corps. « Nous avons eu quelques mots, je crois que notre histoire est terminée, a-t-il poursuivi avant de soupirer. Ne sois pas triste pour moi, un chapitre se termine et un autre débute, ainsi va la vie. »

Je vous passe les usages qui ont suivi. Je suis rapidement remonté chez moi, l'absence de sa femme ne constituait pas une preuve, mais soulevait des soupçons raisonnables. La coïncidence était trop parfaite. J’ai alors décidé de cuisiner un gâteau saupoudré d'un vieux somnifère. Je dis vieux, car cela faisait belle lurette qu'il n'avait plus aucun effet sur moi. Je suis redescendu au rez-de-chaussée et ai sonné à la porte. Celle-ci s'est ouverte moins d'une minute plus tard.

« Je suis vraiment désolé pour vous, alors je vous ai fait un gâteau pour vous réconforter.

– Merci, il ne fallait pas, a répondu Pinkerton en arborant un sourire.

– Peut-on le partager ensemble ? Je n'aime pas vous voir triste. »

Il m’a fait entrer dans son logis, immense et vide… Il n'était pas disposé tel que dans mon rêve, mais cela n’avait aucune importance. Dans la cuisine, aussi triste que son occupant, nous avons partagé le plat. M Pinkerton m’a impressionné par sa résistance par rapport à la quantité de drogue ingurgitée... Mais bon, il a fini par s'effondrer, ce foutu potentiel psychopathe. J’ai alors saisi son téléphone et ai cherché le numéro de Rebecca Pinkerton. J’ai appelé : « Bip… Bip… Biiiiiip… Quoi ? Allô ? » J’ai raccroché. Sur le moment, j’ai cru m'être trompé. En m’apprêtant à sortir, j’ai vu une revue de bricolage posée sur une étagère. Dans celle-ci, il y avait des haches à vendre. C'est alors que tout est devenu clair, : mon rêve était prémonitoire. Il n’était pas question que je laisse faire ça. Si je laissais ce gros porc en liberté, ce serait comme tuer Rebecca moi-même.

J’ai tourné en rond, en rond et en rond. Trouver une solution pour garder captif un tueur en puissance n'est pas chose aisée, je vous assure. Pour éviter tout problème, je l'ai attaché et bâillonné, et j’ai fracturé ses deux jambes. Prudence est mère de sûreté. J'ai pris quelques heures pour consulter des sites internet sur les psychopathe, articles, témoignages et compagnie… Il en est ressorti que ce sont d'habiles manipulateurs, qui savent jouer avec les émotions. Il aurait sûrement essayé de faire de même avec moi, jouer avec ma sensibilité. Il aurait imploré ma pitié, m’aurait dit qu'il avait un fils et Dieu seul sait quoi d'autre… Je devais être fort, pour Rebecca et son fils. Je ne devais pas non plus le laisser m'embarquer dans un délire psychotique, qui aurait pu me mener à la folie. Croyez-moi, c'est une situation compliquée à vivre, je vous ne la souhaite pas ! Enfin, pour ma propre sécurité, il fallait lui couper la langue. C'était atroce comme ça saignait, répugnant. Après lui avoir penché la tête en avant pour éviter qu'il ne se noie dans son propre sang, j’ai repris mes réflexions sur la marche à suivre. Prévenir la police était exclu, ils ont l'esprit trop étriqué pour comprendre la situation, ils auraient été dépassés. Cela n’aurait fait qu'aggraver les choses. C'est alors qu'un hurlement a retenti derrière moi, ce qui m’a tiré de mes pensées. L'autre regardait le sol couvert de sang, puis il a levé vers moi des yeux difficilement descriptibles. Des yeux qui m'ont paralysé, un mélange de douleur et d’incompréhension. Je dois avouer qu'il a bien failli m'avoir, mais j'ai tenu et ai pris les mesures qui s'imposaient dans une situation comme celle-ci… Malheureusement (ou pas), l'assassin est mort au second œil crevé. Rebecca, tu peux dormir sur tes deux oreilles, à présent.

Donc voilà, maintenant vous connaissez la situation, je me tourne vers vous. J'aimerais avoir quelques conseils ou idées pour me débarrasser du corps malodorant. Et discrètement de préférence, j'aimerais éviter tous quiproquo avec les autorités. Vous savez comme c'est obtus, un policier ! Et si vous savez comment faire partir les tâches tenaces (j'ai déjà essayé le bicarbonate)... Ce serait terrible que Reb ne récupère pas sa caution...


Ce texte a été réalisé par Wasite et constitue sa propriété. Toute réutilisation, à des fins commerciales ou non, est proscrite sans son accord. Vous pouvez le contacter sur nos plateformes, nous tâcherons de vous y aider si besoin. L'équipe du Nécronomorial remercie également Adiboy et Seven qui ont participé au processus d'analyse et de sélection conformément à la ligne éditoriale, et Magnosa et Kintefleush qui se sont chargés de la correction et la mise en forme. 

CFTC a 10 ans !

 À occasion particulière, publication particulière. Le blog de Creepypasta From The Crypt a été ouvert il y a exactement 10 ans aujourd’hui. 10 ans ! Je ne sais pas si Rob Nukem, l’administrateur qui a créé le Blogger, ou Max le Fou, son prédécesseur qui a fait commencer l’aventure sur une simple page Facebook, se doutait que la communauté prendrait cette envergure et durerait aussi longtemps. En ce qui me concerne, je dois aussi dire que c’est une immense fierté de me trouver là et de rédiger ce message à cette occasion. J’ai rejoint CFTC à la fin de l’été 2013, et j’ai pris mes fonctions d’administrateur un peu avant l’été 2014, et je dois bien dire que, pendant les premières années, cette histoire d’anniversaire des 10 ans était un peu une blague. « Vous imaginez quand CFTC aura 10 ans ? »


Et pourtant, après moultes péripéties, de nombreux changements dans le staff et parmi les administrateurs, la création de nouveaux grades, l’ouverture du Nécronomorial et du serveur Discord, nous y sommes. Je me sens vraiment ému d’avoir tenu aussi longtemps à ma place et d’avoir eu l’occasion de participer à tout cela, aux côtés de gens tous les plus formidables les uns que les autres, même s’il faut bien dire que quelques couacs en route ont causé des départs regrettables.

CFTC, aujourd’hui, c’est un peu moins de 100 000 messages sur le forum (quoiqu’on les atteint largement si on compte les nombreuses suppressions qu’il y a pu y avoir), 1345 publications sur le blog de CFTC et 207 sur le Nécronomorial (sans compter celle-ci), 26 personnes qui ont rejoint le staff ou l’une des équipes officielles pour vous apporter toujours plus de contenu de qualité et font, je dois dire, un travail exceptionnel dont je n’aurais jamais pu rêvé à l’époque où j’y faisais moi-même mes premiers pas, 4457 followers sur Twitter (https://twitter.com/CreepypastaFTC) et 4702 sur Facebook (https://www.facebook.com/CreepypastaFromTheCrypt), un Instagram qui vient d’ouvrir ses portes (https://www.instagram.com/creepypastafromthecrypt), un serveur Discord (https://discordapp.com/invite/8sChvSq) très actif avec des animations diverses et variées.

Mais à côté de ces chiffres, CFTC est surtout, au moins pour moi, devenu une grande famille. Quand je regarde le chemin parcouru, je vois les liens qui se sont créés, et je trouve cela réellement extraordinaire. Des amitiés très fortes et même des relations qui durent encore aujourd’hui sont nées sur CFTC. Notre cher Kamus a partagé avec nous la naissance de son premier enfant. Bien sûr, tout n’est pas rose et il y a aussi eu des disputes et parfois des départs douloureux, mais, après tout, ça aussi, ça fait partie de la vie de famille.

À titre personnel, la communauté m’a accompagné à des étapes importantes de ma vie, mon activité en tant qu’administrateur me sert d’un point de vue professionnel, certains membres sont devenus de véritables proches, et ceux-ci m’ont d’ailleurs tiré d’un très mauvais pas IRL plus d’une fois. J’en suis à un point où ma vie serait radicalement différente si je n’avais jamais rejoint le forum pour y proposer timidement ma première création. C’est pourquoi je tiens à exprimer ma profonde gratitude aux membres du forum. Merci à Tripoda d’avoir eu confiance en moi lorsque j’ai mis ma candidature au poste d’administrateur en 2014. Merci à toutes les personnes que j’ai côtoyées dans le staff au fil des ans, même si nous avons pu avoir des différends, et même si certains ont définitivement quitté notre communauté.

Et je souhaite tout particulièrement remercier le staff de 2020 à de multiples égards. Fin 2019, il me semblait voir venir la mort de la communauté. Plus aucune équipe, presque personne dans le staff, il a même fallu fermer nos portes pendant tout un mois. Mais au final, l’opération de résurrection a fonctionné au-delà de mes espérances, et je pense ne pas me tromper en disant que nous avons retrouvé un niveau d’activité qui n’a rien à envier à l’âge d’or. J’aimerais exprimer ma gratitude à Gordjack, qui m’épaule depuis de longs mois et qui fait un travail extraordinaire, ainsi qu’à Wasite qui nous a rejoint et apporte beaucoup à l’administration depuis qu’il est là ; tous deux ont d’ailleurs également quelques mots à vous dire dans cette publication. Le staff actuel m’a aidé à surmonter des événements très difficiles tout en continuant à faire tourner CFTC à la perfection, et ils ne devraient jamais oublier que ces mois qui ont passé ont, à mes yeux, fait d’eux la meilleure équipe avec laquelle j’ai travaillé pendant toute ma carrière.

Enfin, je veux dire merci à toutes les personnes qui font partie de cette communauté, que vous soyez membres actifs ou dans la majorité silencieuse. Après tout, notre contenu, nous le faisons pour vous, nous cherchons sans cesse à l’améliorer pour vous offrir la plus fine qualité. Et j’espère de tout cœur être encore là dans 10 ans pour vous écrire un nouveau message !

Magnosa

 ***
 
Eh bien, je ne suis pas doué pour ce genre de chose... Vous savez, les seuls discours que j'ai l'habitude de faire et qui m'inspirent sont sur l'abolition de la bourgeoisie et pas pour ce type d'occasions très particulières. Alors on va y aller au feeling, alors je vais simplement vous raconter mon rapport à CFTC et les deux du fond sont priés d'arrêter de bailler d'avance. Je me suis inscris en 2016 et pour vous faire une confession, je n'avais jamais lu de pastas du site, j'en connaissais une dizaine via diverses vidéos YouTube avec des voix robotiques absolument immondes. Je me suis dit « hey, j'aime ce concept alors je veux essayer » et me suis fait un compte sur le premier forum dans la barre de recherche. J'ai proposé ma création et me suis fait refuser, puis encore et encore jusqu'à que je me fasse finalement publier. J'étais comme un gamin devant un paquet de cra... de bonbons ! J'actualisais toutes les cinq minutes la page des commentaires pour n'en louper aucun, attendant impatiemment chaque réaction.

Toujours aujourd'hui c'est quelque chose que j'adore, lire les commentaires et connaître l'avis des gens sur mes textes (et qui nourrit souvent mon formidable ego, mais ceci est une autre histoire). Bref, ça a duré pendant quelques années et CFTC était avant tout pour moi un moyen de montrer, d'affiner et de faire publier mon travail ainsi que de critiquer celui des autres lorsque le cœur m'en disait. Une sorte de forum d'échange entre auteurs en somme. 
 
Cela a drastiquement changé le jour fatidique où j'ai postulé en tant que modérateur du site, avec quelques hésitations sur le moment car je ne suis pas très doué avec les gens en général et ne suis pas habitué à intégrer une communauté. Bon, pour être honnête avec vous, le changement est survenu plutôt 6 mois après ma nomination, le temps que je me mette au travail, puis il a bien fallu encore 3 mois supplémentaire pour que je rejoigne le discord (non sans mal) et entre vraiment dans la communauté. Oui, bon je ne suis pas l'employé du mois c'est sûr, et Gordjack a dû s'arracher quelques cheveux à cause de ma passivité. 
 
C'est d'ailleurs grâce à lui que j'ai pleinement rejoint CFTC et je tenais à le remercier tout particulièrement. C'est lui qui m'a motivé à passer le cap de la discussion avec les autres membres (et à faire mon boulot, accessoirement) et m'a accompagné en tant qu'apprenti modo tout en réparant mes conneries plus régulières que je ne le voudrais. Bref, merci à toi Gordjack. Je ne regrette pas car j'ai fait des rencontres vraiment incroyables dans cette communauté qui a vraiment changé ma vie sur de nombreux plans, m'a fais grandir et évoluer. Je pense être devenu moins con grâce à CFTC, grâce à des discussions vraiment passionnantes, grâce aux critiques sur mes textes ou ceux des autres ou simplement grâce aux échanges que j'ai pu avoir.

Je ne sais pas quoi rajouter d'autres, à part que vous, communauté de lecteurs, êtes ce qui me motive aussi à écrire. J'attends toujours aussi fébrilement vos retours, j'aime lire vos réactions sur tout ce que l'on peut vous proposer (surtout les "je n'ai pas compris", ma douceur perso <3). Voilà, continuez comme ça ! Merci à nous (faut pas déconner, c'est nous qui bossons dans l'histoire) et un peu merci à vous d'être fidèle au poste !

Presque affectueusement, Wasite

***
 
Qui aurait cru que cet adolescent lisant des creepypastas sous la couette, il y a des années, finirait par devenir administrateur sur son site de prédilection ? Pas lui, en tout cas. Si on m'avait dit, à l'époque, ce que je deviendrais, je me serais contenté de rire au nez de la personne.

Et pourtant, je l'ai fait. Comme beaucoup d'entre vous, je n'étais qu'un lecteur parmi tant d'autres, lisant texte sur texte, fasciné par les sensations qui m'étaient ainsi offertes. Mais un jour, cette question m'est venue : et pourquoi pas moi ? Pourquoi, moi aussi, je ne pourrais pas apporter ma pierre à l'édifice ? C'est ainsi que je suis devenu correcteur pour CFTC. Alors, je me suis découvert une passion, un investissement qui n'avaient jamais été les miens auparavant. A nouveau, une question m'est venue : et si j'allais plus loin ? Et si j'en étais capable ? C'est alors que tout s'est enchaîné. De correcteur, je suis devenu référent correcteur, puis modérateur, et enfin administrateur voilà un peu moins d'un an.

CFTC m'a montré qu'avec de la volonté, de l'investissement et des idées, tout était possible. Même le plus notoire des lecteurs a une chance de devenir, un jour, l'un des piliers du site. Il suffit d'y croire, de ne pas baisser les bras, et de faire sienne la communauté qui aujourd'hui nous porte.

Sans nos équipes, sans notre Staff, et sans vous, lecteurs qui pour certains nous suivez depuis les éons, nous ne serions rien. Nombreuses sont les crises qui ont été essuyées par le site, mais à chaque fois, tous autant que vous êtes, vous avez su nous relever.

Aujourd'hui, ce sont dix ans de frissons qui sont célébrés. Dix ans à être à vos côtés, à vous écouter, à vous décevoir parfois. Mais vous, que dis-je, nous sommes une communauté, aux points de vue aussi nombreux que les membres qui la composent, aussi, je ne peux que m'en réjouir.

À vous, CFTC a montré que l'horreur n'était pas qu'un genre décrié par les femmes cinquantenaires possédant un caniche et détestant le metal. Non, CFTC, c'est bien plus que ça. C'est un genre, celui de la creepypasta, amené il y a maintenant dix ans dans nos vertes contrées par les fondateurs du site, et qui n'a cessé de fleurir, pour mener à cette apothéose qui aujourd'hui est la nôtre.

À moi, CFTC a montré que même en partant de zéro, même en n'étant rien, il suffit de se lancer, de sauter dans le vide, pour toucher du doigt l'idéal qui a porté avec tant d'allégresse et de frissons nos plus jeunes années. Alors, l'impossible devient possible.

Peu importe que nous ayons connu une petite baisse d'audience. Peu importe que nous ayons eu des litiges, que ce soit intérieurement à la communauté, avec des perturbateurs extérieurs ou avec vous. Peu importe ce qui s'est mis sur notre route. Nombreux sont ceux qui, des années en arrière, pensaient que nous ne tiendrions pas quelques mois de plus. Mais je sais, non, nous savons, que si nous fêtons nos dix ans en ce jour, CFTC a encore de belles années devant lui.

Des projets sont en route, et une partie de notre avenir est déjà tracé. Tracé en direction de l'abîme, celui dans lequel vous vous plongez sciemment lorsque vous entrez « Creepypasta from the Crypt » dans votre moteur de recherche. Et si d'aventure, vous souhaitez faire partie de cet avenir, sautez le pas, comme j'ai osé le faire il y a des années. Pour moi, CFTC est bien plus que la première référence française de littérature horrifique : c'est un endroit où les rêves se réalisent.

Critiques. Illustrateurs. Traducteurs. Damnés. Ma GrammatikWaffe. Magnosa, qui m'a tendu la main et m'a hissé à ses côtés. Kamus, qui m'a permis d'entrer en cet Éden. Wasite, qui m'a fait découvrir le sandwich aux haricots. Tous les  autres, mes estimés collègues du Staff, mes amis. Et surtout vous, lecteurs. Merci, du fond du cœur merci. En mon nom, merci de m'avoir permis de devenir ce que je suis aujourd'hui. Au nom de CFTC, merci de nous avoir portés pendant si longtemps, qu'importe la période et les événements.

Je sais pertinemment que la plupart d'entre vous, lecteurs, ne lira pas ce post dès la vue de son titre. Et c'est compréhensible, vous êtes ici pour les frissons que nous vous offrons, non pour les états d'âme de trois administrateurs émus de voir subsister une fleur plantée dix ans en arrière. Mais que vous lisiez ces lignes ou non, vous avez ma gratitude inconditionnelle. Tous, autant que vous êtes.

Gratitude que, je l'espère, la terreur que vous feront ressentir nos futurs textes et projets aura tôt fait d'oblitérer.

En attendant, je n'ai plus qu'une chose à dire : longue vie à CFTC, ce lieu où les ombres dansent une valse plus allègre qu'il n'y paraît.

Vous regardant avec amour depuis les nuées, Gordjack

***
 
Après ces messages, quelques indications pour la suite. En effet, nous n’avons pas l’intention de nous relâcher, bien au contraire, et ces 10 ans arrivent avec quelques petites choses. Tout d’abord, nous remercions du fond du cœur Adiboy, qui a pris la décision de quitter le staff de CFTC. L’équipe des Critiques n’aurait pas repris ses couleurs sans lui, et son travail a été extraordinaire. Nous souhaitons également la bienvenue dans le staff à Seven, qui reprendra ses fonctions, et lui disons bonne chance pour prendre la relève !

Par ailleurs, nous avons décidé de relancer une consultation de la communauté, d’une part afin de voir les évolutions par rapport à la consultation de 2018, d’autre part afin de corriger des éléments qui nous sont remontés récemment tout en gardant bien en tête les souhaits de la communauté. Le formulaire est à remplir sur le lien suivant, et nous vous demandons bien sûr d’y répondre avec tout le sérieux possible afin que nous puissions exploiter convenablement les résultats pour en tirer les améliorations qui s’imposent. Le lien se trouve ici : https://forms.gle/qCayXWrLQnnZaA8MA.

Enfin, vous aurez certainement remarqué la disparition de notre logo. Nous ne savons pas ce qui lui est arrivé, mais nous vous assurons que nous mettons tout en œuvre pour le retrouver au plus vite. Si jamais vous avez des informations à ce sujet, n’hésitez pas à rejoindre le Discord pour nous aider dans nos recherches !

La communauté remercie Gordjack, Magnosa et Wasite à l’administration, Antinotice et Noname à la modération, AngeNoire et Sytom à l’organisation des animations, Kamus pour sa gestion des réseaux sociaux et ses nombreuses réalisations ces dernières années, Adiboy pour sa gestion de l’équipe des Critiques, Daniel Torrance pour sa gestion de l’équipe des Traducteurs, Luna Fireline pour sa gestion de l’équipe des Damnés Illustrateurs, et Luidi pour son aide précieuse dans les publications sur les blogs de CFTC et du Nécronomorial, ainsi que l’ensemble des membres des équipes des Critiques, Damnés Auteurs, Damnés Illustrateurs, GrammatikWaffe et Traducteurs !