Mars 2094

Mars 2094.

Quand la téléportation a commencé à se démocratiser, que les trains, les bus et les voitures ont progressivement disparus pour laisser place au « moyen de transport du présent de demain », personne ne s’est inquiété. La communauté scientifique avait validé le projet, qui a vite été présenté comme étant encore plus sûr que l’avion, et la modernité des équipements permettant une économie considérable, tout le monde, du président des États-Unis au plus démuni des SDF, pouvait utiliser la téléportation pour se déplacer instantanément.

A vrai dire, je me demande à présent si je suis le seul homme vivant n’ayant jamais utilisé cette locomotion. Je sais pourtant qu’un scientifique comme moi, ayant aidé à réaliser les tests pour valider le projet de transport en commun par copie des particules, n’a aucune raison d’être le seul effrayé par cette modernité. D’ailleurs, lorsque 1000 cobayes singes sur 1000 furent téléportés sans accroc, moi et mon équipe ne pouvions qu’affirmer la fiabilité du moyen de transport. Mais le doute que j’avais à l’époque s'accroît de jour en jour.

La téléportation est pourtant un concept facilement compréhensible : On copie vos particules, baryons, protons, neutrons, leptons, électrons, photons, atomes, ions et le reste, on les supprime, puis on les recopie à l’identique dans un endroit qui peut être à des milliers de kilomètres du point de départ, et cela à la vitesse de la lumière. Mais tandis que la joie d’une telle avancée régnait parmi mes collègues, une étrange idée commenca à germer de mon esprit. Si on supprime les particules d'un individu afin de les copier à l'identique dans un autre endroit, dans le bon ordre et avec les caractéristiques exactes de celui-ci, alors, bien que l’être humain qui ressort de l’opération soit un humain identique, avec la même pensée, les mêmes souvenirs, il n'est plus qu’une copie de l’original, qui lui a été désintégré dans le processus. La téléportation est ainsi une machinerie mortelle, et les gens y allaient tête baissée, pour un prix défiant toute concurrence.

Je n’ai jamais réussi à prouver mes dires, puisque les passagers étaient identiques à ceux qu’ils avaient remplacés, et étaient eux-mêmes persuadés d’être les originaux. Mais ce n’étaient que des fantômes. Les gens devenaient des copies d’êtres humains.

Mais depuis quelques jours, je remarque certaines erreurs. Rien de grave bien sûr. Ma sœur avec les yeux d’une couleur différente, la voix de ma mère plus grave... Quelques particules qui se sont mal placées. Mais ces erreurs se font de plus en plus fréquentes.

Je n’ose plus sortir de chez moi depuis hier. Les humains deviennent étranges, certains comportements me terrifient.

Je vis dans un monde de copies, de copies, de copies, de copies d’êtres humains.

Ma femme ne m'a pas reconnu ce matin.

Texte de Tac

9 commentaires:

  1. Super histoire, avec un concept clair et efficace !

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  2. Un petit texte sympa, qui nous fait nous interroger un peu .

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  3. Parce que même sans la téléportation, les humains ne sont pas bizarre? On est plus que bizarre, pour preuve (qui j'espère sera bientôt en histoire necronomorial ou creepy), mais les humains ont crée des robots tueur. Pour en revenir à l'histoire c'est tout simplement excellent, je me suis vu vivre dans cette histoire, moi qui ai toujours voulu qu'on crée des machines à passer le temps, (donc avec la machine passer de 2018 à 2100 ou 2018 à 1983) finalement je vais y réfléchir à 2X.

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  4. Sympathique texte, très probablement inspiré du fameux paradoxe du bateau de Thésée... Cette question de l’identité perturbée est vraiment intéressante : est-ce qu’une altération de la matière implique nécessairement une altération de l’identité ? Est-ce que la matière protège l’identité, puisque l’identité ne peut protéger la matière ?

    Pourtant dans ce texte, la peur du scientifique me semble infondée puisque nos cellules humaines se renouvellent sans cesse (en 7 ans, toutes ont été remplacées). Nous ne sommes plus ce que nous étions il n’y a des années,notre corps change, parfois radicalement. Pareil pour nos idées, opinions, croyances... Donc pourquoi restons-nous les mêmes si nous sommes différents ? C’est bien la preuve que l’altération de la forme n’implique pas celle de l’identité, bien que le scientifique pense le contraire... dans ce cas, qu’est-ce qui définit vraiment notre identité ?
    Notre âme. Voilà pourquoi la dernière phrase du récit est si frappante. En bref, j’ai bien aimé.

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    1. Selon moi, le texte ne va pas dans le sens que tu interprètes puisqu'il insiste sur des erreurs (couleur des yeux, cordes vocales) et on peut en déduire que ce sont des erreurs au cerveau (au bout d'un certain nombre de copies) qui font que la femme ne se rappelle plus du narrateur.
      D'ailleurs, ça aurait été plus "flippant" que ça aille dans ton sens, sans erreur de copie physique, mais uniquement d'identité, qui impliquerait justement une notion d'âme.
      L'âme n'est qu'un concept spirituel. L'identité est dans le cerveau. On peut changer d'idées/opinions/croyances car on l'adapte aux expériences qu'on a connu. On peut plus ou moins greffer n'importe quel organe avec plus ou moins d'efficacité, sauf le cerveau.

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    2. Vous avez tout les deux raisons, chacun est libre d’interpréter mon texte comme il veut, c'est ça qu'est beau

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  5. Je pense que l'ont ne peux pas se teleporter sans perdre ses souvenirs ,car on peut copier des particules mais on ne peut copier un courant électrique ,hors les souvenirs du cerveau sont en fait des courant électriques donc on ne peut pas se souvenir de grand chose ... (Désolé pour les faite d'orthographe j'ai 11 ans ^^)

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    1. J'ai pas pensé a dire ,mais j'ai vraiment bien aimé le texte .

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