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Daniel

Malgré son jeune âge, j’avais toujours laissé à ma fille, Lisa, une grande liberté. Du haut de ses neuf ans elle avait déjà adopté un certain nombre d’automatismes ; elle regardait à droite et à gauche avant de traverser une route, ne faisait pas confiance aux inconnus et arrivait même à prévoir bon nombre de dangers. 

De ce fait, je lui laissais une large autonomie lorsqu’elle était à la maison ; elle pouvait aller jouer dans la petite cabane du jardin comme dans la cave. D’ailleurs, ce dernier lieu semblait être son endroit favori, puisqu’elle m’en parlait beaucoup. Elle y menait ses activités d’enfant, je suppose. 

Un jour, Lisa m’a parlé de ce nouvel ami avec qui elle s’amusait, il s’appelait Daniel. Lorsque j’ai appris la nouvelle, je n’ai pas pu retenir mon sourire. Un ami imaginaire, encore un. L’innocence de ma fille m’attendrira toujours, elle avait décidément une imagination débordante. Rosa, Ryan, et maintenant Daniel. Je l’ai embrassée sur le front puis lui ai conseillé de retourner jouer avec Daniel, et elle m’a rendu ma tendresse avant de se précipiter dans la cave. 

 Je n’y voyais aucun mal bien sûr, j’allais régulièrement dans la cave et rien d’anormal ne s’y déroulait. 

Quelques jours sont alors passés et un constat s’est imposé : Lisa passait le plus clair de son temps libre dans la cave, à jouer avec Daniel. La curiosité m’a envahi, j’ai décidé de m’intéresser de plus près à cette pièce. 

Un soir, après l’avoir mise au lit, j’ai fini par explorer plus sérieusement la fameuse cave. Je craignais avant tout que Daniel ne soit rien d’autre qu’un rat qu’elle avait adopté. 

Je pense que je déteste tout autant ma cave que mon grenier, les deux sont des lieux sombres habités par une faune effrayante, dont une tonne d'araignées. J’ai beau faire 1m80, ces minuscules bêtes à huit pattes m’horrifient plus que tout. Malgré ma phobie, je me suis engouffré dans la cave, où l'on stockait tous les outils de jardinage, de vieux jouets et tous types de choses qui n’avaient pas d’utilité dans l’immédiat. 

La cave est spacieuse, il y a de quoi s’occuper lorsque l’on est un enfant. J’ai commencé à farfouiller un peu partout, j’ai notamment vérifié si les murs étaient troués, mais rien de bien concluant. J’ai aussi cherché tout signe de rongeur, en vain ; aucune trace de souris ou de rats. Je comptais m’éclipser lorsque j’ai remarqué du mouvement derrière une pile de cartons. J’étais certain de ce que j’avais entendu, la bête était vive et faisait beaucoup de bruit lorsqu’elle bougeait. Elle s’était déplacée. J’ai aperçu ses yeux luisants m’observer dans un coin peu éclairé. Comment cette chose s’était retrouvée dans la cave ? La curiosité était forte, mais la peur l’a emporté. J’ai détalé dans les escaliers pour sortir le plus vite possible, avant de refermer en trombe la porte derrière moi. Je tremblais de tout mon être. Je suis très peureux de nature, mais là, j’étais certain qu’il y avait un monstre dans ma cave, avec lequel jouait ma fille. 

Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Enfin jusqu'à ce que la porte de ma chambre s'ouvre, et que ma fille se jette sur mon lit en sanglotant. Elle pleurait toutes les larmes de son corps : Toby, notre chat, n’avait pas dormi avec elle cette nuit comme à son habitude, elle pensait qu’il avait disparu et qu’elle ne le reverrait jamais. Mon sang n’a fait qu’un tour lorsque j'ai compris. C’était cet attardé de chat qui était dans la cave hier soir et que j’avais pris pour le monstre. 

Je me suis senti très bête lorsque le chat s’est précipité en dehors de la cave dès que j'ai ouvert la porte, le lendemain. Ma peur me jouait des tours. Mais ma fille câlinant son chat m’a vite redonné le sourire. J’étais enfin rassuré, et suis donc allé faire une sieste pour rattraper ma nuit tourmentée. Lisa, elle, vaquait à ses occupations habituelles. Je me suis endormi sans problème. 

Mais mon repos a été de courte durée, car des bruits de pas venant du dessus de ma chambre, du grenier donc, m’ont sorti de mon sommeil. J’ai mis du temps avant de réagir. Je suis sorti de ma chambre, et suis tombé nez à nez avec Lisa. Elle tenait dans ses mains un seau, vide, enfin presque, car une minuscule araignée frétillait au fond de celui-ci. Je n’ai pas pu retenir un gloussement de peur, la colère a pris le dessus, et je l’ai giflée. 

Je lui avais pourtant bien dit que le grenier était dangereux, et qu’elle ne devait y aller sous aucun prétexte. Agir de la sorte était le meilleur moyen pour qu’elle ne recommence plus. Elle m'a répondu en sanglotant qu’elle ne voulait pas que Daniel meure de faim, et qu’elle lui apportait des araignées venant de la cave seulement pour le nourrir. 

Il ne m’en fallait pas plus. J’ai pris la batte de base-ball qui trônait fièrement sur ma commode, et j’ai monté avec détermination les longs escaliers menant au grenier. Lisa me suppliait de ne pas faire de mal à Daniel, mais je l’ignorais. 

Je suis entré dans le grenier, l’endroit était poussiéreux mais dénué de tout insecte ou d’autre animal. Enfin, je savais qu’il n’y avait que Daniel. J’ai remarqué une flaque d’eau sur le sol, le toit fuyait visiblement encore. J’ai soigneusement fermé la porte derrière moi, et ai observé attentivement, chaque meuble, chaque carton, chaque parcelle de la pièce pour localiser ses petits yeux luisants. Je n'ai pas vérifié en hauteur, conscient que grimper était en dehors de ses capacités. 

Je commençais à m’impatienter. J’enrageais, je ne le trouvais pas. Mais du coin de l’œil, j’ai remarqué une tégénaire qui s’enfuyait d’un coin de la pièce. En temps normal j’aurais hurlé de terreur, mais pour une fois l’araignée m’avait aidé. Je savais maintenant qu'elle fuyait le danger. Et le danger pour elle, c’était Daniel. Je me suis approché de l’armoire massive et assez surélevée pour cacher un monstre en dessous, et me suis baissé pour voir s’il y était bien. Enfin. 

« Je t’ai trouvé » lui ai-je murmuré. 

Ses yeux brillaient, il tremblait de peur et je crois même qu’il pleurait. Pour une fois que ce n’était pas moi qui avais peur. J’ai esquissé un large sourire, puis j’ai donné un coup de batte sous l’armoire afin de l'y déloger. 

Il a rampé avec assiduité jusqu'à mes pieds, je pouvais maintenant contempler sa laideur. Daniel était petit, anormalement maigre, on pouvait clairement distinguer toutes ses côtes. Sa pâleur était tout aussi dégoûtante. Il ne restait vraiment plus grand-chose du petit garçon que j’avais élevé. 
« Content de voir que tes bras et tes jambes n’ont pas repoussé. » ai-je plaisanté. 

Il continuait de me supplier du regard, toujours sans un mot, des larmes coulant le long de ses joues. Oui, cette fois je n’avais plus peur. Je lui ai donné de grands coups dans les côtes, il a hurlé de douleur. La vue de sa langue à moitié coupée et de ses dents manquantes m’ont fait remonter certains souvenirs. 

Les araignées me font très peur, mais si je les déteste tant, c’est parce que les monstres comme Daniel peuvent survivre grâce à elles. En y repensant, je ne lui avais pas donné de nom, mais c’est vrai que Daniel lui convient parfaitement. Malgré ma haine envers lui, je dois bien lui concéder ça. Il a survécu pendant autant de temps en se nourrissant exclusivement d'araignées. Il avait certaines ressources, pour un enfant. 

Je vous laisse imaginer le choc lorsque j’avais appris qu’il n’était pas de moi. Je n’avais donc pas cherché à l’élever, mais je ne suis pas inhumain non plus. Je n’allais pas le tuer, enfin pas directement. Juste faire en sorte qu’il ne pose aucun problème, disons. On aime que ses propres enfants pas vrai ? 

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, ma fille est devenue adolescente, et m’a récemment demandé pourquoi le grenier était condamné. J’ai pris un air grave en lui répondant. 

« C’est pour que Daniel ne s’enfuie pas. » 

Elle m’a dévisagé pendant plusieurs secondes, puis s’est esclaffée de rire. 

« Arrête de te moquer, on a tous des amis imaginaires quand on est petits. » 

J’ai acquiescé et l’ai rejointe dans son rire. Elle avait vraiment une imagination débordante.


Texte de Sawsad

Torture auditive

Buck avait la bouche en sang.

Il en sentait le goût sur son palais. Il s'était mordu la langue. Les liens à ses mains semblaient se resserrer un peu plus à chaque fois qu’il tentait de tirer dessus. La musique se jouait à plein volume depuis maintenant…quatre, cinq jours ? Enfermé dans cette pièce blanche depuis tout ce temps, il n’avait eu comme seules préoccupations que la douleur, et cette incessante musique, qui toutes deux l’enveloppaient. A chaque battement que le morceau faisait, il sentait ses tympans au bord de la rupture.

Buck n’était pas un ignorant, bien sûr. Il savait bien que cette torture était courante, il avait vu à maintes reprises des supplices auditifs similaires représentés au cinéma. Sous les néons aveuglants, la réalité le rattrapait assez vite. Il n’en pouvait plus. Le son semblait de plus en plus fort. Le morceau, aigu et enfantin, se répétait sans pauses, toutes les 3 minutes environ.

Un bruit sourd vint s’ajouter à la cacophonie ambiante, et l’unique porte de la pièce s’ouvrit. Cela faisait bien deux jours que Buck n’avait pas vu l’un de ses tortionnaires. Leurs visites se faisaient irrégulièrement, et cette imprévisibilité le plongeait dans un état de stress presque permanent. A la torture physique s’ajoutait celle, bien pire, mentale. La musique se coupa, et il put enfin se concentrer sur autre chose que sur ce son infernal. Buck leva ses yeux épuisés vers l’homme, lequel était en costume cravate. Celui-là, il ne l'avait jamais vu. Il était aussi pâle que ses autres tortionnaires, mais agrémentait ce teint blafard de cernes proéminentes, qui en d’autres circonstances, auraient fait passer l’homme pour fatigué, mais qui ici ne faisaient qu’ajouter un côté étrange à son visage. Buck savait ce que cette coupure signifiait. L’homme allait lui parler.

- Je vois que vous ne vous êtes toujours pas décidé à parler, monsieur Fread. Je me suis toujours efforcé d’épargner aux gens mes avis personnels, mais je dois dire que je suis profondément déçu de votre réticence. Vous êtes assez intelligent pour comprendre que vous n’êtes pas en mesure de résister. Ou du moins, plus pour très longtemps.

Les oreilles de Buck bourdonnaient encore, et la musique semblait toujours traîner dans un coin de son crâne. Même éteinte, elle ne semblait pas pouvoir le quitter. Peut-être ne le quitterait-elle jamais. Devant le silence de son interlocuteur, qui semblait trop affecté psychologiquement pour parler, l’homme à la cravate continua son monologue.

- Monsieur Fread, votre heure n’est pas encore arrivée, nous le savons tous les deux. Sans jamais mettre votre vie en danger, je pourrais vous laisser seul dans cette pièce avec la musique plus forte que jamais. Cela ne m’effraie pas. Vous tenez encore, mais combien de temps pensez-vous que vous tiendrez si je vous laissais, disons, une ou deux semaines de plus, seul avec cette musique ?

Buck n'aurait pas pu supporter de replonger dans cet enfer, il le savait. Si l’homme donnait l’ordre de relancer la musique, son cerveau ne tiendrait pas, et les onces de conscience qu'il lui restait craqueraient. Au fond de lui, il le savait. Il se décida à essayer d’articuler quelques mots.

- Non. Non. Pas la musique.

Le sourire satisfait de l’homme à la cravate se fit encore plus inquiétant que la perspective d’une mort certaine.

- Que faisiez-vous près du château monsieur Fread ?

Buck crut pouvoir répondre, mais seul un filet de bave sortit lorsqu’il ouvrit la bouche. Son cerveau était brisé. Qui aurait cru qu’une mélodie qu'il avait maintes fois entendue enfant pouvait autant briser un homme ? Dans un ultime effort de concentration, il put de nouveau parler.

- Non, pas la musique. Pas la musique. Je vais parler. Pitié.

Le sourcil dressé de son interlocuteur silencieux l’incitait à lui en dire plus.

- Le château. Je voulais prendre des photos du château.

- Voilà une réponse satisfaisante, monsieur Fread. Hélas, je me vois contraint de vous réprimander. Que ce soit bien clair : on ne prend pas de photos des alentours du château la nuit. C’est interdit. Il s’y passe des choses…étranges. Vous les avez vues, n’est-ce pas ?

Il n’attendit même pas que son prisonnier lui apporte une réponse. Il n'en n'avait pas besoin.

- Vous avez commis une erreur, monsieur Fread. Une grave erreur. Nous allons vous garder ici quelques temps. Puis nous verrons de quelle façon vous disparaîtrez. Au revoir, monsieur Fread.

Buck se sentit mourir à l’intérieur. S’ils le replongeaient dans cet enfer sonore, il allait définitivement craquer.

Le cri qu’il poussa aurait fait frissonner n’importe quelle personne ayant pu l’entendre. Malheureusement pour lui, son hurlement se perdit dans les échos du couloir vide. A la surface, personne ne l’avait entendu.

- NON ! PITIÉ, PAS LA MUSIQUE !

Les premières notes résonnèrent dans la pièce, de nouveau scellée.

A la surface, sur un parking situé non loin du château, la même musique se jouait à travers des hauts-parleurs. Un touriste irlandais, inconscient de l’horreur qui se déroulait sous ses pieds, flânait sous le soleil californien avec sa famille. En entendant la musique démarrer, il se surprit à chanter en cœur les paroles de la chanson, un bonheur inhabituel pour ce cinquantenaire. Aucun doute, il était vraiment dans l’endroit le plus joyeux du monde.

“It’s a small world after all, It's a small, small world...”

Texte de Tac

Le démon, Partie 3 : Le café

« Et c'est pour ça que le gouvernement nous cache la fuite d'Hitler en Antarctique ! »
Platisto-Galiléo, ou Simon de son vrai nom, nous inondait depuis une demi-heure d'explications complètement farfelues et délirantes sur des « vérités » concernant notre monde. Celui qui nous avait contacté en privé suite à notre topic sur le forum de paranormal que l'on fréquente avec Kévin nous avait donné rendez-vous dans l'Abattoir Café de Strasbourg, afin de discuter de mon problème de démon. Alors qu'on s'y était rendus sans en attendre grand-chose, il s'était vite avéré que ce drôle de personnage était un complotiste persuadé de détenir des vérités interdites et que le gouvernement voulait le faire taire.

Mis à part ses discours dérangés que Kévin buvait comme des vérités absolues ouvrant la voie de réflexions encore inconnues à ses yeux, il avait l'air d'être le moins dérangé des types qu'on avait croisés jusque-là. En effet, à chaque fois qu'il exposait une nouvelle théorie, il sortait du sac Eastpak qu'il avait amené avec lui une « preuve » de ce qu'il affirmait, ce qu'il fit à nouveau en nous passant une photographie montrant Hitler habillé avec un long manteau polaire dans un environnement entièrement blanc. Et alors qu'il enchaînait sur un sujet qui n'avait pas le moindre rapport avec celui qui l'avait amené ici et que le serveur s'approchait pour prendre notre commande, j'essayai de le faire revenir sur la raison principale de sa venue.
« Et concernant le démon dans ma tête, tu sais, Niarloth- »
« Non ! » me coupa Simon en frappant du poing sur la table, faisant sursauter le serveur et tomber au sol une des photos-preuves qu'il avait sortie précédemment, qui montrait un astronaute dans le désert du Nevada. « Déjà, tu le prononces mal. Et faut surtout pas l'appeler, il pourrait nous trouver. »

« Enfin un humain respectant ma grandeur ! » énonça la voix dans ma tête, avec une forme de soulagement. J'étais prêt à parier qu'il allait me demander d'en faire son grand prêtre ou une connerie du genre, comme ce fut le cas avec moi pendant les premiers jours où je l'entendais ou encore pour Kévin, après qu'ils aient eu une discussion tous les deux sur le trajet entre la Bretagne et Strasbourg, même si la majorité des phrases qu'ils s'adressaient étaient des insultes.
Simon ramassa sa photo, et nous en profitâmes pour passer commande. Alors que mon pote et moi-même prenions des Guiness comme à notre habitude, le complotiste commanda un déca recaféiné, provoquant le haussement de sourcils du serveur qui repartit en direction du comptoir.
Et alors que Simon s'apprêtait à se relancer sur un autre complot palpitant, Kévin le coupa net, demandant de manière crédule : « Mais il nous a pas déjà trouvés, s'il est dans sa tête ? », ce qui fit blêmir le complotiste, comme si une révélation venait de s'imposer à lui.
« Heu, de ce que je sais et de ce que j'ai appris de Roswell, les Autres Dieux comme lui vivent dans les contrées oniriques et ne sont donc pas forcément dans le monde de l'éveil dans leur entièreté. Mais je ne sais pas s'il n'est qu'une simple copie de conscience, ou une conscience de lui-même à part entière. »

Cette réponse mena à un silence assez froid. Non pas que les révélations qu'il apportait me tétanisaient ou me menaient à un stade de compréhension supérieur de la situation, mais la seule chose que j'avais réellement compris dans son discours était le mot « Roswell » qui me rappelait quelques lointains souvenirs d'émissions télés passant sur TMC le samedi soir. Et après quelques minutes à réfléchir au sens de ce qu'il disait, qui furent d'ailleurs coupées par le serveur nous apportant notre commande, j'ai décidé de lui répondre.
« Tu as parlé de Roswell, tu veux dire les extraterrestres qui se sont écrasés là-bas ? »
Kévin, qui venait de prendre une gorgée de bière, leva la tête, comme pour écouter la réponse qui alimenterait sa nouvelle passion. Simon, quant à lui, me regarda en fronçant les sourcils. « Y a encore des gens assez cons pour croire à ça ? Tout le monde sait que c'était un ballon-sonde, non ? »

Je n'avais jamais dévisagé quelqu'un aussi violemment de toute ma vie. Je lui ai lancé un regard tellement noir qu'il s'est étouffé avec son café en le remarquant, tandis que Kévin et Nyarlathotep faisaient preuve d'un silence mortuaire afin de ne pas m'énerver d'avantage. Et comme pour noyer le poisson, Simon enchaîna sur la réponse à ma question, en bégayant un peu: « Roswell a été le lieu de l'apparition d'un avatar de ton démon. Mais il n'était pas dans sa forme complète et il a fini par être banni de ce monde ».
« Je vois que la connaissance de ma présence a traversé les âges ! » répondit Nyarlathotep avec de l'assurance, comme fier. « Fais que cet humain inférieur soit le grand prêtre de mon culte ! »
Qu'est-ce que j'avais dit. Plus le temps passait et plus Nyarlathotep devenait prévisible et supportable, autant qu'une voix étrangère criant dans ma tête puisse l'être.
Je pris une gorgée de bière en réfléchissant à ce que j'allais répondre, mais Kévin fut plus rapide.
« S'il a déjà été banni auparavant, ça veut dire que tu sais comment faire pour qu'il s'en aille ? » demanda-t-il à Simon, des étoiles plein les yeux.
Celui-ci le regarda avec un petit sourire en coin. « Moi non » lâcha-t-il après quelques secondes, « Mais j'ai une amie médium qui saura sûrement. C'est elle qui m'a dit de vous contacter, pour voir si vous étiez vraiment possédés par le Chaos Rampant ».

Cette révélation nous surprit tous les deux, Kévin et moi. Même si ce Simon avait l'air de n'en connaître qu'un minimum sur le sujet, l'idée qu'il connaisse une personne pouvant m'aider à me débarrasser définitivement de mon problème était une perspective très envoûtante. Néanmoins, le fait que cette personne soit aussi sûrement une déglingo ne m'enchantait clairement pas : j'en avais marre des gens bizarres, et je regrettais presque de ne pas avoir écouté ma mère quand je lui avais annoncé vouloir parcourir la France avec Kévin.
Et alors que j'allais poser plus de questions au complotiste, celui-ci se mit à fouiller dans son sac; et finit par en sortir un objet carré entouré de papier d'aluminium.
« Encore une preuve sur une de tes vérités délirantes ? » lui demandai-je, encore un peu énervé par son mépris de tout à l'heure.
« Non, je vérifie juste que vous racontez pas de conneries ! » me répondit-il sans prêter attention à ma provocation.
Et alors qu'il posait le boitier sur la table, il appuya dessus, sans rien provoquer de la part de celui-ci. Il réessaya une nouvelle fois, puis deux, sans plus de succès, et finit par donner un coup de poing dessus. Cette fois, l'objet parut mieux fonctionner, car il se mit à émettre un bruit blanc qui fit sourire Simon.
« On dirait la radio de ma voiture » remarqua Kévin, qui avait suivi la scène avec le même regard qu'un enfant regardant un spectacle de magie.
« Presque ! » dit le complotiste, visiblement fier de lui-même. « C'est une radio qui change de fréquence en boucle mais qui ne reçoit pas d'ondes extérieures. »

Une spirit-box. Il avait amené une putain de spirit-box faite maison pour dialoguer avec Nyarlathotep. Il allait pas être déçu.
« HUMAIN ! » cria le démon au travers de la radio, faisant sursauter mon pote, le complotiste et le serveur qui passait par là avec un plateau rempli de boissons, lesquelles finirent au sol dans un fracas de verre et de plastique. « SOIS MON DISCIPLE, ET TU DÉCOUVRIRAS DES VÉRITÉS SUR CE MONDE QUE TU NE SOUPÇONNES MÊME PAS ! ».

Visiblement gêné par la situation, Simon répondit qu'il en savait déjà assez sur le monde et appuya sur la radio, qui ne s'éteignit pas. Cette réaction fît redoubler d'efforts Nyarlathotep, qui ne voulait pas laisser échapper sa chance d'obtenir un disciple « digne de ce nom ». Hurlant de plus belle au travers de la radio que notre ami complotiste essayait maintenant d'éteindre en la frappant, le démon se mettait à le menacer de faire de ses amis et de sa famille ses esclaves personnels s'il continuait à refuser son offre. Et comme si la situation ne se suffisait pas à elle-même, un homme arriva en direction de notre table en criant qu'il était le gérant du café et qu'il allait appeler la police si nous n'éteignions pas notre radio dans la minute qui suivait.
Dans la panique, Simon arracha le papier d'aluminium de l'objet, qui se mit instantanément à jouer de la musique puis à parler de la météo, du trafic routier sur la A1 et d'une émission sur NRJ. Et alors que le serveur et les clients des tables à côté rejoignaient le gérant pour se plaindre de la situation, le pauvre Platisto-Galiléo jeta sa radio au sol par désespoir, non pas sans entraîner dans son geste son verre de café qui déversa le restant de son contenu sur les précieuses photos servant de preuves à tout ce qu'il nous avait raconté jusqu'à maintenant.  En touchant le sol, la radio éclata, tout comme la tasse et le respect que portait Kévin au complotiste.

Alors que tout était enfin fini et que le silence revenait, nous entendîmes tous les trois le gérant du café s'adresser au serveur.
« Putain cette fois, j'appelle la police. »

Texte de Daemoniack

Six minutes


J’imagine que je devrais commencer mon histoire en disant que je n’ai pas toujours été un homme religieux. Enfin je veux dire, je ne le suis toujours pas.  Mais au moins, maintenant je sais qu’il y a plus que juste « nous ». Je ne sais rien à propos d’un quelconque Jugement Dernier ou d’un éventuel plan de Dieu mais, malgré ce que disent les athées, il y a réellement un autre monde qui nous attend après la mort.  

Je voudrais pouvoir vous dire que je suis mort avec dignité, mais ça serait un mensonge. Je suis ce que j’aime à appeler un fournisseur de besoins intimes. D’autres personnes m’appellent juste gigolo. La découverte de ma sexualité associée à quelques gros problèmes familiaux ont fait de moi un enfant brisé qui cherchait de l’attention partout où il pouvait en trouver. Tinder, Grindr, et merde, même Craigslist. Sur n’importe quelle plate-forme où un homme seul avec un peu d’argent avait la possibilité de chercher de la compagnie, vous pouviez me trouver. 19 ans n’est pas un âge facile pour être un gigolo, mais je ne pouvais pas me permettre d’être trop difficile. J’étais mignon, et l’argent me permettait de ne pas dormir dans un carton sous un pont lambda. Quoi qu’il en soit, une nuit, alors qu’un cinquantenaire et moi étions en train de nous disputer sur si, oui ou non, j’avais mérité mes 200€, tout dérailla. Il y eut des cris, des objets lancés, des coups et, avant d'avoir pu faire quoi que ce soit, je me retrouvai avec un couteau planté dans la hanche. J’étais un gigolo perdu, et saignant à mort dans le salon d’un étranger.  

Mort est un gars plutôt sympa. Dans la vingtaine, cheveux châtains, le genre de gars qui porte des costumes à cravate. Assez mignon, pour être honnête. Je ne peux pas vraiment vous dire comment j’ai réagi à ma mort. Tout a été assez vite, Mort était pressé et j’avais l’impression qu'il n’était pas le genre à attendre. J’avais juste accepté que j’étais mort, il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire.  

Mort me conduisit hors de l’appartement du cinquantenaire, où nous montâmes dans un bus banal. Il s'installa à l'avant, et démarra. Il y avait déjà quelques individus à l’intérieur. Personne de particulièrement intéressant. Je choisis une place derrière Mort lui-même.  

« Et… On va où ? », je demandai aussi naturellement qu’un homme mort pouvait le faire.  
Mort soupira et me répondit avec indifférence : « L’au-delà.  

- Cool… C’est quoi ?  
- J’sais pas. C’est pas mon job de savoir. » 

Je ne peux pas vraiment dire que sa réponse me satisfaisait, mais peu importe. De toute évidence Mort n’allait pas me dire quoi que ce soit d’utile ; alors je m’assis et attendis. Nous récupérâmes d’autres personnes. A chaque fois qu’on arrivait dans un nouvel endroit, Mort se levait, sortait du bus et revenait avec un nouveau corps. Surtout des vieilles personnes. J’étais, de loin, la personne la plus jeune ici. 

Le dernier arrêt fut dans un petit quartier pas très loin de ma ville. Une odeur de fumée envahit le bus. Il y avait une maison en feu, et on pouvait entendre des personnes crier. Mort s’arrêta en face de celle-ci, sortit du véhicule et revint avec deux enfants couverts de cendres. C’était la première fois que je ressentais quelque chose de négatif depuis ma mort. Le plus âgé des enfants était un petit garçon qui devait avoir 11 ans. Le deuxième était une fille d’environ 8 ans. J’avais des frères et sœurs qui devaient avoir leur âge avant que mon père me vire de chez moi. Ils étaient la seule chose que j’avais regrettée en changeant de vie. Je ne sais pas pourquoi, mais ils s’assirent à côté de moi. Peut-être parce que j’étais le plus jeune après eux ? Ou peut-être parce que j’étais assis à l’avant du bus ? Je ne sais toujours pas. Une fois assis, la petite fille tira sur mon t-shirt : « Où est maman ?» 

Le garçon était en pleurs. Je ne savais pas vraiment quoi dire. C’est bizarre de penser à l’âge auquel on commence à comprendre ce qu’est la mort. J’imagine que chacun apprend à un moment différent de sa vie. Pour cette famille, c’était quelque part entre 8 et 11 ans.  

« Elle ne t’a pas dit ? Elle est restée pour s’occuper de papa. Mais elle m’a dit de vous amener en vacances. Est-ce que ça te plairait ?» 

La petite fille sourit timidement et hocha de la tête. Le garçon me regarda par-dessus sa sœur. Il me fixa longtemps et intensément. Je mis mon bras autour de ses épaules, et lui souris de la façon la plus rassurante que je pouvais. Il se tourna et enfouit son visage entre ses mains.  

Nous restâmes dans le bus pendant des heures. Mort conduisait sans se fatiguer. Personne ne parlait vraiment. Quelques-uns échangeaient entre eux sur qui ils étaient quand ils étaient vivants, et comment ils étaient morts. Mais la plupart restait silencieuse. Le petit garçon s’arrêta de pleurer après que sa sœur se soit endormie. J’essayais bien de lui parler, mais il ne répondait pas. Je continuai malgré tout. Après neuf ou dix blagues pourries, j’arrivai enfin à lui arracher un gloussement, et me sentis heureux pour la première fois depuis qu’ils étaient montés dans ce bus.  

« Je m’appelle Tommy. 
- Je m’appelle Cal, ravi de te rencontrer, Tommy. » 
Le garçon sourit. 
« Dis-moi Tommy, qui est ton amie ? », dis-je en lui montrant la petite fille entre nous deux. 
« C’est ma sœur, Sarah. 
- Je suis enchanté de vous rencontrer tous les deux. Tu sais, tu es vraiment très courageux. Tu l’es beaucoup plus que moi à ton âge. » 

Tommy sourit et nous parlâmes encore un peu. Il finit par s’endormir, comme sa sœur. Je restai éveillé, n'arrivant pas à m'assoupir de la même façon. Le bus roulait depuis plusieurs heures mais je ne me sentais pas du tout fatigué. Dehors, le désert s’étendait à l’horizon. Il n’y avait plus eu de signes de civilisation depuis un moment, lorsque j'aperçus une figure noire au loin. En se rapprochant, on put distinguer une maison.  

Elle n’avait qu’un étage, et était en briques et plâtre. On aurait dit que quelqu’un avait pris une maison au hasard et l’avait balancée là, au milieu de nulle part. Elle détonnait dans le désert et, bien évidemment, Mort n’en avait rien à faire.


On s’arrêta en face de la bâtisse. Mort se leva et sortit un carnet de la poche intérieure de son manteau. Il le regarda et dit d’une voix monotone : « Premier arrêt, Thomas Gables. Sarah Gables. Théodore Witchem. Debout et sortez. » 

Les enfants se levèrent en entendant leur prénom et regardèrent autour d’eux, confus. Je les serrai contre moi, inquiet de ne pas avoir entendu mon prénom et à l’idée de devoir abandonner les seules personnes dont je me souciais dans ce nouveau monde. Je regardai autour de moi et vit un homme, Théodore, j’imagine, debout, se dirigeant vers l’avant du bus. Il grommelait quelque chose. Mort s’impatienta et se dirigea vers lui. Il l’attrapa par la manche et le traîna vers la porte pour le jeter dehors. Théodore paniqua et commença à crier qu’il ne pouvait pas aller dehors, que ça n’arriverait pas. Je pouvais sentir Sarah s’agripper à moi et enfoncer sa tête dans mon t-shirt. Elle savait que ce n’était pas des vacances. Elle savait que quelque chose n’allait pas.  

Quand Théodore réalisa que Mort ne le laisserait plus monter dans le bus, il regarda la maison, marmonna quelque chose et commença à marcher dans la direction par laquelle le bus était arrivé. Mort, satisfait d’avoir accompli son travail, regarda dans le bus et scruta les passagers jusqu’à ce que son regard s’arrête sur les enfants à côté de moi. Tommy prit ma main et la serra aussi fort qu’il put.

« C’est l’heure de sortir du bus », dit Mort.  

Les enfants frémirent mais restèrent sur leur siège. Mort s’approcha doucement pour attraper Tommy.  

« Attendez. » 

Je me levai en trébuchant, puis me mis entre Mort et les enfants : « Je vais avec eux. » 

Mort fronça les sourcils : « Mais ce n’est pas votre arrêt.
- Je m’en fous.  
- Ok, soupira Mort, faites ce que vous voulez. Sortez-les juste de mon bus », dit-il en faisant signe aux enfants.  

Je me retournai et m’agenouillai : « Bon les enfants, c’est notre arrêt ». Sarah mit ses bras autour de mon cou et Tommy prit ma main, puis nous sortîmes. Une fois dehors, le bus redémarra et partit dans un nuage de poussière. Je regardai dans la direction où nous étions arrivés et m’aperçus que Théodore n’était plus visible. 

La maison me paraissait familière. D’une certaine façon, elle ressemblait à la maison dans laquelle j’avais grandi. Nous marchâmes vers la porte et toquâmes.  

J’imaginais le pire. Je m’attendais à des démons et à des chaînes depuis que j’étais monté dans le bus. Alors, imaginez ma surprise quand je vis que la personne qui ouvrit la porte était l’homme le plus beau que je n'eus jamais vu. Dans la fin de la vingtaine, des cheveux blonds légèrement ébouriffés avec un air très décontracté :
« Oh cool ! Je me demandais à quel moment de nouvelles personnes arriveraient à la maison. Je m’appelle Éric, entrez ! »   
Éric nous expliqua que la maison était une sorte de salle d’attente géante. On attendait ici, jusqu’à ce que quelqu’un vienne nous chercher. Tout le monde finissait par partir. Il ne savait pas quand ça arrivait et ce qui passait après. Il savait juste que ça arrivait.  

La maison était extraordinaire. Tout ce que vous aviez toujours voulu était là. La cuisine était toujours approvisionnée de nourriture et de bonbons. Les chambres étaient remplies avec tous les jeux auxquels j’avais toujours rêvé de jouer, sans jamais pouvoir le faire. Le salon était rempli de tous les meilleurs films ayant été créés. Ça rendait la vie ici agréable. Bien sûr, il était difficile de se rendre compte du temps qui passait. Il n’y avait qu’une seule horloge dans toute la maison et elle était dans le salon. C’était une horloge numérique avec une numérotation bleue. Je déteste devoir l’admettre, mais j’étais obsédé par cette horloge. Elle avait un pouvoir hypnotique qui semblait n’envoûter que moi. Je ne pouvais jamais m’arrêter de la regarder.  

Nous passâmes les premiers jours à parler et à apprendre à nous connaître. Nous échangions sur qui nous étions lorsque nous étions encore vivants. Bien sûr, je cachais certains aspects de ma vie afin de ne pas brusquer les enfants, mais à Éric je ne cachais rien. Les jours devinrent des semaines que nous remplissions avec des films et des jeux. Des compétitions et des fêtes. Les semaines devinrent des mois. Nous commencions à nous attacher les uns aux autres. J’avais l’impression d’être plus attaché à ces personnes que je ne l’avais jamais été avec qui que ce soit d’autre avant. Les enfants riaient et souriaient, et j’étais heureux. Les mois devinrent des années, et nous commençâmes à nous user. Nous ne vieillissions pas. Nous restions comme nous étions le jour où nous étions morts, mais sans nos blessures. Malgré tout, nous nous disputions de temps en temps sur la façon dont le monde que nous connaissions était dirigé et sur nos opinions. Même si ce n’était plus réellement important, tout compte fait. Honnêtement, j’appréciais quand même ça. C’était comme si nous étions réellement une famille. Les années devinrent des décennies, et nous commençâmes à nous fatiguer. C’était plus dur pour Éric. Il était dans la maison depuis bien plus longtemps que nous. Il commençait à dire que personne ne viendrait jamais le chercher. Il s’enfonçait dans sa déprime et je ne pouvais rien faire pour le réconforter.  

48 ans avaient passés depuis le jour où les enfants et moi étions arrivés, quand Éric nous réunit tous dans le salon. Il ne nous avait jamais dit ce qu’il prévoyait, et il ne nous en avait jamais averti. Il l’avait juste fait. Je ne sais pas comment le feu avait démarré, je savais seulement qu’Éric l’avait allumé. Les flammes allaient plus vite que je ne pouvais courir. Le brasier traversa le sol et toucha nos pieds. J’entendis les cris autour de moi avant même de sentir la chaleur parvenir jusqu’à mon corps.  

Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais j'avais l'impression que ça n'allait jamais s'arrêter. Peut-être parce que nous étions déjà morts, mais ça ne rendait pas la chose plus facile. Finalement, le feu cessa de me brûler et la chaleur fut remplacée par un froid qui me paralysa. Vous pourriez penser que j’étais chanceux, mais vous n’aviez pas à entendre les autres crier. C’était le pire. Je ne savais plus depuis combien de temps nous étions là, jusqu’à ce que je remarque à nouveau l’horloge. Comment j’avais pu la louper ? Avec ses chiffres bleus vifs contre le rouge flamboyant, elle sautait aux yeux. Je ne pouvais pas détacher mon regard d’elle. Je la regardais et je comptais les minutes passées à entendre ma famille brûler.
Les minutes devinrent des heures. Les heures devinrent des jours. Les jours devinrent des semaines. Les semaines devinrent des mois. Les mois devinrent des années. Je m’arrêtai de compter après 60. Je ne me souviens plus quand je devins fou. Sans doute quand je commençai à m’excuser pour ce que je ne pouvais pas faire. Je peux dire que ça n'a plus jamais été facile, après ça.  

On m’a dit que je m’étais réveillé dans l’hôpital en criant. Que le personnel m’avait mis sous sédatifs et dans un coma artificiel avant de me réveiller. On m’a dit que j’étais chanceux car les voisins avaient appelé la police en entendant les cris de l’appartement d’à côté. On m’a dit que si l’ambulance n’était pas arrivée à temps, je serai mort. On m’a dit que j’étais mort pendant 6 minutes. Et je peux vous dire que 6 minutes, c’est une éternité en Enfer. 





Traduction : Piaandy

Source

Lettre de Samuel à sa mère


Temps approximatif de lecture : 3 minutes. 

Normandie, 5 Juin 1944.

Ma chère mère,

Voilà 6 mois que nous restons cachés dans cet endroit, cette cave. La famille qui nous héberge est composée de braves gens, ils prennent énormément de risques pour nous. Je n'ose même pas imaginer ce que les nazis leur feraient s'ils découvraient qu'ils nous ont aidés...
Que deviendrait la petite Sophie, qui nous apporte chaque jour à manger, avec un grand sourire sur le visage?
"Vous sortirez bientôt, c'est promis !". 
C'est ce qu'elle nous disait, tous les jours... Mais le temps passe, et nous sommes toujours cachés dans cette pièce sombre et humide, avec une radio comme seul divertissement. C'est mieux que rien, cela dit. 

Apostasie

Le front oint d'un sang exhalant la félonie,
Les infidèles soufflent blasphèmes et calomnies.
De leur sinistre procession, le jour ri,
Ignorant des travers que leur offre la nuit.

Là, leurs psalmodies séduisent, endorment ou bénissent ;
Et les mains des pèlerins, en hâte, s'en saisissent.
Ainsi se creusent les stigmates de la déraison,
Au cœur de leurs paumes, noircies par l'affliction.

Les voilà qui s'en vont, parjurant, abjurant,
Au nom de leur foi impie, et qui céans,
Ronge leurs pieds contrits sur les pavés brûlants.

Au bout du sombre chemin, un soleil déclinant,
Dont les larmes dorées tombent à terre, et sifflant;
Sonne le glas de l'attrition pour les mécréants.

Le démon, Partie 2 : Le covoiturage

« Est-ce que tu m'entends, humain ? »
 
Cette voix commençait à sacrément m'énerver. J'avais juste envie de me reposer pendant le trajet en direction de Strasbourg, surtout en sachant que je devais prendre le relais après Paris. Mais ce truc en avait rien à faire de ce que je voulais, il continuait d'essayer de me parler et m'empêchait carrément de dormir à certains moments. 
 
« Mais ferme ta gueule ! m'écriai-je avec énervement, faisant sursauter Kévin à côté de moi.

– Mais j'ai rien dit bordel, me répondit-il justement, et arrête d'être aussi violent avec moi. T'es comme ça depuis plusieurs jours, et tu sais bien que j'aime pas ça. »
 
Je tournai la tête en direction de mon pote, qui conduisait depuis Pleyben et qui continuait de regarder la route, tout en me parlant. On venait de dépasser le Mans et on s'était engagés sur l'A11, toujours avec notre Saxo bleue qui nous suivait depuis plusieurs années déjà. J'étais presque surpris qu'il réagisse à mon injonction, vu qu'on ne se parlait plus beaucoup depuis ce qu'il m’avait dit après cette nuit dans le bois. Mais j'ai préféré ne rien laisser paraître et regarder par la fenêtre passager en soupirant.

« Ce n'est pas une façon de s'adresser à un être supérieur, me répondit la voix un peu tardivement, non sans un ton encore plus sévère que les autres fois. Tu n'es qu'un réceptacle à ma grandeur, tu devrais m'obéir ! »
 
Bordel. Ce qu'il était lourd à me répéter ce genre de choses en permanence. Et, tu es mon enveloppe charnelle par-ci, et tu es mon élu par-là, et tu devrais créer un culte, et tu ne devrais pas dormir maintenant, et tu devrais m'écouter... On voit que ce truc n’a pas connu ma mère. Au moins elle, elle savait être plus persuasive, et je sais de quoi je parle. Lui me rappelait un peu mes professeurs de collège et de lycée, qui pensaient pouvoir me faire participer à leurs cours. Ah, la belle époque où j'avais rencontré mes potes et où on s'était penchés sur le paranormal...
 
« Bon, on va en parler ou pas ? », demanda Kévin, le regard toujours fixé sur la route. 
 
Je tournai la tête presque instantanément : 
 
« Et tu veux que je te dise quoi, putain ? Il y a six jours, on a tenté d'invoquer une saloperie avec une sorte de descendante de druide low-cost, ça a marché, elle est morte, et j'ai un putain de démon dans ma tête depuis. Mais, dès que je t'en parle, tu me sors d'aller consulter. Tu veux que je te dise quoi de plus ? Que je déconne et que j'ai juste envie de t'emmerder ? »
 
Un léger silence s'installa juste après cette phrase. Même ledit démon avait cessé de parler, pour une fois. Bon, oui, j'étais énervé, et non, je n’avais pas besoin de lui reprocher son comportement. On avait été à l'hôpital après cet incident, et il s'était avéré que j'avais une belle commotion suite à mon évanouissement. J'étais tombé comme une masse sur une pierre, donc c'était tout à fait normal que Kévin s'inquiète de ma santé. Surtout si j'entendais une voix dans ma tête. Mais je savais que cette voix n’était pas liée à ma blessure. Elle me parlait de trucs que je ne connaissais pas et me racontait la vie des gens que je croisais dans la rue. C’était quand même un peu plus qu'un problème psychique.

« Alors, si je peux me permettre, je ne suis pas un simple démon inférieur. Je suis Nyarlathothep, le Chaos Rampant, l'Âme, le Coeur et le Messager des Autres Dieux, l'Entité aux 1000 Avatars, le Phara...
 
– Oh toi, tu serais Mimi la petite souris, j'en aurais tout autant rien à foutre de ce que tu me dis ! répondis-je avec lassitude.
 
– Bon, admettons, soupira Kévin. Dans ce cas, si tu as un démon qui te parle, il doit avoir des pouvoirs ou un truc du genre qui pourrait lui permettre de prouver qu'il est là, non ? Allez, dis-moi un truc sur moi. N'importe quoi. »
 
Ah bah. C'est pas comme si on se connaissait depuis douze ans avec Kévin, et même en admettant que ce Nyarlathotep réponde, il faudrait que je sache quelle information je ne connaissais pas déjà. J'étais pas rendu. Et puis, c'est pas comme si on avait déjà tout partagé l'un sur l'autre, j'étais même présent lors de sa première fois. Bon, lui ne s'en souvient pas tant il était torché.
 
Kévin me regarda du coin de l’œil, comme s'il me comprenait dans mon silence et enchaîna : « Tiens, combien j'ai de doigts là ? », en mettant sa main gauche dans son dos.
 
« Humain, je n'ai pas à prouver ma toute-puissance à d'autres personnes que toi. Je ne m'abaisserai pas à ce jeu idiot », répondit Nyarlathotep avec arrogance. 
 
Et merde.
 
« Mon pouvoir est incommensurable, cède à mes requêtes et il pourrait être tien. Obéis-moi, hum...»
– Non. Là, je te demande de répondre à la question de mon pote. Si t'y réponds pas, je vais m'énerver. »
 
Non mais il se prenait pour qui là, ce démon de mes deux ? C'était quand même encore moi qui faisait la loi dans ma tête !
 
« Je ne répondrai pas, tu n'as aucun pouvoir sur moi, répondit Nyarlathotep.
 
– Non mais t'es sérieux, là ? Tu me dis que t'es un dieu et là tu réponds même pas à une question aussi simple ? Mais comment veux-tu que qui que ce soit te prenne au sérieux, Niarlotathep ? » 
 
Kévin, qui suivait le dialogue à moitié, commença à rigoler. Et pendant qu'il riait et que la voix dans ma tête continuait à faire sa tête de con, il répondit : 
 
« Mais il est pas capable de voir que j'ai trois doigts, ton pote ?
 
– AH NON ! IL EN AVAIT QUATRE ! », hurla Nyarlathotep en réponse, toujours dans ma tête.
 
Oh, j'étais clairement pas rendu. Combien de kilomètres avant Paris ? Quatre-vingts ? C'était trop long... On devait même aller acheter de l'essence, vu qu'on avait perdu notre bidon récemment. Franchement, cette histoire commençait à me désespérer à un point rarement atteint dans mon existence.
 
« Alors, si tu continues à hurler, je vais me mettre à chanter. Et crois-moi, le démon, tu viens peut-être des Enfers, mais moi je connais des tortures que tu n’as jamais expérimentées ! » 
 
Et alors que je pensais avoir la paix, celui-ci me nargua d'un : 
 
« Mon statut m'empêche de ressentir la souffrance, ALORS CHÂTIE CE BLASPHÉMATEUR.
 
– Alors, comme ça, il te crie dessus ? Ou c'est juste une excuse pour éviter de me répondre ? », dit Kévin, avec un peu d'énervement.
 
Sérieusement, ils voulaient la guerre ? Ils allaient l'avoir. Putain, faut pas m'énerver comme ça.
 
« We're no strangers to love... You know the rules and so do I... A full commitment's what’s I'm thinking of... You wouldn't get this from any other guy... »

Un silence s'était installé pendant que je débutais la chanson maudite. Et, alors que j'allais entamer les paroles fatidiques, Kévin me coupa :
 
« D'accord, d'accord, j'ai compris. Tu veux pas un peu de vraie musique plutôt ? »
 
Tandis que je hochais la tête avec un large sourire, et que la voix dans ma tête continuait de rester silencieuse, mon pote tourna le bouton de fréquence de la radio pour l’allumer. Et, après plusieurs minutes d'essais infructueux, celui-ci se souvint avoir abîmé son antenne en tentant de la changer quelques mois auparavant. Par dépit, il stoppa sa recherche sur un bruit blanc assez insupportable.
 
« Et donc, il voyait pas que j'avais trois doigts ?, reprit-il de plus belle.
 
– CET HÉRÉTIQUE CONTINUE DE MENTIR ! », hurla de nouveau Nyarlathotep. 
Néanmoins cette fois, quelque chose était différent. La voix paraissait moins nette, comme si quelque chose la brouillait. J'étais en train de réfléchir à ce qui pouvait provoquer cette impression, quand je remarquai que Kévin n'avait plus les yeux fixés sur la route comme depuis le début du trajet, mais qu'il me regardait avec de grands yeux, le teint un peu livide. Et alors que la voiture commençait à sortir de la route, réveillant le pilote de sa torpeur, je compris d'où venait le malaise.

Cette fois, il avait parlé depuis la radio. 

Texte de Daemoniack

Apocalypse, chapitre 7 : Luxure

Chapitres précédents :



***

Je n'avais encore jamais visité l'Italie. J'aurais bien voulu le faire avant tout cela, avant que l'Apocalypse ne menace de l'anéantir avec le reste du monde. Enfin, sauf si j'arrivais à empêcher que cela ne se produise... 
Que JE l’empêche. Cette phrase sonnait faux dans ma tête. Je n'étais qu'un simple étudiant, qui n'avait jamais rien eu de spécial. Comment en étais-je arrivé là ? Ou, du moins, pourquoi avais-je été entraîné là-dedans ? 
J'allais enfin avoir mes réponses, car je pouvais voir que j'arrivais déjà à ma destination : le Vatican. J'avais tout un tas de questions à poser à mes "employeurs", et j'étais bien décidé à leur tirer les vers du nez. Il fallait également que je retrouve le professeur. Après tout, cela faisait pas mal de temps qu'il était retenu au siège de l’Église, m'obligeant même à me rendre seul à Jérusalem.
Une fois arrivé, les agents m'ont amené dans un hôtel, non loin de la Basilique Saint-Pierre. Ils m'ont fait monter au 4ème étage, puis m'ont conduit dans la plus grande suite de l'hôtel, m'indiquant que le Chef voulait me parler. Je me demandais bien à quoi il pouvait ressembler, ce fameux "Chef". Je l'imaginais déjà être un vieux pète-sec en costard. Mais je me trompais lourdement, car, en ouvrant la porte de la suite, j'ai pu découvrir le chef des opérations du Vatican.

Assis dans une sorte de trône, il portait une soutane blanche, ainsi qu'une calotte de même couleur sur la tête. Cela ne pouvait être que lui : Le Pape. Il était accompagné par deux hommes, qui m'ont semblé être des évêques. De ce que je savais, cela ne faisait que quelques mois que cet homme avait été nommé Pape, et il s'agissait alors du plus jeune à avoir jamais été élu.

"Approche-toi, mon fils." m'a-t-il dit, en me faisant signe de la main.
"Tu dois te poser énormément de questions, j'imagine. Mais sache que si tu es ici aujourd'hui, c'est que c'est la volonté de Dieu. Tu as accompli un travail formidable en compagnie du professeur, et je suis sûr que tu parviendras à sauver le monde.
- Votre Sainteté... Je ne pense pas être capable de faire ça... Après tout, je ne suis qu'un-
- Tu es ce que tu es. Que tu ne sois qu'un simple étudiant importe peu... Tu es bien plus que cela. Tu es celui qui a sauvé de nombreuses vies, comme à Jérusalem, et nous te sommes infiniment reconnaissants pour ça."

Je peinais à cacher ma satisfaction. Ce n'était pas tous les jours que le Pape lui-même te jetait des fleurs. Mais une question me démangeait.

 "Dites, pourquoi nous rencontrons-nous dans cet hôtel ? Il existe une myriade de lieux mieux adaptés à votre statut. Pourquoi pas au palais du Vatican, ou bien dans la Basilique ?"

Depuis mon entrée dans la pièce, je pouvais voir que l'un des deux hommes qui encadraient le Pape me fixait. Je n'aurais su dire pourquoi, mais il semblait éprouver de la rancœur envers moi. Lorsque j'ai posé ma question, il est sorti de son silence :

"La Basilique ne convient pas à une engeance telle que toi !"

Comment ça, une engeance ? Certes, je n'étais pas pieux, mais je n'étais pas non plus mauvais. Je l'ai regardé pendant quelques instants, interloqué, jusqu'à ce que le Pape lui demande de se calmer.

"Ce que Monseigneur Arnaud voulait dire, c'est que personne ne peut se rendre à la Basilique pour le moment... Elle a malheureusement été envahie par le Malin.
- Le Malin ? Comment ça ?
- Et bien, le péché l'a complètement consumée. Elle est en proie à de terribles vices...
- Le péché ? Vous voulez dire qu'une relique s'y trouve ?
- Et bien, oui. Je pense que tu le sais déjà, mais plusieurs groupes avaient été formés pour retrouver les reliques des péchés. Avec un taux de réussite variable, à vrai dire, car à part toi et le professeur, une seule équipe est revenue avec l'une de ces reliques. Les autres sont tous morts. Que Dieu les garde auprès de lui.
- Et ensuite ?
- Au moment de ramener la relique pour la mettre dans l'Arche, qui venait juste de rentrer de Grèce, ils ont été attaqués. La relique a été volée, et on leur a retiré leur anneaux en bois d'Arche, qui sont donc immédiatement tombés en poussière. Ensuite, la relique a vraisemblablement été amenée dans la Basilique.
- Et... de quelle relique s'agit-il ? 
- Mon fils, il s'agit du Graal. La coupe qui a recueilli le sang du Christ lors de sa crucifixion. 
- Le Graal ? Je croyais que ce n'était qu'une légende. J'ai lu tellement d'histoires à son propos. Les légendes arthuriennes, principalement.
- Il existe bel et bien, et n'a d'ailleurs pas été trouvé très loin du Vatican : en Italie. Dans le Puteum Aureo, à Aquileia. Dire qu'il était si proche de nous, durant tout ce temps...
- C'est incroyable, en effet. Mais pour le moment, ce qui importe, c'est qu'il soit une relique du péché. Et de quel péché, au juste ? La paresse, ou bien...
- La luxure, oui. C'est bien cette dernière qui a envahi la basilique. Ce qui se passe à l’intérieur est une aberration qui souille ce lieu sacré. Nous avons besoin de toi, Edgar. Tu es notre dernier espoir. Tu dois aller sur place et récupérer cette relique. Elle doit être placée dans l'Arche, sinon, son influence ne fera que grandir, et elle pourra bientôt se répandre sur le monde.
- Comment cela ? Je pensais que l'influence des reliques était locale."
L'autre personne qui accompagnait le Pape a alors pris la parole.
"Je vais t’expliquer. Cela dépend des reliques, mais nous avons remarqué que leur influence grandissait au fur et à mesure que des personnes étaient exposées. C'est une sorte de maladie contagieuse. Plus il y a de personnes qui entreront en contact avec ces reliques, plus elles en contamineront d'autres, et ce jusqu'à ce que la relique en question soit placée dans l'Arche.
- Ah ! En effet, je me demandais aussi pourquoi la relique de l’Orgueil, en Grèce, et celle de la gourmandise, en Chine, n'avaient pas touché énormément de personnes, par rapport à celles de la Défense et d’Afghanistan. Leur caractère isolé a dû aider à limiter la propagation. Mais par contre, Il y a énormément de monde qui circule à Jérusalem, et ici même au Vatican, les effets des reliques auraient dû se propager plus rapidement, non ?
- Tu es très observateur. Nous n'en sommes pas sûrs, mais il semble que les reliques doivent être "activées" par quelque chose. Peut-être que le simple fait de les toucher suffit ? Quoi qu'il en soit, tes actes à Jérusalem ont permis d’endiguer cette "épidémie" avant qu'elle ne commence. Et ici, nous pensons que le fait que la relique soit dans un lieu aussi sacré que la Basilique Saint-Pierre limite un peu les pouvoirs de celle-ci. Mais malgré tout, il faut se hâter de la récupérer, le temps presse."

A ces mots, les agents du Vatican ont ouvert la porte, comme pour m'inviter à sortir. Mais j'avais une dernière question pour le Pape.

"Attendez, avant que je ne parte, pouvez-vous répondre à une dernière question ?
- Oui, mon fils ?
- Pourquoi moi ?"

Le Pape a mis quelques secondes avant de me répondre.

"Tu es le dernier à avoir un anneau. Tu es donc le seul à pouvoir résister aux effets de la relique. Maintenant, va. Que Dieu t’accompagne dans ta mission"

Je sentais qu'il était nerveux en me répondant, il avait expédié la question.
Il mentait, j'en étais sûr. Mais pour le moment, il fallait que je me rende à la Basilique, et que je récupère cette relique. L'avenir du monde passait bien avant mes doutes. 
Mais ce n'était qu'une fois sorti de la suite que j'ai réalisé que quelque chose n'allait pas. Alors que la porte se refermait, je me suis retourné une dernière fois :

"Le dernier anneau ? Attendez, qu'en est-il du professeur ?"

Cependant, le battant s'était déjà refermé, et les agents du Vatican ne semblaient pas enclins à vouloir l'ouvrir de nouveau. Il fallait donc que je me fasse à l'idée que la recherche du professeur devrait dorénavant être une autre de mes tâches.
Il ne m'a fallu que quelques minutes pour rejoindre la Basilique. Elle était immense, et magnifique. C'était l'un des endroits que je comptais visiter un jour, mais encore une fois, pas dans de telles circonstances.
La grande porte de l'édifice était fermée, mais ne semblait pas gardée. J'avais d'abord décidé d'emprunter cette entrée, mais si le péché avait envahi les lieux, je risquais de me faire prendre très vite. Mon anneau me protégeait de l'influence des reliques, mais pas des personnes qui y sont exposées directement. Il me fallait trouver une issue de secours.
En contournant la Basilique, je me suis souvenu de toutes ces fois ou j'avais voulu pénétrer dans un lieu saint durant mes périples récents. Je n'avais jamais pu y accéder, pour une raison ou une autre. Je ne pouvais pas décrire ce sentiment, mais c'était comme si une force supérieure m'interdisait de séjour dans ce genre de lieux, et qu'elle envoyait quelqu'un m’empêcher d'y accéder. Que ce soit les agents du Vatican, le professeur, ou autre.
Mais étrangement, ici, je ne ressentais rien de tout ça. La voie était ouverte.
Alors que je passais en revue les différents moyens d'entrer, j'ai fini par trouver une petite porte sur le côté de la basilique, qui était, par chance, ouverte.
Une fois à l'intérieur, je n'en ai pas cru mes yeux. C'était une gigantesque orgie.
Des centaines... non, des milliers de personnes forniquaient à l'intérieur de l'église. Certains le faisaient à même le sol, d'autres sur les bancs. Il y en avait même qui se servaient des statues pour leurs ébats.
Certaines personnes étaient saucissonnées sur le sol, et se faisaient fouetter par un ou plusieurs individus vêtus de latex, en poussant des cris de plaisir.
Mais le plus remarquable, c'était que toutes les sexualités étaient présentes. Bien sûr, il y avait des hommes avec des femmes, des hommes avec des hommes, des femmes avec des femmes, mais aussi des vieux avec des jeunes, et l'inverse. Des groupes avec une seule femme, ou le contraire. Oui, il y avait toutes sortes de sexualités. Cependant, si seulement cela s'était arrêté là... En plus des sexualités dites plus « conventionnelles » que je viens de décrire, venaient s'ajouter les pires vices qu'il m'ait été donné de voir.
La nécrophilie. Des hommes avaient tué une femme et s’acharnaient sur son cadavre.
La pédophilie. Certains hommes avaient enchaîné des enfants dans un coin, et, Dieu merci, ils ne semblaient pas avoir été mêlé à ça pour le moment. Mais au vu du nombre de personnes qui se masturbaient en les regardant comme des bouts de viande, cela ne semblait être qu'une question de temps.
La zoophilie. Des centaines d'animaux maltraités, violés. Un homme avait enfilé un serpent gigotant presque entièrement dans son orifice. Une femme semblait mal en point après avoir eu affaire à un poney. Des chiens. Des chats. Et même des animaux aquatiques.
J'ai aussi pu apercevoir des gens qui s'étaient scarifiés, ou bien même fait retirer les yeux de leur orbites, pour qu'un autre vienne combler le trou par... autre chose.
Quel spectacle affreux. Je faisais de mon mieux pour garder mon petit déjeuner à l'intérieur. Je n'avais pas le temps d'être impressionné par ce spectacle, il fallait que je trouve la relique et que je m’éclipse avec, avant que ces enfants ne soient jetés en pâture aux personnes sous l'influence de la relique. Il fallait agir vite.
Alors que je faisais de mon mieux pour rester discret tout en faisant mes recherches, une voix familière s'est faite entendre, émanant de la sacristie. Discrètement, je m'y suis rendu, faisant de mon mieux pour passer inaperçu.
A l'intérieur de celle-ci se trouvait le professeur, pieds et poings liés. Il semblait avoir été battu, au vu des marques sur son visage. A côté de lui se tenait un homme. Un prêtre. Un homme que je connaissais, et que je n'avais pas revu depuis les événements qui s'étaient déroulés en France : le Père Jean. Il parlait au professeur.

"Mon vieil ami, pourquoi ne veux-tu pas comprendre... Toi aussi, tu as été témoin de tous ces blasphèmes. Toi aussi, tu as été témoin des puissances maléfiques à l’œuvre. Tu as, comme Saint Thomas, mis tes doigts à travers les stigmates du Christ : tu as vu pour croire.Alors, pourquoi insistes-tu à ne pas vouloir me suivre ? Nous allons sauver le plus de gens possible de l'Enfer qui les attend. 
- Tu es complètement fou, Jean. Regarde l'état de la Basilique. Regarde ce que ces gens font dans cette église. Dans ce lieu sacré. En quoi est-ce différent des autres fois ? Cet endroit est corrompu... tout comme toi."

A ces mots, le visage du Père Jean est devenu rouge, et il a giflé le professeur, faisant couler un filet de sang du coin de ses lèvres.

"Silence ! Tu es corrompu, pas moi. Cela fait plusieurs jours que je t'ai retiré ta bague, et, pourtant, tu n'es pas tombé sous l'influence de la relique de la Luxure. C'est la preuve que tu es du côté du Malin, comme ton petit protégé.
- Edgar n'a rien à voir avec tout ça. Il n'a jamais demandé à être mêlé à ces histoires...
- Cette engeance du Diable doit être purifiée par le feu. J'aurais dû le faire quand j'en avais l'occasion. Maintenant, qui sait ou il peut bien se trouver..."

J'ai réprimé un sourire. S'il savait que j'étais seulement à 3 mètres de lui... Il fallait à tout prix que je trouve un moyen de libérer le professeur. Il pourra ensuite m'aider dans ma quête de la relique. J'ai inspecté des yeux la sacristie, dans l’espoir de trouver quelque chose pour assommer le père Jean par derrière. Il y avait bien des objets contondants dans la pièce, mais ils étaient trop loin de moi. J'allais forcément entrer dans le champ de vision du prêtre, si je me risquais à aller les chercher. Non, il me fallait quelque chose de plus proche. 
En me retournant, j'ai trouvé ce qu'il me fallait. Un gigantesque godemichet noir. Idéal pour assommer quelqu'un. Mais au dernier moment, j'ai remarqué que l'objet était déjà dans la main de quelqu'un, et semblait s'approcher dangereusement. J'ai à peine eu le temps de me demander comment une chose pareille pouvait rentrer dans un orifice, quel qu'il soit, que j'étais déjà parti rejoindre les bras de Morphée, frappé par  ce sex-toy disproportionné.

En me réveillant, j'étais ligoté à une chaise, devant l'autel, avec une vue sans pareille sur les milliers de personnes en train de forniquer.
A côté de moi, le professeur. Dans la même position. On était vraiment dans de beaux draps.
Le Père Jean se tenait devant moi, une sorte de calice à la main.

"Et bien, et bien... il semble que tu sois réveillé. Et dire qu'il y a quelques minutes à peine, je me demandais encore où tu pouvais être caché. Dieu semble avoir écouté mes prières. Loué soit son nom.
- Dieu n'a que faire de toi. Tu as parjuré sa foi. Tu n'es plus qu'un suppôt de Satan et tu ne t'en rends même pas compte" a répondu le professeur, en regardant son ancien ami droit dans les yeux.

Le Père Jean a répondu à ces accusations d'une nouvelle gifle, bien plus violente que la première, faisant taire le professeur.

"Ne l'écoute pas, mon jeune ami. Je serai celui qui sauvera notre terre, avec l'aide de Dieu. J'ai enfin dans mes mains l'instrument qui me permettra d’asseoir la volonté du Seigneur sur toute la planète et, ainsi, de la sauver."

Le prêtre a alors brandi le calice devant lui.

"Ceci est la coupe qui recueilli le sang du christ pendant sa crucifixion. La coupe sacrée... Le...
- Le Graal, oui, je suis au courant. Inutile de vouloir m'impressionner. C'est donc vous qui avez volé la relique dans l'Arche... Mais pourquoi celle-ci, et pas une autre ?
- Cela ne m'étonne pas que tu ne sois pas au courant. Le Vatican te cache bien des choses, mon garçon. Tu vois, au début, je voulais te brûler vif. Mais, finalement, je pense te laisser une chance. Rejoins-moi, et aide-moi à accomplir les desseins de Dieu. Avec ton aide et celle du Graal, je pourrai lever une armée et partir en guerre... ou plutôt, en croisade. L'islam, le bouddhisme, ou toutes ces croyances impures... Je les éradiquerai de la surface de la Terre, et notre Tout-Puissant sera enfin l'unique Dieu loué par le monde. Et, à ce moment-là, il cessera de punir l'humanité pour ses péchés. Il n'y aura plus de Déluge. Plus de Fléaux. La terre aura fait pénitence, et sera pardonnée. Alors, viens, rejoins-moi dans Sa Lumière. Je ne suis pas comme ce Vatican et ce Pape corrompu, je te dirai tout à ton sujet. Tu es spécial, Edgar."

Et c'était reparti. Encore une fois, on me disait que j'étais « spécial ».
Je n'avais jamais rien eu de spécial. Avant qu'on ne m'embarque dans cette aventure, j'étais un étudiant tout ce qu'il y a de plus banal. J'allais en cours, je rentrais, je m'endormais devant Netflix. Ma vie était simple. Qu'est ce qu'il y avait de spécial là-dedans ? Une pensée m'a alors traversé l'esprit. Et si, pour avoir les réponses, j'acceptais l'offre du Père Jean ?
D'un côté, je voulais vraiment savoir ce que j'avais de si spécial. Mais de l'autre, partir en croisade ne m'enchantait pas des masses. Et, surtout, ce prêtre était un sacré enfoiré.

"Je refuse de faire équipe avec vous. Regardez ce que vous avez fait de cet endroit. Regardez ce que vous avez fait du professeur. Il a raison : Vous êtes pourri jusqu'à la moelle. Et puis, voyez un peu vos "fidèles". Comment comptez-vous partir en croisade avec des personnes ne pensant qu'au sexe ? Soyons sérieux."

Je m'attendais à une gifle aussi violente que celle infligée au professeur, mais il n'en a été rien. Le Père Jean a sourit.

"Je m'attendais à cette réponse. Mais comme je te l'ai dit, tu ne sais pas tout à propos des reliques. Tu vois, chacune d'entre elles peut être utilisée de différentes manières. Il faut juste ne pas être soumis à leur influence. J'ai toujours mon anneau, vois-tu. Ces anneaux sont très précieux, et le Pape croyait encore à ma soi-disant rédemption. C'est ce qui causera sa perte.
- Vous savez comme moi que ces anneaux ne vous protègent pas éternellement. Vous aussi, vous finirez au milieu de ces gens qui forniquent au moment même ou nous parlons. Et je connais quelqu'un qui serait ravi de vous mettre ou je pense l'objet qu'on a utilisé pour m’assommer.
- Je ne le sais que trop bien. Quand j'aurai une armée assez conséquente, j'envahirai le Palais des Papes, et j'obligerai cet impur à me dire comment lui est protégé de l'influence des reliques sans porter d'anneau en bois d'Arche. Grâce à ça, je serai à l'abri.
-  Vous n'avez pas d'armée. Vous n'êtes rien."

A ces mots, le prêtre a affiché un large sourire.

"C'est que tu crois, mon jeune ami."

Il s'est alors tourné vers la foule, qui continuait sa débauche, puis s'est écrié :

"TOUS EN RANG !"

D'un coup, tout le monde s'est arrêté, avant de former une série de rangs militaires. Contrastant totalement avec leur attitude précédente, personne ne bronchait plus.

"Que tout le monde se mette en équilibre sur son pied gauche", a crié le prêtre.

Tout le monde s'est exécuté, même les plus vieux. Personne ne parlait. Personne ne contestait. Ils étaient tous sous les ordres du Père Jean, comme des esclaves.
Le prêtre s'est alors tourné vers moi, l'air fier.

"Tu vois, mon armée est ici. Et ce n'est que le début. Comme je te le disais, le pouvoir des reliques peut être utilisé à différentes fins. Par exemple, la pierre de l'envie. Celle qu'a utilisé Caïn pour tuer son frère. Celle-là même que vous avez récupéré en Afghanistan. Et bien, si tu l'assemblais à un manche pour en faire un marteau, elle deviendrait une arme surpuissante te permettant de fendre la terre en un seul coup, et d'avoir une force surhumaine. Mais je n'avais pas besoin de ça, non, ce qu'il me fallait, c'était une armée. Et le Graal est parfait pour ça."

Il a alors été chercher une bouteille de vin derrière l'autel, sans doute du vin de messe. Puis il en a versé dans le Graal.

"Vois-tu, le pouvoir du Graal est spécial. Si tu fais boire à quelqu'un du vin mélangé à quelques gouttes de ton sang par le biais de celui-ci, il deviendra ton esclave. Il exécutera le moindre de tes ordres. Très pratique pour gagner une guerre. Ils n'auront aucun remord lorsque le moment viendra où ils devront exécuter les infidèles."

Il a alors sorti un petit couteau et s’est entaillé la main, laissant quelques gouttes de son sang couler dans le Graal, qui se sont aussitôt mélangées au vin.

"Et, maintenant, tu vas toi aussi faire partie de mon armée."

Il a alors appelé l'un de ses fidèles les plus imposants, pour l'aider à me maintenir pendant qu'il verserait le vin dans ma gorge.

"Tu n'as plus besoin de ça", m'a-t-il dit en m'enlevant mon anneau. Aussitôt la bague retiré de mon doigt, elle est tombé en poussière.

"Tomber sous l'influence de la relique n'est que le cadet de tes soucis. Tu vas devenir mon pantin, et, avec toi, je pourrai accomplir mon destin. Bienvenue dans mon armée, mon jeune ami... Enfin, peut-être devrais-je t'appeler autrement, maintenant ; mon jeune esclave."
]
Le prêtre s'est mis à rire de bon cœur, pendant que son gorille maintenait ma bouche ouverte. Il a versé le contenu du Graal donc mon gosier, avant de faire un pas en arrière pour d'attendre le résultat, et de demander à son acolyte de me détacher.
J'étais désemparé. Je me voyais déjà être le jouet de cet enfoiré. Je me voyais aussi rejoindre mes nouveaux compagnons sur le sol de la Basilique. Je repensais à l'immense godemichet noir qui m'avait assommé. Un frisson m'a alors parcouru le dos.

J'ai fermé les yeux une dernière fois, résigné. Après quelques secondes, je les ai rouverts.
Rien. Rien n'avait changé. J'étais toujours moi-même.
Je me suis alors levé, confus. Je me suis tourné vers le Père Jean, qui semblait toujours sûr de lui. 
Il fallait que je profite de cette occasion. J'ai discrètement pris le couteau posé sur l'autel, celui-là même qui avait servi au prêtre pour s'entailler la main. Puis je me suis tourné vers lui, et ai posé un genou au sol, en signe de soumission. Je pouvais voir dans ses yeux un plaisir sadique. Il avait ce qu'il voulait. Mais pas pour longtemps.
En un instant, je me suis relevé, et lui ai planté la lame dans le ventre, surprenant ainsi toute l'assemblé. Le gorille qui était venu assister le prêtre devant l’autel m'a sauté dessus dès qu'il a compris que le Graal n'avait pas fonctionné sur moi, mais avec l'avantage de la surprise, j'ai pu l'éjecter de l'autel grâce à un coup de pied bien placé.
Je me suis alors saisi du Graal, avant de détacher le professeur.
Le prêtre n'était pas mort. Avant de s'évanouir, il a donné un dernier ordre à son armée :

"Attrapez-les... Ramenez-les moi morts ou vifs. Ne les laissez pas poser la coupe dans l'Arche !"

Le professeur étant encore un peu dans les cordes, je lui ai donné une nouvelle gifle sur la joue pour le réveiller.

"Professeur, ce n'est pas le moment de roupiller. Courez si vous ne voulez pas mourir sous les coups de centaines de personnes complètement nues."

Je l'ai tiré par le bras et emmené par la porte que j'avais emprunté pour entrer. 

"Il faut se rendre à l'endroit ou est entreposée l'Arche. Vite !"

Reprenant ses esprits, le professeur n'a pas fait attendre sa réponse.

"Elle est dans les sous-sols du Palais des Papes. Suis-moi !"

Nous nous sommes mis à courir le plus vite possible vers le Palais. Un grand tumulte s'est alors fait entendre derrière nous. Les portes de la Basilique se sont ouvertes dans un grand vacarme, et les esclaves du Père Jean se sont lancés à nos trousses.
Des milliers de personnes nues nous poursuivaient à travers le Vatican, sous le regard médusé des passants.
Je courais le plus vite que je pouvais, tenant le Graal dans mes mains. Mais je n'avais plus d'anneau, ce qui faisait que son influence se répandait partout où je passais. J'avais bousculé un couple pendant ma course, et ceux-ci s'étaient immédiatement mis à enlever leurs vêtements et à copuler sur le sol.
Le gardes du palais n'avaient pas non plus été épargnés. Lorsque je suis passé en courant, le Graal à la main, ils ont bien essayé de m’arrêter, mais s'étaient très vite retrouvés occupés à s'embrasser et à se caresser le torse.

Cependant, ce que je craignais le plus a fini par arriver. Alors que l'on déambulait dans les couloirs du Palais, afin de rejoindre le sous-sol, on a fini par croiser le Pape lui-même. Et ce qui devait arriver est arrivé. Il était  toujours accompagné par les deux évêques, dont celui qui m'avait insulté d'engeance. J'étais vraiment désolé pour eux. Après notre passage, je me suis retourné, et ai pu voir le Pape lui-même relever sa soutane, avant que l'un des deux évêques  ne se mette à genoux, pendant que l'autre embrassait Sa Sainteté dans le cou. Heureusement, je me suis vite détourné de ce spectacle pour emprunter un escalier menant au sous-sol, car je ne voulais à aucun prix en voir davantage.

Arrivés en bas, nous nous sommes retrouvés en face d'une grande porte. Le tumulte se faisait entendre dans tout le Palais : la foule nue était sûrement parvenue à y pénétrer.
J'ai tiré sur la poignée, avant de rire de ma naïveté : la porte était évidemment fermée.

"C'est fermé, professeur. J’espère que vous avez un moyen d'entrer, car sinon, c'est la fin de notre aventure.
- Seul le Pape peut ouvrir cette porte, normalement. Mais, maintenant, c'est moi qui en ai le pouvoir."

Il a sorti son collier de sous son pull. Attaché à celui-ci se trouvait un anneau en or. Il a alors tendu le bijou vers le système de sécurité du battant, qui a émis un clic sonore.

"Mais... quel est ce anneau ?
- C'est l'anneau du Pêcheur. Ou l'anneau piscatorial, si tu préfères. C'est le Pape lui-même qui me l'a confié.
- L'anneau du Pape ? Celui qui est unique à chaque Pape et qui est détruit quand il meurt ou qu'il renonce à son statut ?
- Tout a fait... Et c'est lui qui m'a protégé du pouvoir de la relique quand Jean m'a retiré mon anneau. Heureusement qu'il ne l'a pas découvert, car sinon il aurait été en mesure de parvenir à ses fins... Mais trêve de bavardage, tu as quelque chose d'urgent à faire, non ?"

Il avait raison. J'avais presque oublié pourquoi nous étions là. Pénétrant à l'intérieur de la pièce, j'ai avisé ce que je supposais être l'Arche d'Alliance, au fond. Je me suis approché, et en ai soulevé le couvercle, avant d'y déposer le Graal sans plus cérémonie.
Aussitôt, le tumulte a laissé sa place à un profond silence. Je pouvais aisément imaginer l'incompréhension des personnes se retrouvant nues au milieu du Palais des Papes.
Et je n'osais même pas imaginer ce qu'allaient pouvoir ressentir ceux qui s'étaient arrachés les yeux de leurs orbites, ou qui avaient utilisé le fameux godemichet noir...
A cette pensée, un frisson m'a à nouveau parcouru l'échine.

Nous avions une fois de plus accompli l'impossible. Une nouvelle relique était en sécurité.
Dans le palais, l’agitation avait laissé place à l'incompréhension générale. Les personnes qui étaient sous l'influence de la relique de la Luxure n'avaient plus aucun souvenir de ce qu'il s'était passé. Ils étaient dans la Basilique, puis s'étaient subitement retrouvés complètement nus au milieu du Palais des Papes.

Nous sommes ensuite partis à la recherche du Pape. Lorsque nous l'avons trouvé, lui et ses deux acolytes, leurs têtes m'ont vite appris qu'il s'était passé quelque chose de très gênant pour eux. Je me suis retenu de rire en imaginant ce cher Monseigneur Arnaud se réveiller avec le sexe du Pape dans la bouche. Il m'avait traité d’Engeance, après tout.
Il a fallu quelques jours au Vatican pour se remettre de ses émotions. Le Père Jean avait survécu, mais il s'était vu retirer son anneau, et croupissait maintenant dans une cellule du Vatican, gardée en permanence. L'heure n'était pas au pardon pour lui.
De notre côté, le professeur et moi avons été hébergés dans le même hôtel que celui dans lequel se trouvait le Pape à mon arrivée. Il était encore très faible du fait de son passage à tabac par son ancien meilleur ami.
Mais il fallait que je lui parle. Il ne pouvait plus garder le secret. Il fallait qu'il me révèle les raisons de ma présence ici. J'étais ainsi venu le voir dans sa chambre. 

"Professeur... A propos de ce que le Père Jean a dit à mon sujet...
- Oui, il est temps que tu saches toute la vérité, mais avant cela... j'ai un service à te demander.
- Qui est... ?
- Avant que je me fasse capturer par Jean, j'étais venu au Vatican pour nous faire assigner une mission. Une dernière mission.
- La dernière relique, j'imagine ? La Paresse, donc ?
- Oui. Cette mission est la plus importante de toutes. C'est celle qui jugera du sort du monde. Accompagne-moi dans cette dernière quête, et je te dirai tout. Plus de secrets."

A contrecœur, j'ai accepté. Mais c’était la dernière fois. 
Ma dernière mission.

Texte de Kamus

Note de l'auteur : Bon, cette fois le chapitre suivant (qui ne seras pas le dernier malgré le fait que ce soit le dernier péché) devrait arriver laaargement plus vite ! :-)

Je croyais être normal.

Je le croyais vraiment. J'étais très inquiet alors. Habituellement, les super pouvoirs se manifestent une fois que la personne a atteint l’âge de 16 ans. Mon 16e anniversaire était passé depuis plus d'un mois et rien ne s’était passé.
J'étais très déçu - mes amis montraient leurs nouvelles capacités et tout ce que je pouvais faire était de leur montrer un sourire éclatant et de lever le pouce en l'air.
Ma mère peut voler, mon père peut se téléporter et mon frère peut lire dans les pensées. Moi ? Je pensais que j'étais normal, mais heureusement, deux mois après mes 16 ans, mon frère ne pouvait plus lire dans mes pensées. Pour être honnête, j'ai été plutôt soulagé.
Une semaine plus tard, je prenais mon petit-déjeuner quand mon père n'a pas réussi à se téléporter au travail. Il a essayé du mieux qu'il pouvait, mais n'a pas réussi jusqu'à ce que je monte appeler ma mère. Nous avons alors réalisé que j'avais le pouvoir de neutraliser les pouvoirs des autres autour de moi.
Pour que ce soit juste pour tout le monde (pour ceux ayant des pouvoirs et ceux n'en ayant pas ou en ayant un inutile, comme pouvoir voir le gâteau préféré de quelqu'un au-dessus de sa tête), les gouvernements avaient ordonné que les super pouvoirs ne soient pas utilisés à moins que cela ne soit absolument nécessaire (oui, mon père enfreignait les règles, mais personne ne le savait). Étant donné que les pouvoirs n'étaient pas utilisés quotidiennement, mon effet neutralisant était probablement passé inaperçu la plupart du temps.
Cependant, mes parents étaient toujours inquiets et avaient pris rendez-vous avec un spécialiste du pays voisin. À mi-chemin pendant notre vol, il y a eu une panne qui a fait plonger notre avion. L'un a essayé de «faire flotter» l'avion, un autre a tenté de contrôler la météo. Un autre encore a essayé de se téléporter. Tout en vain.
Ma famille était assise en silence, terrorisée, tandis que l'avion plongeait dans le chaos. Des cris retentissaient de tous les côtés. 
Mes parents m'ont regardé avec résignation, mais je savais quoi faire.

Je savais ce que je devais faire.

Traduction : Kamus


My hero academia : Depression.