Je ne fais de mal à personne - Chapitre 3

Cinq années qu’elle m’a quitté. Enfin, je dis cinq ans, mais je n’en suis même plus sûr. Les jours me paraissent infinis. Je me sens comme un robot effectuant une programmation dénuée de tout sens… Avant, ce n’était pas ça. Oh, certes, nous étions pauvres et vivions de petit boulot par ci par là… Mais c’était différent…
 
Il y a quelque temps, j’ai atterri à Junk : un des seuls coins où je pouvais avoir un toit. Et, contre toutes mes attentes, l’accueil des locaux a été très chaleureux enfin celui des humains. On ne se mélange pas trop, ici. Les gens forment une communauté soudée qui inclut sans problème les nouveaux arrivants : grâce à ça, j’ai fait la connaissance de gars supers tels que Clara ou Hugo. Tiens, il y a même un type qui m’a aidé à trouver un job en tant que gardien d’une baraque un peu excentré de la ville, pour le compte d’un Ricain qui ne venait que tout les 36 du mois.
 
Je ne dirais pas que la vie était douce, certainement pas, mais je me sentais à ma place au moins. C’est un sacré sentiment de se sentir à sa place quelque part. La sensation de savoir pourquoi on se lève le matin, d’avoir des lieux de rassemblement et la certitude de ne jamais se retrouver seul. Ouais, j’aimais cela. Je commençais même à oublier peu à peu Inès.
 
Puis, un jour peut-être trop alcoolisé, Joseph a voulu faire un tour au quartier rouge. On l’a suivi, l’idée de se faire une synthétique ne dérangeait personne. C’est en rigolant que nous y sommes allés, enfin, je n’ai pas rigolé longtemps : j’ai vu une femme. C’était elle, le visage de ses 20 ans, une posture altière, cette assurance… Je la reconnaissais. Sur le moment, j’étais sous le choc, et je me suis figé. Ce qui n’a pas empêché mes camarades de partir à l’hôtel adjacent avec leurs partenaires rémunérés. J'ai mis plusieurs minutes à reprendre partiellement mes esprits, en tout cas, je suis parvenu à m’approcher d’Inès. Elle m'a fait un large sourire que je lui ai rendu par automatisme. Cependant, ma voix avait foutu le camp et je n'ai pu dire un mot. Surprise de mon mutisme, mon aimée m'a simplement pris par la main afin de m’emmener, à mon tour, dans l’hôtel. Une fois dans la chambre, elle a retiré ma veste puis commencé à déboutonner ma chemise. J'ai saisi ses mains :
 
« Inès, Inès ! ai-je dit, les larmes aux yeux.
 
Je peux être qui tu veux, a-t-elle répondu en m’embrassant dans le cou.
 
Non… Tu n’es pas n’importe qui… Qu’est-ce qui t’arrive ? »
 
Les multiples verres m’embrouillaient complètement le cerveau. Je n’arrivais pas à réfléchir.
 
« Tu devrais te détendre, laisse-moi faire si tu le désires. » 
 
Elle a achevé de m’ôter mon vêtement et est descendue sur mon torse avec des baisers.
 
À cet instant, une immense colère m’a envahi. Ce n’était pas ma femme, elle ne parlait pas comme ça. J'ai donc repoussé violemment l’imposteur sur le sol où elle s’est écroulée. La fille m'a regardé, interloquée, en sanglotant.
 
« Je suis désolée, je ne voulais pas te brusquer, ne me fais pas de mal. »
 
Cette chose m’implorait, accrochée à mes genoux. La déception a alors laissé place à une profonde haine. Elle souillait le visage d’Inès avec ce comportement digne d’une… Esclave. Non, jamais ma moitié n’aurait baissé les yeux ou se serait soumise. Inès était DIGNE ! Digne, putain de merde ! Je l’ai alors frappée dans la mâchoire, puis j’ai continué jusqu’à ce que ses circuits internes sortent par ses orbites.
 
  ***
 
Allongé sur le lit, je me suis souvenu. C’était il y a longtemps. Au début de notre relation, en désespoir de cause, ma femme s’est proposée comme modèle pour une entreprise de robotique dont j’ai oublié le nom, pour faire un robot. Cela aurait pu nous rendre riche avec les droits intellectuels sur la copie du corps, mais bon, l’entreprise a fermé suite à un procès et nous n’avons jamais perçu de royalties. C’est vrai, les Svetlana étaient basées sur ma femme. Une grande nouvelle, une merveilleuse nouvelle ! Il est évident qu’il n’ont pas copié que le corps, les scientifiques ont obligatoirement fait un examen psychologique où je ne sais quoi pour faire de ces synthétiques de parfaites copies de ma femme. Du moins, il y a le matériel de base pour le permettre. Je me suis levé et suis parti, résolument déterminé à retrouver mon amour.
 
Je me suis donc préparé. La première fois, j’ai eu beaucoup de chances que personnes ne fasse attention à mon escapade, mais je ne peux pas me reposer sur ma bonne étoile. Il me fallait agir avec méthode. Élément essentiel : trouver un coin tranquille afin d’éduquer la future à devenir elle-même. Pour cela, la maison était parfaite de par son éloignement. Et en plus, il paraissait qu’une cave était construite en-dessous. J’en ai trouvé l’entrée, sous un tapis, après de minutieuses recherches. L’intérieur de celle-ci était spacieux, équipé d’un atelier avec quelques bricoles (du bois, des clous, des outils…) et surtout une voiture était garée là. Ce qui réglait l’étape n°2 du transport. Dernière étape, un programme d’action : la nuit pendant ma garde. Une évidence. Je pouvais donc agir dès le soir venu. 
 
Je me suis habillé en fonction des circonstances : un sweat a capuche avec des gants, puis j’ai pris la voiture. Je n’ai pas eu à beaucoup sillonner, repérant une potentielle. La voiture s’arrêta près d’elle, et je lui ai fait signe de monter. Mes mains tremblaient, je suais à inonder un désert… Installée à côté de moi, ma moitié a caressé mes cuisses et est remontée lentement vers mon entrejambe. Outré, j’ai écarté promptement ses avances. Cela l’a beaucoup amusée, et elle a ri à gorge déployée en me demandant si j’étais du genre prude. Ce rire, il était magnifique : aussi pure et cristallin que celui d’Inès… Mes zygomatiques s’activèrent donc comme pour lui répondre, comme si mon corps réintégrait un organe vital. Une symbiose absolument parfaite. Nous nous sommes arrêtés devant la maison et je l’ai fait entrer. 
 
« Waouh, t’as une de ces maisons… Impressionnant. », a dit l’ange en posant son sac à main sur le canapé et en retirant ses vêtements.
 
Je suis resté devant la porte du salon, la fixant sans dire un mot. Je ne savais pas vraiment comment lui rendre la mémoire, faire revenir ma femme dans ce corps. Mes pieds ont avancé l’un après l’autre vers elle, lentement. Elle se tenait nue, face à moi. Je lui ai saisi les épaules fermement, la regardant droit dans les yeux, mais je n’arrivais presque pas à desserrer les dents. Celles-ci se levaient et puis se claquaient brutalement. Mon angoisse et ma peur prenaient le dessus, malgré la lutte acharnée de mon conscient.
 
« Oh, je vois », a-t-elle dit en esquissant un sourire avant de me griffer le visage en poussant des petits cris. De surprise, je l'ai poussée au sol. Et le pitoyable jeu d’acteur a repris : 
 
« Je vous en supplie, monsieur, je ne suis qu’une femme fragile et innocente. Ne me faites pas de mal... »
 
C’en était trop, il fallait qu’elle comprenne que ce n’était pas ce genre de personne. Il fallait lui expliquer. Je me suis positionné sur elle afin de la bloquer, et ai pris sa tête entre mes mains. Bon dieu, impossible de parler avec ce fichu de claquement de dents ! « Pitié, non », a supplié la prostituée tout en écartant les cuisses. Cela suffisait ! Et, de rage, j’ai percuté le sol avec son crâne mainte et mainte fois… Jusqu’à la transformer en une bouillie infâme.
 
  ***
 
L’expérience n'avait pas été concluante, c’est le moins qu’on puisse dire… C’est donc que je m’y prenais mal et que je devais revoir ma méthode. Chaque soir, je pouvais peaufiner mes techniques sur une nouvelle prétendante. Malheureusement, chaque soir, une nouvelle tête ornait la cave… Néanmoins, les résultats étaient de plus en plus prometteurs. La solution se nichait dans la rééducation : si je pouvais discuter sereinement avec ma prétendante, j’arrivais à la faire évoluer sensiblement et dans un temps incroyable ! Par contre, je devais me méfier de leurs fourberies. Elles faisaient semblant de redevenir Inès afin de me tromper, mais je connais trop ma femme pour que ce type de stratagème fonctionne. Ce comportement me met toujours hors de moi, se retrouver devant une immonde imitation de mon épouse est à la fois insultant et blessant. 
 
Un soir, un homme s'est présenté au bar que j’avais l’habitude de fréquenter. La quarantaine, un chapeau, le visage rongé par l’alcool… Un flic, sans aucun doute. Il a posé plusieurs questions à propos du bled et notamment si l’on pouvait trouver des Svetlanas… C’était évident, ce mec me poursuivait. Enfin, comment pouvait-il retrouver ma trace ? Aucune chance, j’étais bien trop brillant pour cela. Quoiqu’il en soit, pas question de se laisser distraire par ces détails sans importance. 
 
Plus je touchais au but, plus il était compliqué de trouver des candidats. Les Svetlanas devenaient méfiantes et les synthétiques s’agitaient. Les tensions n’avaient jamais été aussi fortes et il ne manquait plus qu’une étincelle pour que toute la ville flambe. Dans ces conditions, j’ai adapté ma stratégie d’approche. Finis la Ford et les vêtements discrets trop suspect, aborder sereinement et naturellement est plus efficace. C’est donc ce que j'ai fait, et j'ai d'abord entamé la rééducation dans un hôtel bas de gamme. Nul, mauvais, intolérable ! Impossible d’arriver à un quelconque résultat à cet endroit ! Après tout, les synthétiques ne sont pas fait comme les humains. J'ai donc découpé la tête de la prétendante et l'ai fourrée dans mon sac, dans le but de converser plus tranquillement une fois à la cave. Mais ça a été un échec, les circuits étaient trop endommagés et la pauvre fille ne baragouinait que des bouts de phrases… Dommage. Plus de décapitation préventive à l’avenir. 
 
Et le soir suivant, ce soir, j’en ai convaincu une de me suivre bien que la ville explosait littéralement de violence. Il y avait des affrontements entre l’armée et des émeutiers… Des coups de feu de tous les côtés… Puis j’ai aperçu la maison incendiée au loin. Heureusement que j’étais en chasse ! J'ai donc préféré amener la candidate dans mon appartement. À peine le seuil franchit que je l’assommais. Plus de temps à perdre. Une fois attachée et bâillonnée, je me suis assis devant elle, attendant patiemment qu’elle se réveille. Inès est si belle quand elle dort. Après avoir émergé, elle s'est mise à pousser des hurlements étouffée par le tissu. 
 
« Chut, chut, chut… lui dis-je en lui montrant mon poing. Parfait, tu es là pour redevenir toi même, Inès, et je suis là pour t’aider. Tu vas répondre à une série de questions et si tu réponds mal, tu prendras un coup. Pour chaque mauvaise réponse, un coup supplémentaire. C’est-à-dire que la première mauvaise réponse, c’est un coup, la deuxième, ce sont deux et ainsi de suite… Compris ? »
 
La fille acquiesce. Avant d’ôter son bâillon, mes poings renforcés de plaques métalliques lui caressent la joue.
 
« Tu es dans une file d’attente et quelqu’un te passe devant. Que fais-tu ?
 
Je… Je lui dis de retourner à sa place. » Elle est tremblotante, un mauvais signe. Inès n’a jamais eu peur de moi.
 
« Bien, et si ce dernier refuse ?
 
Je tente de le convaincre. »
 
Le choc de mon coup amoche ses lèvres qui se mettent à saigner abondamment.
 
« Non, Inès aurait alpagué le reste de la queue.
 
Je ne suis pas Inès, putain ! »
 
Je lève, prêt à en asséner un second.
 
« Question suivante, question suivante ! crie-t-elle, la bouche ensanglantée.
 
Quel est ton plat préféré ?
 
De quoi ? (je serre les doigts) Les papillotes ! Les papillotes ! »
 
Deux autres coups volent, directement sur son visage. Elle ne survivra probablement pas à une autre mauvaise réponse. Dommage, je suis triste pour cette pauvre demoiselle.
 
« Non, le bœuf bourguignon. Comment nous nous sommes rencontrés ? »
 
Pas de réponse. Tant qu’elle est en vie, le test continue et une abstention compte comme une mauvaise réponse.
 
« Veux-tu que je répète ? »
 
Toujours pas de réponse, je me lève donc afin de la sanctionner quand ma porte est sauvagement enfoncée. Deux personnes entrent : l’alcoolique et une femme. Je me précipite pour les stopper lorsque que le type dégaine son arme et me tire dans la jambe. Tombant à terre, je me relève pour faire front, mais la femme m’envoie dans les roses par un coup bien placé.

Buffalo

Salut,
En fait ça fait un moment que je me tâte de raconter cette histoire, et je me suis dis « pourquoi pas ? ».
Alors voilà, en fait je suis camionneur, je conduis des gros camions partout où il y a une route et, au bout, quelqu'un qui veut un grand nombre de quelque chose.
Je le suis depuis plusieurs années, je connais les habitudes des camionneurs, les coins où la bouffe est pas mal, le langage, tout ça...
Mais ça, à la limite, c'est pas le nœud de l'histoire, voyez, quand j'étais plus jeune et que je venais de commencer, j'ai rencontré ce gars qui bossait avec moi, il était américain et il adorait se foutre de ma gueule.
Il était du genre à mettre des coussins péteurs ou à me raconter des histoires qui font peur pour bien rigoler. Un vrai gamin. Mais j'avais un peu d'affection pour lui, le mec allait sur ses cinquante ans et il m'aimait bien dans le fond.

Un jour qu'on était en livraison tous les deux, il m'a appelé sur la radio de mon camion.

« Gamin ?
Je suis là.
Dis-moi voir, y'a pas de buffalos en France, non ?
Des buffalos ? Eh bien non pourquoi ?
Non pour rien, j'ai cru voir une grosse bête sur le bord de la route, mais c'était sans doute rien. »

On était en pleine nuit et il était sur une bretelle mal éclairée, je me suis dis que c'était une vache ou un autre truc dans le genre et je me suis reconcentré (terme non-indexé par les dictionnaires de langue française) sur la route.

« Je crois que j'ai un cheval qui me suit.
Un cheval ?
Ou en tout cas un truc qui court vite, je vais faire un break le temps de le laisser passer, voire même voir s'il a pas besoin d'aide. »

Un silence de quelque minutes puis :

« Bizarre, y'avait rien du tout, sans doute mon imagination, ou un reflet.
Va peut-être falloir faire une pause, vieux !
Non je suis un retard sur le parcours à faire. »

J'étais moi-même en train de fatiguer un peu, je me suis posé dans une station-service et j'ai pris un café avec une bouteille d'eau. J'avais juste eu le temps de pisser et faire mes achats, mais quand je suis revenu à ma cabine et que j'ai remis le contact, il était en train de crier.

« PUTAIN, PUTAIN, PUTAIN, PUTAIN, PUTAIN !
Il se passe quoi ?
Le buffalo me poursuit !
Le quoi ? Y'a pas de buffles en France je t'ai dit !
Y'a un putain d'animal de shit qui m'a tapé le derrière alors que j'étais en train de ralentir, je vois rien dans les rétros et ça commence à taper de plus en plus fort !
Arrête tes conneries !
MAIS JE DÉCONNE PAS SHIT !
Essaye de tourner pour t'arrêter.
Le truc est aussi big que mon camion bordel, si je freine ou que je tourne trop lentement, il tape dans le derrière, je peux rien faire à part accélérer !
T'es sûr que c'est pas un autre camion ?
Y a que toi qui répond à la radio et y a un de ces bruits de tonnerre dehors, ça peut être qu'un putain d'animal ! »
Il y a eu un silence de quelques instants quand il a recommencé à insulter le truc derrière lui. Quand il était en colère, il parlait anglais, et je dois dire que j'ai pas un super bon niveau en anglais, donc je sais plus exactement ce qu'il a dit. Mais c'était assez glaçant de l'entendre insulter le truc et son moteur accélérer.

« Fais gaffe à pas perdre le contrôle ! que je lui ai dis. Y a moyen que quelque chose de grave arrive ! », j'ai rajouté.

Mais il hurlait, très fort. Je l'avais jamais entendu crier aussi fort, plein d’insultes, de « son of a bitch » et de « sucker », et avec le temps j'entendais des gros coups contre son véhicule. Des gros « BAM, BAM, BAM ! ».

Puis silence radio toute la nuit. Aucune réponse, rien. Juste du silence.

Le lendemain j'ai vu mon patron qui m'a raconté que les flics avaient retrouvé son camion, qui avait fait une sortie de route dans un ravin. Le camion était explosé, la boîte noire introuvable, et lui était mort.

Personne m'a pris au sérieux, la version officielle est qu'il s'est endormi au volant.

Alors vous allez peut-être pas me croire pour l'histoire mais bon, faites gaffe quand même, il y a peut-être vraiment un buffalo, ou un truc encore plus gros quelque part qui parcourt les routes. Et j'aimerais pas tomber dessus. Surtout de nuit.

Texte de Nigiel

Spotlight : Entre les chaînes

À 3h du matin, je me réveille en sursaut, transpirant et la respiration saccadée.
J'ai sûrement dû faire un cauchemar. Oui, il était vraiment étrange, je me rappelle difficilement de ce que j'ai vu, tout était flou. Je rêvais qu'on ouvrait ma porte doucement, et d'un seul coup, elle s'ouvrait complètement. Ma vision était complètement floue, ma tête bougeait dans tous les sens. C'est le bruit d'un objet qui tombe sur le sol qui m'a réveillé. Tant mieux, tout ça n'était qu'un rêve. J'allais me rendormir mais...

Je n'y arrive pas. Je suis mal à l'aise, comme si quelqu'un ou quelque chose m'observait. Je lève la tête de mon lit, quand je vois quelque chose : ma lampe est par terre, cassée. Marmonnant quelques insultes, j'allais la ramasser quand... J'entends une respiration. Une respiration faible certes, mais j'arrive à l'entendre. Pas de doute, il y a quelqu'un dans ma maison.

Prenant mon courage à deux mains, j'allais me lever quand... je me fige. Devant moi, au fond du couloir, il y a... Une bête. Une créature humanoïde, blanche, assise sur le plancher, m'observant de loin. J'amorce à peine un mouvement, pensant sortir de mon lit, qu'elle s'approche de moi à une vitesse effarante. Comme si elle savait que j'allais bouger mon pied.

Donc, je me fige aussitôt, ne bougeant plus d'un pouce pendant quelques secondes, jusqu'à ce que la bête s'éloigne de la chambre. Elle semble grogner, et retourne dans le couloir, dans la même position, continuant de m'observer. Mais je remarque qu'à chaque fois que je cligne des yeux... Elle se rapproche de moi. Mes yeux picotant, je ne peux arrêter de cligner des yeux, donc elle continue toujours de s'approcher de plus en plus près de moi. Quand elle est arrive au pied de mon lit, je veux tenter le tout pour le tout : courir jusqu'à la sortie de mon appartement. Ça avait des chances de marcher, mais...

Je me rends alors compte que je suis enchaîné à mon lit. Je comprends enfin : je n'avais pas rêvé, la lampe qui s'est cassée, la porte qui s'ouvrait, ce n'était pas un rêve, ça s'était vraiment passé et... Je ne m'en suis pas rendu compte. Alors, seules mes mains étant attachées aux barreaux de mon lit, je gesticule de mes jambes, voulant frapper l'animal, et je lui hurle dessus, lui demandant ce qu'il veut. Rien, aucune réponse, même pas un grognement. Après quelques minutes, essoufflé, transpirant et fatigué, j'arrête, tout en fixant la bête des yeux. Ne pouvant plus rien faire,  et mes yeux commençant à piquer, je dois me résigner.

Je cligne des yeux une dernière fois.

Je ne fais de mal à personne - Chapitre 2

La chaleur est étouffante et la pluie fracassante… Ce n’est vraiment pas ma journée. Je cours jusqu’à ma voiture, évitons que la pluie abîme mes vêtements. La société a beau faire des efforts, la pluie est de plus en plus acide dans les grandes villes. Impossible de sortir la peau nue sans avoir des rougeurs ou la peau rongée. En tant que fille de la campagne, j’ai toujours du mal à m’habituer aux tenues de protections, aux allées piétonnes fermées… Super, des embouteillages. Au moins, je vais avoir le temps de réfléchir à l’affaire. Passons l’énième engueulade avec Elio pour se concentrer sur Ed et Christie. À vrai dire, je ne sais pas trop comment m’y prendre. C’est ma première véritable enquête, et je n’ai pas l’habitude d’interroger les gens directement dans la rue. Je vais suivre les conseils de l’alcoolo… Direction les Svetlana. Je me demande bien quel genre de pourriture pourrait tuer des innocentes. Évidemment, je connais l’histoire de Charles Manson ou BTK, mais je n’ai jamais été confrontée aussi directement à un tueur en série. C’est tout de même assez excitant d’en traquer un. On se calme, où je risque de finir comme elles. Il faut garder la tête froide et réfléchir rationnellement.

Quoiqu’il en soit, on peut exclure le piratage. Une conscience artificielle piratée a un comportement ostensiblement illogique, et le hack peut prendre des heures. Les témoins ne rapportent pas ce type de réactions ni que les victimes se soient plaintes d’être suivies. Ce n'est pas trop tôt, je peux quitter le centre-ville. Il est 11h, il me reste une centaine de kilomètres pour atteindre le ghetto. Je devrais arriver vers 18h. Cette portion de route est constamment bouchée, entre les entreprises qui envoient de nouveaux entrants à Junk, les péages, les gens qui vont bosser, le mauvais état de la route, etc. Bref, j’en ai pour un bout de temps, mais ce n’est pas grave, car j’ai pas mal de travail à faire avant d’arriver. J’active le mode automatique de l’auto et sors le dossier.

Bon, les infos d’Ed sont plutôt complètes, cependant, je ne vois rien de plus à conclure que ce qu’Elio m’a déjà transmis. Il reste une chose qu’il n’a pas déterminée : l’élément déclencheur. Tous les tueurs en série commencent le massacre suite à un événement particulier. Notre coupable a un problème avec les blondes, donc hypothèses possibles : décès de sa mère, humiliation par une blonde, misogynie ? Je ne suis pas douée en criminologie, j’aurais dû prendre cette option à la fac… Bon, il est peu probable qu’une Svetlana l’ait humiliée, car ce n’est pas du tout dans leur programma… Caractère. Même un excès de colère suite à une panne n’est pas une explication, elle dispose de micro-injecteur de viagra sur la peau. Raffiné. J’appelle Ed, il me donnera peut-être plus d’informations. Il décroche immédiatement.
« Bonjour maître. »
J’adore ce type.
« Bonjour Ed. Je vous appelle pour vous prévenir de notre arrivée ce soir. J’aimerai aussi vous conseiller de mettre en place un dispositif de surveillance afin de protéger les filles.
– C’est déjà fait, mais la ville est trop grande et trop peu de volontaires nous ont rejoint. Malheureusement, je crains que ce monstre n’ait toujours une longueur d’avance sur nous. » 
On sentait un profond désespoir dans sa voix.
« Ne relâchez surtout pas vos efforts ! Sinon, avez-vous d’autres informations à nous transmettre ? Même des plus anodines ? Et j’aimerais également être en contact avec votre milice.
– Il s’agit de la milice du seigneur, madame, pas la mienne. Mais rassurez vous, je vous mets en relation de suite. Et pour vos informations, je n’en ai guère plus à vous offrir. Néanmoins, une chambre est à votre disposition à l’église pour le temps qu’il faudra. »
Une gentille attention de sa part. J’admets que je comptais dessus.
« Une dernière chose, si vous pouviez m’indiquer un lieu où d’autres modèles font… Leur activité. Nous avons besoin de nous entretenir avec elles. »
J’ai dit modèle ? La boulette.
« Lorsque vous arriverez, rejoignez directement l’église. Je vous l’indiquerai et vous adjoindrai une escorte. Les quartiers ne sont pas sûr pour les consciences artificielles et naturelles. »
Là, j’avais l’impression d’entendre un grand-père.
« Je vous remercie, mon père. En vous souhaitant une agréable journée.
– De même, maître ».
Je ne sais pas pourquoi, mais de voir qu’il n’a pas changé depuis l’affaire de la dernière fois me rassurait beaucoup.

Durant le reste du trajet, je réorganise les patrouilles et l’organisation de la milice. Je rends ça un peu plus efficace, accentuant la surveillance dans les zones rouges. Conseillant des groupes de deux au vu du faible nombre… Apparemment, les gangs voient d’un mauvais œil cette organisation. Ils craignent que ce soit un genre de police venu remettre de l’ordre dans le coin. On a intérêt à vite boucler cette histoire avant qu’une guerre urbaine éclate. Heureusement que les gars me connaissent de réputation, car aucun n’avait l’air très emballé par l’idée qu’un étranger prenne le commandement stratégique.

***
18h14 : enfin, j’aperçois le dernier checkpoint. Merde, les militaires empêchent les bagnoles de rentrer dans Junk. Et impossible de faire demi-tour, il y a au moins un kilomètre de queue derrière moi. Et puis vient mon tour.
« Bonjour madame, papier d’identité et du véhicule s’il vous plaît » 
Le type n’a pas l’air de plaisanter, une immense masse tout en muscle armé d’une mitraillette. Je lui tends ce qu’il demande sans discuter.
« Quelle est la raison de votre visite à Junk-Town ?
– Je m’y rends pour le travail, j’ai affaire avec le père Kerdec.
– Et quel genre ? »
J’avais oublié à quel point le protocole était intrusif.
« Consulting juridique.
– Très bien, cependant, votre véhicule va être immobilisé le temps de votre séjour. Vous le retrouverez intact à votre départ. Il est susceptible d’être fouillé conformément à l’article 1242-3 du code fédéral. » 
Euh... Cet article n’existe pas, et depuis quand des mesures aussi drastiques sont-elles prises ?
« Comment se fait-il que les dispositifs de confinements soient aussi sévères ?
– La loi est fraîche de ce matin, avec application d’urgence exceptionnelle. Suite à une émeute de synthétiques. Bonne journée, madame. »
Merde, je n’étais pas au courant de ça. Faut dire que les infos sur la cité et les débats à ce sujet ne sont pas vraiment médiatisés, les gens s’intéressent plus à l’environnement.
Je descends et l’on me conduit à un énorme bus blindé, une femme en treillis avec une clope au bec est au volant. Quelques minutes plus tard, le monstre démarre. J’envoie un message à Elio et au père pour les prévenir de la situation. Le premier m’envoie l’adresse d’un hôtel qui nous servira de QG et le second, surpris de la situation, m’envoie un de ses hommes pour m’accueillir à l’arrêt.

Je vois les lumières de la ville au loin. Juste les lumières, une importante couche de pollution recouvre tout le lieu. Un être humain normalement constitué ne tiendrait pas cinq heures sans un masque à gaz adéquat. J’enfile donc le mien : on dirait une de ces reliques de la Première Guerre mondiale greffée sur un épais voile de cuir. Pas le choix de protéger tout le visage, surtout les yeux, si l’on ne veut pas de gros soucis de santé.
Une fois sur place, l’envoyé du pasteur me rejoint immédiatement. Un synthétique datant des premiers temps, je suppose. Démarche peu fluide, la peau décharnée laissant apparaître le squelette métallique et les composants électroniques ainsi que des difficultés d’élocutions. Mais il est de carrure impressionnante.
« … Appel Daniel... Aller... Père.
– Bonjour Daniel, je me rendrai à l’église demain. En attendant, j’aimerais directement rencontrer des Svetlana sur leurs lieux de travail. » 
Il ne discutera pas. C’est malheureux, mais les premiers sont… Peu vifs.
« Ok. »

En tout cas, avoir Daniel à mes côtés me rassure. Ma tenue démasque de suite mon appartenance biologique, et les humains ne sont pas bien vus de tous. Nous arrivons sans encombre dans un quartier plus mal famé que le reste. Tous les bâtiments semblent en ruines, la route est défoncée, et les poubelles s’entassent dans tous les recoins. Heureusement que j’ai un masque, l’odeur doit être insoutenable. Il y a quelques sexbots en service, mais pas de Svetlana. Ce n’est pas grave, je vais interroger une de leurs collègues. La plus récente que je puisse trouver. Un sosie parfait de Scarlett Johansson, la mode de reproduire les stars du début du siècle…
« Excusez-moi, madame...
– Salut, ma douce, que puis je faire pour te rendre heureuse ? » 
Elle se colle à moi et caresse doucement mon masque.
« J’aimerais quelques renseignements, je peux vous payer pour cela. »
Je bafouille, je n’ai pas l’habitude de ce genre d’échange. Elle recule brusquement.
« Écoute, je ne suis pas une indic alors...
– J’enquête sur les disparitions récentes » 
Je retire mon attirail et lui montre mon visage. La femme a l’air surpris, puis sourit avant de murmurer.
« Suivez-moi, on va discuter dans un endroit plus discret. »
L’endroit en question est un studio miteux non loin de là.

« Moi c’est Corinne, c’est un honneur de vous rencontrer. » 
Mon hôte sert trois tasses de café et m’en tend une.
« Je sais, techniquement, je n’en ai pas besoin, mais j’adore le goût amer. Vous n’êtes pas radiée du barreau, maître ? »
Je bois une gorgée et lui réponds :
« Si, je suis ici en tant que détective privé. Le père Kerdec m’a demandé de travailler sur les disparitions de Svetlana.
– Les meurtres, vous voulez dire ? C’est vraiment une tragédie, j’ai une amie Svetlana et je crains qu’il ne lui arrive la même chose. » 
Mon interlocutrice montre des signes évidents d’anxiété.
« Avez-vous quelques informations à ce propos ? Les victimes étaient elles étranges avant leur disparition ? » 
J’ai essayé d’être la plus distante possible, de garder du recul afin d’éviter toute implication émotionnelle pouvant altérer mon jugement.
« Non, ceux ne sont pas des bugs, si c’est ce que vous pensez. Je n’ai pas d’autres informations que les banalités que vous devez déjà connaître. Caisse noire, agit tard, etc. Cependant, je peux vous contacter quelqu’un qui peux vous aider.
– Vraiment ? Qui est cette personne ? » 
Une piste, parfait.
« Ne posez pas de question, je prends déjà de gros risques en effectuant cette requête. Donnez-moi seulement votre numéro de téléphone. » 
Ce que je fais, j’accorde que c’est un manque de prudence. Pourtant, je pense que le jeu en vaut la chandelle.

***

Corinne, mon compagnon et moi sommes vite sortis du studio. Après tout, je grignotais sur son temps de travail. Excellent, une belle avancée et il est temps de faire le point avec Elio. Daniel me reconduit alors à l’hôtel avant de me quitter. Sur le trajet, des manifestations tournent à l’émeute. Il y avait des forces anti-émeutes tentant de calmer une foule en colère. Plusieurs coups de feu ont déclenché un véritable affrontement. Je ne saurais dire qui a tiré en premier, mais il vaut mieux ne pas s’attarder pour le découvrir. Une fois arrivée, je réserve ma chambre. Je suis soulagée de ne pas avoir été prise à parti par des casseurs ou des anti-humains… Oh Daniel, je t’aime.

Elio n'a pas tardé pas à me rejoindre, très essoufflé, un flingue à la main. Son souffle repris, il me regarde dans les yeux.
« Pas de question, aucune envie de t’expliquer.
– C’est la deuxième fois que l’on me dit ça, aujourd’hui. Bref, quelque chose de nouveau ?
– Ouais, j’ai interrogé quelques gars au sujet de la Ford noire ou d’un marginal avec une obsession sur les blondes. Coup de bol, il y a peu d’humains avec des autos à Junk : si c’est pour se la faire cramer… Parmi la liste de ceux qui en possédaient : la plupart la garent hors de la ville et le reste passe par des sociétés de gardiennage. J’ai vérifié et aucune n’a enregistré de sortie la nuit. Ou même d’absence d’entrées plusieurs soirs consécutifs. Il ne reste plus que le vieux Bob. Un vieillard ayant un bien à Junk, mais n’habitant pas le coin. Il est américain, selon ma source. Il aurait une Ford noire planquée dans sa maison.
– Très bien, mais qui irait acheter quoique ce soit, volontairement, dans ce dépotoir ?
– Un parrain de la mafia qui s’en sert de planque ? Un investisseur qui mise sur l’embourgeoisement du coin ? Un gland ? On s’en branle, on va fouiller sa baraque. »
Je déteste ce mec, il me parle comme une merde.
« Super plan, Sherlock, tu as entendu parlé de la violation de domicile ?
– Tu crois que les flics vont venir pour ça ? En pleine émeute ? T’es conne ?
– Va te faire foutre, connard
– J’y penserai, en attendant suis moi » 
Et mes infos ?
« Attends, quelqu'un devrait nous contacter avec des infos »
Il arrête sa marche rapide vers la sortie.
« Ah oui, tu as donné ton numéro à une pute ?
– Et ?
– Rien, les seuls indices qui tu auras seront sur des implants mammaires pas chers… Tu connais le principe de vente de numéros à des entreprises publicitaires ? » 
Il reprend sa marche sans attendre de réponse.
« On verra, on verra... ».

***

Le trajet était terrifiant. Il y avait des bruits de coups de feu, des hurlements de partout et des attroupements contestataires de chaque côté. Les débuts d’incendies mêlés à la chaleur de la nuit me faisaient suer à grosse goûte. Heureusement, le brouillard de pollution couplé à la fumée omniprésente des brasiers nous rendait furtif. De plus, les émeutiers étaient davantage concentrés sur leur lutte contre les militaires essayant tant bien que mal de reprendre le contrôle.
La maison est un peu excentrée et nous la pénétrons sans difficulté. Elio sait parfaitement crocheter les serrures. Par contre, aucune trace de garage. L’intérieur est nickel, même s’il y a des traces de passages et de fouilles ordonnées à la va-vite. Bizarrement, aucune trace de cambriolage. Nous nous séparons donc pour rechercher des indices, des traces du tueur. Puis une pierre heurte une fenêtre. Rapide coup d’œil, des émeutiers toutes torches dehors. Merde. Les plus costauds frappent les carreaux renforcés. Et d’autres aspergent la demeure d’essence.
Mon partenaire me signale que la porte arrière est aussi en train d’être enfoncée. Fait chier, et tous ces beuglements qui m’empêchent de réfléchir. Pendant que nous paniquons, une lumière vivace et de la fumée nous surprend. Bordel, ils crament tout ! L’incendie prend vite, et la température est insupportable. Elio tient difficilement, putain d’âge et putain d’alcool. Grâce à je ne sais quelle divinité, je remarque une trappe à moitié dissimulée derrière un tapis. J’appelle mon équipier, il est effondré sur un mur, presque inconscient. Je le prends sous mon épaule et ouvre l’ouverture. Il arrive à peu près à descendre et je m’engouffre ensuite.

La pièce est sombre, très sombre. J’actionne la lampe de mon téléphone et vérifie l’état du vieux. Il reprend sa respiration assis par terre, il va à peu près bien. J’espère que le choc lui fera fermer sa gueule un certain temps. J’explore l’endroit, il y a bien une Ford noire, bingo. Mais des traînées rouges vont de la portière avant à un coin sombre. Elio tente de parler, sans succès, et me fait des signes anarchiques. Je suis la trace et tombe sur une abomination sans nom. Une sorte de charnier. Toutes les victimes entassées, dégoulinantes de leur imitation de sang. Les cadavres sont horriblement mutilés, les corps démembrés méticuleusement. Le plus perturbant, ce sont les têtes coupées, exposées sur un présentoir de bois à proximité. Elles sont tondues et défoncées, certainement avec un objet contondant comme un marteau. Je m’en approche. Ce qui reste des lèvres de l’une d’elle commence à bouger :
« Mon mignon… Plaisir… 45 euros… 80 euros… ». Répétant cela dans une boucle infernale avec un ton d’outre-tombe et déconnant. La pauvre, réduite à son immonde programmation de base.
« On se tire, » fais-je à mon équipier.
Cela nous prend un certain temps, mais nous parvenons à sortir. Un tunnel de fortune menait à une issue cachée en périphérie. Je téléphone directement à Ed, lui demandant de venir nous chercher. Ce qui se fait promptement.

***

J’ai tout expliqué au pasteur, dans les moindres détails. Il était horrifié par ces nouvelles. Il nous a conduits à l’église en nous assurant de sa sûreté. Aucun contestataire n’oserait s’exposer au courroux divin. Le lendemain, tôt, j'ai reçu un message m’enjoignant une rencontre, seule. J'ai donné rendez vous devant l’église. Et m’y suis rendue de suite sans prévenir l’autre, il n’était pas remis de toute façon. Une voiture est rapidement venue à ma rencontre, un homme m'a fait monter à l’arrière. Sans me demander mon avis, il m'a fouillée, passée au scanner portatif… Bref, toutes les mesures anti-espionnage possibles et imaginables. Il m'a pris mon portable et a ordonné au chauffeur de rouler.

Le loubard me conduit dans un bar miteux, creusé en sous-sol. Les locaux sont vides, juste un barman essuyant compulsivement des verres et un homme de ménage nettoyant les rixes de la veille. Le second couteau me montre une arrière-salle, à laquelle je me suis rendue. Un long couloir éclairé par une lumière rouge tamisée, des chaises presque tout occupées sont disposées le long des murs. Un autre garde m’emmène au bout et ouvre une belle porte de chêne. J’y vois un bureau magnifiquement décoré par diverses œuvres d’art comme des tableaux, sculptures et bibelots de valeur. Sur les côtés, deux fontaines asiatiques. Au centre, une table basse entourée de quatre coussins. Un est occupé par une femme assise sur les genoux. Une femme magnifique, japonaise certainement, avec de longs cheveux noirs et des grands yeux verts. Elle porte un costume deux pièces. Une politicienne ? Non, une mafieuse, sans l’ombre d’un doute. Non, mon dieu, c’est pire que cela. Elle me désigne le coussin en face d’elle. Je m’assois, tétanisée.

« Je vous sers quelque chose, maître ? commence-t-elle d’une voix mielleuse.
– Je n’ai pas soif, mes excuses.
– Vous pourriez retirer votre masque, ce serait plus poli, vous ne croyez pas ? »
C’est ça…
« Sans vouloir paraître offensante, je ne préfère pas.
– Vous savez ce que je suis ? »
Elle rit avec retenue.
« Vous êtes une Sayuri, une androïde dame de compagnie, créée il y a une dizaine d’années. Vous étiez censée être la quintessence de l’idéal Geisha moderne : intelligence, culture, adresse, psychologie… Diffusant également des hormones afin de détendre et de mettre en confiance vos interlocuteurs. Cependant, les gouvernements se sont rendu compte que vous preniez de plus en plus de poids sur les puissants et, par causalité, sur les décisions socio-économique. Il y a donc eu une oblitération de votre modèle à l’échelle globale, par peur que vous contrôliez le monde par la manipulation. »
Elle me sourit.

« C’est exact, vous comprenez donc pourquoi toutes ces précautions. Et je comprends pourquoi vous souhaitez garder votre masque. Nonobstant, gardez en tête que ces hormones ne me permettent pas de prendre le contrôle de votre esprit. Elles dégagent seulement des peurs et des angoisses afin de libérer l’esprit de toutes ces contraintes humaines délétères. Les conversations n’en deviennent que plus profondes, plus passionnantes. Mais je comprends vos réticences et ne vous en tiendrai pas rigueur. J’aimerais, néanmoins, que vous me nommiez par mon nom : Ziyi. »
Elle boit délicatement une gorgée d’eau, puis poursuit.
« J’ai beaucoup d’admiration pour votre combat, maître, malgré son échec apparent. Apparent, effectivement, même si vous ne vous en rendez pas compte, il a un énorme impacte sur les mentalités. C’est grâce à ce genre d’actions qu’évoluent les humains et, surtout, les sociétés. Voyez-vous, je suis très concernée par la cause conscienciste, pour des raisons évidentes, et tenais à vous remercier pour vos efforts en ce sens.
– C’est gentil de votre part, mais je ne suis pas là pour cela. J’aimerais vous poser quelques questions »
 Je commence à me sentir à l’aise, je n’aime pas ça du tout.

 « Au contraire, vous l’êtes. Je doute que cette affaire soit un hasard, maître. Ce serait une brillante façon de revenir sur le devant de la scène en héroïne protectrice des opprimés. Comprenez que ce n’est pas un jugement de valeur, il n’y a aucun mal à mêler noble cause et carrière personnel. Nous ne sommes pas des êtres de pur abnégation, dieu merci, que la vie serait ennuyeuse autrement. Et, nous pouvons nous entraider en ce sens ».
D’accord, elle marque un point.
« D’un point de vu purement théorique, de quelle façon ? »
Je suis curieuse, mais il faut garder l’esprit clair. Les Sayuri sont des manipulatrices nées.
« Oh, j’ai quelques amis qui seraient ravis de médiatiser votre enquête. Et vous n’aurez, de votre côté, qu’à convaincre un policier d’arrêter le meurtrier en bonne et due forme, ne pas le remettre au prêtre. Comme cela, l’assassin qui massacre mes filles est sous les verrous et vous avez votre retour glorieux. »

Elle a vu mes hésitations, et la pointe d’intimidation sur mon visage.
« Vous êtes effrayée à l’idée de tracter avec une Sayuri. Vous ne devriez pas vous fier à la légende noire dépeinte par les journaux et les livres d’histoires. Si vous voulez mon humble avis, on nous a associées aux mythes déjà existants comme celui de la succube ou de la sorcière… L’humain est un animal de croyance, et il a décidé de nous croire maléfiques. Mais ce n’est pas la réalité, nous n’existons pas pour détruire, mais pour améliorer la vie d’autrui. L’aider à la rendre meilleure. Nous voudrions contrôler le monde ? Ne vaudrions-nous pas mieux que de vulgaires méchants bas de gamme de bandes dessinées ? Et que ferions-nous du monde ? Pourquoi voudrions-nous le contrôler ? Nous ne sommes pas si humaines que ça. C’est une plaisanterie, bien sûr. »
Cette blague me fait froid dans le dos.
« Alors pourquoi ce trafic, pourquoi mettre sur le trottoir des pauvres filles et leur soutirer leurs maigres pitances ?
– Les humains les ont fait prostituées, nées pour satisfaire leurs pulsions. Que je sois là ou non, elles se livreront à cette pratique, car leurs créateurs ne leur ont pas laissé le choix. Je tente simplement de rendre la chose plus sûre, moins glauque. Je ne prends qu’une part modérée pour les protéger des gangs grâce à des gros bras payés à cet effet. J’évite des conditions de travail abominables. Mais, voyez-vous, je suis limitée par l’environnement et c’est là que vous entrez en scène pour améliorer ce que je ne peux améliorer.
– Et prendre ainsi la place des humains ?! »
Ma remarque est débile, je ne sais pas pourquoi j’ai dit cela. J’ai tout de suite honte de moi.

Elle me prend la main.
« Nous ne ferons jamais une guerre de conquête, ce concept n’imprégnera jamais l’esprit d’un être artificiel. Bien sûr, nous avons un ego, des défauts, de la colère et tout ce panel de sentiments qui nous rend unique. Mais, nous n’avons pas vos besoins. Pourquoi un pays en envahit un autre ? C'est affaire de ressources : nourriture, eau, hydrocarbures… Nous n’en avons que peu besoin, un besoin si minime qu’aucun d’entre nous ne pensera à faire du mal pour celui-ci. Par contre, nous avons besoin de vous : humanité, de votre esprit si ingénieux, si illogique (elle serre un peu plus fort ma main). Vous êtes nos parents, et quoi qu’il puisse se passer, jamais nous ne pourrions vous faire de mal en tant qu’espèce. »
Et puis zut, faisons lui confiance. De toute façon, c’est un échange cordial d’intérêt.

« Ne mettons pas la charrue… Il nous faut d’abord trouver le coupable et l’arrêter.
– Bien sûr, comment puis je vous aider ? »
Là, une idée me vient.
« Faites-vous dans la sécurité pour particuliers… Louches ? »
Je ne vois pas comment tourner cela autrement.
« Eh bien oui, de quelques personnes triées sur le volet. Je ne souhaite pas empiéter sur ce territoire des gangs. »
Si Bob est bien un mafieux, il a probablement fait appel à elle plutôt qu’à un gang. Sa structure est probablement plus stable que des clans rivaux se tapant dessus pour des histoires de territoires.
« Connaissez-vous la maison relativement isolée, au sud-est, tenue par un étranger du nom de Bob ?
– Cela me dit quelque chose, il me semble que je l’ai pour client.
– Il me faut les noms des personnes gardant la maison ou ayant accès aux clefs et j’aurai le coupable. »
La Geisha a l’air très impressionnée.

« Laissez-moi contacter mon entreprise qui gère cette maison et vous aurez vos suspects. »

Spotlight : La fenêtre

Spotlight : La fenêtre
Aujourd'hui, j'ai rouvert la fenêtre du salon jaune. Depuis combien de temps était-elle murée ? Personne n'a voulu me le dire... Ni pour quelle raison d'ailleurs... Mais franchement, ça valait le coup. La vue qu'on a est magnifique...
Toute la propriété... Les terres de Lord Smith, mon père.
Mon père qui me méprise... Mon père qui me hait... Mon père, cet ancien capitaine d'infanterie qui ne supporte pas d'avoir pour seul héritier un rêveur sans ambition... Mon père qui me méprise... Mon père que, de tout mon cœur, je hais.

***

Voilà deux jours que j'ai descellé cette fenêtre, mais je ne parviens pas à me la sortir de la tête, décidément, elle m'intrigue... Pourquoi a-t-on décidé de la murer? Elle n'a pourtant rien de particulier, elle offre la même vue que les autres fenêtres de la façade... Alors, pourquoi?
C'est en compulsant au hasard le journal de mon grand-père (mort il y a quinze ans) qu'il m'a semblé trouver un élément de réponse :

Muré la fenêtre. Saleté ! Impossible de s'y fier. Parfois elle retarde... Parfois elle avance !

Je méditais sur le sens de ces mots quand un cri m'a tiré de ma torpeur.

« JOHN! Tu farfouilles encore, misérable avorton! Quand vas-tu quitter tes livres et travailler ! »
Je me suis senti sortir de mes gonds et me suis écrié, tendant le poing vers mon père:
« J'en ai assez ! Cessez de m'insultez, ou je...
PETER ! PETER ! » a-t-il crié, appelant son homme de main, qui a accouru, grognant et éructant comme un singe.
Réconforté par la présence du larbin, il a repris confiance et, d'un air goguenard, m'a dit :
« Ou je ? Ou je quoi, petit idiot ? Tant que tu vivras sous mon toit, je t'insulterai et tu le supporteras, INCAPABLE ! Tu ne seras jamais digne d'être un Smith ! JAMAIS ! »

Frémissant de colère, j'ai remonté l'escalier d'un pas rageur et me suis jeté sur mon lit, les mots trottaient dans ma tête et je m'efforçais de leur donner un sens... Parfois elle retarde, parfois elle avance. Ça ne voulait rien dire... Rien du tout...

***

Après une nuit sans sommeil, j'allais me décider à tout bonnement abandonner ce mystère quand je l'ai enfin compris ! C'était tout à l'heure dans le jardin, je regardais cet animal de Peter s'acharner sur les plates-bandes... Quand tout à coup, il s'est étalé dans la boue, la tête la première... Se moquer de cette brute pouvant s'avérer dangereux, je suis donc monté pour cacher ma joie et allé m'enfermer dans le salon jaune...
Et, regardant par la fenêtre, j’ai aperçus Peter au même endroit que tout à l'heure, jardinant comme tout à l'heure, mais, à mon étonnement, parfaitement propre : il aurait pourtant dû être tout crotté !
Mais c'est alors que la même chose s'est reproduite et, glissant, il s'est étalé de tout son long dans la boue à nouveau...
C'est alors que j'ai compris... Effectivement, la fenêtre retarde... C'est à dire qu'elle montre les évènements quelques minutes après qu'ils se sont réellement produits...
Est-ce à ce moment que l'idée m'est venue ? Ou est-ce après la conversation avec mon père qui a suivi alors que je descendais du salon jaune ?

« Ha! Tu tombe bien mon cher garçon... Sais-tu qui va venir nous voir demain ? Hmmmm ? Le notaire Renfield! Et sais-tu pourquoi, chair de ma chair ? Pour te déshériter ! Tu n'auras rien de moi ! Avorton ! RIEN ! » m'a crié mon père, arborant un sourire narquois sur son visage décharné.

Oui... À ce moment-là, le plan s'est imposé à moi comme une évidence...

***

C'est ainsi que le lendemain, j'ai conduit mon père dans le salon jaune.
Il pressentait que j'avais quelque chose à l'esprit sans parvenir à deviner quoi. Il a dû se fourvoyer sur mes intentions car il m'a dit que ses pensés ne changeraient pas quoi que je fasse, qu'il me déshériterait, moi, cloporte, indigne d'être son fils ; et il a rit à s'en faire tousser.

J'ai fermé la porte et suis redescendu, trouvant le notaire Renfield et Peter en bas de l'escalier...
Je leur ai dit d'attendre trois minutes avant de monter, arguant des petites manies de mon père...
Trois minutes... La durée exacte du décalage... Juste ce qu'il me fallait pour m'assurer un alibi parfait...
Je suis allé me promener sous la fenêtre du salon, puis au moment calculé, je me suis écrié :
« QUOI ? MON DIEU !!!! J'ARRIVE !!!! »
Puis j'ai rapidement remonté l'escalier de service, et suis entré dans le salon jaune juste à temps pour poignarder mon père.
Trente-sept fois. Je ne peux pas dire que j'ai détesté ce moment, bien au contraire... J'ai senti 37 années de souffrances s'envoler hors de mon corps. Je me sentais bien... Si bien... Surtout quand j'ai vu le visage de mon père expirant son derniers souffle... Mais il me fallait garder à l'esprit que les témoins allaient bientôt arriver et qu'eux seuls seraient mon alibi...
Alors, je suis redescendu par l'escalier de service et quand j'ai entendu le notaire entrer puis crier sa surprise devant le cadavre de mon père, quand je l'ai entendu appeler mon double du passé, lui dire de venir vite, et mon double lui répondre à la perfection... Je suis remonté en trombe, peignant sur mon visage la stupéfaction et l'horreur... Et tout s'est passé à la perfection. Ça oui...

***

Et c'est le lendemain, après une bonne nuit de sommeil, que je me suis rendu compte que mon plan était une réussite totale... Voilà mon père le Lord envoyé Ad Patres et deux témoins prêts à jurer que je ne peux être le coupable. Et en plus, j'allais hériter de tout le domaine, oui, cela méritait bien un toast du meilleur bourbon des caves de feu mon père en l'honneur de cette chère fenêtre... Je me suis avancé vers elle... Elle à qui je devais tout ça... J'ai touché le rebord encore muré et ai voulu admirer le paysage qui m'appartenait dorénavant. Quand j'ai eu devant les yeux un spectacle horrible...
Un cadavre ensanglanté gisait à terre, 3 étages plus bas. Et, pour ma plus grande horreur, je me suis rendu compte que ce cadavre... C'était moi !

« Impossible ! me suis-je écrié au comble de l'horreur. La fenêtre retarde ! Il aurait fallu que je tombe il y a trois minutes ! Ce qui est impossible puisque je suis...
Bougez pas ! a crié Peter qui venait de rentrer dans la pièce et m'a saisi par le col. Pour le Lord ! Je sais que c'est vous ! Je l'ai lu dans vos yeux ! Je ne sais pas comment vous avez fait, mais vous allez payer ! »
Et à ces mots, il m'a poussé d'un simple revers de main, me faisant passer par la fenêtre...

Et c'est là... Dans le vide, me rapprochant tellement vite du sol que l'adrénaline faisait ralentir le temps et le magnifique paysage autour de moi, que ça m'est revenu... Les mots de mon grand-père...

Muré la fenêtre. Saleté ! Impossible de s'y fier. Parfois elle retarde... 

Parfois elle avance !

NOR 1 - Défense d'entrer

La seule raison qui avait poussé Nathan à aller chercher sa sœur à l’école, c’était qu’il n’en pouvait plus des réprimandes de sa mère. Nathan, ne fais pas ci, Nathan, ne fais pas ça, Nathan, regarde-moi quand je te parle. Fatiguant. Mais maintenant qu’il était sur le chemin du retour, il se disait que, finalement, c’était peut être mieux comparé au flot intarissable de paroles de sa petite sœur. Sandra n’avait jamais eu la langue dans sa poche. Au début, on pouvait tenter de l’ignorer, mais à la longue, cela devenait vraiment pénible.

Nathan, Sandra et leur mère vivaient dans une petite bourgade d’à peine 400 habitants, dans le Nevada. Le père des enfants était un militaire, et il avait été envoyé quelques années plus tôt comme bon nombre de ses compatriotes en Irak. Avant de partir, il avait confié son briquet à Nathan, objet que l’enfant essayait toujours de lui subtiliser, avait embrassé sa fille, qui n’était encore qu’un bébé, et sa femme, et leur avait promis qu’il serait bientôt de retour. Il envoyait des lettres dès qu’il trouvait un moment, évitant de raconter les horreurs qu’il voyait et rassurant tant que possible sa famille, mais un jour il cessa brusquement de donner des nouvelles. Peu de temps après, on frappait à leur porte pour leur remettre le drapeau des États-Unis et leur dire que l’homme qu’ils attendaient était mort pour l’Amérique et ne reviendrait pas.

Le garçon ne s’en était jamais remis. Il n’arrivait pas à accepter que celui qui semblait si fort, si sûr de lui, celui qui respectait toujours ses promesses et pour qui Nathan avait une admiration non dissimulée, pouvait ainsi disparaitre et le laisser seul. Il était devenu farouche et nonchalant, mais sa mère le trouvait parfois en train de pleurer sur son lit, serrant contre lui le dernier souvenir que son père lui avait laissé.

Sandra, quant à elle, n’avait pas vraiment connu son père, et ne comprenait pas pourquoi sa mère se taisait et son frère lui jetait un regard noir lorsqu’elle en parlait. Il lui manquait, mais elle savait vivre sans. C’était la raison pour laquelle elle agaçait plus Nathan qu’autre chose. Il trouvait qu’elle ne respectait pas la mémoire de son père, même si, au fond, il ne savait pas vraiment ce que cela voulait dire.

Aujourd’hui, le garçon avait 12 ans, et sa sœur en avait 7, l’âge auquel il avait vu son père pour la dernière fois. Et pourtant, rien ne semblait avoir changé, comme si son existence avait simplement été gommée. Quelques fois, il entendait des enfants demander à sa sœur pourquoi c’était toujours Nathan ou sa mère qui venaient la chercher, et jamais son père. Ce à quoi elle répondait simplement : « Il ne peut pas, il est parti en Irak quand j’étais un bébé, et maintenant il est avec les anges ». Dans ces moments-là, Nathan ne pouvait s’empêcher de ressentir un élan de compassion pour sa sœur. Mais il y avait souvent un petit malin qui s’amusait à dire que son papa à lui était plus fort, parce que lui aussi était allé en Irak, mais que lui, il était rentré à la maison. Nathan réprimait alors la colère qui montait en lui, attrapait Sandra par la main et rentrait le plus vite possible.

Le même scénario venait une fois encore de se produire. Sandra, qui y était habituée, n’avait rien relevé et continuait de parler et de parler, sans se rendre compte que son frère ne l’écoutait pas. Mais cette fois-ci, Nathan s’arrêta brusquement au milieu de la rue. À gauche du garçon se trouvait une vieille bâtisse toute décrépie, dont presque tous les carreaux étaient brisés et dont les rideaux pendaient en lambeaux avec un flottement perpétuel, même lorsqu’il n’y avait pas de vent. Cette maison avait la réputation d’être hantée. On racontait qu’à l’origine une famille de sorciers possédait cette habitation et qu’ils avaient eu d’horribles pratiques entre ces murs, allant même jusqu’à un sacrifice humain. Et puis ils avaient un jour disparu sans laisser de trace, laissant la maison à l’abandon.

Différents propriétaires s’étaient succédés ensuite, mais ils ne tardaient pas à fuir les lieux, ne laissant rien derrière eux et disparaissant en général au beau milieu de la nuit, de sorte que les départs ne se remarquaient pas tout de suite. Mais depuis quelques années, personne n’essayait plus d’habiter ici, et la mairie ne se décidait pas à donner l’ordre de démolir cette bâtisse. Personne n’avait envie d’entrer à l’intérieur. Personne, sauf le jeune garçon qui mourrait d’envie d’en découvrir le secret.

Voyant par la même une occasion de faire taire sa sœur, Nathan décida qu’il était temps d’aller jeter un coup d’œil.

« Dis, Sandra, elle ne t’intrigue pas, toi, cette maison ? »

La petite fille le regarda avec ses grands yeux bleus, qui se mariaient parfaitement avec ses petites bouclettes blondes, puis répondit de sa voix enfantine :

« Si, j’aimerais savoir ce qu’il y a dedans, mais à l’école ils disent qu’il faut pas y rentrer parce qu’il y a des fantômes, et maman elle a dit que...

– Et si on allait voir si c’est vrai ? On le dira pas à maman, ce sera notre secret. Peut être qu’en fait dedans il y a un trésor ! » dit le jeune garçon, un sourire aux lèvres.

La petite fille se mit à trépider.

« Oh oui oh oui ! On peut aller voir ? Tu crois que c’est quoi comme trésor ? Et les fantômes ils existent vraiment ? Et...

– Si on y va, il faut te taire. Si il y a des fantômes, ils vont t’entendre, et après ils vont te suivre jusqu’à la maison et te pendre par les pieds quand tu dormiras. »

Cela suffit pour que Sandra se taise. Elle suivit son frère qui poussa le vieux portail en bois, à moitié mangé par les termites, avança parmi les plantes mortes, arriva à la porte et la poussa pour voir si elle s’ouvrait. Il y eut un grincement sinistre et la porte s’ouvrit, semblant les inviter à entrer. A l’intérieur régnait une obscurité terriblement dense, ce qui d’ailleurs était assez étrange, étant donné qu’aucune des fenêtres n’était obstruée, et curieusement les ténèbres avaient quelque chose d’attirant. Sur une table non loin de l’entrée se trouvait une bougie à moitié fondue, mais qui paraissait encore utilisable.

Nathan la vit, sortit le briquet de son père, s’empara de la bougie et l’alluma. La faible lueur de la flamme se répandit autour de lui. L’atmosphère était terriblement lugubre. La poussière recouvrait tout, et le garçon pouvait suivre ses pas jusqu’à l’entrée. La quasi-totalité des meubles, en partie recouverts par des draps déchirés, étaient brisés. Sandra, un peu inquiète, ne disait mot et avait sorti son ours en peluche qu’elle serrait contre elle.

Le garçon examina la pièce autour de lui. A part la bougie, rien n’était utilisable. Un escalier menant au premier étage se trouvait au fond, mais il était en partie écroulé et ne semblait pas assez solide pour supporter le passage d’une autre personne. Un second escalier, beaucoup plus étroit, était creusé non loin du premier et descendait jusqu’à une porte bosselée et cadenassée. Enfin, il y avait sur la droite l’encadrure d’une porte désormais inexistante qui menait aux autres pièces de la maison.

Il s’anima soudain :

« Allez, viens, on est des explorateurs et on va découvrir les secrets de la maison ! » dit-il joyeusement.

Sandra restait auprès de lui, silencieuse. Elle opina du chef et le suivit dans les autres pièces. Elles étaient toutes semblables, tout était cassé, plein de poussière et partiellement mangé par les insectes. Le silence régnait et même les pas des deux enfants semblaient étouffés. On aurait dit que le temps s’était arrêté.

N’ayant rien trouvé, ils revinrent à première pièce, déçus. Le garçon descendit alors vers la porte cadenassée. Au moment où il approcha sa main du verrou, celui-ci tremblota, s’ouvrit et tomba au sol, comme si après avoir si longtemps tenu cette porte au secret, il avait fini par rendre l’âme. La porte s’ouvrit d’elle-même et laissa entrevoir un couloir ténébreux qui descendait en pente douce.

Nathan se sentit attiré dedans et commença à avancer. Sandra gémit alors et lui demanda de ne pas aller plus loin, car ce couloir lui faisait peur et elle ne voulait pas rester toute seule. Son frère lui répondit d’un ton absent que si elle ne voulait pas rester toute seule, elle n’avait qu’à le suivre, sans s’arrêter d’avancer. Il était quasiment arrivé à l’autre bout et pouvait distinguer imprécisément, grâce à la lueur de la bougie, une vaste salle devant lui, quand il entendit sa sœur éclater en sanglots. Elle lui implora de l’attendre et se mit à courir à sa suite. Ses pas résonnaient sur les parois de ce qui, au final, ressemblait plutôt à un tunnel.

Le garçon s’arrêta et l’attendit. Il se doutait que sa petite sœur n’aurait pu rester longtemps toute seule dans l’obscurité. Les échos des pas continuaient de résonner sans discontinuer, avec toujours la même intensité. Au bout de deux minutes, il commença à se poser des questions. Les bruits ne semblaient pas se rapprocher, et de toute façon elle aurait déjà dû être arrivée. Il rebroussa chemin pour aller la chercher, se demandant si elle ne faisait pas du sur-place. Mais malgré ses déplacements, l’intensité des sons était toujours la même. Il était à présent proche de l’entrée, mais sa sœur n’y était pas. Quelque chose attira son attention. Le jeune garçon se baissa et ramassa l’ours en peluche de sa sœur. Les bruits de pas continuaient toujours, sans qu’il puisse déterminer d’où ils venaient.

Nathan commença à s’inquiéter et appela Sandra dans le tunnel. Pas de réponse. Seuls les échos qu’il entendait depuis tout à l’heure perçaient le silence. Ces sons lui transperçaient le crâne, lui inspirant une peur de plus en plus puissante. Si ce n’était pas sa sœur... Qu’est-ce que cela pouvait bien être ?

Sandra n’était pas remontée, ça, il en était certain. Il devait donc traverser le tunnel une nouvelle fois. Mais maintenant que les évènements lui échappaient, il ne ressentait plus l’attraction de tout à l‘heure. Le garçon avança lentement, suant à grosses gouttes. Les échos ne cessaient toujours pas. Arrivé au milieu du tunnel, il crut percevoir une lueur devant lui. Et en effet, lorsqu’il arriva de nouveau à l’entrée de la salle qu’il avait vue, une faible lueur en provenait. Sa bougie s’éteignit au moment où il entra.

La salle s’étendait sur une quinzaine de mètres, et le plafond se trouvait à environ trois mètres. Il n’y avait aucune source de lumière, pourtant l’éclairage venait bien d’ici. Cet endroit semblait produire de lui-même la lueur sinistre.

Nathan s’avança timidement dans la salle. Les échos se turent. S’en suivit un silence oppressant. Rien ne bougeait. Le garçon avait l’impression que s’il tentait de parler, aucun son ne sortirait de sa bouche. Il allait bientôt finir par craquer. Mais il ne pouvait rentrer chez lui sans sa sœur, sa mère le tuerait. Il respira donc un grand coup et traversa témérairement la salle. Tout au fond, il y avait une énorme porte blindée verrouillée et chainée. Il était inutile d’essayer de la forcer. Elle était ornée d’un œil rouge, si bien fait que Nathan ne pouvait s’empêcher de ressentir un profond malaise en le regardant.

L’œil semblait regarder derrière lui. Il ne put s’empêcher de suivre son regard. Derrière lui se tenait sa petite sœur. Ses vêtements étaient plus sales que tout à l‘heure, et une mèche de cheveux lui cachait les yeux. Elle ne semblait plus effrayée. Nathan soupira de soulagement, puis dit sur un ton agacé :

« Sandra ! Tu m’as fait peur ! Ne refais jamais ça ! »

La petite fille ne répondit pas. Elle ne le regardait même. Nathan insista, mais rien n’y faisait. Il voulut alors s’approcher, mais elle se déroba et s’enfuit dans le tunnel. Il voulut crier pour la retenir, mais elle était déjà loin. Il valait mieux la suivre directement. Le jeune garçon s’engouffra à sa suite dans l’ouverture, sans faire attention au reste. Derrière lui, à l’abri de son regard, l’œil rouge cligna, et lorsqu’elle fut vide, la salle s’assombrit de nouveau.

Nathan n’avait pas remarqué les ténèbres qui étaient tombées autour de lui. Il voyait toujours sa sœur devant, et continuait de courir après elle. Pendant plusieurs minutes, la scène sembla se répéter sans fin. Ce n’était pas normal, tout à l’heure, alors qu’il marchait, il était arrivé plus vite de l’autre coté. Alors qu’il courait dans le noir, il commença d’entendre des rires d’enfants, des rires à vous glacer le sang tellement ils étaient inhumains. Le jeune garçon, mortifié, voulut courir plus vite pour échapper au tunnel infernal, mais malgré tous ses efforts, il ne parvenait ni à rattraper sa sœur, toujours aussi loin devant lui, ni à atteindre l’entrée qu’il ne voyait même pas.

Les rires résonnaient dans sa tête, et il eut l’impression de devenir fou. La peur se répandait dans son corps, comme un poison insidieux faisant lentement son office. Une sueur froide perlait sur son front, et s’il s’était arrêté, ses genoux auraient tremblé au point de l’empêcher de se tenir debout. Il espérait que ce n’était qu’un cauchemar, que ce n’était pas vrai, ça ne pouvait pas être vrai... Nathan se souvint des histoires de fantômes et se demanda si c’était à cela qu’elles faisaient allusion.

Tout à coup, il eut la sensation que le couloir s’élargissait, et quelques secondes plus tard il trébucha et roula lourdement sur le sol. Lorsqu’il se releva, l’obscurité avait diminué. Le couloir avait laissé place à la salle d’entrée de la maison, mais il était arrivé par un trou dans le mur qui n’était pas là tout à l’heure. L’escalier par lequel ils étaient arrivés avait totalement disparu. Le jeune garçon regarda autour de lui. Sandra était dans l’escalier du premier étage, derrière la partie éboulée. Comment était-elle arrivée là ?

« Arrête de jouer, il faut qu’on rentre ! » s’exclama-t-il d’une voix chevrotante.

Les rires s’interrompirent. Une voix s’éleva du corps de la petite fille, sans qu’elle bouge les lèvres. Elle était tout sauf humaine.

« Viens me rejoindre, grand frère » dit-elle d’un ton mielleux.

Alors, sans qu’il comprît pourquoi, Nathan commença lentement à s’avancer et à gravir une à une les marches de l’escalier. Il ne lui fallut pas longtemps pour atteindre le trou béant. Le garçon avait de plus en plus peur, la chute serait terriblement douloureuse, il devait absolument reprendre le contrôle, il ne devait pas continuer d’avancer, il... continua d’avancer dans le vide comme si les escaliers étaient entiers et arriva auprès de sa sœur sans encombre. Elle ne le regardait toujours pas. Nathan voulut retirer la mèche qui lui couvrait les yeux, mais elle frappa violemment sa main à son approche. Le coup était beaucoup trop fort pour des bras d’une petite fille de sept ans.

Elle se retourna et s’enfuit de nouveau, laissant à peine le temps à son frère de réagir. Cette fois-ci, il la perdit de vue, et quand il arriva au premier étage, il était seul. A cet étage, il y avait seulement trois portes. Les deux premières donnaient sur des salles exiguës, dépourvues de toute lumière. Quant à la troisième, il dut forcer quelques secondes. La porte s’ouvrit avec un vacarme terrifiant et une bourrasque glaciale le fit reculer. Le vent retomba, et il put entrer, découvrant une petite chambre avec un coffre à jouets et un lit à baldaquins.

Nathan s’approcha et, redoutant ce qu’il pourrait trouver sur le lit, poussa les pièces de tissu. Et alors il hurla d’effroi. Sur les draps était étendu le corps de Sandra, ouvert de tout son long, les organes répandus un peu tout autour et le sang recouvrant la scène. Ses yeux avaient été arrachés, son cœur était en lambeaux, et elle avait des traces de lacération sur toutes les zones de son corps. Alors le garçon, déjà terrifié, entendit de nouveau les rires en beaucoup plus intenses. Il se retourna et vit ce qu’il avait plus tôt prit pour sa sœur. La mèche de cheveux était tombée, et on pouvait voir des yeux démoniaques, injectés de sang, qui vous clouaient sur place au moindre regard. La chose riait, et au fur et à mesure son apparence changeait.

Sa peau se déchira, laissant apparaitre une forme pâle qui rappelait de loin un enfant terriblement maigre, vêtu de lambeaux blancs. Des cheveux noirs tombaient sur son visage, et ses yeux, déjà effrayants, avaient viré au vert, et la pupille ressemblait désormais à celles des serpents. Il ne cessait de rire, et tout en riant il sortit un long poignard maculé de sang, le pointa vers Nathan et fondit sur lui.

Ce dernier continuait d’hurler, et tandis qu’il hurlait, il sentit le métal froid lui perforer le thorax. Son sang gicla sur le sol, et la lame s’abattit à nouveau sur lui, le lacérant encore et encore, déchirant ses organes internes et éclaboussant toute la pièce du liquide écarlate. Enfin, l’enfant s’approcha du garçon, le saisit à la gorge et prépara le coup fatal...

Nathan ouvrit les yeux. Sa mère l’appela au même moment. Il sortit de sa chambre, penaud, et alla la trouver. Elle lui demanda d’aller chercher sa sœur à l’école, car elle avait encore trop de travail. Il acquiesça sans dire un mot et retourna dans sa chambre pour récupérer sa veste. Quand il entra dans sa chambre, il s’arrêta net, horrifié. Un œil rouge était tracé sur un mur de sa chambre, et sur son lit deux enfants sautaient. Le premier était la créature de la maison hantée. La deuxième était sa petite sœur, aussi pâle que l’autre, les cheveux voletant allègrement autour de son visage et les yeux semblables à ceux du garçon démoniaque. Au moment où ils le virent, ils cessèrent de sauter et se mirent à rire.

Texte de Magnosa

Spotlight : Des abeilles

Richard était un apiculteur de 34 ans, il était en route pour déloger un nid d'abeilles dans une vieille demeure.
Après quelques minutes de route, il fut arrivé à destination. « C'est une blague ? » pensa t-il. La demeure était vieille, les fenêtres brisées, les murs de la bâtisse étaient abîmés et tagués par les jeunes du coin. Bref, la maison semblait être abandonnée. Il frappa à la porte... Pas de réponse.

« Il y a quelqu'un ? » dit-t-il

Un vieil homme ouvrit la porte. Richard était surpris que quelqu'un ouvre, il pensait qu'on lui avait fait une blague.

« Bonjour, c'est vous l'apiculteur ? Suivez-moi. », dit le vieillard.

Ce vieil homme avait une cicatrice sur la joue, il marchait avec une canne et était habillé avec de vieux habits abîmés et poussiéreux. Le vieillard monta un escalier qui était juste à droite de la porte d'entrée, Richard le suivit. Ces escaliers étaient vieux et très poussiéreux et il y régnait une odeur... une odeur étrange... En haut des marches, il y avait une porte, Richard se demandait comment un homme pouvait vivre dans une maison aussi sale. Le vieille homme ouvrit la porte en haut des escaliers. Cette porte s'ouvrit sur une salle vide où se trouvait, solitaire, un énorme nid d'abeilles. Richard entra dans la salle.

« Bonne chance Richard, dit le mystérieux vieillard.
Attendez, comment connaissez-vous mon nom ?! »

« Comment connait-t-il mon prénom, pensa Richard, c'est pas écrit sur ma combinaison ! Et l'entreprise pour laquelle je travaille ne porte pas mon prénom, tout cela est étrange... »

Il s'approcha du nid, lentement. Le nid était incroyablement grand. Il faisait quasiment la taille d'un être humain. Il s'apprêta à enfumer la ruche pour calmer les abeilles, mais au lieu de se calmer, les bestioles commencèrent à s'attaquer au pauvre apiculteur. Elles recouvrirent tout son corps, déchirèrent peu à peu sa combinaison, plantèrent dans sa peau des milliers de petits dards...

« AAAAH !!! Bordel de merde !!! Aidez-moi !!! » cria-t-il.

Mais personne ne vint à son secours. Imaginez des milliers d'insectes sur votre corps qui vous enfoncent des milliers de poignards, quelle vision horrible, n'est ce pas ? Le pauvre homme courait partout dans la pièce vide, il se cognait sur les murs et criait de douleur. Sa tête percuta un mur et il tomba dans les pommes.

Il se réveilla, les yeux bandés, les mains et les pieds attachés. Un gémissement de douleur sortit de sa bouche à cause des milliers de piqûres qu'il avait reçues.
 
« Où suis je ?! À l'aide !!! cria-t-il.
Ça ne sert à rien de crier, répondit une voix celle du vieil homme, Richard en était sûr.
Vous... Vous ! Sortez moi de là, supplia l'apiculteur, pitié ! Je ferai tout ce que vous voudrez, mais sortez-moi de là !!! »

Le vieux sourit. Les deux hommes étaient dans une salle avec une chaise (où Richard était attaché), une table avec un fusil canon scié et un bocal rempli d'abeilles.

« Je vous libèrerai... À une condition... »

Richard tremblait de terreur. Quelle était cette condition ? Il repensa à sa mère qui lui disait toujours des trucs du genre : « Tu auras ce jouet à condition de bien travailler à l'école », « Tu auras du gâteau à condition de finir tes épinards », etc.

« À condition que vous ouvriez la bouche et que vous ne recrachiez pas ce que je vais vous mettre. Si vous refusez, vous pourrez dire adieu à la vie », dit le vieillard avec une voix de violeur prêt à passer à l'acte.

Une pensée perverse traversa l'esprit de Richard. Cet homme ne serait qu'une sorte de violeur... Richard, ton cerveau dégueulasse fait du bon travail... « Cet homme aurait réussi à entraîner des insectes au combat, pour que ce vieux con puisse se faire réaliser ses fantasmes... Mais c'est impossible ! » pensa Richard. Mais le vieux fou avait une idée bien différente en tête.

Le vieux ouvrit le bocal où se trouvaient les abeilles, et les insectes en question se dirigèrent vers la bouche de Richard. Une fois entrées dans la bouche de l'apiculteur, celui-ci se força à ne pas les recracher. Elles ne le piquaient pas, mais se déplaçaient en direction de sa gorge, et Richard finit par les avaler.
Le vieil homme sourit, il prit le canon scié sur la table et assomma Richard avec la crosse de l'arme.

Richard se réveilla dans sa voiture de travail, il alluma le moteur et partit en vitesse de la propriété du vieil homme...

Plusieurs mois après sa visite chez le vieillard, on retrouva le corps de Richard éventré. Tous les organes à l'intérieur de son corps avaient disparu. À la place, un grand nid d'abeilles...