Nocturne

Nous nous sommes installés dans cette maison depuis quelques semaines, tout au plus. Mon compagnon et moi sommes tombés sous le charme de cette bâtisse à l’apparence, de prime abord, plutôt rustique. Nous préférons cela à l’ultramoderne, triste et froid, d’aujourd’hui. Cette maison dégage quelque chose de rassurant, inspire le réconfort. Et surtout, elle possède un grand jardin. C’est l’idéal pour notre très chère chatte. Elle nous a toujours suivis dans nos déménagements et nous sommes incapables de vivre sans elle. Myrtille, surnommée affectueusement « Mimi », est notre rayon de soleil. Constamment de bonne humeur, elle ronronne quasiment en permanence et déborde d’énergie. Elle s’est habituée à sa nouvelle maison sans aucun problème, et nous sommes ravis de ce changement. Pourtant, ce tableau si parfait comporte une face cachée que je n’ai pas tardé à découvrir contre mon gré. Mon compagnon travaille de nuit dans une petite entreprise familiale de métallurgie et il faut bien quelqu’un pour assurer la sécurité du lieu, même si, honnêtement, il ne s’y passe jamais rien. Mais il est plutôt bien payé, alors... pourquoi pas ? Quant à moi, l'idée de dormir seule ne m’avait jamais inquiété. Et puis, Mimi est là. Avec une telle présence, je n’ai jamais ressenti le moindre sentiment de solitude. Elle dort toujours avec moi, dans le lit, occupant la place de mon partenaire. Mais cette nuit, ma vision des choses a profondément changé.
Après avoir pris un bon bain et passé plus de temps qu’il ne fallait devant une série, je dois dire au revoir et à demain à mon compagnon, qui doit s’accommoder de cet horaire contraignant. Mais encore une fois, nous nous y sommes habitués. Moi-même épuisée par ma journée de travail - ce n’est pas évident la vie d’artiste -, je me suis affalée dans mon lit et me suis rapidement endormie, sans oublier bien sûr de laisser la porte entrouverte afin que Mimi puisse me rejoindre quand l’envie lui prendrait. Mademoiselle est toujours très agitée la nuit, encore plus que durant la journée en tout cas. Je ne compte plus le nombre de fois où elle m’escalade, s’assoit sur ma tête ou me mordille les orteils lorsqu’ils ont le malheur de dépasser de la couverture
Ainsi, me voilà qui dors profondément et paisiblement, du moins jusqu’à ce que ce que je sente un poids se poser sur mes pieds. Comme si quelqu’un avait bondi dessus. Et ce quelqu’un, c’est bien sûr cette fichue boule de poils ! Je grogne et me retourne, sans même ouvrir les yeux. Je suis bien trop fatiguée pour jouer ! Heureusement, Mimi a pitié de moi et me laisse retourner dans les bras de Morphée.

Jusqu’à ce que, une nouvelle fois, je sois victime d’une attaque. Je sursaute violemment. J’ai pu sentir ses griffes et peut-être même ses dents ! Je me redresse, mécontente. Dans l’obscurité, difficile de chercher des yeux la petite féline. Évidemment, elle s’est sûrement enfuie, sachant pertinemment qu’elle vient de faire une bêtise. Je souffle bruyamment, excédée, et enfouis mon visage dans l’oreiller. Maudit chat !

Je pense bien avoir été réveillée encore deux fois après ça. La bête s’acharne de plus en plus. Qu’arrive-t-il à Mimi ? Elle est très joueuse, c’est vrai, mais elle ne m’avait jamais encore jamais fait aussi mal ! Elle joue avec mes nerfs, à chaque fois que je veux la sermonner elle disparaît déjà dans les ténèbres. Si c’est comme ça, privée de croquettes ! Non, c’est impossible de résister à sa petite bouille adorable. Avec son pelage tigré, on dirait que ses yeux sont maquillés de noir et son petit menton blanc est juste à croquer ! J’aime beaucoup trop ce chat !

Je me calme, ça ne sert à rien de m’énerver en pleine nuit sur le petit animal qui partage ma vie. J’ai pris un certain temps avant de me rendormir. Tout est étrangement calme, beaucoup trop calme. Je n’ai jamais apprécié le silence. Généralement, je fais tout en musique. Mais contre toute attente, la fatigue me rattrape.

Dans mes rêves, Myrtille m’apparaît. La pauvre petite pleure, pleure et pleure encore, miaulant avec désespoir. Je veux la prendre dans mes bras, mais je ne parviens pas à l’attraper. C’est alors qu’une atroce douleur me fait hurler. C’en est trop ! J’allume la lumière et crie : « Ça suffit ! Tu m’as vraiment fait mal cette fois, Mimi ! ». Mais Mimi n’est pas là. J’inspecte rapidement mes pieds : ils sont en sang. Je ne comprends pas. Comment un si joli petit chat peut-il être capable d’un tel carnage ?! Je me sens très mal et me mets à pleurer sans pouvoir m’arrêter. J’aperçois alors des yeux luisants dans le coin de ma chambre, tout près de la porte, brillant dans le noir. Ils me fixent. Je frissonne, parcourue d’un indescriptible sentiment de menace. Je l’appelle : « Mimi ? Mimi ? ». Pas de réponse. Bien sûr. Mais d’ordinaire elle miaule à chaque fois qu’on l’appelle. Les yeux disparaissent alors et j’entends des bruits de pas, rapides, presque inaudibles.

Je n’ai pas pu fermer l’œil après tout ça.

Je me suis levée aux aurores, attendant mon compagnon avec impatience. Je veux lui raconter ce qui m’est arrivée, ce qui est arrivé à Mimi. Elle doit être honteuse, car impossible à dénicher. elle s’est sûrement encore cachée dans un endroit improbable. J’ai nettoyé et désinfecté mes pieds, sans grand succès. Les plaies sont purulentes et n’arrêtent pas de saigner. J’hallucine. Je ne vais tout de même pas devoir aller aux urgences, si ? Être contrainte d'avouer que c’est mon chat qui a fait ça, personne n’y croira ! Moi-même je n’y crois pas ! Alors que je prépare le petit-déjeuner, j’entends la porte d’entrée s’ouvrir : enfin il est rentré ! Les larmes aux yeux, je me jette dans ses bras. Il n’en revient pas : « Hé bien, qu’est-ce qu’il t’arrive ? C’est parce que Mimi n’a pas passé la nuit avec toi que tu es dans cet état ? ». Ma vision se trouble sous la stupeur, et je vois Mimi se précipiter vers son bol de croquettes, comme affamée. « Elle en a profité pour sortir hier soir, quand je suis parti. J’étais inquiet, mais elle m’attendait devant la porte quand je suis revenu ce matin. ». Je deviens livide.

Si Mimi avait passé la nuit dehors, alors… qu'est-ce qui m’avait attaqué les pieds ? Qui était rentré dans ma chambre ? Qui m’avait rejoint dans le lit ? Je perds l’équilibre. La douleur se fait lancinante. Mon compagnon me rattrape de justesse, et je prétexte la fatigue. Je ne veux finalement pas lui dire. Je ne veux pas qu’il s’aperçoive de l’état de mes pieds.

Plus ou moins rassuré, il reprend son rituel, à savoir prendre une douche et ensuite aller dormir à son tour. Je déjeune en compagnie de Mimi, comme chaque jour ou presque. Elle semble plus nerveuse que d’ordinaire et me fixe avec des grands yeux angoissés. Elle se demande probablement pourquoi je ne l’avais pas cherché alors qu’elle était restée dehors toute la nuit. Je lui murmure « Pardon. », faisant partie de ces personnes qui parlent à leur animal. Mimi plisse les yeux et se met à ronronner, peu rancunière. Elle s’approche, réclamant une caresse. Mais elle se fige en chemin, ses yeux rivés sur mes pieds. Elle fait marche arrière, tout doucement, comme si elle a vu un fantôme ou quelque chose de terrifiant. La peur s’empare de moi face à cette réaction inattendue et perturbante, les battements de mon cœur retentissent dans tout mon être. Je croise le regard de Myrtille : je peux y lire de la peur et de l’incompréhension, et elle peut probablement déceler la même chose dans le mien.

Encore aujourd’hui, je me demande ce qui m’est arrivée cette nuit. Quelle était cette chose dans ma chambre ? Je dis bien « chose » car j’ai finalement dû m’y rendre, à l’hôpital, et le verdict est tout sauf rassurant. Le personnel n’avait jamais rien vu de pareil, et la guérison fut très difficile. Le médecin m’a dit qu’il s’agissait probablement d’un animal sauvage : « D’une espèce inconnue ! » avait-il ajouté en riant. Mais moi, ça ne m’amusait pas. Pas du tout. Ça m’effrayait. Désormais, je ressens de l’appréhension et de l’anxiété dès que je suis seule, craignant sans cesse que « ça » revienne. Vu ce que « ça » a fait à mes pieds, « ça » serait capable de tout… Oh oui, la créature est capable de bien pire… Depuis lors, Mimi n’a plus jamais passé une nuit en ma compagnie. En fait, elle semble même éviter d’entrer dans la chambre, un peu comme s’il y avait quelque chose de maléfique à l’intérieur… Il paraît que les chats sont capables de voir des choses… Je préfère ne pas y penser. En fait, je n’aime plus cette maison, je veux partir. Je veux partir d’ici… Vite, je veux partir. Je n’ai plus beaucoup de temps, je le sens. Quand je suis seule à la maison, il m’arrive d’entendre du bruit, ou même des miaulements dans la chambre, mais je sais que ce n’est pas Mimi… Car elle est là, avec moi, à me regarder avec de grands yeux terrorisés. Cette chose dans la chambre, ce n’est pas Mimi...

Texte de IvyFenrir

6 commentaires:

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    1. Sinon on est sur le necro, pas sur CFTC. Du coup c'est une nouvelle horrifique, pas une creepypasta.

      Il y a encore moins de raison de chercher absolument à relier la créature de l'histoire avec une créature bien connue de légende urbaine.

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  2. Oui désolé mais ça m'a fait penser à eux ...

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  3. Cette nouvelles horrifique est assez plate à vrai dire.

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  4. Quelle idée de laisser ses pieds traîner en dehors de la couette aussi.

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  5. Voilà pourquoi les couvertures sont les meilleures protections
    -Linus des Peanuts-

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