Spotlight : Le voleur d'enfants

Dans une petite région de France, personne n'a jamais oublié et n'oubliera jamais ce qui est arrivé un soir d'hiver.
La région est de moins en moins fréquentée. Les enfants habitant dans cette région sont de plus en plus nombreux à être portés disparus.
La gendarmerie de l'époque n'avait découvert aucun indice. Ces enfants étaient des garçons, des filles. Ils ont subitement disparu durant leur sommeil, la fenêtre ouverte, sans aucune empreinte.
La gendarmerie cherchait sans relâche, en vain.
Mais moi... moi, je connais l'auteur de tout ça. Tout le monde pense qu'il est mort aujourd'hui. Moi aussi j'avais un enfant, un garçon que j'aimais autant qu'un père aurait aimé son fils.
Ma version des faits m'a valu un séjour à l'asile... Les membres de ma famille ne me voient plus, me prenant pour un fou.
J'écris ceci afin de vous mettre en garde: Surveillez vos enfants. Je vais vous raconter ce qui s'est passé...

Un jour d'hiver, alors que les doux flocons tombaient lentement sur le sol, mon ami est arrivé.
J'ai été tellement bourré de médocs que j'ai oublié son nom. Appelons-le Charles.
Charles a sonné à la porte. Mon épouse est allée lui ouvrir. Ensuite il a fait la bise à mon épouse, comme d'habitude ; quant à moi, je lui ai serré la main.
Mon épouse et moi l'avons invité à entrer dans notre salle à manger. Mes deux jeunes fils étaient là, en train de jouer avec leurs traditionnelles petites voitures.
Le plus jeune n'était âgé que de 2 ans. Il s'appelait Lucas.
Le plus âgé, lui, s'appelait Mathéo et était âgé de 6 ans.

Lorsque Charles, inconnu aux yeux des deux jeunes garçons, est entré, les enfants ont cessé subitement de jouer. J’ai fait les présentations de mes fils à mon ami et de mon ami à mes fils.
Ensuite, le reste de l'après-midi s’est doucement écoulé, ponctué par nos rires et nos discussions, ainsi que par ceux de nos deux jeunes.
Il était 23h45... Oui, je me souviens parfaitement de l'heure... Faut dire que je n'oublierai jamais cette journée...
Charles était d'une humeur étrange. Il n'était pas comme d'habitude. Alors qu'il s'apprêtait à partir, la radio nous a mis au courant d'un accident sur l'autoroute. Le bus qu'il devait prendre avait foncé droit sur un camion rempli d'un gaz hautement inflammable et, bien évidemment, il y a eu une explosion.
Ayant compris que je n'avais pas le choix, je me suis lancé:

« Reste avec nous, nous avons un lit pour les invités. Tu partiras demain quand tout sera réglé. »

Charles ne s’est pas fait prier. Il a immédiatement refermé la porte et retiré son manteau. Mon épouse et moi nous étions mis à lire chacun notre livre pendant que notre invité regardait la télévision. Les films qu'il regardait étaient pour la plupart malsains, mais mon épouse et moi avions pris ça pour quelque chose de normal.
À un moment, Charles s’est levé, puis nous a regardés :

« Je vais me coucher. Je devrais partir tôt demain.
- D'accord, ai-je répondu, laisse-moi t'accompagner à ta chambre.
- Pas la peine, je connais le chemin ! » a-t-il dit avec un grand sourire.

À noter que j'ai trouvé ça bizarre car c'était la première fois qu'il venait chez nous. Comment pouvait-il connaître les lieux?
Il a monté tranquillement les escaliers pendant que nous, ne nous rendant compte de rien, continuions à lire.
Et puis j’ai entendu des mouvements à l'étage, et quand je me suis penché pour écouter le baby-phone, j'ai entendu des gémissements.
« Mathéo doit encore bouger dans son lit, prisonnier dans un cauchemar, comme presque tous les soirs », me suis-je dit, vu qu'ils dormaient tous les deux dans la même chambre.
Il faut dire que Mathéo m'avait raconté ses mauvais rêves. Ils étaient presque toujours identiques, presque tous les soirs. Il voyait une forme sombre se diriger lentement vers lui, le prendre, et après il se réveillait en pleurs ! Il avait toujours la sensation bizarre que quelqu'un l'observait... J'aurais dû y prêter attention... Si seulement...
J’ai posé mon livre et suis monté à l'étage.
Je suis passé devant la porte de la chambre de l'invité, et c'est là que l’inquiétude a commencé à envahir mon esprit : le lit de Charles était vide.
Je me suis avancé dans le couloir sombre de l'étage de ma maison et ai enfin atteint la porte des deux garçons. J'ai ouvert la porte, et ce que j'ai vu m’a glacé le sang : Charles était en train d'empoigner Mathéo qui, avec une main sur sa bouche, se débattait furieusement.

« Charles.... Que fais-tu ? »

Il n’a pas répondu. Ses yeux étaient cachés dans le noir. Je pouvais juste voir ses lèvres former un sourire malsain.
Je voyais mon fils remuer... Il avait l'air de souffrir.

« CHARLES, LÂCHE-LE IMMÉDIATEMENT », ai-je hurlé.

Cette fois-ci, Charles a répondu :

« Ton enfant sera mien.
Fuis, avant que je ne me fâche,
Ton enfant ne sera plus tien.
Fuis, comme un lâche.
»

Ayant compris qu'il s'apprêtait à kidnapper Mathéo, j’ai voulu foncer droit sur lui, mais mes membres ont soudain cessé de répondre. J’ai senti d'un coup une vive douleur parcourant la totalité de mon corps, absolument insupportable. Je hurlais, hurlais au point que mon épouse a bien failli appeler la police, avant de se raviser, pensant que je m'étais encore une fois cogné le petit orteil sur la table de leur chambre.

« Je t'en... prie... Charles... laisse... le... » ai-je finalement réussi à articuler.

Charles n’a pas répondu. Il a souri, glissé la main qui maintenait Mathéo sur la tête de celui-ci et lui a murmuré une sombre comptine que je n’ai pas pu entendre.
Soudain, ses yeux se sont vidés de toute expression, il a cessé de gémir. Charles a retiré la main de sa bouche.
Mathéo, toujours avec l'expression aussi vide, s’est levé hors de son lit.
J’ai vu les yeux rouges sang de Charles, ainsi que son sourire atroce.
Le pauvre Mathéo, toujours en pyjama, me regardait avec ses yeux vides et a récité un poème qui était semblable à celui de Charles :

« Je serai sien.
Laisse-moi partir dans le monde du mal.
Je ne serai plus tien.
Laisse-moi partir, ou il me fera mal...
»

J'ai reconnu sa voix, mais elle n'avait rien de celle du petit garçon qui jouait avec son frère tout à l'heure. Elle était elle aussi dénuée d'expression et monotone.
Charles s'est approché de moi, si près que je pouvais sentir son haleine, puis a murmuré :

« J'en prendrai grand soin,
Maintenant qu'il n'est plus tien.
»

Il a achevé sa phrase avec un sombre sourire et accompagné Mathéo à la fenêtre, où il l’a pris dans ses bras et a sauté dans les arbres. Lorsqu'il a quitté la maison, mes membres ont repris vie et j’ai couru vers la fenêtre.
Il n’y avait plus aucune trace d'eux.
J'ai pleuré en silence la perte d'un de mes enfants... Heureusement qu'il n'avait pas pris Lucas...
J’ai pris tendrement le jeune garçon dans mes bras et l’ai bercé...
J'ai ensuite trouvé un message dans son berceau:

« Un enfant ça ne tient pas longtemps... Plus tard, je viendrai chercher le second enfant. »

Cette phrase m’a fait frissonner de terreur. Depuis ce jour, je me suis juré de le protéger au péril de ma vie.
Ma femme ne m'a pas cru. Me voyant bercer Lucas et ayant remarqué la disparition de Mathéo, elle m'a pris pour un pédophile qui faisait équipe avec Charles (qu'elle avait déjà trouvé suspect durant toute la soirée) pour enlever ses deux enfants. Elle a appelé la police qui m'a interrogé et malgré le fait que je disais la vérité, ils ne m'ont pas cru. Ils se sont tout de suite mis à chercher Charles, qui restait introuvable. Les policiers ont, au début, décidé de me mettre la perpétuité pour ne pas avoir avoué l'endroit où était l'enfant. Mais après avoir vu un psychologue et raconté mon histoire une énième fois, ils ont jugé bon de m'emmener à l'asile...

Je n'ai plus de famille maintenant... Plus personne sur qui compter, à part VOUS, chers lecteurs... Que devient mon pauvre Mathéo maintenant ? Est-il bien nourri ? A-t-il peur ? Quels supplices Charles lui fait-il subir ?
Tant de question sans réponses...
Je ne peux vivre avec ceci dans ma mémoire. J'ai entendu dans un de mes cauchemars l'affreuse comptine que Charles a chantée à Mathéo. Je l'ai notée pour vous mettre en garde, votre famille et votre entourage. J'espère ne plus jamais l'entendre....

***

« C'est tout ?
- Oui, répondit l'inspecteur. Il s'est suicidé après avoir terminé ce journal. Pendu.
- Autre chose ?
- Oui. Dans ses poches, nous avons trouvé une feuille ensanglantée. Il y est écrit quelque chose d'étrange. Je préfère vous le faire lire. »

Le chef de police prit la feuille dans ses mains et se mit à lire:

« Doux petit garçon, viens, viens avec moi.
Doux petit garçon, n'aie point peur.
Doux petit garçon, je prendrai soin de toi.
Doux petit garçon, comme tes précédents frères et sœurs.

Laisse ton petit cœur,
Pompant doucement ton sang,
Te guider vers tes peurs,
Avec le voleur d'enfants.
»

3 commentaires:

  1. Hé mais c'est la comptine que me chantait mon Papa !!

    Sinon vraiment super !!

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  2. Un peu trop cliché genre la comptine

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