Lettre de Samuel à sa mère


Normandie, 5 Juin 1944.

Ma chère mère,

Voilà 6 mois que nous restons cachés dans cet endroit, cette cave. La famille qui nous héberge est composée de braves gens, ils prennent énormément de risques pour nous. Je n'ose même pas imaginer ce que les nazis leur feraient s'ils découvraient qu'ils nous ont aidés...
Que deviendrait la petite Sophie, qui nous apporte chaque jour à manger, avec un grand sourire sur le visage?
"Vous sortirez bientôt, c'est promis !". 
C'est ce qu'elle nous disait, tous les jours... Mais le temps passe, et nous sommes toujours cachés dans cette pièce sombre et humide, avec une radio comme seul divertissement. C'est mieux que rien, cela dit.

C'est dur, mère. C'est bien trop dur. Joshua, mon fils, ton petit-fils, est mort dans mes bras la semaine dernière. Il avait attrapé la fièvre, et comme il nous est impossible de sortir d'ici, nous n'avons pas pu le soigner efficacement. Je contemple son corps sans vie. Il a l'air apaisé. 
Nous ne pouvons le faire enterrer sans éveiller les soupçons des voisins. En effet, vois-tu, selon Jacques, le père de famille qui nous cache, la délation est très forte dans le quartier. Il nous a confié que déjà deux familles ont été dénoncées aux nazis, et les membres de celles-ci ont tous été déportés. Ou pire, fusillés.
J'admire le courage dont fait preuve Jacques, mais je pense que tout être a une limite. Il n'hésitera pas à nous dénoncer s'il sent que sa famille est en danger. Je ne peux pas lui en vouloir, je ferais la même chose à sa place.
De plus, les nazis sont de plus en plus méfiants. L'autre jour, j'ai bien cru que notre heure avait sonné : ils ont débarqué et fouillé la maison. Nous ne pouvions que prier, terrés sous leurs pieds, pour qu'ils ne trouvent pas l'entrée de cette pièce...
Josef ne parle presque plus. Depuis que son frère est mort, il ne dit plus un mot. Je ne sais pas comment le consoler. Je ne sais pas comment lui redonner espoir, car moi-même, je n'en ai plus aucun.

Cette lettre est une lettre d'adieu. Je sens que notre fin est proche, qu'il n'y a plus aucun espoir de sortir d'ici. Aucun espoir de gagner cette guerre. Aussi, je ne veux pas mettre plus en danger cette famille qui nous a tant aidés.
Cette nuit, j'emporterai Josef dans le lac et je mettrai fin à sa souffrance.
Puis, je me pendrai à l'arbre au pied duquel tu avais l'habitude de me raconter des histoires.
Ainsi, jamais les nazis ne nous enverrons dans leurs camps de la mort. Jamais la famille de Jacques ne se fera déporter à cause de nous.
Jamais plus nous ne souffrirons.

Adieu, mère. A toi qui adorais la poésie, je te laisse avec ces vers que j'ai entendus tout à l'heure à la radio :

"Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone."

Ton fils, Samuel.


Texte de Kamus.

Le démon, Partie 2 : Le covoiturage

« Est-ce que tu m'entends, humain ? »
 
Cette voix commençait à sacrément m'énerver. J'avais juste envie de me reposer pendant le trajet en direction de Strasbourg, surtout en sachant que je devais prendre le relais après Paris. Mais ce truc en avait rien à faire de ce que je voulais, il continuait d'essayer de me parler et m'empêchait carrément de dormir à certains moments. 
 
« Mais ferme ta gueule ! m'écriai-je avec énervement, faisant sursauter Kévin à côté de moi.

Mais j'ai rien dit bordel, me répondit-il justement, et arrête d'être aussi violent avec moi. T'es comme ça depuis plusieurs jours, et tu sais bien que j'aime pas ça. »
 
Je tournai la tête en direction de mon pote, qui conduisait depuis Pleyben et qui continuait de regarder la route, tout en me parlant. On venait de dépasser le Mans et on s'était engagés sur l'A11, toujours avec notre Saxo bleue qui nous suivait depuis plusieurs années déjà. J'étais presque surpris qu'il réagisse à mon injonction, vu qu'on ne se parlait plus beaucoup depuis ce qu'il m’avait dit après cette nuit dans le bois. Mais j'ai préféré ne rien laisser paraître et regarder par la fenêtre passager en soupirant.

« Ce n'est pas une façon de s'adresser à un être supérieur, me répondit la voix un peu tardivement, non sans un ton encore plus sévère que les autres fois. Tu n'es qu'un réceptacle à ma grandeur, tu devrais m'obéir ! »
 
Bordel. Ce qu'il était lourd à me répéter ce genre de choses en permanence. Et, tu es mon enveloppe charnelle par-ci, et tu es mon élu par-là, et tu devrais créer un culte, et tu ne devrais pas dormir maintenant, et tu devrais m'écouter... On voit que ce truc n’a pas connu ma mère. Au moins elle, elle savait être plus persuasive, et je sais de quoi je parle. Lui me rappelait un peu mes professeurs de collège et de lycée, qui pensaient pouvoir me faire participer à leurs cours. Ah, la belle époque où j'avais rencontré mes potes et où on s'était penchés sur le paranormal...
 
« Bon, on va en parler ou pas ? », demanda Kévin, le regard toujours fixé sur la route. 
 
Je tournai la tête presque instantanément : 
 
« Et tu veux que je te dise quoi, putain ? Il y a six jours, on a tenté d'invoquer une saloperie avec une sorte de descendante de druide low-cost, ça a marché, elle est morte, et j'ai un putain de démon dans ma tête depuis. Mais, dès que je t'en parle, tu me sors d'aller consulter. Tu veux que je te dise quoi de plus ? Que je déconne et que j'ai juste envie de t'emmerder ? »
 
Un léger silence s'installa juste après cette phrase. Même ledit démon avait cessé de parler, pour une fois. Bon, oui, j'étais énervé, et non, je n’avais pas besoin de lui reprocher son comportement. On avait été à l'hôpital après cet incident, et il s'était avéré que j'avais une belle commotion suite à mon évanouissement. J'étais tombé comme une masse sur une pierre, donc c'était tout à fait normal que Kévin s'inquiète de ma santé. Surtout si j'entendais une voix dans ma tête. Mais je savais que cette voix n’était pas liée à ma blessure. Elle me parlait de trucs que je ne connaissais pas et me racontait la vie des gens que je croisais dans la rue. C’était quand même un peu plus qu'un problème psychique.

« Alors, si je peux me permettre, je ne suis pas un simple démon inférieur. Je suis Nyarlathothep, le Chaos Rampant, l'Âme, le Coeur et le Messager des Autres Dieux, l'Entité aux 1000 Avatars, le Phara...
 
Oh toi, tu serais Mimi la petite souris, j'en aurais tout autant rien à foutre de ce que tu me dis ! répondis-je avec lassitude.
 
Bon, admettons, soupira Kévin. Dans ce cas, si tu as un démon qui te parle, il doit avoir des pouvoirs ou un truc du genre qui pourrait lui permettre de prouver qu'il est là, non ? Allez, dis-moi un truc sur moi. N'importe quoi. »
 
Ah bah. C'est pas comme si on se connaissait depuis douze ans avec Kévin, et même en admettant que ce Nyarlathotep réponde, il faudrait que je sache quelle information je ne connaissais pas déjà. J'étais pas rendu. Et puis, c'est pas comme si on avait déjà tout partagé l'un sur l'autre, j'étais même présent lors de sa première fois. Bon, lui ne s'en souvient pas tant il était torché.
 
Kévin me regarda du coin de l’œil, comme s'il me comprenait dans mon silence et enchaîna : « Tiens, combien j'ai de doigts là ? », en mettant sa main gauche dans son dos.
 
« Humain, je n'ai pas à prouver ma toute-puissance à d'autres personnes que toi. Je ne m'abaisserai pas à ce jeu idiot », répondit Nyarlathotep avec arrogance. 
 
Et merde.
 
« Mon pouvoir est incommensurable, cède à mes requêtes et il pourrait être tien. Obéis-moi, hum...»
Non. Là, je te demande de répondre à la question de mon pote. Si t'y réponds pas, je vais m'énerver. »
 
Non mais il se prenait pour qui là, ce démon de mes deux ? C'était quand même encore moi qui faisait la loi dans ma tête !
 
« Je ne répondrai pas, tu n'as aucun pouvoir sur moi, répondit Nyarlathotep.
 
Non mais t'es sérieux, là ? Tu me dis que t'es un dieu et là tu réponds même pas à une question aussi simple ? Mais comment veux-tu que qui que ce soit te prenne au sérieux, Niarlotathep ? » 
 
Kévin, qui suivait le dialogue à moitié, commença à rigoler. Et pendant qu'il riait et que la voix dans ma tête continuait à faire sa tête de con, il répondit : 
 
« Mais il est pas capable de voir que j'ai trois doigts, ton pote ?
 
AH NON ! IL EN AVAIT QUATRE ! », hurla Nyarlathotep en réponse, toujours dans ma tête.
 
Oh, j'étais clairement pas rendu. Combien de kilomètres avant Paris ? Quatre-vingts ? C'était trop long... On devait même aller acheter de l'essence, vu qu'on avait perdu notre bidon récemment. Franchement, cette histoire commençait à me désespérer à un point rarement atteint dans mon existence.
 
« Alors, si tu continues à hurler, je vais me mettre à chanter. Et crois-moi, le démon, tu viens peut-être des Enfers, mais moi je connais des tortures que tu n’as jamais expérimentées ! » 
 
Et alors que je pensais avoir la paix, celui-ci me nargua d'un : 
 
« Mon statut m'empêche de ressentir la souffrance, ALORS CHÂTIE CE BLASPHÉMATEUR.
 
Alors, comme ça, il te crie dessus ? Ou c'est juste une excuse pour éviter de me répondre ? », dit Kévin, avec un peu d'énervement.
 
Sérieusement, ils voulaient la guerre ? Ils allaient l'avoir. Putain, faut pas m'énerver comme ça.
 
« We're no strangers to love... You know the rules and so do I... A full commitment's what’s I'm thinking of... You wouldn't get this from any other guy... »

Un silence s'était installé pendant que je débutais la chanson maudite. Et, alors que j'allais entamer les paroles fatidiques, Kévin me coupa :
 
« D'accord, d'accord, j'ai compris. Tu veux pas un peu de vraie musique plutôt ? »
 
Tandis que je hochais la tête avec un large sourire, et que la voix dans ma tête continuait de rester silencieuse, mon pote tourna le bouton de fréquence de la radio pour l’allumer. Et, après plusieurs minutes d'essais infructueux, celui-ci se souvint avoir abîmé son antenne en tentant de la changer quelques mois auparavant. Par dépit, il stoppa sa recherche sur un bruit blanc assez insupportable.
 
« Et donc, il voyait pas que j'avais trois doigts ?, reprit-il de plus belle.
 
CET HÉRÉTIQUE CONTINUE DE MENTIR ! », hurla de nouveau Nyarlathotep. 
Néanmoins cette fois, quelque chose était différent. La voix paraissait moins nette, comme si quelque chose la brouillait. J'étais en train de réfléchir à ce qui pouvait provoquer cette impression, quand je remarquai que Kévin n'avait plus les yeux fixés sur la route comme depuis le début du trajet, mais qu'il me regardait avec de grands yeux, le teint un peu livide. Et alors que la voiture commençait à sortir de la route, réveillant le pilote de sa torpeur, je compris d'où venait le malaise.

Cette fois, il avait parlé depuis la radio. 

Texte de Daemoniack

Apocalypse, chapitre 7 : Luxure

Chapitres précédents :



***

Je n'avais encore jamais visité l'Italie. J'aurais bien voulu le faire avant tout cela, avant que l'Apocalypse ne menace de l'anéantir avec le reste du monde. Enfin, sauf si j'arrivais à empêcher que cela ne se produise... 
Que JE l’empêche. Cette phrase sonnait faux dans ma tête. Je n'étais qu'un simple étudiant, qui n'avait jamais rien eu de spécial. Comment en étais-je arrivé là ? Ou, du moins, pourquoi avais-je été entraîné là-dedans ? 
J'allais enfin avoir mes réponses, car je pouvais voir que j'arrivais déjà à ma destination : le Vatican. J'avais tout un tas de questions à poser à mes "employeurs", et j'étais bien décidé à leur tirer les vers du nez. Il fallait également que je retrouve le professeur. Après tout, cela faisait pas mal de temps qu'il était retenu au siège de l’Église, m'obligeant même à me rendre seul à Jérusalem.
Une fois arrivé, les agents m'ont amené dans un hôtel, non loin de la Basilique Saint-Pierre. Ils m'ont fait monter au 4ème étage, puis m'ont conduit dans la plus grande suite de l'hôtel, m'indiquant que le Chef voulait me parler. Je me demandais bien à quoi il pouvait ressembler, ce fameux "Chef". Je l'imaginais déjà être un vieux pète-sec en costard. Mais je me trompais lourdement, car, en ouvrant la porte de la suite, j'ai pu découvrir le chef des opérations du Vatican.

Assis dans une sorte de trône, il portait une soutane blanche, ainsi qu'une calotte de même couleur sur la tête. Cela ne pouvait être que lui : Le Pape. Il était accompagné par deux hommes, qui m'ont semblé être des évêques. De ce que je savais, cela ne faisait que quelques mois que cet homme avait été nommé Pape, et il s'agissait alors du plus jeune à avoir jamais été élu.

"Approche-toi, mon fils." m'a-t-il dit, en me faisant signe de la main.
"Tu dois te poser énormément de questions, j'imagine. Mais sache que si tu es ici aujourd'hui, c'est que c'est la volonté de Dieu. Tu as accompli un travail formidable en compagnie du professeur, et je suis sûr que tu parviendras à sauver le monde.
- Votre Sainteté... Je ne pense pas être capable de faire ça... Après tout, je ne suis qu'un-
- Tu es ce que tu es. Que tu ne sois qu'un simple étudiant importe peu... Tu es bien plus que cela. Tu es celui qui a sauvé de nombreuses vies, comme à Jérusalem, et nous te sommes infiniment reconnaissants pour ça."

Je peinais à cacher ma satisfaction. Ce n'était pas tous les jours que le Pape lui-même te jetait des fleurs. Mais une question me démangeait.

 "Dites, pourquoi nous rencontrons-nous dans cet hôtel ? Il existe une myriade de lieux mieux adaptés à votre statut. Pourquoi pas au palais du Vatican, ou bien dans la Basilique ?"

Depuis mon entrée dans la pièce, je pouvais voir que l'un des deux hommes qui encadraient le Pape me fixait. Je n'aurais su dire pourquoi, mais il semblait éprouver de la rancœur envers moi. Lorsque j'ai posé ma question, il est sorti de son silence :

"La Basilique ne convient pas à une engeance telle que toi !"

Comment ça, une engeance ? Certes, je n'étais pas pieux, mais je n'étais pas non plus mauvais. Je l'ai regardé pendant quelques instants, interloqué, jusqu'à ce que le Pape lui demande de se calmer.

"Ce que Monseigneur Arnaud voulait dire, c'est que personne ne peut se rendre à la Basilique pour le moment... Elle a malheureusement été envahie par le Malin.
- Le Malin ? Comment ça ?
- Et bien, le péché l'a complètement consumée. Elle est en proie à de terribles vices...
- Le péché ? Vous voulez dire qu'une relique s'y trouve ?
- Et bien, oui. Je pense que tu le sais déjà, mais plusieurs groupes avaient été formés pour retrouver les reliques des péchés. Avec un taux de réussite variable, à vrai dire, car à part toi et le professeur, une seule équipe est revenue avec l'une de ces reliques. Les autres sont tous morts. Que Dieu les garde auprès de lui.
- Et ensuite ?
- Au moment de ramener la relique pour la mettre dans l'Arche, qui venait juste de rentrer de Grèce, ils ont été attaqués. La relique a été volée, et on leur a retiré leur anneaux en bois d'Arche, qui sont donc immédiatement tombés en poussière. Ensuite, la relique a vraisemblablement été amenée dans la Basilique.
- Et... de quelle relique s'agit-il ? 
- Mon fils, il s'agit du Graal. La coupe qui a recueilli le sang du Christ lors de sa crucifixion. 
- Le Graal ? Je croyais que ce n'était qu'une légende. J'ai lu tellement d'histoires à son propos. Les légendes arthuriennes, principalement.
- Il existe bel et bien, et n'a d'ailleurs pas été trouvé très loin du Vatican : en Italie. Dans le Puteum Aureo, à Aquileia. Dire qu'il était si proche de nous, durant tout ce temps...
- C'est incroyable, en effet. Mais pour le moment, ce qui importe, c'est qu'il soit une relique du péché. Et de quel péché, au juste ? La paresse, ou bien...
- La luxure, oui. C'est bien cette dernière qui a envahi la basilique. Ce qui se passe à l’intérieur est une aberration qui souille ce lieu sacré. Nous avons besoin de toi, Edgar. Tu es notre dernier espoir. Tu dois aller sur place et récupérer cette relique. Elle doit être placée dans l'Arche, sinon, son influence ne fera que grandir, et elle pourra bientôt se répandre sur le monde.
- Comment cela ? Je pensais que l'influence des reliques était locale."
L'autre personne qui accompagnait le Pape a alors pris la parole.
"Je vais t’expliquer. Cela dépend des reliques, mais nous avons remarqué que leur influence grandissait au fur et à mesure que des personnes étaient exposées. C'est une sorte de maladie contagieuse. Plus il y a de personnes qui entreront en contact avec ces reliques, plus elles en contamineront d'autres, et ce jusqu'à ce que la relique en question soit placée dans l'Arche.
- Ah ! En effet, je me demandais aussi pourquoi la relique de l’Orgueil, en Grèce, et celle de la gourmandise, en Chine, n'avaient pas touché énormément de personnes, par rapport à celles de la Défense et d’Afghanistan. Leur caractère isolé a dû aider à limiter la propagation. Mais par contre, Il y a énormément de monde qui circule à Jérusalem, et ici même au Vatican, les effets des reliques auraient dû se propager plus rapidement, non ?
- Tu es très observateur. Nous n'en sommes pas sûrs, mais il semble que les reliques doivent être "activées" par quelque chose. Peut-être que le simple fait de les toucher suffit ? Quoi qu'il en soit, tes actes à Jérusalem ont permis d’endiguer cette "épidémie" avant qu'elle ne commence. Et ici, nous pensons que le fait que la relique soit dans un lieu aussi sacré que la Basilique Saint-Pierre limite un peu les pouvoirs de celle-ci. Mais malgré tout, il faut se hâter de la récupérer, le temps presse."

A ces mots, les agents du Vatican ont ouvert la porte, comme pour m'inviter à sortir. Mais j'avais une dernière question pour le Pape.

"Attendez, avant que je ne parte, pouvez-vous répondre à une dernière question ?
- Oui, mon fils ?
- Pourquoi moi ?"

Le Pape a mis quelques secondes avant de me répondre.

"Tu es le dernier à avoir un anneau. Tu es donc le seul à pouvoir résister aux effets de la relique. Maintenant, va. Que Dieu t’accompagne dans ta mission"

Je sentais qu'il était nerveux en me répondant, il avait expédié la question.
Il mentait, j'en étais sûr. Mais pour le moment, il fallait que je me rende à la Basilique, et que je récupère cette relique. L'avenir du monde passait bien avant mes doutes. 
Mais ce n'était qu'une fois sorti de la suite que j'ai réalisé que quelque chose n'allait pas. Alors que la porte se refermait, je me suis retourné une dernière fois :

"Le dernier anneau ? Attendez, qu'en est-il du professeur ?"

Cependant, le battant s'était déjà refermé, et les agents du Vatican ne semblaient pas enclins à vouloir l'ouvrir de nouveau. Il fallait donc que je me fasse à l'idée que la recherche du professeur devrait dorénavant être une autre de mes tâches.
Il ne m'a fallu que quelques minutes pour rejoindre la Basilique. Elle était immense, et magnifique. C'était l'un des endroits que je comptais visiter un jour, mais encore une fois, pas dans de telles circonstances.
La grande porte de l'édifice était fermée, mais ne semblait pas gardée. J'avais d'abord décidé d'emprunter cette entrée, mais si le péché avait envahi les lieux, je risquais de me faire prendre très vite. Mon anneau me protégeait de l'influence des reliques, mais pas des personnes qui y sont exposées directement. Il me fallait trouver une issue de secours.
En contournant la Basilique, je me suis souvenu de toutes ces fois ou j'avais voulu pénétrer dans un lieu saint durant mes périples récents. Je n'avais jamais pu y accéder, pour une raison ou une autre. Je ne pouvais pas décrire ce sentiment, mais c'était comme si une force supérieure m'interdisait de séjour dans ce genre de lieux, et qu'elle envoyait quelqu'un m’empêcher d'y accéder. Que ce soit les agents du Vatican, le professeur, ou autre.
Mais étrangement, ici, je ne ressentais rien de tout ça. La voie était ouverte.
Alors que je passais en revue les différents moyens d'entrer, j'ai fini par trouver une petite porte sur le côté de la basilique, qui était, par chance, ouverte.
Une fois à l'intérieur, je n'en ai pas cru mes yeux. C'était une gigantesque orgie.
Des centaines... non, des milliers de personnes forniquaient à l'intérieur de l'église. Certains le faisaient à même le sol, d'autres sur les bancs. Il y en avait même qui se servaient des statues pour leurs ébats.
Certaines personnes étaient saucissonnées sur le sol, et se faisaient fouetter par un ou plusieurs individus vêtus de latex, en poussant des cris de plaisir.
Mais le plus remarquable, c'était que toutes les sexualités étaient présentes. Bien sûr, il y avait des hommes avec des femmes, des hommes avec des hommes, des femmes avec des femmes, mais aussi des vieux avec des jeunes, et l'inverse. Des groupes avec une seule femme, ou le contraire. Oui, il y avait toutes sortes de sexualités. Cependant, si seulement cela s'était arrêté là... En plus des sexualités dites plus « conventionnelles » que je viens de décrire, venaient s'ajouter les pires vices qu'il m'ait été donné de voir.
La nécrophilie. Des hommes avaient tué une femme et s’acharnaient sur son cadavre.
La pédophilie. Certains hommes avaient enchaîné des enfants dans un coin, et, Dieu merci, ils ne semblaient pas avoir été mêlé à ça pour le moment. Mais au vu du nombre de personnes qui se masturbaient en les regardant comme des bouts de viande, cela ne semblait être qu'une question de temps.
La zoophilie. Des centaines d'animaux maltraités, violés. Un homme avait enfilé un serpent gigotant presque entièrement dans son orifice. Une femme semblait mal en point après avoir eu affaire à un poney. Des chiens. Des chats. Et même des animaux aquatiques.
J'ai aussi pu apercevoir des gens qui s'étaient scarifiés, ou bien même fait retirer les yeux de leur orbites, pour qu'un autre vienne combler le trou par... autre chose.
Quel spectacle affreux. Je faisais de mon mieux pour garder mon petit déjeuner à l'intérieur. Je n'avais pas le temps d'être impressionné par ce spectacle, il fallait que je trouve la relique et que je m’éclipse avec, avant que ces enfants ne soient jetés en pâture aux personnes sous l'influence de la relique. Il fallait agir vite.
Alors que je faisais de mon mieux pour rester discret tout en faisant mes recherches, une voix familière s'est faite entendre, émanant de la sacristie. Discrètement, je m'y suis rendu, faisant de mon mieux pour passer inaperçu.
A l'intérieur de celle-ci se trouvait le professeur, pieds et poings liés. Il semblait avoir été battu, au vu des marques sur son visage. A côté de lui se tenait un homme. Un prêtre. Un homme que je connaissais, et que je n'avais pas revu depuis les événements qui s'étaient déroulés en France : le Père Jean. Il parlait au professeur.

"Mon vieil ami, pourquoi ne veux-tu pas comprendre... Toi aussi, tu as été témoin de tous ces blasphèmes. Toi aussi, tu as été témoin des puissances maléfiques à l’œuvre. Tu as, comme Saint Thomas, mis tes doigts à travers les stigmates du Christ : tu as vu pour croire.Alors, pourquoi insistes-tu à ne pas vouloir me suivre ? Nous allons sauver le plus de gens possible de l'Enfer qui les attend. 
- Tu es complètement fou, Jean. Regarde l'état de la Basilique. Regarde ce que ces gens font dans cette église. Dans ce lieu sacré. En quoi est-ce différent des autres fois ? Cet endroit est corrompu... tout comme toi."

A ces mots, le visage du Père Jean est devenu rouge, et il a giflé le professeur, faisant couler un filet de sang du coin de ses lèvres.

"Silence ! Tu es corrompu, pas moi. Cela fait plusieurs jours que je t'ai retiré ta bague, et, pourtant, tu n'es pas tombé sous l'influence de la relique de la Luxure. C'est la preuve que tu es du côté du Malin, comme ton petit protégé.
- Edgar n'a rien à voir avec tout ça. Il n'a jamais demandé à être mêlé à ces histoires...
- Cette engeance du Diable doit être purifiée par le feu. J'aurais dû le faire quand j'en avais l'occasion. Maintenant, qui sait ou il peut bien se trouver..."

J'ai réprimé un sourire. S'il savait que j'étais seulement à 3 mètres de lui... Il fallait à tout prix que je trouve un moyen de libérer le professeur. Il pourra ensuite m'aider dans ma quête de la relique. J'ai inspecté des yeux la sacristie, dans l’espoir de trouver quelque chose pour assommer le père Jean par derrière. Il y avait bien des objets contondants dans la pièce, mais ils étaient trop loin de moi. J'allais forcément entrer dans le champ de vision du prêtre, si je me risquais à aller les chercher. Non, il me fallait quelque chose de plus proche. 
En me retournant, j'ai trouvé ce qu'il me fallait. Un gigantesque godemichet noir. Idéal pour assommer quelqu'un. Mais au dernier moment, j'ai remarqué que l'objet était déjà dans la main de quelqu'un, et semblait s'approcher dangereusement. J'ai à peine eu le temps de me demander comment une chose pareille pouvait rentrer dans un orifice, quel qu'il soit, que j'étais déjà parti rejoindre les bras de Morphée, frappé par  ce sex-toy disproportionné.

En me réveillant, j'étais ligoté à une chaise, devant l'autel, avec une vue sans pareille sur les milliers de personnes en train de forniquer.
A côté de moi, le professeur. Dans la même position. On était vraiment dans de beaux draps.
Le Père Jean se tenait devant moi, une sorte de calice à la main.

"Et bien, et bien... il semble que tu sois réveillé. Et dire qu'il y a quelques minutes à peine, je me demandais encore où tu pouvais être caché. Dieu semble avoir écouté mes prières. Loué soit son nom.
- Dieu n'a que faire de toi. Tu as parjuré sa foi. Tu n'es plus qu'un suppôt de Satan et tu ne t'en rends même pas compte" a répondu le professeur, en regardant son ancien ami droit dans les yeux.

Le Père Jean a répondu à ces accusations d'une nouvelle gifle, bien plus violente que la première, faisant taire le professeur.

"Ne l'écoute pas, mon jeune ami. Je serai celui qui sauvera notre terre, avec l'aide de Dieu. J'ai enfin dans mes mains l'instrument qui me permettra d’asseoir la volonté du Seigneur sur toute la planète et, ainsi, de la sauver."

Le prêtre a alors brandi le calice devant lui.

"Ceci est la coupe qui recueilli le sang du christ pendant sa crucifixion. La coupe sacrée... Le...
- Le Graal, oui, je suis au courant. Inutile de vouloir m'impressionner. C'est donc vous qui avez volé la relique dans l'Arche... Mais pourquoi celle-ci, et pas une autre ?
- Cela ne m'étonne pas que tu ne sois pas au courant. Le Vatican te cache bien des choses, mon garçon. Tu vois, au début, je voulais te brûler vif. Mais, finalement, je pense te laisser une chance. Rejoins-moi, et aide-moi à accomplir les desseins de Dieu. Avec ton aide et celle du Graal, je pourrai lever une armée et partir en guerre... ou plutôt, en croisade. L'islam, le bouddhisme, ou toutes ces croyances impures... Je les éradiquerai de la surface de la Terre, et notre Tout-Puissant sera enfin l'unique Dieu loué par le monde. Et, à ce moment-là, il cessera de punir l'humanité pour ses péchés. Il n'y aura plus de Déluge. Plus de Fléaux. La terre aura fait pénitence, et sera pardonnée. Alors, viens, rejoins-moi dans Sa Lumière. Je ne suis pas comme ce Vatican et ce Pape corrompu, je te dirai tout à ton sujet. Tu es spécial, Edgar."

Et c'était reparti. Encore une fois, on me disait que j'étais « spécial ».
Je n'avais jamais rien eu de spécial. Avant qu'on ne m'embarque dans cette aventure, j'étais un étudiant tout ce qu'il y a de plus banal. J'allais en cours, je rentrais, je m'endormais devant Netflix. Ma vie était simple. Qu'est ce qu'il y avait de spécial là-dedans ? Une pensée m'a alors traversé l'esprit. Et si, pour avoir les réponses, j'acceptais l'offre du Père Jean ?
D'un côté, je voulais vraiment savoir ce que j'avais de si spécial. Mais de l'autre, partir en croisade ne m'enchantait pas des masses. Et, surtout, ce prêtre était un sacré enfoiré.

"Je refuse de faire équipe avec vous. Regardez ce que vous avez fait de cet endroit. Regardez ce que vous avez fait du professeur. Il a raison : Vous êtes pourri jusqu'à la moelle. Et puis, voyez un peu vos "fidèles". Comment comptez-vous partir en croisade avec des personnes ne pensant qu'au sexe ? Soyons sérieux."

Je m'attendais à une gifle aussi violente que celle infligée au professeur, mais il n'en a été rien. Le Père Jean a sourit.

"Je m'attendais à cette réponse. Mais comme je te l'ai dit, tu ne sais pas tout à propos des reliques. Tu vois, chacune d'entre elles peut être utilisée de différentes manières. Il faut juste ne pas être soumis à leur influence. J'ai toujours mon anneau, vois-tu. Ces anneaux sont très précieux, et le Pape croyait encore à ma soi-disant rédemption. C'est ce qui causera sa perte.
- Vous savez comme moi que ces anneaux ne vous protègent pas éternellement. Vous aussi, vous finirez au milieu de ces gens qui forniquent au moment même ou nous parlons. Et je connais quelqu'un qui serait ravi de vous mettre ou je pense l'objet qu'on a utilisé pour m’assommer.
- Je ne le sais que trop bien. Quand j'aurai une armée assez conséquente, j'envahirai le Palais des Papes, et j'obligerai cet impur à me dire comment lui est protégé de l'influence des reliques sans porter d'anneau en bois d'Arche. Grâce à ça, je serai à l'abri.
-  Vous n'avez pas d'armée. Vous n'êtes rien."

A ces mots, le prêtre a affiché un large sourire.

"C'est que tu crois, mon jeune ami."

Il s'est alors tourné vers la foule, qui continuait sa débauche, puis s'est écrié :

"TOUS EN RANG !"

D'un coup, tout le monde s'est arrêté, avant de former une série de rangs militaires. Contrastant totalement avec leur attitude précédente, personne ne bronchait plus.

"Que tout le monde se mette en équilibre sur son pied gauche", a crié le prêtre.

Tout le monde s'est exécuté, même les plus vieux. Personne ne parlait. Personne ne contestait. Ils étaient tous sous les ordres du Père Jean, comme des esclaves.
Le prêtre s'est alors tourné vers moi, l'air fier.

"Tu vois, mon armée est ici. Et ce n'est que le début. Comme je te le disais, le pouvoir des reliques peut être utilisé à différentes fins. Par exemple, la pierre de l'envie. Celle qu'a utilisé Caïn pour tuer son frère. Celle-là même que vous avez récupéré en Afghanistan. Et bien, si tu l'assemblais à un manche pour en faire un marteau, elle deviendrait une arme surpuissante te permettant de fendre la terre en un seul coup, et d'avoir une force surhumaine. Mais je n'avais pas besoin de ça, non, ce qu'il me fallait, c'était une armée. Et le Graal est parfait pour ça."

Il a alors été chercher une bouteille de vin derrière l'autel, sans doute du vin de messe. Puis il en a versé dans le Graal.

"Vois-tu, le pouvoir du Graal est spécial. Si tu fais boire à quelqu'un du vin mélangé à quelques gouttes de ton sang par le biais de celui-ci, il deviendra ton esclave. Il exécutera le moindre de tes ordres. Très pratique pour gagner une guerre. Ils n'auront aucun remord lorsque le moment viendra où ils devront exécuter les infidèles."

Il a alors sorti un petit couteau et s’est entaillé la main, laissant quelques gouttes de son sang couler dans le Graal, qui se sont aussitôt mélangées au vin.

"Et, maintenant, tu vas toi aussi faire partie de mon armée."

Il a alors appelé l'un de ses fidèles les plus imposants, pour l'aider à me maintenir pendant qu'il verserait le vin dans ma gorge.

"Tu n'as plus besoin de ça", m'a-t-il dit en m'enlevant mon anneau. Aussitôt la bague retiré de mon doigt, elle est tombé en poussière.

"Tomber sous l'influence de la relique n'est que le cadet de tes soucis. Tu vas devenir mon pantin, et, avec toi, je pourrai accomplir mon destin. Bienvenue dans mon armée, mon jeune ami... Enfin, peut-être devrais-je t'appeler autrement, maintenant ; mon jeune esclave."
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Le prêtre s'est mis à rire de bon cœur, pendant que son gorille maintenait ma bouche ouverte. Il a versé le contenu du Graal donc mon gosier, avant de faire un pas en arrière pour d'attendre le résultat, et de demander à son acolyte de me détacher.
J'étais désemparé. Je me voyais déjà être le jouet de cet enfoiré. Je me voyais aussi rejoindre mes nouveaux compagnons sur le sol de la Basilique. Je repensais à l'immense godemichet noir qui m'avait assommé. Un frisson m'a alors parcouru le dos.

J'ai fermé les yeux une dernière fois, résigné. Après quelques secondes, je les ai rouverts.
Rien. Rien n'avait changé. J'étais toujours moi-même.
Je me suis alors levé, confus. Je me suis tourné vers le Père Jean, qui semblait toujours sûr de lui. 
Il fallait que je profite de cette occasion. J'ai discrètement pris le couteau posé sur l'autel, celui-là même qui avait servi au prêtre pour s'entailler la main. Puis je me suis tourné vers lui, et ai posé un genou au sol, en signe de soumission. Je pouvais voir dans ses yeux un plaisir sadique. Il avait ce qu'il voulait. Mais pas pour longtemps.
En un instant, je me suis relevé, et lui ai planté la lame dans le ventre, surprenant ainsi toute l'assemblé. Le gorille qui était venu assister le prêtre devant l’autel m'a sauté dessus dès qu'il a compris que le Graal n'avait pas fonctionné sur moi, mais avec l'avantage de la surprise, j'ai pu l'éjecter de l'autel grâce à un coup de pied bien placé.
Je me suis alors saisi du Graal, avant de détacher le professeur.
Le prêtre n'était pas mort. Avant de s'évanouir, il a donné un dernier ordre à son armée :

"Attrapez-les... Ramenez-les moi morts ou vifs. Ne les laissez pas poser la coupe dans l'Arche !"

Le professeur étant encore un peu dans les cordes, je lui ai donné une nouvelle gifle sur la joue pour le réveiller.

"Professeur, ce n'est pas le moment de roupiller. Courez si vous ne voulez pas mourir sous les coups de centaines de personnes complètement nues."

Je l'ai tiré par le bras et emmené par la porte que j'avais emprunté pour entrer. 

"Il faut se rendre à l'endroit ou est entreposée l'Arche. Vite !"

Reprenant ses esprits, le professeur n'a pas fait attendre sa réponse.

"Elle est dans les sous-sols du Palais des Papes. Suis-moi !"

Nous nous sommes mis à courir le plus vite possible vers le Palais. Un grand tumulte s'est alors fait entendre derrière nous. Les portes de la Basilique se sont ouvertes dans un grand vacarme, et les esclaves du Père Jean se sont lancés à nos trousses.
Des milliers de personnes nues nous poursuivaient à travers le Vatican, sous le regard médusé des passants.
Je courais le plus vite que je pouvais, tenant le Graal dans mes mains. Mais je n'avais plus d'anneau, ce qui faisait que son influence se répandait partout où je passais. J'avais bousculé un couple pendant ma course, et ceux-ci s'étaient immédiatement mis à enlever leurs vêtements et à copuler sur le sol.
Le gardes du palais n'avaient pas non plus été épargnés. Lorsque je suis passé en courant, le Graal à la main, ils ont bien essayé de m’arrêter, mais s'étaient très vite retrouvés occupés à s'embrasser et à se caresser le torse.

Cependant, ce que je craignais le plus a fini par arriver. Alors que l'on déambulait dans les couloirs du Palais, afin de rejoindre le sous-sol, on a fini par croiser le Pape lui-même. Et ce qui devait arriver est arrivé. Il était  toujours accompagné par les deux évêques, dont celui qui m'avait insulté d'engeance. J'étais vraiment désolé pour eux. Après notre passage, je me suis retourné, et ai pu voir le Pape lui-même relever sa soutane, avant que l'un des deux évêques  ne se mette à genoux, pendant que l'autre embrassait Sa Sainteté dans le cou. Heureusement, je me suis vite détourné de ce spectacle pour emprunter un escalier menant au sous-sol, car je ne voulais à aucun prix en voir davantage.

Arrivés en bas, nous nous sommes retrouvés en face d'une grande porte. Le tumulte se faisait entendre dans tout le Palais : la foule nue était sûrement parvenue à y pénétrer.
J'ai tiré sur la poignée, avant de rire de ma naïveté : la porte était évidemment fermée.

"C'est fermé, professeur. J’espère que vous avez un moyen d'entrer, car sinon, c'est la fin de notre aventure.
- Seul le Pape peut ouvrir cette porte, normalement. Mais, maintenant, c'est moi qui en ai le pouvoir."

Il a sorti son collier de sous son pull. Attaché à celui-ci se trouvait un anneau en or. Il a alors tendu le bijou vers le système de sécurité du battant, qui a émis un clic sonore.

"Mais... quel est ce anneau ?
- C'est l'anneau du Pêcheur. Ou l'anneau piscatorial, si tu préfères. C'est le Pape lui-même qui me l'a confié.
- L'anneau du Pape ? Celui qui est unique à chaque Pape et qui est détruit quand il meurt ou qu'il renonce à son statut ?
- Tout a fait... Et c'est lui qui m'a protégé du pouvoir de la relique quand Jean m'a retiré mon anneau. Heureusement qu'il ne l'a pas découvert, car sinon il aurait été en mesure de parvenir à ses fins... Mais trêve de bavardage, tu as quelque chose d'urgent à faire, non ?"

Il avait raison. J'avais presque oublié pourquoi nous étions là. Pénétrant à l'intérieur de la pièce, j'ai avisé ce que je supposais être l'Arche d'Alliance, au fond. Je me suis approché, et en ai soulevé le couvercle, avant d'y déposer le Graal sans plus cérémonie.
Aussitôt, le tumulte a laissé sa place à un profond silence. Je pouvais aisément imaginer l'incompréhension des personnes se retrouvant nues au milieu du Palais des Papes.
Et je n'osais même pas imaginer ce qu'allaient pouvoir ressentir ceux qui s'étaient arrachés les yeux de leurs orbites, ou qui avaient utilisé le fameux godemichet noir...
A cette pensée, un frisson m'a à nouveau parcouru l'échine.

Nous avions une fois de plus accompli l'impossible. Une nouvelle relique était en sécurité.
Dans le palais, l’agitation avait laissé place à l'incompréhension générale. Les personnes qui étaient sous l'influence de la relique de la Luxure n'avaient plus aucun souvenir de ce qu'il s'était passé. Ils étaient dans la Basilique, puis s'étaient subitement retrouvés complètement nus au milieu du Palais des Papes.

Nous sommes ensuite partis à la recherche du Pape. Lorsque nous l'avons trouvé, lui et ses deux acolytes, leurs têtes m'ont vite appris qu'il s'était passé quelque chose de très gênant pour eux. Je me suis retenu de rire en imaginant ce cher Monseigneur Arnaud se réveiller avec le sexe du Pape dans la bouche. Il m'avait traité d’Engeance, après tout.
Il a fallu quelques jours au Vatican pour se remettre de ses émotions. Le Père Jean avait survécu, mais il s'était vu retirer son anneau, et croupissait maintenant dans une cellule du Vatican, gardée en permanence. L'heure n'était pas au pardon pour lui.
De notre côté, le professeur et moi avons été hébergés dans le même hôtel que celui dans lequel se trouvait le Pape à mon arrivée. Il était encore très faible du fait de son passage à tabac par son ancien meilleur ami.
Mais il fallait que je lui parle. Il ne pouvait plus garder le secret. Il fallait qu'il me révèle les raisons de ma présence ici. J'étais ainsi venu le voir dans sa chambre. 

"Professeur... A propos de ce que le Père Jean a dit à mon sujet...
- Oui, il est temps que tu saches toute la vérité, mais avant cela... j'ai un service à te demander.
- Qui est... ?
- Avant que je me fasse capturer par Jean, j'étais venu au Vatican pour nous faire assigner une mission. Une dernière mission.
- La dernière relique, j'imagine ? La Paresse, donc ?
- Oui. Cette mission est la plus importante de toutes. C'est celle qui jugera du sort du monde. Accompagne-moi dans cette dernière quête, et je te dirai tout. Plus de secrets."

A contrecœur, j'ai accepté. Mais c’était la dernière fois. 
Ma dernière mission.

Texte de Kamus

Note de l'auteur : Bon, cette fois le chapitre suivant (qui ne seras pas le dernier malgré le fait que ce soit le dernier péché) devrait arriver laaargement plus vite ! :-)

Je croyais être normal.

Je le croyais vraiment. J'étais très inquiet alors. Habituellement, les super pouvoirs se manifestent une fois que la personne a atteint l’âge de 16 ans. Mon 16e anniversaire était passé depuis plus d'un mois et rien ne s’était passé.
J'étais très déçu - mes amis montraient leurs nouvelles capacités et tout ce que je pouvais faire était de leur montrer un sourire éclatant et de lever le pouce en l'air.
Ma mère peut voler, mon père peut se téléporter et mon frère peut lire dans les pensées. Moi ? Je pensais que j'étais normal, mais heureusement, deux mois après mes 16 ans, mon frère ne pouvait plus lire dans mes pensées. Pour être honnête, j'ai été plutôt soulagé.
Une semaine plus tard, je prenais mon petit-déjeuner quand mon père n'a pas réussi à se téléporter au travail. Il a essayé du mieux qu'il pouvait, mais n'a pas réussi jusqu'à ce que je monte appeler ma mère. Nous avons alors réalisé que j'avais le pouvoir de neutraliser les pouvoirs des autres autour de moi.
Pour que ce soit juste pour tout le monde (pour ceux ayant des pouvoirs et ceux n'en ayant pas ou en ayant un inutile, comme pouvoir voir le gâteau préféré de quelqu'un au-dessus de sa tête), les gouvernements avaient ordonné que les super pouvoirs ne soient pas utilisés à moins que cela ne soit absolument nécessaire (oui, mon père enfreignait les règles, mais personne ne le savait). Étant donné que les pouvoirs n'étaient pas utilisés quotidiennement, mon effet neutralisant était probablement passé inaperçu la plupart du temps.
Cependant, mes parents étaient toujours inquiets et avaient pris rendez-vous avec un spécialiste du pays voisin. À mi-chemin pendant notre vol, il y a eu une panne qui a fait plonger notre avion. L'un a essayé de «faire flotter» l'avion, un autre a tenté de contrôler la météo. Un autre encore a essayé de se téléporter. Tout en vain.
Ma famille était assise en silence, terrorisée, tandis que l'avion plongeait dans le chaos. Des cris retentissaient de tous les côtés. 
Mes parents m'ont regardé avec résignation, mais je savais quoi faire.

Je savais ce que je devais faire.

Traduction : Kamus


My hero academia : Depression.