Anatomie Divine (1) - Scolopendre éxomorphique


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Il était 5 heures lorsque nous avons quitté le camp. Et malheureusement, j'avais dû utiliser un peu d'eau potable à cause des vents violents pour être sûr de pouvoir éteindre le feu. Mith était toujours malade, et j’essayais de garder autant de provisions que possible afin qu'elle guérisse au plus vite. Enfin, cela faisait maintenant deux jours que nous étions partis de la cité, or j'avais l'impression que notre exil avait débuté depuis des semaines. Au point que je ne pensais pas que notre squat miteux me manquerait. Et plus nous avancions, moins il était facile de respirer. J'avais l'impression que ces interminables dunes de cendres dansaient. De violentes bourrasques nous balayaient, nous forçant toujours un peu plus à nous emmitoufler dans nos écharpes. Puis le brouillard s'est levé subitement, me permettant de vérifier si mon chariot fonctionnait toujours correctement. C'est ainsi que je transportais Mith, ma fille, atteinte d'une paraplégie. Cet engin m'avait coûté jusqu'à mes dernières économies. Mais alors que je regardais devant moi, les quelques caravanes que je voyais au loin il y a encore cinq minutes étaient à présent cachées par une épaisse couche de cendres. Nous progressions à l'aveuglette, et mes jambes commençaient à souffrir.

C'était maintenant mon ouïe que la tempête impactait. Le seul son que je percevais était l'horrible sifflement strident du vent et de la cendre glissant sur mes vêtements. Ces bruits abjects ressemblaient presque à des cris humains, des cris de souffrance. Ma fatigue s'intensifiant, les courbes des dunes donnaient parfois l'air de valser. Tantôt se formaient des tornades, tantôt des vagues grises brûlaient les quelques morceaux de peau que ma combinaison laissait à découvert. Mais je savais quand mon esprit me jouait des tours. Et cette étrange forme longiligne sous le tapis de cendres n'était pas le fruit de mon imagination. Elle donnait l'impression de tourner autour de nous comme un chasseur traquerait sa proie. Une énorme bourrasque m'a alors forcé à m'arrêter et à me couvrir le visage. J'ai mis un genou à terre afin d'essuyer au mieux cette nouvelle vague. Une sensation de légèreté m'a alors empli, comme si une partie de ma fatigue m'avait abandonné. Pareil miracle n'existait pas dans ce désert. Se pourrait-il que toutes mes prières aient enfin été exaucées ? Bien sûr que non, ce poids en moins n'était rien d'autre que mon chariot... Mith !

La panique me gagnant, je me suis risqué à ouvrir un œil, puis l'autre. Les vagues se dissipaient peu à peu, et il n'y avait plus aucun signe de cette étrange forme. J'y voyais de plus en plus clair. « Je dois la retrouver me suis-je dit, je dois retrouver ma fille coûte que coûte. Elle est tout ce qu'il me reste. »

J'ai vu mon chariot quelques dizaines de mètres plus loin, et l'espoir de récupérer Mith m'a redonné des forces pour de bon. J’ai trébuché de nombreuses fois, me brûlant encore la peau. Et même si les vents continuaient de déformer sans cesse le paysage, je n'avais qu'un objectif et rien ne pouvait se mettre en travers de ma route. Mais mon regain d'énergie s'est épuisé dès que je me suis rendu compte que la cargaison était vide. Non seulement nos dernières provisions n'étaient plus là, mais Mith était introuvable. J'ai hurlé ma rage et ma détresse à qui voulait bien l'entendre au milieu de ce maudit désert. Mais un son que je n'aurais plus jamais cru entendre a soudain retenti. Un son tout aussi faible que familier. J'ai tendu l'oreille.

« Aidez-moi... » C'était elle, ma raison de vivre, ma fille.

« Ai..dez... »

Sa voix était si faible que je peinais à comprendre ce qu'elle disait. Et puis j’ai enfin vu son petit bras s'agiter. J’ai puisé dans mes dernières forces pour me rapprocher d'elle, mais cette maudite forme commençait à réapparaître, elle me traquait. Elle est passée tout près de mon pied alors que je n'étais plus qu'à quelques pas.

« J'arrive, chérie ! » ai-je crié.

Elle se tordait de douleur, tanguant de droite à gauche à la manière d'un vulgaire pantin.

« Papa ! »

Ses paupières se sont ouvertes à l'instant où elle hurlait ce mot, mais ses habituels yeux verts n'étaient plus que deux trous abyssaux d'où coulait son sang encore frais. Elle se tordait de plus en plus vite, ses mouvements saccadés étaient accompagnés de bruits de craquements d'os et de déchirements musculaires. Ce qui restait de ma fille s'est soulevé, emportant avec elle toute la cendre brûlante aux alentours. Ce n'était plus Mith qui se tenait devant moi, elle ne faisait plus partie de ce monde. Plus depuis qu'elle avait quitté son brancard de fortune quelques instants auparavant.

Son cadavre articulé faisait maintenant partie intégrante d'un corps gigantesque ressemblant à un insecte cliquetant, aussi noir que les profondeurs dont il devait venir. Il luisait sous une épaisse carapace formée d'os provenant de plusieurs espèces. Il a ondulé vers moi avec une agilité surprenante pour un monstre de cette taille. Et ce qui ressemblait à deux bras se sont ouverts, laissant apparaître des griffes ayant appartenu jadis à un grand mammifère. Plusieurs cadavres d'humains pendaient des flans jusqu'au dos du prédateur, des hommes, des femmes, d'autres enfants... Tel un marionnettiste, le monstre a incliné toutes ses poupées de chair et d'os dans ma direction, leurs mâchoires tombantes grandes ouvertes. D'un rapide mouvement elles ont fondu sur moi, criant rageusement d'un seul cri, alors que mon sang se glaçait.

« PAPA ! »


Ce texte a été réalisé par RemyC et constitue sa propriété. Toute réutilisation, à des fins commerciales ou non, est proscrite sans son accord. Vous pouvez le contacter sur nos plateformes, nous tâcherons de vous y aider si besoin. L'équipe du Nécronomorial remercie également Sawsad et Kitsune qui ont participé au processus d'analyse et de sélection conformément à la ligne éditoriale, et Magnosa et Noname qui se sont chargés de la correction et la mise en forme.

Bonjour à toutes et à tous

Temps de lecture : environ 4 minutes


Je vais directement rentrer dans le vif du sujet. Il faut que je m'en débarrasse. J'ai besoin que vous m'aidiez.

Les explications, tout d'abord. Je pense qu'il faut que vous compreniez la situation, sinon tout cela vous paraîtra bien trop étrange. J'habite dans une grande ville, dans un immeuble au sein d'un quartier plutôt calme. Mes relations avec mes voisins de palier sont courtoises (même si je dois avouer que ce ne sont pas des gens particulièrement intéressants) et il m'arrive occasionnellement de dîner avec certains d'entre eux. En clair, je menais une vie banale, travail, amis et dodo. Mais, comme vous vous en doutez, quelque chose s’est produit.

Depuis plusieurs semaines, j'avais remarqué que la relation entre mes voisins du rez-de-chaussée se dégradait peu à peu. Les disputes incessantes, une histoire de fugue de leur fils et le mari qui rentre tard… Bon, un couple qui va mal, rien d’exceptionnel. Cependant, un jour, plus rien… Un silence. Je ne saurais vous en donner la raison, mais j'en ai perdu le sommeil. Me trouverez-vous bizarre si je vous avoue que les cris me manquaient ? Au fil du temps, c'était devenu une sorte de douce berceuse et cette absence de bruit me gênait maintenant énormément. Me tourner et me retourner dans mon lit me rendait dingue ! Sans compter l'impact sur ma vie quotidienne... Et pourtant, avec le recul, j'aurais mieux fait de rester insomniaque…

Au bout de quelque temps, mon mal a fini par passer. C'est un rêve terrifiant qui a pris sa place, se répétant chaque nuit. Je suis encastré dans un mur de salon d'appartement. Je peux néanmoins observer avec mes yeux qui en dépassent (ne me demandez pas comment). J'inspecte alors la pièce : deux, trois photos de famille, une décoration quelque peu impersonnelle et très peu de meubles. Bref, une résidence en plein déménagement. Soudain, M. Pinkerton, mon voisin, surgit avec une hache. C'est un respectable père de famille, qu’est-ce qu’il fout avec ça ? Le plus étrange, c'est qu'il chantonne : « Chérie ? Chééééééérie ? CHÉRIE ! » Cette dernière entre dans la pièce, puis son visage se décompose devant sa moitié ainsi armée. Elle pousse un hurlement, tente de s'enfuir, mais il l'attrape. La jette sur le sol violemment, lui assène des dizaines de coups de hache ; jusqu’à ce que tous les membres de la défunte soient détachés et en lambeaux. Sous les borborygmes de joie du meurtrier, je me réveille. Chaque fois en sueur, et en retard au travail. C’en était assez ! Un jour, je me suis dit que sitôt rentré, je vérifierais si Mme Pinkerton était encore vivante, ainsi ce rêve ne me boufferait plus la vie.

Le soir, je me suis caché en bas de mon immeuble pour guetter le retour de ma voisine. Rien, absolument rien. J’ai donc décidé de sonner chez eux. La porte s'est ouverte sur l'homme d'âge presque mûr et plutôt massif. Je vous retranscris (à peu près) l'échange.

« Oui ? » a dit Pinkerton, engageant la conversation. « Oh salut, comment tu vas, la jeunesse ?

– Bien, j'ai appris que vous déménagiez, donc j'aimerais vous dire au revoir, à vous et à votre famille.

– C'est gentil de ta part, mais ma femme et mon ado ne sont pas là. » Là, pour rien vous cacher, un frisson glacé m'a parcouru le corps. « Nous avons eu quelques mots, je crois que notre histoire est terminée, a-t-il poursuivi avant de soupirer. Ne sois pas triste pour moi, un chapitre se termine et un autre débute, ainsi va la vie. »

Je vous passe les usages qui ont suivi. Je suis rapidement remonté chez moi, l'absence de sa femme ne constituait pas une preuve, mais soulevait des soupçons raisonnables. La coïncidence était trop parfaite. J’ai alors décidé de cuisiner un gâteau saupoudré d'un vieux somnifère. Je dis vieux, car cela faisait belle lurette qu'il n'avait plus aucun effet sur moi. Je suis redescendu au rez-de-chaussée et ai sonné à la porte. Celle-ci s'est ouverte moins d'une minute plus tard.

« Je suis vraiment désolé pour vous, alors je vous ai fait un gâteau pour vous réconforter.

– Merci, il ne fallait pas, a répondu Pinkerton en arborant un sourire.

– Peut-on le partager ensemble ? Je n'aime pas vous voir triste. »

Il m’a fait entrer dans son logis, immense et vide… Il n'était pas disposé tel que dans mon rêve, mais cela n’avait aucune importance. Dans la cuisine, aussi triste que son occupant, nous avons partagé le plat. M Pinkerton m’a impressionné par sa résistance par rapport à la quantité de drogue ingurgitée... Mais bon, il a fini par s'effondrer, ce foutu potentiel psychopathe. J’ai alors saisi son téléphone et ai cherché le numéro de Rebecca Pinkerton. J’ai appelé : « Bip… Bip… Biiiiiip… Quoi ? Allô ? » J’ai raccroché. Sur le moment, j’ai cru m'être trompé. En m’apprêtant à sortir, j’ai vu une revue de bricolage posée sur une étagère. Dans celle-ci, il y avait des haches à vendre. C'est alors que tout est devenu clair, : mon rêve était prémonitoire. Il n’était pas question que je laisse faire ça. Si je laissais ce gros porc en liberté, ce serait comme tuer Rebecca moi-même.

J’ai tourné en rond, en rond et en rond. Trouver une solution pour garder captif un tueur en puissance n'est pas chose aisée, je vous assure. Pour éviter tout problème, je l'ai attaché et bâillonné, et j’ai fracturé ses deux jambes. Prudence est mère de sûreté. J'ai pris quelques heures pour consulter des sites internet sur les psychopathe, articles, témoignages et compagnie… Il en est ressorti que ce sont d'habiles manipulateurs, qui savent jouer avec les émotions. Il aurait sûrement essayé de faire de même avec moi, jouer avec ma sensibilité. Il aurait imploré ma pitié, m’aurait dit qu'il avait un fils et Dieu seul sait quoi d'autre… Je devais être fort, pour Rebecca et son fils. Je ne devais pas non plus le laisser m'embarquer dans un délire psychotique, qui aurait pu me mener à la folie. Croyez-moi, c'est une situation compliquée à vivre, je vous ne la souhaite pas ! Enfin, pour ma propre sécurité, il fallait lui couper la langue. C'était atroce comme ça saignait, répugnant. Après lui avoir penché la tête en avant pour éviter qu'il ne se noie dans son propre sang, j’ai repris mes réflexions sur la marche à suivre. Prévenir la police était exclu, ils ont l'esprit trop étriqué pour comprendre la situation, ils auraient été dépassés. Cela n’aurait fait qu'aggraver les choses. C'est alors qu'un hurlement a retenti derrière moi, ce qui m’a tiré de mes pensées. L'autre regardait le sol couvert de sang, puis il a levé vers moi des yeux difficilement descriptibles. Des yeux qui m'ont paralysé, un mélange de douleur et d’incompréhension. Je dois avouer qu'il a bien failli m'avoir, mais j'ai tenu et ai pris les mesures qui s'imposaient dans une situation comme celle-ci… Malheureusement (ou pas), l'assassin est mort au second œil crevé. Rebecca, tu peux dormir sur tes deux oreilles, à présent.

Donc voilà, maintenant vous connaissez la situation, je me tourne vers vous. J'aimerais avoir quelques conseils ou idées pour me débarrasser du corps malodorant. Et discrètement de préférence, j'aimerais éviter tous quiproquo avec les autorités. Vous savez comme c'est obtus, un policier ! Et si vous savez comment faire partir les tâches tenaces (j'ai déjà essayé le bicarbonate)... Ce serait terrible que Reb ne récupère pas sa caution...


Ce texte a été réalisé par Wasite et constitue sa propriété. Toute réutilisation, à des fins commerciales ou non, est proscrite sans son accord. Vous pouvez le contacter sur nos plateformes, nous tâcherons de vous y aider si besoin. L'équipe du Nécronomorial remercie également Adiboy et Seven qui ont participé au processus d'analyse et de sélection conformément à la ligne éditoriale, et Magnosa et Kintefleush qui se sont chargés de la correction et la mise en forme. 

CFTC a 10 ans !

 À occasion particulière, publication particulière. Le blog de Creepypasta From The Crypt a été ouvert il y a exactement 10 ans aujourd’hui. 10 ans ! Je ne sais pas si Rob Nukem, l’administrateur qui a créé le Blogger, ou Max le Fou, son prédécesseur qui a fait commencer l’aventure sur une simple page Facebook, se doutait que la communauté prendrait cette envergure et durerait aussi longtemps. En ce qui me concerne, je dois aussi dire que c’est une immense fierté de me trouver là et de rédiger ce message à cette occasion. J’ai rejoint CFTC à la fin de l’été 2013, et j’ai pris mes fonctions d’administrateur un peu avant l’été 2014, et je dois bien dire que, pendant les premières années, cette histoire d’anniversaire des 10 ans était un peu une blague. « Vous imaginez quand CFTC aura 10 ans ? »


Et pourtant, après moultes péripéties, de nombreux changements dans le staff et parmi les administrateurs, la création de nouveaux grades, l’ouverture du Nécronomorial et du serveur Discord, nous y sommes. Je me sens vraiment ému d’avoir tenu aussi longtemps à ma place et d’avoir eu l’occasion de participer à tout cela, aux côtés de gens tous les plus formidables les uns que les autres, même s’il faut bien dire que quelques couacs en route ont causé des départs regrettables.

CFTC, aujourd’hui, c’est un peu moins de 100 000 messages sur le forum (quoiqu’on les atteint largement si on compte les nombreuses suppressions qu’il y a pu y avoir), 1345 publications sur le blog de CFTC et 207 sur le Nécronomorial (sans compter celle-ci), 26 personnes qui ont rejoint le staff ou l’une des équipes officielles pour vous apporter toujours plus de contenu de qualité et font, je dois dire, un travail exceptionnel dont je n’aurais jamais pu rêvé à l’époque où j’y faisais moi-même mes premiers pas, 4457 followers sur Twitter (https://twitter.com/CreepypastaFTC) et 4702 sur Facebook (https://www.facebook.com/CreepypastaFromTheCrypt), un Instagram qui vient d’ouvrir ses portes (https://www.instagram.com/creepypastafromthecrypt), un serveur Discord (https://discordapp.com/invite/8sChvSq) très actif avec des animations diverses et variées.

Mais à côté de ces chiffres, CFTC est surtout, au moins pour moi, devenu une grande famille. Quand je regarde le chemin parcouru, je vois les liens qui se sont créés, et je trouve cela réellement extraordinaire. Des amitiés très fortes et même des relations qui durent encore aujourd’hui sont nées sur CFTC. Notre cher Kamus a partagé avec nous la naissance de son premier enfant. Bien sûr, tout n’est pas rose et il y a aussi eu des disputes et parfois des départs douloureux, mais, après tout, ça aussi, ça fait partie de la vie de famille.

À titre personnel, la communauté m’a accompagné à des étapes importantes de ma vie, mon activité en tant qu’administrateur me sert d’un point de vue professionnel, certains membres sont devenus de véritables proches, et ceux-ci m’ont d’ailleurs tiré d’un très mauvais pas IRL plus d’une fois. J’en suis à un point où ma vie serait radicalement différente si je n’avais jamais rejoint le forum pour y proposer timidement ma première création. C’est pourquoi je tiens à exprimer ma profonde gratitude aux membres du forum. Merci à Tripoda d’avoir eu confiance en moi lorsque j’ai mis ma candidature au poste d’administrateur en 2014. Merci à toutes les personnes que j’ai côtoyées dans le staff au fil des ans, même si nous avons pu avoir des différends, et même si certains ont définitivement quitté notre communauté.

Et je souhaite tout particulièrement remercier le staff de 2020 à de multiples égards. Fin 2019, il me semblait voir venir la mort de la communauté. Plus aucune équipe, presque personne dans le staff, il a même fallu fermer nos portes pendant tout un mois. Mais au final, l’opération de résurrection a fonctionné au-delà de mes espérances, et je pense ne pas me tromper en disant que nous avons retrouvé un niveau d’activité qui n’a rien à envier à l’âge d’or. J’aimerais exprimer ma gratitude à Gordjack, qui m’épaule depuis de longs mois et qui fait un travail extraordinaire, ainsi qu’à Wasite qui nous a rejoint et apporte beaucoup à l’administration depuis qu’il est là ; tous deux ont d’ailleurs également quelques mots à vous dire dans cette publication. Le staff actuel m’a aidé à surmonter des événements très difficiles tout en continuant à faire tourner CFTC à la perfection, et ils ne devraient jamais oublier que ces mois qui ont passé ont, à mes yeux, fait d’eux la meilleure équipe avec laquelle j’ai travaillé pendant toute ma carrière.

Enfin, je veux dire merci à toutes les personnes qui font partie de cette communauté, que vous soyez membres actifs ou dans la majorité silencieuse. Après tout, notre contenu, nous le faisons pour vous, nous cherchons sans cesse à l’améliorer pour vous offrir la plus fine qualité. Et j’espère de tout cœur être encore là dans 10 ans pour vous écrire un nouveau message !

Magnosa

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Eh bien, je ne suis pas doué pour ce genre de chose... Vous savez, les seuls discours que j'ai l'habitude de faire et qui m'inspirent sont sur l'abolition de la bourgeoisie et pas pour ce type d'occasions très particulières. Alors on va y aller au feeling, alors je vais simplement vous raconter mon rapport à CFTC et les deux du fond sont priés d'arrêter de bailler d'avance. Je me suis inscris en 2016 et pour vous faire une confession, je n'avais jamais lu de pastas du site, j'en connaissais une dizaine via diverses vidéos YouTube avec des voix robotiques absolument immondes. Je me suis dit « hey, j'aime ce concept alors je veux essayer » et me suis fait un compte sur le premier forum dans la barre de recherche. J'ai proposé ma création et me suis fait refuser, puis encore et encore jusqu'à que je me fasse finalement publier. J'étais comme un gamin devant un paquet de cra... de bonbons ! J'actualisais toutes les cinq minutes la page des commentaires pour n'en louper aucun, attendant impatiemment chaque réaction.

Toujours aujourd'hui c'est quelque chose que j'adore, lire les commentaires et connaître l'avis des gens sur mes textes (et qui nourrit souvent mon formidable ego, mais ceci est une autre histoire). Bref, ça a duré pendant quelques années et CFTC était avant tout pour moi un moyen de montrer, d'affiner et de faire publier mon travail ainsi que de critiquer celui des autres lorsque le cœur m'en disait. Une sorte de forum d'échange entre auteurs en somme. 
 
Cela a drastiquement changé le jour fatidique où j'ai postulé en tant que modérateur du site, avec quelques hésitations sur le moment car je ne suis pas très doué avec les gens en général et ne suis pas habitué à intégrer une communauté. Bon, pour être honnête avec vous, le changement est survenu plutôt 6 mois après ma nomination, le temps que je me mette au travail, puis il a bien fallu encore 3 mois supplémentaire pour que je rejoigne le discord (non sans mal) et entre vraiment dans la communauté. Oui, bon je ne suis pas l'employé du mois c'est sûr, et Gordjack a dû s'arracher quelques cheveux à cause de ma passivité. 
 
C'est d'ailleurs grâce à lui que j'ai pleinement rejoint CFTC et je tenais à le remercier tout particulièrement. C'est lui qui m'a motivé à passer le cap de la discussion avec les autres membres (et à faire mon boulot, accessoirement) et m'a accompagné en tant qu'apprenti modo tout en réparant mes conneries plus régulières que je ne le voudrais. Bref, merci à toi Gordjack. Je ne regrette pas car j'ai fait des rencontres vraiment incroyables dans cette communauté qui a vraiment changé ma vie sur de nombreux plans, m'a fais grandir et évoluer. Je pense être devenu moins con grâce à CFTC, grâce à des discussions vraiment passionnantes, grâce aux critiques sur mes textes ou ceux des autres ou simplement grâce aux échanges que j'ai pu avoir.

Je ne sais pas quoi rajouter d'autres, à part que vous, communauté de lecteurs, êtes ce qui me motive aussi à écrire. J'attends toujours aussi fébrilement vos retours, j'aime lire vos réactions sur tout ce que l'on peut vous proposer (surtout les "je n'ai pas compris", ma douceur perso <3). Voilà, continuez comme ça ! Merci à nous (faut pas déconner, c'est nous qui bossons dans l'histoire) et un peu merci à vous d'être fidèle au poste !

Presque affectueusement, Wasite

***
 
Qui aurait cru que cet adolescent lisant des creepypastas sous la couette, il y a des années, finirait par devenir administrateur sur son site de prédilection ? Pas lui, en tout cas. Si on m'avait dit, à l'époque, ce que je deviendrais, je me serais contenté de rire au nez de la personne.

Et pourtant, je l'ai fait. Comme beaucoup d'entre vous, je n'étais qu'un lecteur parmi tant d'autres, lisant texte sur texte, fasciné par les sensations qui m'étaient ainsi offertes. Mais un jour, cette question m'est venue : et pourquoi pas moi ? Pourquoi, moi aussi, je ne pourrais pas apporter ma pierre à l'édifice ? C'est ainsi que je suis devenu correcteur pour CFTC. Alors, je me suis découvert une passion, un investissement qui n'avaient jamais été les miens auparavant. A nouveau, une question m'est venue : et si j'allais plus loin ? Et si j'en étais capable ? C'est alors que tout s'est enchaîné. De correcteur, je suis devenu référent correcteur, puis modérateur, et enfin administrateur voilà un peu moins d'un an.

CFTC m'a montré qu'avec de la volonté, de l'investissement et des idées, tout était possible. Même le plus notoire des lecteurs a une chance de devenir, un jour, l'un des piliers du site. Il suffit d'y croire, de ne pas baisser les bras, et de faire sienne la communauté qui aujourd'hui nous porte.

Sans nos équipes, sans notre Staff, et sans vous, lecteurs qui pour certains nous suivez depuis les éons, nous ne serions rien. Nombreuses sont les crises qui ont été essuyées par le site, mais à chaque fois, tous autant que vous êtes, vous avez su nous relever.

Aujourd'hui, ce sont dix ans de frissons qui sont célébrés. Dix ans à être à vos côtés, à vous écouter, à vous décevoir parfois. Mais vous, que dis-je, nous sommes une communauté, aux points de vue aussi nombreux que les membres qui la composent, aussi, je ne peux que m'en réjouir.

À vous, CFTC a montré que l'horreur n'était pas qu'un genre décrié par les femmes cinquantenaires possédant un caniche et détestant le metal. Non, CFTC, c'est bien plus que ça. C'est un genre, celui de la creepypasta, amené il y a maintenant dix ans dans nos vertes contrées par les fondateurs du site, et qui n'a cessé de fleurir, pour mener à cette apothéose qui aujourd'hui est la nôtre.

À moi, CFTC a montré que même en partant de zéro, même en n'étant rien, il suffit de se lancer, de sauter dans le vide, pour toucher du doigt l'idéal qui a porté avec tant d'allégresse et de frissons nos plus jeunes années. Alors, l'impossible devient possible.

Peu importe que nous ayons connu une petite baisse d'audience. Peu importe que nous ayons eu des litiges, que ce soit intérieurement à la communauté, avec des perturbateurs extérieurs ou avec vous. Peu importe ce qui s'est mis sur notre route. Nombreux sont ceux qui, des années en arrière, pensaient que nous ne tiendrions pas quelques mois de plus. Mais je sais, non, nous savons, que si nous fêtons nos dix ans en ce jour, CFTC a encore de belles années devant lui.

Des projets sont en route, et une partie de notre avenir est déjà tracé. Tracé en direction de l'abîme, celui dans lequel vous vous plongez sciemment lorsque vous entrez « Creepypasta from the Crypt » dans votre moteur de recherche. Et si d'aventure, vous souhaitez faire partie de cet avenir, sautez le pas, comme j'ai osé le faire il y a des années. Pour moi, CFTC est bien plus que la première référence française de littérature horrifique : c'est un endroit où les rêves se réalisent.

Critiques. Illustrateurs. Traducteurs. Damnés. Ma GrammatikWaffe. Magnosa, qui m'a tendu la main et m'a hissé à ses côtés. Kamus, qui m'a permis d'entrer en cet Éden. Wasite, qui m'a fait découvrir le sandwich aux haricots. Tous les  autres, mes estimés collègues du Staff, mes amis. Et surtout vous, lecteurs. Merci, du fond du cœur merci. En mon nom, merci de m'avoir permis de devenir ce que je suis aujourd'hui. Au nom de CFTC, merci de nous avoir portés pendant si longtemps, qu'importe la période et les événements.

Je sais pertinemment que la plupart d'entre vous, lecteurs, ne lira pas ce post dès la vue de son titre. Et c'est compréhensible, vous êtes ici pour les frissons que nous vous offrons, non pour les états d'âme de trois administrateurs émus de voir subsister une fleur plantée dix ans en arrière. Mais que vous lisiez ces lignes ou non, vous avez ma gratitude inconditionnelle. Tous, autant que vous êtes.

Gratitude que, je l'espère, la terreur que vous feront ressentir nos futurs textes et projets aura tôt fait d'oblitérer.

En attendant, je n'ai plus qu'une chose à dire : longue vie à CFTC, ce lieu où les ombres dansent une valse plus allègre qu'il n'y paraît.

Vous regardant avec amour depuis les nuées, Gordjack

***
 
Après ces messages, quelques indications pour la suite. En effet, nous n’avons pas l’intention de nous relâcher, bien au contraire, et ces 10 ans arrivent avec quelques petites choses. Tout d’abord, nous remercions du fond du cœur Adiboy, qui a pris la décision de quitter le staff de CFTC. L’équipe des Critiques n’aurait pas repris ses couleurs sans lui, et son travail a été extraordinaire. Nous souhaitons également la bienvenue dans le staff à Seven, qui reprendra ses fonctions, et lui disons bonne chance pour prendre la relève !

Par ailleurs, nous avons décidé de relancer une consultation de la communauté, d’une part afin de voir les évolutions par rapport à la consultation de 2018, d’autre part afin de corriger des éléments qui nous sont remontés récemment tout en gardant bien en tête les souhaits de la communauté. Le formulaire est à remplir sur le lien suivant, et nous vous demandons bien sûr d’y répondre avec tout le sérieux possible afin que nous puissions exploiter convenablement les résultats pour en tirer les améliorations qui s’imposent. Le lien se trouve ici : https://forms.gle/qCayXWrLQnnZaA8MA.

Enfin, vous aurez certainement remarqué la disparition de notre logo. Nous ne savons pas ce qui lui est arrivé, mais nous vous assurons que nous mettons tout en œuvre pour le retrouver au plus vite. Si jamais vous avez des informations à ce sujet, n’hésitez pas à rejoindre le Discord pour nous aider dans nos recherches !

La communauté remercie Gordjack, Magnosa et Wasite à l’administration, Antinotice et Noname à la modération, AngeNoire et Sytom à l’organisation des animations, Kamus pour sa gestion des réseaux sociaux et ses nombreuses réalisations ces dernières années, Adiboy pour sa gestion de l’équipe des Critiques, Daniel Torrance pour sa gestion de l’équipe des Traducteurs, Luna Fireline pour sa gestion de l’équipe des Damnés Illustrateurs, et Luidi pour son aide précieuse dans les publications sur les blogs de CFTC et du Nécronomorial, ainsi que l’ensemble des membres des équipes des Critiques, Damnés Auteurs, Damnés Illustrateurs, GrammatikWaffe et Traducteurs !

Damnatio memoriae

Temps de lecture : inférieur à 1 minute


Des eaux grouillantes d'une mer de larmes et de regrets,

Je vis émerger une bête frappée d'anathème.

Et sous ses dix cornes sept têtes couronnées du péché,

Et sur ces sept têtes l'empreinte de noms de blasphème.


Et le Dragon lui avait donné sa puissance,

Et la Grande Prostituée, son autorité.

Les hommes adorèrent la bête et louèrent sa prestance,

Qui les plongea dans les affres de l'impiété.


Puis je vis monter de l'Abyme une autre bête,

Et sur ses deux cornes d'agneau souillées par l'Enfer,

La marque du Dragon, qui parlait à travers elle.


Et lui fut donné de pouvoir combattre le ciel, 

De vaincre les Saints, faire descendre le feu sur terre,

Et par ses grands prodiges, de séduire tous les êtres.


Les bêtes ordonnèrent qu'on adorât leur image,

Et que tous ceux qui s'y refusaient fûssent tués.

Et elles firent que tous reçussent la marque du carnage,

Que nul ne pût sans l'emblème user du denier.


Ainsi la déréliction enveloppa la terre,

Gangrénant le cœur séduit des enfants d'Adam.

Et Babylone la grande revint du néant,

M'arrachant à ceux qui jadis me nommaient "Père". 

Texte de Gordjack


C'est avec ces vers que notre administrateur émérite a gagné son premier concours de poèmes, qui a eu lieu durant le mois de septembre. Nous félicitons également les autres participants pour leurs créations. D'autres concours suivront dans les prochaines semaines, n'hésitez pas à y prendre part !

À la table du Roi

Temps de lecture : 2 minutes

On raconte souvent qu’autrefois, un Roi très puissant organisait chaque année un grand repas, auquel il conviait les personnages les plus illustres de son royaume.   
   
Pour certains, être à la table du Roi durant ce repas était une consécration, l’objectif de toute une vie, démontrant à tous une réussite sociale certaine. Pour d’autres, il s’agissait de la plus fiable des garanties de devenir riche et influent. S’asseoir à la table du Roi était un privilège réputé inestimable, et, pour y accéder, la concurrence était féroce, mais, malheureusement, comme vous devez vous en douter, les places y étaient très limitées.   
   
Neuf. C’était le nombre de sièges disponibles autour de la table du roi, une table ovale, teintée d’or et ornée des plus belles émeraudes du continent. Seulement neuf, dont un qui était, bien évidemment, réservé au Roi lui-même. Ainsi, sept autres étaient destinés à l’élite du royaume, ceux qui n’avaient cessé de briller et qui rayonnaient par leur puissance. Un avocat reconnu, un chef de la pègre comme un peintre émérite pouvait se voir réserver un siège.  
   
Il ne restait donc qu’une place de libre, et le Roi, dans son immense bonté, la destinait à l’un de ses sujets, tiré au hasard dans les registres de naissance de tout le royaume.   
   
Alors, à l’approche du tirage au sort, la table du Roi était dans tous les esprits, des villes les plus bourgeoises jusqu’aux bourgades les plus rurales. Il y avait bien quelques commérages concernant ce repas, mais si ces ragots avaient le don d’effrayer les moins téméraires, ils ne suffisaient guère à dissuader les gagnants de cette étrange loterie.   
   
Et puis vint une année où c’est un enfant qui fut tiré au sort. Mais pas n’importe lequel, le plus misérable de tous les enfants. Celui-ci vivait à la campagne, dans un taudis que même les rats avaient déserté. Sa veuve de mère était une prostituée notoire de la région. Celle-ci, consciente de l'opportunité de son fils, utilisa l’entièreté de ses économies pour payer une voiture le menant à la capitale.   
   
Bien sûr, l’enfant appréhendait le repas, mais il restait animé par un infaillible espoir, celui de sortir de la misère.   
   
Arrivé au majestueux Palais Royal, il fut chaleureusement accueilli par les serviteurs. Mais l’enfant portait encore ses habits terreux, et on lui signifia qu’un bain lui ferait le plus grand bien. On l’emmena sans plus tarder à une magnifique baignoire. L'enfant ne put s’empêcher de l’admirer pendant quelques secondes, c’était la première fois qu’il en voyait une de cette forme, et de cette couleur.   
   
Il s’y installa, l’eau chauffa rapidement. Quelle sensation incroyable ! L’enfant se détendait enfin, il profitait de chaque seconde passée dans ce bain. Jamais le garçon n’avait connu tel luxe. Il avait eu raison d’espérer.   
   
À quelques pièces de là, dans la salle de réception, tous les autres convives étaient déjà installés. Mais étrangement, ce soir-là, autour de la table ovale, il n’y avait que huit sièges, et pas un de plus.   
   
En effet, l’enfant n’avait pas besoin de siège, étant donné que sa place était sur la table elle-même.   
 
Le garçonnet, aveuglé par sa pauvreté, avait pris la marmite pour une baignoire, et c'est ainsi qu'il cuisit.  
 
Après ce funeste bain, le lardon fut cuisiné, puis dégusté par l'ensemble des invités. Ces derniers étaient très reconnaissants envers leur hôte de leur offrir, chaque année, un mets aussi rare, et cette année, aussi tendre.  
 
Le garçon avait tout de même eu le privilège d'être à la table du Roi.


Texte de Sawsad