Nous ne voulons pas mourir : 30 et 31 août 2026

30 août 2026

C’est étrange. C’est le quatrième jour d’affilée que j’écris. On n’avait jamais eu de période de calme aussi longue. Quand je pense que dans le monde des hommes, quatre malheureux jours étaient bien insignifiants… Maintenant, c’est presque une éternité. Quatre jours dans la crainte de quelque chose d’inconnu qui n’arrive pas… Depuis ce matin, je regarde ma montre toutes les cinq minutes, ne sachant même pas si elle est bien à l’heure, comme un lycéen qui attendrait impatiemment que la sonnerie retentisse pour s’échapper de la salle de classe et courir vers l’air libre…

C’est ça, c’est de l’air libre que je cherche. L’air que nous respirons n’est pas libre, il nous prend à la gorge, il nous étouffe, comme une autre créature encore plus effrayante qui s’insinuerait inexorablement en nous et nous ferait lentement agoniser, en nous laissant voir la mort s’approcher lentement de nous, jusqu’au moment où sa cruelle faux s’abat sur nous telle un animal affamé. Ce doit être la peur omniprésente qui nous donne cette impression. Lorsque nous vivions normalement, nous ne faisions même pas attention à l’atmosphère, nous avions autre chose à penser, mais maintenant nous avons tout le loisir de nous attarder dessus…

Il y avait tellement de choses auxquelles nous ne faisions pas attention quand nous n’étions pas menacés par des monstres, réfugiés dans un bunker aux ressources limitées. Qui se souciait de la consommation d’électricité que l’on avait, avec l’inquiétude de savoir qu’elle finirait par disparaitre ? Il y avait certes les factures à payer, mais c’était une préoccupation moindre comparée à ce qu’elle est aujourd’hui. Qui prenait bien le temps de lécher le moindre coin d’assiette, le moindre pot de yaourt, où il y avait ne serait-ce qu’un milligramme de nourriture ? Oui nous avons des réserves de nourriture, mais elles ne sont pas éternelles, et nous nous sommes aperçus qu’elles avaient baissé plus vite que prévu.

Au départ nous avions réservé des pièces entières à la nourriture, de sorte qu’un an à 48 était faisable, en se restreignant un peu toutefois, mais aujourd’hui à 36, après à peine 2 mois, nous n’avons déjà plus de nourriture que pour 7 mois, en se serrant la ceinture… Quant à l’eau, on n’a plus de bouteille depuis longtemps, il y a bien un puits dans la cour centrale, mais nous ne savons pas combien de temps il tiendra. Peut être n’y aura-t-il plus d’eau demain, qui sait ?

Nous avons aussi fait le point sur les armes dont nous disposons. Il y a 14 fusils d’assaut de modèle AK109, 8 de modèle LR300, 9 de modèle HK419, 5 mitrailleuses de modèle L7A5 et 6 de modèle PKM, 3 lance-grenades de modèle XRGL40 et 5 lance-flammes de modèle M2 Flamethrower. Pour ça, on devrait pouvoir durer un peu, on a même le luxe de choisir son arme. Concernant les munitions, on a un nombre assez impressionnant de boites de 30 jacks, cela dit le nombre peut chuter rapidement, donc on évite de gaspiller. Concernant les grenades, il doit en rester 200, on en a beaucoup utilisé… Et les mines, des MON-50, mises à part celles qui sont déjà placées, il nous en reste une petite vingtaine. De ce coté là, on est plutôt mal, si on se refait attaquer plusieurs fois on ne pourra plus compter là-dessus dans peu de temps.

C’est amusant n’empêche que l’obtention des armes se soit facilitée quelques années avant l’invasion. Comme si une bonne intuition avait été soufflée aux dirigeants du monde pour permettre la survie d’un nombre infime d’êtres humains. Comme je l’ai déjà évoqué il y a quelques temps, c’est vraisemblablement à cause des évènements de 2012. Les attentats qui ont eu lieu un peu partout dans le monde ont été terriblement meurtriers. Pour mémoire, ces attentats étaient l’œuvre d’une coalition des plus grands groupes terroristes du monde, qui se sont servis de la superstition populaire de la fin du monde le 21 décembre, pour faire éclater des bombes dans de grandes villes, et envoyer de nombreux hommes déguisés en civil mitrailler les gens dans les rues avant de tirer leur révérence en se faisant exploser. Les passants sans défense n’avaient rien pu faire d’autre que d’attendre d’être fauchés par une rafale de balles.

De plus la Corée du Nord a choisi ce moment-là pour affirmer pleinement sa détention de l’arme nucléaire en faisant une démonstration sur la Corée du Sud. S’en est suivi une guerre entre la Corée du Nord et une partie des pays membres de l’OTAN. Cela a créé de nombreuses dissensions, certains pays refusaient de s’engager dans une guerre ouverte qui risquait de dégénérer, d’autres pensaient qu’il était temps de donner une leçon à ce peuple un peu trop réfractaire au monde qui l’entourait. La guerre a duré huit mois, puis s’est brusquement arrêtée. Officiellement c’était pour faire cesser l’accroissement du nombre de victimes. En effet, malgré sa brièveté, elle a causé pas moins de 13 millions de morts, dont 11 millions du coté nord-coréen. Les trois quarts des morts ont été causés dans les dernières semaines, mais les détails n’ont pas été dévoilés à la population. Une rumeur circulait sur le fait que ce soit à cause d’une arme développée secrètement, par la Corée du Sud ou par les États-Unis, qui aurait « fonctionné au-delà de toute espérance », et que c’était la véritable cause de la fin de la guerre.

Le bilan humain de ces deux évènements consécutifs s’est élevé à 38 millions de morts à travers la planète. Le nombre est exorbitant, il semble que tous les pays du monde sans exception aient été touchés par les attentats, et qu’un grand nombre des villes les plus peuplées du monde aient été touchées à des endroits qui rassemblent la foule. Ce fut un grand choc pour l’humanité. Toujours est-il qu’après cela une grande tension s’est installée partout dans le monde, et une traque au terrorisme a été lancée. Elle a abouti, au fil des années, mais on ne sait pas trop à quel prix. Toujours est-il que le taux de criminalité a chuté considérablement, car la majorité des êtres humains de la planète avait perdu quelqu’un cette année-là, et les malfaiteurs étaient désormais encore plus détestés qu’ils ne l’avaient jamais étés. Et on en est arrivé à la légalisation de la possession de presque n’importe quelle arme, « en prévention d’évènements aussi graves que ceux de 2012 ».

J’ai beaucoup écrit aujourd’hui, je vais m’arrêter, d’autres veulent peut-être la place, et de toute manière il ne faut pas abuser de l’électricité.

31 aout 2026

Rien ne change. Rien de nouveau à l’horizon. Du moins, à l’extérieur. Dans notre bunker, l’atmosphère se crispe. Déjà, Lili est clairement malade. Elle mange relativement peu, ses cernes s’agrandissent toujours malgré les heures qu’elle passe à dormir, et sa peau ne retrouve pas la moindre couleur. On dirait qu’elle a passé des années enfermée dans une cave. Ça me fait peur, j’ai demandé de l’aide, mais personne n’a l’air de savoir ce qu’elle a. Jonas, un blond aux cheveux longs qui doit à peine avoir la trentaine, a dit qu’il allait rester un moment auprès d’elle pour essayer de trouver, car il a un peu d’expérience pour reconnaître les maladies, ayant fait une année sociale en Afrique, mais il ne peut pas non plus aider beaucoup. J’attends, j’espère qu’il trouvera et qu’on aura de quoi la soigner. J’ai peur qu’il lui arrive quelque chose…

D’un autre côté, deux gars ont commencé à poser des problèmes. Apparemment, ça fait un moment qu’ils parlent entre eux, et maintenant ils affirment haut et fort que c’est de rester dans le bunker qui nous angoisse autant, et que maintenant qu’on a une occasion de se barrer, vu qu’on ne se fait plus attaquer, on doit la saisir, car on ne sait pas combien de temps ça durera. Ils ont commencé à crier ce matin, ils se disputaient avec Frank, et malgré les arguments du vétéran, ils n’en ont fait qu’à leur tête et ont préparé leurs affaires, disant à qui leur faisait confiance de les suivre. Ils viennent de sortir d’ailleurs, en embarquant 4 personnes de plus, des provisions et des armes. Ça va nous manquer, ils le savent, mais ils ne veulent rien savoir. Ils ont désactivé le champ de mine pour passer et

Texte de Magnosa

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