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Mon fils


Temps approximatif de lecture : 2 minutes. 

Mon fils est mort hier. C'était un soir d'automne, le vent soufflait fort et les feuilles se cachaient des premières gelées. L'ambulance est arrivée trop tard. Depuis, le silence me hante. Mais le pire, c'est d'attendre chaque soir son retour.

Astucieux


Temps approximatif de lecture : 4 minutes. 

Il faisait sombre. Le temps était morne. Les nuages de pluie étaient partis, mais l'eau coulait toujours depuis les toits et les gratte-ciels. Les gouttes tombaient d'une manière hypnotisante, ce qui était dangereux dans cette ville où il était si facile de se faire avoir par surprise.

Un homme avec une capuche s'avançait vers moi dans le noir de la nuit, alors que je rentrais chez moi après une longue réunion au travail. Il a prononcé ces quelques mots, ces mots capables de déchirer une âme. Une simple question aux réponses infinies, mais au résultat presque toujours constant :  

Feu de camp


Temps approximatif de lecture : 6 minutes. 

Le camp d'été a une place importante dans mes souvenirs d'enfance, mais le plus mémorable de tous mes souvenirs date de l'été 72. C'était mon dernier été en tant qu'enfant. Je venais d'avoir quinze ans et j'avais hâte de commencer le lycée à l'automne et d'y retrouver les autres adolescents plus âgés. Le camp Tonkawa était situé dans une épaisse forêt de l'est du Texas, à environ 43 miles de chez moi, soit à peu près 70 kilomètres. Le camp n'avait rien de vraiment exceptionnel. Il offrait les commodités habituelles : un lac, beaucoup de bois à explorer, une réserve naturelle, un stand de tir à l'arc et un de tir à la carabine. 

Ce qui était vraiment exceptionnel, c'étaient les trois principaux moniteurs. 

Mon pire ami


Temps approximatif de lecture : 15 minutes.

Connaissez-vous cette sensation étrange que je m'apprête à vous décrire ? Je ne doute pas que cela en fera tiquer plus d'un. C'est un ressenti assez courant, surtout de nos jours. Quand on se sent mal sans vraiment savoir pourquoi, quand on ressent l’envie de voir des gens autant que celle de les fuir, quand écouter nos morceaux de musique préférés ne produit plus le même effet euphorisant, quand tenir une conversation nous paraît aussi éreintant que de se lever d'une chaise avec quarante de fièvre, quand on appréhende toujours les choses, se focalisant systématiquement sur la pire issue possible aux moindres événements et interactions avec ce qui nous entoure.

La porte à laquelle la Mort ne toque plus


Temps approximatif de lecture : 3 minutes. 

Que l’effervescence habituelle d’un saloon peut être agréable ! Les femmes dansent et jacassent, les hommes, quant à eux, boivent et jouent aux cartes. Les paroles, les rires, les cris auxquels s’ajoutent les sons du piano créent un brouhaha incroyablement chaleureux et convivial.

Mais ce jour-là, le vacarme assourdissant du saloon O’Bryan fut rompu l’espace de quelques secondes, lorsque Klang en passa les portes battantes. Un silence austère et oppressant ne tarda pas à s’installer, et hommes comme femmes baissèrent les yeux devant ce géant de deux mètres. 

Déchronologies Estivales : Jeu de dupes


Temps de lecture : 7 minutes

La soirée était sympa, pas une de celles qui changent une vie, mais une qui te détend et te fait oublier les tracas de la vie quotidienne. Quelques verres et quelques bons amis, saupoudrés de bonnes rencontres. Enfin, l’unique hic était le retour. David habitait loin, au moins une heure de marche de la fête et pas de voitures. Pas le choix, il fallait prendre son courage à deux mains et utiliser ses jambes. La nuit était douce, caressée par un léger vent frais contrastant avec la pesante chaleur estivale. Le premier kilomètre ne posa pas de problème, il fut même amusant, car observer les gens ivres faire n’importe quoi est à mourir. Sachant que le marcheur n’était pas des plus sobres non plus. Une fois le centre-ville traversé, l’homme prit un chemin campagnard. En effet, sa résidence est était excentrée par rapport à la cité. Une route en terre taillée à travers champs et forêts. Le trajet devint tout de suite moins divertissant lorsque son téléphone s’éteignit , et que ses écouteurs ne purent plus diffuser Tracy Chapman (« Fast car » pour les plus curieux). Le jeune adulte se sentit alors soudainement très seul. Il continua néanmoins sans rien laisser transparaître, comme si quelqu'un pouvait le juger. Le torse bombé et le pas rapide, voilà que la forêt se déployait tout autour en cachant la lumière lunaire. Une myriade de bruits le percuta au fur et à mesure de son avancée, mais le fêtard tenta ne pas y prêter attention en pensant à son lit douillet ou aux vidéos YouTube qu’il regarderait une fois chez lui. Les crissements se firent plus fort, et s’approchaient presque d’un râlement. Le genre de ceux que font les vieux quand ils voient des garnements sur leurs pelouses. En bien plus agressif, plus menaçant.  

Hypocrisie


Temps approximatif de lecture : 5 minutes. 

Je hais ces hypocrisies qui nous entourent.

Ces gens qui jugent parce qu’ils se sentent en position de pouvoir, ces misérables, pour qui tout ne devrait exister qu’en fonction de ce qu’ils pensent être vrai, correct, « bon ». Mais qui dit réellement qu’ils sont dans le bon ? Que leurs actions et que leurs pensées sont justes ? Personne d’autre qu’eux bien sûr, mais comme ils se sentent dans leurs bons droits, ils n’hésitent pas à dénoncer tout ce qui s’éloigne de leurs idéaux. Ces gens infects me rendent malade. Et le pire ? C’est qu’on le veuille ou non, on pense toujours qu’on est forcément plus dans le vrai que l’autre en matière d’éthique tant qu’on ne sent pas une opposition farouche à nos idées.

Le père Cooke, chapitre 3 : Je voudrais tenir ta main


Temps approximatif de lecture : 7 minutes


Là, le Magister Alexander s'est moqué de moi : 

« Ça ne cessera jamais de m’amuser. » 

Il a ramassé les pages trouvées sur Internet que j'avais imprimées et a commencé à les parcourir en secouant la tête. 

« Si j'avais un dollar pour chaque sort d'invocation qui tourne au désastre, je pourrais prendre ma retraite immédiatement.

Muted Jack et Blind Sam

On ne peut pas vraiment dire que les frères Bellkrow étaient nés avec beaucoup de vertus. Ils étaient la personnification même de l’imperfection, mais ne disposaient évidemment pas uniquement de défauts. En fait, chacun des défauts de l’un était compensé par les qualités de l'autre. Ensemble, ils étaient parfaits.

Jack Bellkrow, surnommé à Edentown « Muted Jack », était, en effet, né complètement sourd-muet; ce handicap majeur était couplé à une laideur réputée sans égal. Muted Jack n’était , en effet, pas bien grand, plutôt gras et on disait même que son visage pouvait faire office de répulsif à rongeurs. Cependant, il était également reconnu à Edentown comme un homme très agile intellectuellement, qui était capable de résoudre tout problème, scientifique comme philosophique. Un homme doté d’une grande intelligence et qui avait un certain goût pour la culture. À cette époque, dans cette région, c’était une prouesse plus que remarquable.

Samuel Bellkrow, de 2 ans son aîné, était l’opposé même de son frère. Lui possédait en effet un physique très avantageux; une carrure imposante et un visage faisant fondre toutes les femmes d’Edentown. Mais en revanche, il était affreusement idiot, à tel point que l’expression « Avoir le crâne aussi vide que celui de Blind Sam » avait pris tout son sens. Comme vous l’aurez surement deviné, Samuel avait lui aussi un handicap, et celui-ci était bien plus lourd que sa bêtise : il était né entièrement aveugle. Le surnom de Blind Sam s’était donc naturellement imposé.

Malgré des différences certaines entre les deux frères, ils se rejoignaient tout de même en un point commun : leur cruauté. Qui aurait pu croire que dans des corps à priori humains pouvaient se cacher des esprits aussi maléfiques que ceux des frères Bellkrow ? Ces derniers n’hésitaient jamais à allier leurs forces pour violer, voler ou tuer. De vrais monstres en liberté. D’ailleurs, personne n’a oublié la petite Jenny, retrouvée inconsciente, souillée et mutilée  par les deux hommes. Pourtant aucun de Muted Jack ou de Blind Sam ne fut arrêté. Pourquoi, me demanderez-vous ? La petite Jenny était tout simplement en incapacité de décrire ses agresseurs, ces derniers lui ayant cousu les paupières et la bouche, l’empêchant de distinguer la moindre forme, et de lancer le moindre appel à l'aide ou accusation. Un spectacle abominable, une torture horrifiante, mais la vindicte populaire n’avait rien fait pour punir les deux monstres.

C’était devenu en quelque sorte leur signature. Ils cousaient les yeux et la bouche des enfants, les violaient, puis les relâchaient comme si de rien n’etait. En fait, tout le monde connaissait les coupables. La réputation des deux frères était toute faite, mais personne n’avait le courage d’agir. Qui sont les pires entre ceux qui répandent leurs crimes et les lâches qui les laissent agir ?

En tout cas, ils purent sévir pendant des années à Edentown.

Puis l’Étranger est arrivé, tel un sauveur, et il a provoqué l’arrêt de toute cette barbarie. Tout le monde pensait que c’était le Diable, impressionné par tant d’inhumanité, qui s’était déguisé en vieillard pour échanger les âmes des frères Bellkrow contre un unique vœu.

 Face à une offre aussi alléchante, la réponse ne pouvait qu’être positive. Les deux hommes n’avaient le droit qu’à un unique vœu. Mais pour Jack, c’était une évidence, le Diable devait le faire entendre et parler, et devait donner la vue à son frère. Mais n’oubliez pas que Jack était muet, ce fut donc Samuel, dans un élan de confiance, qui annonça son vœu au Diable.

« Je veux qu’on soit parfaits.»

Le Diable arbora un visage plus que satisfait. Jack perdit son bras gauche et sa jambe gauche, quant à Samuel, il perdit son bras droit et sa jambe droite. Le diable se saisit alors d’une aiguille et d’un fil de couture, et il fit de Muted Jack et Blind Sam une seule et même personne. Une monstrueuse personne.

«En combinant vos qualités, vous êtes parfaits, je vous assure. » plaisanta l’Etranger.

Mais le Diable, dans un sursaut de malice, laissa à Muted Jack la faculté d’entendre. Et la première chose qu’il entendit furent les cris de désespoir de son frère.


Texte de Sawsad

Nocturne

Nous nous sommes installés dans cette maison depuis quelques semaines, tout au plus. Mon compagnon et moi sommes tombés sous le charme de cette bâtisse à l’apparence, de prime abord, plutôt rustique. Nous préférons cela à l’ultramoderne, triste et froid, d’aujourd’hui. Cette maison dégage quelque chose de rassurant, inspire le réconfort. Et surtout, elle possède un grand jardin. C’est l’idéal pour notre très chère chatte. Elle nous a toujours suivis dans nos déménagements et nous sommes incapables de vivre sans elle. Myrtille, surnommée affectueusement « Mimi », est notre rayon de soleil. Constamment de bonne humeur, elle ronronne quasiment en permanence et déborde d’énergie. Elle s’est habituée à sa nouvelle maison sans aucun problème, et nous sommes ravis de ce changement. Pourtant, ce tableau si parfait comporte une face cachée que je n’ai pas tardé à découvrir contre mon gré. Mon compagnon travaille de nuit dans une petite entreprise familiale de métallurgie et il faut bien quelqu’un pour assurer la sécurité du lieu, même si, honnêtement, il ne s’y passe jamais rien. Mais il est plutôt bien payé, alors... pourquoi pas ? Quant à moi, l'idée de dormir seule ne m’avait jamais inquiété. Et puis, Mimi est là. Avec une telle présence, je n’ai jamais ressenti le moindre sentiment de solitude. Elle dort toujours avec moi, dans le lit, occupant la place de mon partenaire. Mais cette nuit, ma vision des choses a profondément changé.
Après avoir pris un bon bain et passé plus de temps qu’il ne fallait devant une série, je dois dire au revoir et à demain à mon compagnon, qui doit s’accommoder de cet horaire contraignant. Mais encore une fois, nous nous y sommes habitués. Moi-même épuisée par ma journée de travail - ce n’est pas évident la vie d’artiste -, je me suis affalée dans mon lit et me suis rapidement endormie, sans oublier bien sûr de laisser la porte entrouverte afin que Mimi puisse me rejoindre quand l’envie lui prendrait. Mademoiselle est toujours très agitée la nuit, encore plus que durant la journée en tout cas. Je ne compte plus le nombre de fois où elle m’escalade, s’assoit sur ma tête ou me mordille les orteils lorsqu’ils ont le malheur de dépasser de la couverture
Ainsi, me voilà qui dors profondément et paisiblement, du moins jusqu’à ce que ce que je sente un poids se poser sur mes pieds. Comme si quelqu’un avait bondi dessus. Et ce quelqu’un, c’est bien sûr cette fichue boule de poils ! Je grogne et me retourne, sans même ouvrir les yeux. Je suis bien trop fatiguée pour jouer ! Heureusement, Mimi a pitié de moi et me laisse retourner dans les bras de Morphée.

Jusqu’à ce que, une nouvelle fois, je sois victime d’une attaque. Je sursaute violemment. J’ai pu sentir ses griffes et peut-être même ses dents ! Je me redresse, mécontente. Dans l’obscurité, difficile de chercher des yeux la petite féline. Évidemment, elle s’est sûrement enfuie, sachant pertinemment qu’elle vient de faire une bêtise. Je souffle bruyamment, excédée, et enfouis mon visage dans l’oreiller. Maudit chat !

Je pense bien avoir été réveillée encore deux fois après ça. La bête s’acharne de plus en plus. Qu’arrive-t-il à Mimi ? Elle est très joueuse, c’est vrai, mais elle ne m’avait jamais encore jamais fait aussi mal ! Elle joue avec mes nerfs, à chaque fois que je veux la sermonner elle disparaît déjà dans les ténèbres. Si c’est comme ça, privée de croquettes ! Non, c’est impossible de résister à sa petite bouille adorable. Avec son pelage tigré, on dirait que ses yeux sont maquillés de noir et son petit menton blanc est juste à croquer ! J’aime beaucoup trop ce chat !

Je me calme, ça ne sert à rien de m’énerver en pleine nuit sur le petit animal qui partage ma vie. J’ai pris un certain temps avant de me rendormir. Tout est étrangement calme, beaucoup trop calme. Je n’ai jamais apprécié le silence. Généralement, je fais tout en musique. Mais contre toute attente, la fatigue me rattrape.

Dans mes rêves, Myrtille m’apparaît. La pauvre petite pleure, pleure et pleure encore, miaulant avec désespoir. Je veux la prendre dans mes bras, mais je ne parviens pas à l’attraper. C’est alors qu’une atroce douleur me fait hurler. C’en est trop ! J’allume la lumière et crie : « Ça suffit ! Tu m’as vraiment fait mal cette fois, Mimi ! ». Mais Mimi n’est pas là. J’inspecte rapidement mes pieds : ils sont en sang. Je ne comprends pas. Comment un si joli petit chat peut-il être capable d’un tel carnage ?! Je me sens très mal et me mets à pleurer sans pouvoir m’arrêter. J’aperçois alors des yeux luisants dans le coin de ma chambre, tout près de la porte, brillant dans le noir. Ils me fixent. Je frissonne, parcourue d’un indescriptible sentiment de menace. Je l’appelle : « Mimi ? Mimi ? ». Pas de réponse. Bien sûr. Mais d’ordinaire elle miaule à chaque fois qu’on l’appelle. Les yeux disparaissent alors et j’entends des bruits de pas, rapides, presque inaudibles.

Je n’ai pas pu fermer l’œil après tout ça.

Je me suis levée aux aurores, attendant mon compagnon avec impatience. Je veux lui raconter ce qui m’est arrivée, ce qui est arrivé à Mimi. Elle doit être honteuse, car impossible à dénicher. elle s’est sûrement encore cachée dans un endroit improbable. J’ai nettoyé et désinfecté mes pieds, sans grand succès. Les plaies sont purulentes et n’arrêtent pas de saigner. J’hallucine. Je ne vais tout de même pas devoir aller aux urgences, si ? Être contrainte d'avouer que c’est mon chat qui a fait ça, personne n’y croira ! Moi-même je n’y crois pas ! Alors que je prépare le petit-déjeuner, j’entends la porte d’entrée s’ouvrir : enfin il est rentré ! Les larmes aux yeux, je me jette dans ses bras. Il n’en revient pas : « Hé bien, qu’est-ce qu’il t’arrive ? C’est parce que Mimi n’a pas passé la nuit avec toi que tu es dans cet état ? ». Ma vision se trouble sous la stupeur, et je vois Mimi se précipiter vers son bol de croquettes, comme affamée. « Elle en a profité pour sortir hier soir, quand je suis parti. J’étais inquiet, mais elle m’attendait devant la porte quand je suis revenu ce matin. ». Je deviens livide.

Si Mimi avait passé la nuit dehors, alors… qu'est-ce qui m’avait attaqué les pieds ? Qui était rentré dans ma chambre ? Qui m’avait rejoint dans le lit ? Je perds l’équilibre. La douleur se fait lancinante. Mon compagnon me rattrape de justesse, et je prétexte la fatigue. Je ne veux finalement pas lui dire. Je ne veux pas qu’il s’aperçoive de l’état de mes pieds.

Plus ou moins rassuré, il reprend son rituel, à savoir prendre une douche et ensuite aller dormir à son tour. Je déjeune en compagnie de Mimi, comme chaque jour ou presque. Elle semble plus nerveuse que d’ordinaire et me fixe avec des grands yeux angoissés. Elle se demande probablement pourquoi je ne l’avais pas cherché alors qu’elle était restée dehors toute la nuit. Je lui murmure « Pardon. », faisant partie de ces personnes qui parlent à leur animal. Mimi plisse les yeux et se met à ronronner, peu rancunière. Elle s’approche, réclamant une caresse. Mais elle se fige en chemin, ses yeux rivés sur mes pieds. Elle fait marche arrière, tout doucement, comme si elle a vu un fantôme ou quelque chose de terrifiant. La peur s’empare de moi face à cette réaction inattendue et perturbante, les battements de mon cœur retentissent dans tout mon être. Je croise le regard de Myrtille : je peux y lire de la peur et de l’incompréhension, et elle peut probablement déceler la même chose dans le mien.

Encore aujourd’hui, je me demande ce qui m’est arrivée cette nuit. Quelle était cette chose dans ma chambre ? Je dis bien « chose » car j’ai finalement dû m’y rendre, à l’hôpital, et le verdict est tout sauf rassurant. Le personnel n’avait jamais rien vu de pareil, et la guérison fut très difficile. Le médecin m’a dit qu’il s’agissait probablement d’un animal sauvage : « D’une espèce inconnue ! » avait-il ajouté en riant. Mais moi, ça ne m’amusait pas. Pas du tout. Ça m’effrayait. Désormais, je ressens de l’appréhension et de l’anxiété dès que je suis seule, craignant sans cesse que « ça » revienne. Vu ce que « ça » a fait à mes pieds, « ça » serait capable de tout… Oh oui, la créature est capable de bien pire… Depuis lors, Mimi n’a plus jamais passé une nuit en ma compagnie. En fait, elle semble même éviter d’entrer dans la chambre, un peu comme s’il y avait quelque chose de maléfique à l’intérieur… Il paraît que les chats sont capables de voir des choses… Je préfère ne pas y penser. En fait, je n’aime plus cette maison, je veux partir. Je veux partir d’ici… Vite, je veux partir. Je n’ai plus beaucoup de temps, je le sens. Quand je suis seule à la maison, il m’arrive d’entendre du bruit, ou même des miaulements dans la chambre, mais je sais que ce n’est pas Mimi… Car elle est là, avec moi, à me regarder avec de grands yeux terrorisés. Cette chose dans la chambre, ce n’est pas Mimi...

Texte de IvyFenrir

Le démon, Partie 3 : Le café

« Et c'est pour ça que le gouvernement nous cache la fuite d'Hitler en Antarctique ! »
Platisto-Galiléo, ou Simon de son vrai nom, nous inondait depuis une demi-heure d'explications complètement farfelues et délirantes sur des « vérités » concernant notre monde. Celui qui nous avait contacté en privé suite à notre topic sur le forum de paranormal que l'on fréquente avec Kévin nous avait donné rendez-vous dans l'Abattoir Café de Strasbourg, afin de discuter de mon problème de démon. Alors qu'on s'y était rendus sans en attendre grand-chose, il s'était vite avéré que ce drôle de personnage était un complotiste persuadé de détenir des vérités interdites et que le gouvernement voulait le faire taire.

Mis à part ses discours dérangés que Kévin buvait comme des vérités absolues ouvrant la voie de réflexions encore inconnues à ses yeux, il avait l'air d'être le moins dérangé des types qu'on avait croisés jusque-là. En effet, à chaque fois qu'il exposait une nouvelle théorie, il sortait du sac Eastpak qu'il avait amené avec lui une « preuve » de ce qu'il affirmait, ce qu'il fit à nouveau en nous passant une photographie montrant Hitler habillé avec un long manteau polaire dans un environnement entièrement blanc. Et alors qu'il enchaînait sur un sujet qui n'avait pas le moindre rapport avec celui qui l'avait amené ici et que le serveur s'approchait pour prendre notre commande, j'essayai de le faire revenir sur la raison principale de sa venue.
« Et concernant le démon dans ma tête, tu sais, Niarloth- »
« Non ! » me coupa Simon en frappant du poing sur la table, faisant sursauter le serveur et tomber au sol une des photos-preuves qu'il avait sortie précédemment, qui montrait un astronaute dans le désert du Nevada. « Déjà, tu le prononces mal. Et faut surtout pas l'appeler, il pourrait nous trouver. »

« Enfin un humain respectant ma grandeur ! » énonça la voix dans ma tête, avec une forme de soulagement. J'étais prêt à parier qu'il allait me demander d'en faire son grand prêtre ou une connerie du genre, comme ce fut le cas avec moi pendant les premiers jours où je l'entendais ou encore pour Kévin, après qu'ils aient eu une discussion tous les deux sur le trajet entre la Bretagne et Strasbourg, même si la majorité des phrases qu'ils s'adressaient étaient des insultes.
Simon ramassa sa photo, et nous en profitâmes pour passer commande. Alors que mon pote et moi-même prenions des Guiness comme à notre habitude, le complotiste commanda un déca recaféiné, provoquant le haussement de sourcils du serveur qui repartit en direction du comptoir.
Et alors que Simon s'apprêtait à se relancer sur un autre complot palpitant, Kévin le coupa net, demandant de manière crédule : « Mais il nous a pas déjà trouvés, s'il est dans sa tête ? », ce qui fit blêmir le complotiste, comme si une révélation venait de s'imposer à lui.
« Heu, de ce que je sais et de ce que j'ai appris de Roswell, les Autres Dieux comme lui vivent dans les contrées oniriques et ne sont donc pas forcément dans le monde de l'éveil dans leur entièreté. Mais je ne sais pas s'il n'est qu'une simple copie de conscience, ou une conscience de lui-même à part entière. »

Cette réponse mena à un silence assez froid. Non pas que les révélations qu'il apportait me tétanisaient ou me menaient à un stade de compréhension supérieur de la situation, mais la seule chose que j'avais réellement compris dans son discours était le mot « Roswell » qui me rappelait quelques lointains souvenirs d'émissions télés passant sur TMC le samedi soir. Et après quelques minutes à réfléchir au sens de ce qu'il disait, qui furent d'ailleurs coupées par le serveur nous apportant notre commande, j'ai décidé de lui répondre.
« Tu as parlé de Roswell, tu veux dire les extraterrestres qui se sont écrasés là-bas ? »
Kévin, qui venait de prendre une gorgée de bière, leva la tête, comme pour écouter la réponse qui alimenterait sa nouvelle passion. Simon, quant à lui, me regarda en fronçant les sourcils. « Y a encore des gens assez cons pour croire à ça ? Tout le monde sait que c'était un ballon-sonde, non ? »

Je n'avais jamais dévisagé quelqu'un aussi violemment de toute ma vie. Je lui ai lancé un regard tellement noir qu'il s'est étouffé avec son café en le remarquant, tandis que Kévin et Nyarlathotep faisaient preuve d'un silence mortuaire afin de ne pas m'énerver d'avantage. Et comme pour noyer le poisson, Simon enchaîna sur la réponse à ma question, en bégayant un peu: « Roswell a été le lieu de l'apparition d'un avatar de ton démon. Mais il n'était pas dans sa forme complète et il a fini par être banni de ce monde ».
« Je vois que la connaissance de ma présence a traversé les âges ! » répondit Nyarlathotep avec de l'assurance, comme fier. « Fais que cet humain inférieur soit le grand prêtre de mon culte ! »
Qu'est-ce que j'avais dit. Plus le temps passait et plus Nyarlathotep devenait prévisible et supportable, autant qu'une voix étrangère criant dans ma tête puisse l'être.
Je pris une gorgée de bière en réfléchissant à ce que j'allais répondre, mais Kévin fut plus rapide.
« S'il a déjà été banni auparavant, ça veut dire que tu sais comment faire pour qu'il s'en aille ? » demanda-t-il à Simon, des étoiles plein les yeux.
Celui-ci le regarda avec un petit sourire en coin. « Moi non » lâcha-t-il après quelques secondes, « Mais j'ai une amie médium qui saura sûrement. C'est elle qui m'a dit de vous contacter, pour voir si vous étiez vraiment possédés par le Chaos Rampant ».

Cette révélation nous surprit tous les deux, Kévin et moi. Même si ce Simon avait l'air de n'en connaître qu'un minimum sur le sujet, l'idée qu'il connaisse une personne pouvant m'aider à me débarrasser définitivement de mon problème était une perspective très envoûtante. Néanmoins, le fait que cette personne soit aussi sûrement une déglingo ne m'enchantait clairement pas : j'en avais marre des gens bizarres, et je regrettais presque de ne pas avoir écouté ma mère quand je lui avais annoncé vouloir parcourir la France avec Kévin.
Et alors que j'allais poser plus de questions au complotiste, celui-ci se mit à fouiller dans son sac; et finit par en sortir un objet carré entouré de papier d'aluminium.
« Encore une preuve sur une de tes vérités délirantes ? » lui demandai-je, encore un peu énervé par son mépris de tout à l'heure.
« Non, je vérifie juste que vous racontez pas de conneries ! » me répondit-il sans prêter attention à ma provocation.
Et alors qu'il posait le boitier sur la table, il appuya dessus, sans rien provoquer de la part de celui-ci. Il réessaya une nouvelle fois, puis deux, sans plus de succès, et finit par donner un coup de poing dessus. Cette fois, l'objet parut mieux fonctionner, car il se mit à émettre un bruit blanc qui fit sourire Simon.
« On dirait la radio de ma voiture » remarqua Kévin, qui avait suivi la scène avec le même regard qu'un enfant regardant un spectacle de magie.
« Presque ! » dit le complotiste, visiblement fier de lui-même. « C'est une radio qui change de fréquence en boucle mais qui ne reçoit pas d'ondes extérieures. »

Une spirit-box. Il avait amené une putain de spirit-box faite maison pour dialoguer avec Nyarlathotep. Il allait pas être déçu.
« HUMAIN ! » cria le démon au travers de la radio, faisant sursauter mon pote, le complotiste et le serveur qui passait par là avec un plateau rempli de boissons, lesquelles finirent au sol dans un fracas de verre et de plastique. « SOIS MON DISCIPLE, ET TU DÉCOUVRIRAS DES VÉRITÉS SUR CE MONDE QUE TU NE SOUPÇONNES MÊME PAS ! ».

Visiblement gêné par la situation, Simon répondit qu'il en savait déjà assez sur le monde et appuya sur la radio, qui ne s'éteignit pas. Cette réaction fît redoubler d'efforts Nyarlathotep, qui ne voulait pas laisser échapper sa chance d'obtenir un disciple « digne de ce nom ». Hurlant de plus belle au travers de la radio que notre ami complotiste essayait maintenant d'éteindre en la frappant, le démon se mettait à le menacer de faire de ses amis et de sa famille ses esclaves personnels s'il continuait à refuser son offre. Et comme si la situation ne se suffisait pas à elle-même, un homme arriva en direction de notre table en criant qu'il était le gérant du café et qu'il allait appeler la police si nous n'éteignions pas notre radio dans la minute qui suivait.
Dans la panique, Simon arracha le papier d'aluminium de l'objet, qui se mit instantanément à jouer de la musique puis à parler de la météo, du trafic routier sur la A1 et d'une émission sur NRJ. Et alors que le serveur et les clients des tables à côté rejoignaient le gérant pour se plaindre de la situation, le pauvre Platisto-Galiléo jeta sa radio au sol par désespoir, non pas sans entraîner dans son geste son verre de café qui déversa le restant de son contenu sur les précieuses photos servant de preuves à tout ce qu'il nous avait raconté jusqu'à maintenant.  En touchant le sol, la radio éclata, tout comme la tasse et le respect que portait Kévin au complotiste.

Alors que tout était enfin fini et que le silence revenait, nous entendîmes tous les trois le gérant du café s'adresser au serveur.
« Putain cette fois, j'appelle la police. »

Texte de Daemoniack

Le démon, Partie 2 : Le covoiturage

« Est-ce que tu m'entends, humain ? »
 
Cette voix commençait à sacrément m'énerver. J'avais juste envie de me reposer pendant le trajet en direction de Strasbourg, surtout en sachant que je devais prendre le relais après Paris. Mais ce truc en avait rien à faire de ce que je voulais, il continuait d'essayer de me parler et m'empêchait carrément de dormir à certains moments. 
 
« Mais ferme ta gueule ! m'écriai-je avec énervement, faisant sursauter Kévin à côté de moi.

Mais j'ai rien dit bordel, me répondit-il justement, et arrête d'être aussi violent avec moi. T'es comme ça depuis plusieurs jours, et tu sais bien que j'aime pas ça. »
 
Je tournai la tête en direction de mon pote, qui conduisait depuis Pleyben et qui continuait de regarder la route, tout en me parlant. On venait de dépasser le Mans et on s'était engagés sur l'A11, toujours avec notre Saxo bleue qui nous suivait depuis plusieurs années déjà. J'étais presque surpris qu'il réagisse à mon injonction, vu qu'on ne se parlait plus beaucoup depuis ce qu'il m’avait dit après cette nuit dans le bois. Mais j'ai préféré ne rien laisser paraître et regarder par la fenêtre passager en soupirant.

« Ce n'est pas une façon de s'adresser à un être supérieur, me répondit la voix un peu tardivement, non sans un ton encore plus sévère que les autres fois. Tu n'es qu'un réceptacle à ma grandeur, tu devrais m'obéir ! »
 
Bordel. Ce qu'il était lourd à me répéter ce genre de choses en permanence. Et, tu es mon enveloppe charnelle par-ci, et tu es mon élu par-là, et tu devrais créer un culte, et tu ne devrais pas dormir maintenant, et tu devrais m'écouter... On voit que ce truc n’a pas connu ma mère. Au moins elle, elle savait être plus persuasive, et je sais de quoi je parle. Lui me rappelait un peu mes professeurs de collège et de lycée, qui pensaient pouvoir me faire participer à leurs cours. Ah, la belle époque où j'avais rencontré mes potes et où on s'était penchés sur le paranormal...
 
« Bon, on va en parler ou pas ? », demanda Kévin, le regard toujours fixé sur la route. 
 
Je tournai la tête presque instantanément : 
 
« Et tu veux que je te dise quoi, putain ? Il y a six jours, on a tenté d'invoquer une saloperie avec une sorte de descendante de druide low-cost, ça a marché, elle est morte, et j'ai un putain de démon dans ma tête depuis. Mais, dès que je t'en parle, tu me sors d'aller consulter. Tu veux que je te dise quoi de plus ? Que je déconne et que j'ai juste envie de t'emmerder ? »
 
Un léger silence s'installa juste après cette phrase. Même ledit démon avait cessé de parler, pour une fois. Bon, oui, j'étais énervé, et non, je n’avais pas besoin de lui reprocher son comportement. On avait été à l'hôpital après cet incident, et il s'était avéré que j'avais une belle commotion suite à mon évanouissement. J'étais tombé comme une masse sur une pierre, donc c'était tout à fait normal que Kévin s'inquiète de ma santé. Surtout si j'entendais une voix dans ma tête. Mais je savais que cette voix n’était pas liée à ma blessure. Elle me parlait de trucs que je ne connaissais pas et me racontait la vie des gens que je croisais dans la rue. C’était quand même un peu plus qu'un problème psychique.

« Alors, si je peux me permettre, je ne suis pas un simple démon inférieur. Je suis Nyarlathothep, le Chaos Rampant, l'Âme, le Coeur et le Messager des Autres Dieux, l'Entité aux 1000 Avatars, le Phara...
 
Oh toi, tu serais Mimi la petite souris, j'en aurais tout autant rien à foutre de ce que tu me dis ! répondis-je avec lassitude.
 
Bon, admettons, soupira Kévin. Dans ce cas, si tu as un démon qui te parle, il doit avoir des pouvoirs ou un truc du genre qui pourrait lui permettre de prouver qu'il est là, non ? Allez, dis-moi un truc sur moi. N'importe quoi. »
 
Ah bah. C'est pas comme si on se connaissait depuis douze ans avec Kévin, et même en admettant que ce Nyarlathotep réponde, il faudrait que je sache quelle information je ne connaissais pas déjà. J'étais pas rendu. Et puis, c'est pas comme si on avait déjà tout partagé l'un sur l'autre, j'étais même présent lors de sa première fois. Bon, lui ne s'en souvient pas tant il était torché.
 
Kévin me regarda du coin de l’œil, comme s'il me comprenait dans mon silence et enchaîna : « Tiens, combien j'ai de doigts là ? », en mettant sa main gauche dans son dos.
 
« Humain, je n'ai pas à prouver ma toute-puissance à d'autres personnes que toi. Je ne m'abaisserai pas à ce jeu idiot », répondit Nyarlathotep avec arrogance. 
 
Et merde.
 
« Mon pouvoir est incommensurable, cède à mes requêtes et il pourrait être tien. Obéis-moi, hum...»
Non. Là, je te demande de répondre à la question de mon pote. Si t'y réponds pas, je vais m'énerver. »
 
Non mais il se prenait pour qui là, ce démon de mes deux ? C'était quand même encore moi qui faisait la loi dans ma tête !
 
« Je ne répondrai pas, tu n'as aucun pouvoir sur moi, répondit Nyarlathotep.
 
Non mais t'es sérieux, là ? Tu me dis que t'es un dieu et là tu réponds même pas à une question aussi simple ? Mais comment veux-tu que qui que ce soit te prenne au sérieux, Niarlotathep ? » 
 
Kévin, qui suivait le dialogue à moitié, commença à rigoler. Et pendant qu'il riait et que la voix dans ma tête continuait à faire sa tête de con, il répondit : 
 
« Mais il est pas capable de voir que j'ai trois doigts, ton pote ?
 
AH NON ! IL EN AVAIT QUATRE ! », hurla Nyarlathotep en réponse, toujours dans ma tête.
 
Oh, j'étais clairement pas rendu. Combien de kilomètres avant Paris ? Quatre-vingts ? C'était trop long... On devait même aller acheter de l'essence, vu qu'on avait perdu notre bidon récemment. Franchement, cette histoire commençait à me désespérer à un point rarement atteint dans mon existence.
 
« Alors, si tu continues à hurler, je vais me mettre à chanter. Et crois-moi, le démon, tu viens peut-être des Enfers, mais moi je connais des tortures que tu n’as jamais expérimentées ! » 
 
Et alors que je pensais avoir la paix, celui-ci me nargua d'un : 
 
« Mon statut m'empêche de ressentir la souffrance, ALORS CHÂTIE CE BLASPHÉMATEUR.
 
Alors, comme ça, il te crie dessus ? Ou c'est juste une excuse pour éviter de me répondre ? », dit Kévin, avec un peu d'énervement.
 
Sérieusement, ils voulaient la guerre ? Ils allaient l'avoir. Putain, faut pas m'énerver comme ça.
 
« We're no strangers to love... You know the rules and so do I... A full commitment's what’s I'm thinking of... You wouldn't get this from any other guy... »

Un silence s'était installé pendant que je débutais la chanson maudite. Et, alors que j'allais entamer les paroles fatidiques, Kévin me coupa :
 
« D'accord, d'accord, j'ai compris. Tu veux pas un peu de vraie musique plutôt ? »
 
Tandis que je hochais la tête avec un large sourire, et que la voix dans ma tête continuait de rester silencieuse, mon pote tourna le bouton de fréquence de la radio pour l’allumer. Et, après plusieurs minutes d'essais infructueux, celui-ci se souvint avoir abîmé son antenne en tentant de la changer quelques mois auparavant. Par dépit, il stoppa sa recherche sur un bruit blanc assez insupportable.
 
« Et donc, il voyait pas que j'avais trois doigts ?, reprit-il de plus belle.
 
CET HÉRÉTIQUE CONTINUE DE MENTIR ! », hurla de nouveau Nyarlathotep. 
Néanmoins cette fois, quelque chose était différent. La voix paraissait moins nette, comme si quelque chose la brouillait. J'étais en train de réfléchir à ce qui pouvait provoquer cette impression, quand je remarquai que Kévin n'avait plus les yeux fixés sur la route comme depuis le début du trajet, mais qu'il me regardait avec de grands yeux, le teint un peu livide. Et alors que la voiture commençait à sortir de la route, réveillant le pilote de sa torpeur, je compris d'où venait le malaise.

Cette fois, il avait parlé depuis la radio. 

Texte de Daemoniack

Le démon, Partie 1 : L'appel à Satan

« Qu'est-ce que je fais là, encore ? » était une question que je me posais très régulièrement ces derniers temps, mais aujourd'hui était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase.
J'avais assisté à de nombreux rituels à base de pentagrammes inversés, de bougie noire et de litanie à la gloire de Satan afin de l'invoquer, donc me retrouver en pleine nuit au milieu d'une forêt du Finistère en compagnie de mon ami Kévin et d'une pseudo-sorcière au prénom imprononçable typique de la région me faisait perdre patience.
Alors qu'elle dansait autours d'un feu « sacré » allumé au sans plomb 95 avec une boite d'allumette achetée au Lidl quelque heures avant, notre sorcière en profitait pour psalmodier un mélange de français, d'anglais, de celte et d'akkadien ancien digne d'une incantation d'un film bollywoodien.

Assis côte à côte à une distance respectable du spectacle, mais pas si éloignée du bidon qui nous noyait sous une odeur infâme d'essence, Kevin et moi-même étions un peu sceptique vis-à-vis de la jeune femme. On en avait croisé des « experts » dans le domaine du satanisme, allant des chercheurs un peu barrés aux amateurs de la théorie du complot en passant par des gamins ayant créé des blogs dédiés à des rituels sortis de leur propre imagination, mais là on avait clairement touché le gros lot avec Noelaïg. Elle nous avait l'air d'être le candidat idéal à l'invocation de l'Homme cornu, surtout lorsqu'elle nous a expliqué descendre d'une longue lignée d'anciens druides celtes ayant pour habitude d'invoquer Satan à la première nouvelle lune d'avril, mais on s'est vite mis à douter de ses réelles capacités lorsqu'elle nous a demandé si ça nous dérangeait d'aller prendre un menu au McDonald's de Chateaulin car c'était un lieu « chargé en énergie », selon elle.

Après s'être mise à crier un mot à répétition en jetant des branches dans le brasier tout en faisant des tours sur elle-même, la sorcière s'était agenouillée et avait arrêté de bouger. Kévin m'a alors regardé avec un regard empli de désespoir et de tristesse encore plus profond que lors de toutes les autres tentatives ratées que nous avions expérimenté, et j'ai décidé de prendre la parole afin d'arrêter le massacre.

« Bon, c'est pas tout, hein - Kévin continuait de me regarder pendant que je me relèvais - mais je crois qu'on a tous assez perdu de temps, hein. C'était sympa Noe... Noelaich, mais je suis pas sûr qu- »

Avant même que je termine ma phrase, Noelaïg s'est relevée en tournant son regard vers moi, tout en s'écriant qu'il était convenu que durant tout le rituel, elle n'était plus Noelaïg mais bien Abūtum-Maṣṣarum et que l'interrompre est quelque chose de déconseillé. J'allais émettre une objection quand Kévin m'a fait signe de la tête de me rasseoir, ce que je fit avec un soupir. Et avec un air satisfaite, notre sorcière s'est remise à danser autours du brasier de plus belle, en psalmodiant encore plus fort. Qu'est-ce qu'il faut pas faire pour rencontrer le porteur de lumière quand même...
On est le 16 Avril, il est presque 1 heure du matin et on se rapproche de 0 degrés Celsius. Et je suis en plein milieu d'une forêt avec un pote en train d'attendre qu'une fille qu'on connaît depuis à peine quelques jours daigne réussir à invoquer une entité magique surpuissante. C'est dans ce genre de situations que je me rappelle ce que me répète ma mère depuis quelques années déjà, sur le fait de reprendre ma vie en main. Et plus j'y réfléchis, plus je me dis que je devrais peut-être arrêter mes conneries et essayer de faire quelque chose d'utile aux autres, parce que visiblement ma façon de vivre va rencontrer un mur dans très peu de temps. Et là, j'ai comme l'impression que le mur prend étrangement l'apparence d'une rousse aux yeux bleus, dansant autours d'un feu en hurlant des mots aléatoires et en jetant tout ce qui lui passe sous la main dans le brasier, en faisant des gros yeux. Bordel, mais qu'est-ce que je fais là, encore ?

« Enfin, je sens l'énergie de Satan ! » s'écria Noelaïg en agrippant le bidon d'essence et en le jetant dans le brasier avant même que nous puissions réagir à la stupidité de cette action. En l'espace d'un instant et sous nos regards ébahis à moi et Kévin, la flamme s'est mise à grossir aussi bien en hauteur qu'en largeur, enveloppant tout sur un rayon d'à peu près deux mètres autours du point initial du brasier, la sorcière compris, avant de nous coucher au sol tout en envoyant valser sur la forêt environnante des milliers de morceaux de bois, de plastique et de femme rousse enflammés.
Et pendant que cette forêt millénaire commençait à s'enflammer aussi bien que la maison d'un pyromane et que nous sombrions dans l'inconscience avec Kevin suite au contre-coup du souffle de l'explosion, j'ai ressenti quelque chose de spécial et réellement étrange. Non pas que comprendre que notre « druide » venait de rejoindre ses ancêtres dans le même état qu'un puzzle 300 pièces n'était pas spécial et réellement étrange, loin de là, mais j'ai ressenti comme une présence.
Une présence qui m'empêchait de rejoindre Kévin au pays des rêves.

Alors que tout s'illuminait autours de moi, j'ai trouvé la force de me relever, avec un peu de mal tout de même. Complètement sonné, à vrai dire. Et pendant que j'essayais de retrouver mon équilibre en vérifiant que je n'étais pas blessé, j'ai entendu une voix rauque dans la direction du cratère où se tenait le brasier et Noelaïg il y a quelques minutes. Alors que je me tournais dans la direction de la voix, je l'ai vu. Une forme sombre ressemblant à un être humain, des jambes ressemblant à celles d'un cerf et des cornes de bouc sur sa tête. Il était debout, regardant dans ma direction, parlant dans une langue que je ne comprenais juste pas du tout. En fait, tout bien réfléchis, je crois que même s'il s'était exprimé dans ma langue en m'interpellant, je n'aurais juste pas compris que cette incantation foireuse avait réussi. Et alors qu'un crépitement inquiétant commençait à se faire entendre dans la forêt tout autours de nous, l'Homme cornu pencha sa tête sur le côté et recommença à parler, de manière plus compréhensible désormais:

« Petit humain, es-tu celui qui m'a invoqué ? » dit-il d'une voix rauque à glacer le sang. A cette question, j'ai hoché la tête négativement, et je lui ai montré la chaussure de notre sorcière. Il s'est alors approché de celle-ci, l'a prise et l'a retourné, laissant tomber un morceau de pied complètement noir au sol. Il a alors soupiré en regardant tout autours de lui, avant d'émettre un « Encore ces amateurs... » tout en lâchant la chaussure. « Je suis censé servir la personne qui m'invoque, petit humain. Si celle-ci n'est plus, alors je n'ai pas à rester. » dit-il en me regardant de nouveau.
Et, tout en étant complètement ébahis par la scène, j'ai observé Lucifer lever l'un de ses bras en l'air, la paume ouverte. Et tandis qu'il refermait son poing, les flammes aux alentours s'éteignaient les unes après les autres, replongeant la forêt dans l'obscurité la plus complète, à tel point qu'il n'était plus possible de le voir. Au moment précis où la dernière braise s'est éteinte, j'ai alors cessé de ressentir sa présence et je me suis écroulé.

Mais avant de sombrer dans l'inconscience, j'ai entendu une dernière fois la voix rauque de l'homme cornu. « Qu'est-ce que je fais là, encore ? »

Texte de Daemoniack

L’enfer est une pièce avec deux portes.

L’enfer est une pièce avec deux portes.

La première se ferme derrière vous dès que vous avez franchi le seuil. Elle se verrouille dans son cadre, et ne s’ouvrira plus jamais. La seconde porte se trouve sur le mur opposé. Elle semble être une barrière infranchissable. Vous savez en la voyant que vous ne pourrez jamais la franchir, à moins d’y être invité. 
Une fois à l’intérieur, votre tourment commence. Il n’y a qu’une seule punition disponible dans cette pièce, le choix étant laissé à votre tourmenteur. Vous allez crier, vous allez pleurer, et quand vous regarderez vos blessures; guérir juste assez pour garder la douleur aussi vive que possible. Il n’y aura rien que vous voudrez plus au monde que vous échapper de cet endroit. 

Une fois que vous avez enduré 24h de ce supplice infernal, il vous sera octroyé un jour de congé. La seconde porte s’ouvrira, dévoilant une petite pièce, douce et accueillante. Vous pourrez choisir de franchir la porte et d’entrer dans cette chambre en pierre grise. Elle n’a cependant rien de spécial, mis à part, comme toujours, qu’elle contient deux portes. Lorsque la porte se referme derrière vous, vos plaies guérissent, votre douleur disparaît et pendant 24 heures, rien ne se passe. Il n’y a pas de confort particulier dans cette chambre, mais en l’absence de tourments incessants, vous buvez chaque seconde comme de l’ambroisie. 

Cependant, il y a un hic. Lorsque votre temps sera écoulé, lorsque la deuxième porte s’ouvrira et que vous serez tiré à l’intérieur, vous serez dans une nouvelle pièce, avec un nouveau bourreau et, chose importante, votre nouvelle peine sera sensiblement pire que la précédente. Certains prennent un certain temps avant de comprendre ce système.  Certains le comprennent immédiatement, mais ne peuvent tout simplement pas supporter la douleur. Ils traversent la porte dès qu’elle s’ouvre, impatients de passer une journée en paix. Ce sont ces personnes-là qui sont le plus à plaindre. Ils passent rapidement à des tourments au-delà de toute souffrance imaginable, et se lamentent d’avoir franchi le seuil de cette porte, pour rejoindre cette chambre et bénéficier, certes, d'un repos de 24h, mais également pour subir des douleurs encore plus atroces. Ils souhaiteraient ne jamais avoir mis les pieds dans cette pièce, mais, quand la porte s’ouvre, ils sont incapables de s’arrêter. 

Mais le vrai tour est joué à ceux qui se retiennent. Ceux qui réalisent que leur supplice actuel est plus doux que celui qui les attend derrière cette chambre grise. Leur cœur se brise mille fois, chaque fois qu’ils décident de ne pas entrer dans la pièce. Leur âme se fait violence dès qu’ils décident d'y rester.

 L’enfer est une pièce avec deux portes. La première se ferme derrière vous dès que vous avez franchi le seuil. Elle se verrouille dans son cadre, et ne s’ouvrira plus jamais. La seconde porte se trouve sur le mur opposé, ouverte, attendant, en vous rappelant à chaque seconde de votre tourment infini, que cet enfer est celui que vous avez choisi.

 Traduction : Kamus

Jeu de dupes


Temps de lecture : 7 minutes

La soirée était sympa, pas une de celles qui changent une vie, mais une qui te détend et te fait oublier les tracas de la vie quotidienne. Quelques verres et quelques bons amis, saupoudrés de bonnes rencontres. Enfin, l’unique hic était le retour. David habitait loin, au moins une heure de marche de la fête et pas de voitures. Pas le choix, il fallait prendre son courage à deux mains et utiliser ses jambes. La nuit était douce, caressée par un léger vent frais contrastant avec la pesante chaleur estivale. Le premier kilomètre ne posa pas de problème, il fut même amusant, car observer les gens ivres faire n’importe quoi est à mourir. Sachant que le marcheur n’était pas des plus sobres non plus. Une fois le centre-ville traversé, l’homme prit un chemin campagnard. En effet, sa résidence est était excentrée par rapport à la cité. Une route en terre taillée à travers champs et forêts. Le trajet devint tout de suite moins divertissant lorsque son téléphone s’éteignit , et que ses écouteurs ne purent plus diffuser Tracy Chapman (« Fast car » pour les plus curieux). Le jeune adulte se sentit alors soudainement très seul. Il continua néanmoins sans rien laisser transparaître, comme si quelqu'un pouvait le juger. Le torse bombé et le pas rapide, voilà que la forêt se déployait tout autour en cachant la lumière lunaire. Une myriade de bruits le percuta au fur et à mesure de son avancée, mais le fêtard tenta ne pas y prêter attention en pensant à son lit douillet ou aux vidéos YouTube qu’il regarderait une fois chez lui. Les crissements se firent plus fort, et s’approchaient presque d’un râlement. Le genre de ceux que font les vieux quand ils voient des garnements sur leurs pelouses. En bien plus agressif, plus menaçant.  

« Je me fais des films, c’est la nuit et je deviens parano », se dit-il, appliquant donc à la lettre les leçons de Coué. Il jeta tout de même de furtifs coups d’œil à droite et à gauche. Les arbres paraissaient déformés et absurdement courbés, prenant des angles impossibles, le ciel si obscurci par les branches tordues de ces derniers qu’aucune étoile ne parvenait à percer les végétaux opaques. Une sensation désagréable s’empara de l’échine de l’étudiant, similaire à un souffle gelé. Il se mit, en conséquence, à trottiner à la manière d’un esclave accélérant par crainte du fouet. Il avait un peu honte, au fond, car il s’assimilait à un peureux. Le bruit des géants de bois se faisait de plus en plus constant, sans s’amplifier, mais presque continu. Ils ont bougé, ils s’avancent ! Le jeune homme, aux allures d’enfant tant sa peur croissait, pouvait le jurer. Il courut autant que ses poumons le lui permettaient, malheureusement la sylve semblait infini. Puis trébucha sur une racine et s’écrasa sur la terre battue. La douleur était puissante, sa cuisse très douloureuse, pourtant, c’est la disparition du chemin qui le paniqua. Le pauvre était entouré par la cime, plus de route. Alors, il hurla et essaya de rallumer en vain son cellulaire. Puis il s’effondra à genoux, son esprit essayant de donner un sens à la situation. Quelques minutes après, le jeune adulte se leva et erra, craintif, dans le labyrinthe de feuilles et d’écorces. À plusieurs reprise, ses pieds s'embourbèrent dans des racines. Ces foutus arbres voulaient sa peau, il en était certain. Les éviter se révéla tâche impossible, et le gaillard devait parfois prendre appui sur ceux-ci afin de surmonter une butte ou autre. Chaque fois, sa main finissait écharnée. Chaque fois, un crissement s’ensuivait, similaire à un millier de ricanements lointains.  

Terrorisé, fatigué et au bord du désespoir David vit au loin une petite lumière et accourut alors en sa direction. Un vieillard à la barbe touffue, portant un costume bon marché rapiécé et un chapeau de mafieux, jouait aux cartes sur une table ancienne et usée, assis sur un tronc brisé, éclairé grâce à une lampe à huile.
« Qui êtes vous ? », lança-t-il au joueur, méfiant.
L’étranger lui distribua une main en guise de réponse. Le jeune adulte l’aurait bien secoué pour le faire réagir, mais tout son corps hurlait que c’était une mauvaise idée.
« Je te conseille de te dépêcher, lorsque toute l’huile aura brûlé, tu seras à nouveau livré à toi-même. »

Sa voix était rauque, mais bizarrement chaleureuse.
« Vous allez m’aider ? » Un brin d’espoir surgit...
« Non, je joue aux cartes. » Et disparut aussi vite.
« Qu’est-ce qui se passe, où on est ? », demanda-t-il en s’asseyant sur une souche en face de la table tout en prenant le carton.
« T’es la Big Blind, tu commences à miser ». La voix muta pour devenir rauque, monotone. Blasée serait le mot juste.
« Je n’ai pas d’argent liquide, mais j’ai mon portable... ». Le jeune homme se demanda bien pourquoi il jouait. Sûrement par crainte d’être à nouveau seul.
« Mieux que rien. Moi, je mise des morceaux de plan de l’endroit. Je crois qu’il n’y a rien de plus précieux. »
La partie s’engagea mal pour notre ami. Un trois et un huit de couleurs différentes. Que des têtes qui sortent. Une dame, un roi, un dix et une misérable paire de deux. Le Texas Holdem est vraiment un jeu de con ! L’exercice lui fit oublier sa peur et il remarqua ainsi les cartes discrètement glissées dans la manche de son adversaire.
« Perdu, mon grand. Ton joujou est à moi, ricana le tricheur.
Je préfère mélanger pour la prochaine, grommela le garçon en fixant les manches coupables.
Comme tu veux, rétorqua le joueur d’un autre temps, tout en s’esclaffant. L’unique chose qui compte, c’est de se divertir.
Bordel, où on est et qui êtes-vous ?

Un simple marchand, j’échange diverses choses et services contre une juste rétribution. Et parfois, je parie, comme aujourd’hui. Maintenant mélange et fais silence. »
Ce que fit David, terrorisé par ce type. Le mélange fut rude et le set tomba à plusieurs reprises. Plus son voisin paraissait exaspéré, plus la lampe vacillait jusqu’à ne presque plus rien éclairer. Sitôt les grincements des branches reprenaient.
« J’ai fini, j’ai fini ! hurla-t-il sous le coup de la frayeur, avant de distribuer les mains.
J’ai une veine de pendu, petit, prépare toi à perdre tes bottes.
Nous verrons », marmonna le jeune homme, tout tremblotant. Les cartes sortirent les unes après les autres : d’abord, un as de pique, puis un valet de trèfle, un dix de pique, et un autre as.
« Brelan d’as, ah ah. Et toi, l’écolier ?
Pair de valets », répondit-il d’un ton plaintif.
  
Les parties s’enchaînèrent et les défaites également. Si bien qu’il ne restait plus que ses vêtements au pauvre malheureux, et encore, ses chaussures étaient perdues aussi.
« Il ne reste plus que tes frusques, prêt à miser ?
Tu ne veux pas autre chose, sans eux, je risque l’hypothermie !

Peut-être une chose, oui, ton âme crasseuse pourrait le faire. » Le ton était similaire à une déglutition. L’adolescent prit une grande inspiration, bomba le torse et lui cracha avec le même dégoût.
« Si tu fais tapis.
Vendu, je suppose que tu souhaites encore mélanger ? »
En effet, l’étudiant mélangea. Fort, rapidement et fit plusieurs tas qu’il battait aussi. Cela dura quelques minutes, l’adversaire soupira, se plaint et commença à jouer avec ses bagues immondes en fer rouillées.
« T’es la big, à toi de révéler. » Le malin afficha son sourire édenté en guise de réponse.
Sur la table, il y avait une dame et un dix de cœur, un huit de pique, une dame de trèfle et un valet de cœur.
« Pour toi, c’est la fin. Carré de dame, petit.
Quinte flush royale, répondit narquoisement le gamin, qui n’en avait plus du tout l’air, en montrant son as et son roi.
Tu as triché, c’est impossible ! C’est impossible ! hurla le perdant.
Je vais prendre mes gains.

Tu t’es joué de moi, ordure ! Malhonnête ! Ça n’a rien de divertissant !.
Je vais prendre la lampe aussi, bon vent. » Rien de meilleur que l’arroseur arrosé. Ce n’était pas la première fois que David trichait au poker, et ses expériences lui avaient appris à toujours bien préparer son coup.  

Les morceaux de plan, une fois assemblés, donnaient un itinéraire très clair vers une croix rouge peinte. La sortie ! Il est ardu de se repérer dans une forêt dense, mais l’éclairage parvenait à repousser la cime et notre héros avait toujours eu un excellent sens de l’orientation. Malgré la sécurité relative qu’offrait la lumière, les grincements menaçants continuaient tout autour. Il parvenait presque à discerner des mots parmi eux : des insultes. Tels des serpents, les racines se resserraient hors de portée de la lumière. Quand le bougre avançait, des crissements de douleurs émanaient du sol et ces dernières se raidissaient. Pourtant, il continua sa route sans tressaillir grâce à l’espoir que représentait une issue. Au bout d’une dizaine d’interminables minutes, l’homme entrevit les rayons de la Lune et s’y précipita donc. Cependant, ce n’était pas la sortie, mais une immense clairière. De l’autre côté, se tenait le vieillard chapeauté.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? Ce n’est pas ce que je voulais ! », cria David en se dirigeant vers lui afin d’obtenir des explications et la bonne route. Arrivé à mi chemin, un lourd grondement secoua la terre et le fit trébucher.
« Je n’ai jamais dit que cette carte te mènerait chez toi », pouffa le démon, en fumant sa cigarette.
La clairière se transforma en un gargantuesque visage humain fait d’herbes, de ronces et de buttes. Les yeux n’étaient que boue animée et sordide fixant le jeune homme. Cette face était terrifiante, celle d’un être en colère et sans pitié. Similaire à un assassin haineux et déterminé à sa besogne.
Il courut vers les arbres proches, mais une gigantesque fente faisant office de bouche s’ouvrit sous ses pieds et l’engloutit. Sous les rires frénétiques et aigus du joueur de poker.  

Texte de Wasite