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La montre de poche
Temps approximatif de lecture : 6 minutes.
Du temps où la guerre était sur le point d'arriver, alors que j'étais enfant, il n'y avait presque rien à manger à la maison. Dans ma fratrie, j'étais l'aîné, il était donc mon devoir de veiller à toujours laisser mes frères et sœurs manger avant moi. Cette guerre se rapprochait de la côte et, à mesure qu'elle approchait, notre nourriture se faisait de plus en plus rare. En effet, tous les animaux fuyaient la région, ou étaient abattus et consommés dans la précipitation par les autres familles du village.
Mettez les commandes sur le cœur du soleil
Temps approximatif de lecture : 6 minutes.
Syd avait toujours craint la solitude. Mais en ce jour de juillet 2106, il se prit à regretter d’être entouré.
Il ne savait plus vraiment ce qu’il faisait là, assis sur le siège étroit de la navette de transport en direction de Phobos. Jusqu’à ce qu’il se souvienne en réfléchissant de ce qui l'avait amené jusqu’ici : retrouver son père sur cette lune de Mars ; il ne l'avait pas revu depuis bientôt deux ans. Le cœur serré d’angoisse, il fit le point sur la dernière heure qu’il venait de vivre.
Nouveau départ, partie 2
Temps de lecture : 10 minutes
DISCLAIMER : Un passage de cette partie est plutôt violent et décrit en détails.
Les gigantesques vaisseaux se posent toujours derrière la vitre du terminal et le soleil dépasse à présent les tours-usines. Celui-ci éblouirait Jarod s’il le regardait, mais son regard est fixé sur le tableau d’affichage. Son estomac se noue. Les vols affichés passent du gris au rouge s’ils sont retardés ou annulés, au vert s’ils sont maintenus. Or, la liste est maintenant presque entièrement rouge. Le vol pour Colonia Augusta, dernier de la liste, attend son tour, toujours en gris. Jarod, nerveux, se frotte les mains. Il a l’air d’un fou, mais ne peut s’en empêcher. Il se sent soudain observé et dévie son regard de l’écran pour remarquer un individu, immobile dans le torrent d’hommes et de femmes qui passent à côté de lui sans le voir. Il porte un costume noir et son regard est dissimulé par des lunettes de soleil, noires elles aussi. Il est rejoint par un comparse habillé d’un trench-coat gris. Ce dernier porte sa main à son oreille en regardant dans la direction de Jarod. Le jeune homme enfonce les siennes dans ses poches comme s’il pouvait les faire disparaitre.
Hypocrisie
Temps approximatif de lecture : 5 minutes.
Je hais ces hypocrisies qui nous entourent.
Ces gens qui jugent parce qu’ils se sentent en position de pouvoir, ces misérables, pour qui tout ne devrait exister qu’en fonction de ce qu’ils pensent être vrai, correct, « bon ». Mais qui dit réellement qu’ils sont dans le bon ? Que leurs actions et que leurs pensées sont justes ? Personne d’autre qu’eux bien sûr, mais comme ils se sentent dans leurs bons droits, ils n’hésitent pas à dénoncer tout ce qui s’éloigne de leurs idéaux. Ces gens infects me rendent malade. Et le pire ? C’est qu’on le veuille ou non, on pense toujours qu’on est forcément plus dans le vrai que l’autre en matière d’éthique tant qu’on ne sent pas une opposition farouche à nos idées.
Nouveau départ, partie 1
Temps de lecture : 9 minutes
Jarod regarde sa montre pour la dixième fois en moins d’une minute. Il est neuf heures vingt-trois. Le soleil levant aurait dû l’éblouir depuis un petit moment, mais il est caché derrière les grandes tours-usines de la nouvelle zone industrielle. Bien qu’il ait conscience que ce sera la dernière fois qu’il verra les rayons du soleil, son étoile natale, il ne ressent aucune mélancolie. En réalité, il ne ressent rien. Il y a bien longtemps que tout ce qui le retenait sur Terre s’était envolé. Aujourd’hui, premier jour de l’hiver, Jarod s’en va. Il regarde à nouveau sa montre, puis l’écran d’affichage au-dessus de sa tête. Des pixels monochromes s’agitent pour former le mot « EN RETARD ». De temps en temps, l’écran grésille puis revient à la normale. Jarod s’amuse à imaginer des rats grignoter les câbles dans le faux plafond.
Parasite
Temps de lecture : 6 minutes
Depuis toujours, je me pose des questions sur les humains. Non pas que ce soit une espèce particulièrement fascinante, mais mes contacts réguliers avec celle-ci attisent parfois ma curiosité. Ils me surnomment « mauvais génie », bien que cette appellation soit à présent désuète. Appelons-moi donc « abomination ».
Je voudrais qu'on me conduise quelque part où le ciel était bleu
Temps de lecture : 22 minutes
A cette heure avancée de la nuit, les rues de la ville étaient calmes. Le seul élément venant animer le paysage était une voiture roulant lentement. Une Volkswagen noire, conduite par un homme d'une quarantaine d'années. Ses cheveux étaient bruns et peu nombreux sur son large crâne, et ses yeux bleus et froids. Ses sourcils paraissaient constamment froncés, mais plus par concentration que par humeur mauvaise. Il portait un costume sombre parfaitement ajusté, tout comme ses mains sur le volant. Son regard était dirigé droit vers la route, et ses battements de paupières, eux, étaient presque imperceptibles.
Nous sommes qui nous sommes
Temps de lecture : 5 minutes
L’environnement dans lequel nous grandissons nous façonne, n’est-ce pas ?
Mes parents sont morts quand j’avais trois ans, j’ai donc grandi en famille d’accueil. J’étais une enfant assez turbulente, à faire des caprices au moindre problème : une même famille ne me gardait jamais bien longtemps. Cette situation a duré pendant trois ans, jusqu’à ce que je rejoigne la famille Garancia à l’âge de six ans.
Le Pénitent, Verset Premier - La Genèse
Temps approximatif de lecture : 14 minutes.
« Aime ton prochain ». « Tends la main à ceux qui en ont besoin ». « Sois bon ». Tant et tant de phrases qui n'ont de sermons que le nom. De mots désuets et ayant perdu leur sens depuis les éons, instrumentalisés puis oubliés.
Vous voyez, j'ai grandi dans une famille catholique, une vraie de vraie comme on n'en fait plus. Messe du dimanche, prière avant le repas, Carême... La totale. Mes parents n'avaient rien d'exceptionnel, je vous arrête tout de suite. Ils n'étaient pas fanatiques, ni membres d'une secte obscure pratiquant le sacrifice de chèvres. Non, c'étaient simplement de bons chrétiens, fidèles et investis, qui n'aspiraient qu'à sauver leurs âmes des griffes du Malin pour pouvoir accéder au Paradis.
Une mer noire
Temps de lecture : 9 minutes.
Je me souviens très bien de comment ça a commencé.
J’étais dans mon lit, confortablement installée en position fœtale, essayant de dormir pour relever les défis du lendemain. Mais je n’y arrivais pas. Mes yeux restaient grand ouverts alors que je me demandais comment je pouvais encore respirer. La peine qui écrasait mon cœur était tellement forte qu’elle brisait ma poitrine de son poids. Avec désespoir, je regardais l’heure, je savais que je ne m’endormirais pas.
Comment tuer un monstre ?
Temps de lecture : 4 minutes
« Ben ? Qu’est-ce que tu fais là-dedans ? »
J'ai jeté un bref coup d'œil à la porte, ma femme se tenant de l'autre côté.
« J’en ai juste pour une minute. »
Il était inutile de répondre à sa question. Elle savait ce que je faisais, j'en étais sûr. Et elle n'aimait pas ça. Elle ne comprenait pas. Elle voulait que je passe à autre chose.
La boîte à chaussures
Temps de lecture: 10 minutes.
J’ai décidé de partager ça avec vous parce qu’honnêtement, je sentais le besoin d’en parler avant de devenir cinglée, et c’est probablement le seul endroit où je peux m’exprimer sans que les gens me prennent pour une tarée.
Mon nom est Élisabeth Black, j’ai vécu à New York la plus grande partie de ma vie sans que quelque chose d’étrange ne me soit jamais arrivé. Je n’ai jamais vu de fantôme, jamais vu d’OVNI et non, avant que vous me le demandiez, je ne suis jamais tombée nez à nez avec un grand bonhomme sans visage qui aurait un goût particulier pour les costards.
Un marché équitable
Temps de lecture : 8 minutes
Les bazars sont des endroits fascinants, un véritable creuset grouillant d'humains de tous horizons. Des riches, des pauvres, des désespérés, des badauds… Tous sont en quête de quelque chose, qu'ils le sachent ou non. Qui irait s'imposer un maelström d'odeurs et de bruits en tous genres pour rien ? Quoique, pour ce dernier point, je ne peux pas vraiment juger. Et moi, dans quelle catégorie suis-je ? Eh bien aucune. Je ne suis qu'un modeste marchand, vendant quelques objets atypiques... Enfin, des articles qui répondent toujours aux besoins de mes vénérés clients.
Propagande par le fait
Temps approximatif de lecture : 10 minutes.
Il y a autant d’Anarchies que d’anarchistes… Exact, parfaitement exact, mais nous partageons tous une même aversion pour la hiérarchie forcée, pour les maîtres. Malheureusement, en dehors de ceux-ci, nous sommes peu. Du moins, peu à nous déclarer libertaires, car ce mot est synonyme de terroristes depuis les lois scélérates. Nonobstant, je crois du fond de mon cœur que chaque prolétaire a ce goût de l’émancipation. Il est en effet inconcevable que l’esclavage généralisé soit pleinement accepté par le forçat sans que ce dernier ne souhaite s’en extirper. En réalité, c’est là que réside l’astuce. La bourgeoisie parvient à ancrer profondément dans la tête de la population que le travail rend libre, que par les efforts vient la richesse et donc la liberté. Ils nous présentent l’argent comme clef de la prison à ciel ouvert dans laquelle nous pataugeons tous… Et ainsi, forgent leur prospérité sur l’espérance du peuple.
Mr. Smile
Temps de lecture : 8 minutes
C’est au début du mois de novembre 1997 qu’une série d’entretiens pour le moins étrange mène un pédopsychiatre du Maine à contacter les autorités.
Son témoignage fait état d’un de ses patients, un enfant s’étant confié à lui au sujet de l'un de ses « amis ». Le psychiatre soutient que pour les parents et pour lui-même, il s’agissait sans aucun doute d’un ami imaginaire, appelé « Mr. Smile » par le patient qui parlait beaucoup de lui lors de certaines séances.
edilasyrhc aL
Temps approximatif de lecture: 16 minutes.
Ma première rencontre avec le paranormal eut lieu de façon inattendue un lundi d’été 1982. J’étais alors professeur assistant à l’université de Géorgie à Athens ; j’enseignais l’allergologie depuis trois ans, après avoir passé mon doctorat avec brio. J’avais pu me faire quelques amis parmi les nombreux professeurs et collègues arpentant le campus et parmi eux, il y avait Charles Hartley. Un insupportable beau-parleur incapable de modération quand il s’agissait de se vanter de ses exploits universitaires, mon aîné de plus de vingt ans. Il avait fondé et assisté à la création de plusieurs clubs et associations du campus : c’était une figure connue et assez emblématique. Populaire donc, et toléré pour cela : en effet, ses recherches, elles, étaient plus nébuleuses. Titulaire de diplômes en immunologie et en endocrinologie, il était un chercheur dispersé, dur à suivre dans ses expériences et autres hypothèses. Cependant, il donnait ses cours avec une régularité admirable, conservant sans mal son statut de professeur-chercheur.
Maman dort dans la cave
Temps de lecture : 6 minutes
« Parle plus fort, s'il te plaît. »
Depuis le fond de la classe, j'ai placé ma main derrière mon oreille pour lui signaler qu'elle devait élever la voix.
Elle a pris une profonde inspiration. Je voyais l'anxiété qui lui rougissait le visage, alors que des mèches de cheveux blonds commençaient à se détacher de cette queue-de-cheval qu'elle portait tous les jours. Elle avait quelque chose qui me paraissait si familier, mais je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus. Le visage collé à sa feuille, trop effrayée pour établir un contact visuel, elle a rapidement soufflé :
« Bonjour, je m'appelle Paisley Jackson, et voici mon poème intitulé Ma Famille. »
La maladie de ma soeur
Temps de lecture : 2 minutes
M'occuper de ma sœur Emily est un travail pénible. Cela fait peut-être bien trois ans qu'elle est trop malade pour pouvoir quitter la maison : j'ai bien peur d'être la seule compagnie dont elle puisse encore profiter. Elle aimait tellement passer de longues journées au parc. À présent, j'ai toujours le cœur brisé de devoir lui refuser de tels plaisirs.
Les Fruits Défendus
Temps de lecture : 4 minutes
Ça fait trois jours que je ne suis pas allé sur l’application appelée “Les Fruits Défendus” mais je suis devenu faible au point de ne pas pouvoir rester debout plus de cinq minutes. Je crache du sang, et je sais que je n’ai pas d’autre choix que d’ouvrir à nouveau cette satanée application pour faire un nouvel achat. La livraison va prendre trois heures, j’espère vraiment ne pas mourir d’ici-là.
J’ai premièrement vu l’appli sur mon flux Facebook, et les deux ou trois fois où elle s’est affichée, je suis passé devant sans y faire attention.
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