Dernier contact

J'ai grandi sur GJ 581 c, la seule planète habitable du système planétaire Gliese 581. J'ai été l'un des scientifiques ayant théorisé "Le grand cri". Ceci sera sûrement mon dernier message.

C'était en l'an 4236 du calendrier Terrien Standard (HMST). Le système Gliese 581, situé en bordure de l'Empire Terrien dans la constellation qui est nommée "La Balance", a capté une communication extérieure à celle-ci. C'était le premier contact venu d'une zone non colonisée par l'espèce humaine, utilisant la fréquence 1420 mhz. C'était aussi le message le plus terrifiant jamais entendu, consistant en un long et fort cri monocorde, ou mono sonore, si vous préférez. Il inspirait le désespoir.

 De nombreux savants ont cherché à décrypter le message, en vain. Rien dans ce son n'évoquait un quelconque langage.

Cela a suscité pendant longtemps de nombreuses questions. Était-ce vraiment la tentative de communication d'une civilisation intelligente ? Était-ce amical, ou hostile ? L'Humanité devait-elle aller à la rencontre de ce peuple ? La majorité de ces questions se sont passées de réponses.

 En 4243, un nouveau message a été capté, provenant de la même direction que le premier, mais d'un cryptage différent. Puis en 4247. En 4250 aussi, puis en 4252. À partir de 4253, l'humanité s'est mise à capter plusieurs de ces messages par an, résultant toujours après décryptage en ce cri terrifiant.

En 4255, mon équipe et moi-même avons fini par théoriser une explication à cette série de messages. On a appelé cette chose "Le grand cri", une communication primaire facilement compréhensible pour tout être vivant la recevant. Il ne fallait pas chercher un message particulier en déchiffrant la fréquence. Il fallait interpréter ce hurlement comme la transmission d'une émotion.

 La peur.

 Au-delà même de ce constat, la réception de plus en plus de messages, tous cryptés d'une manière différente, nous faisait entrevoir une réalité très sombre : la chose causant ces dizaines de hurlements se rapprochait de nous.

L'Empire Terrien a pris notre hypothèse très au sérieux et a créé l'Armada, une flotte de vaisseaux stellaires à la puissance de feu inégalée. Les humains s'étaient toujours battus pour leurs droits au travers de milliers de générations, et c'est ce qui était prévu une fois de plus. Cette décision a dans un premier temps calmé la paranoïa naissante des colonies voisines tout en appuyant la légitimité des dirigeants dans les secteurs concernés, la politique étant ce qu'elle était.

 Il a fallu vingt années pour terminer la flotte, et seulement cinq pour qu'un contact soit établi. En l'an 4280, une dizaine de vaisseaux rapides d'origine inconnue sont entrés dans le système Gliese 581. Après de nombreuses tentatives de contact avec eux et la mise en place d'un barrage constitué de cuirassés galactiques, l'un des vaisseaux a activé ses propulseurs et s'est jeté contre l'un des plus petits navires de notre flotte, provoquant sa destruction.

 L'Armada a instantanément riposté en annihilant les autres vaisseaux extraterrestres, mais très vite d'autres se sont mis à arriver. Ils étaient plus grands, plus nombreux, et très vite il est devenu évident qu'ils étaient aussi en avance technologique sur nous. C'était comme se battre avec des bâtons face à des fusils lasers. Notre flotte a été annihilée en moins de 3 heures, et un afflux d'envahisseurs a ensuite eu lieu, pendant plusieurs semaines. Ils avaient un système d'armement, de protection et même de camouflage inconnu. Nous n'avions aucune chance.

J'ai été évacué par les forces de l'Empire tandis que ma planète natale, GJ 581 c, se faisait prendre d'assaut par la horde de vaisseaux d'origine inconnue. À chaque escale pratiquée par notre véhicule de fuite, il y avait toujours plus d'afflux de réfugiés venus de mondes connus ayant dû fuir suite à la colonisation de leur planète. Chaque fois, ce qui avait réduit à néant notre meilleur moyen de défense finissait par arriver jusqu'à la planète où j'avais été emmené, nous obligeant à repartir.

 À force de remonter les systèmes, j'ai fini par arriver dans le bastion de l'Empire Terrien, la Terre elle-même. Cela faisait des siècles que celle-ci était devenue désertique à cause des excès de la première guerre systémique. Cependant, elle avait été transformée en véritable forteresse de défense pour l'Empereur. C'était la dernière carte de l'humanité, et nous avons attendu l'arrivée des ennemis, surnommés "La Horde" de par son nombre.

 C'est arrivé plus vite encore que prévu. Leur nombre était tel que le Soleil lui-même n'arrivait plus à transmettre sa lumière jusqu'à nous. Alors que nous étions tous persuadés que l'extinction de notre espèce allait être imminente, la douzaine de milliards de survivants ont observé la nuée esquiver la Terre et la dépasser.

Pendant de longues semaines, l'amas de vaisseaux extraterrestres a englobé la planète, filant en direction de la sortie du système solaire. Durant les semaines suivantes, personne n'a tenté ne serait-ce que de quitter l'attraction de la planète pour vérifier que le danger était bien écarté. Beaucoup ont "fêté" la fin des hostilités et la non-extinction de notre race, d'autres on pleuré leurs morts et la fin de centaines de mondes. Alors que le gouvernement envisageait déjà d'envoyer des éclaireurs dans les anciennes colonies pour vérifier l'état des dégâts, dans l'optique de reconstruire, j'ai aperçu une ombre grandissante en provenance de la constellation de la Balance. Quelque chose qui se rapprochait de nous. Et c'est alors que j'ai compris.

Merde, les hurlements venaient de la Horde.

Texte de Daemoniack

3 commentaires:

  1. Sympa, les histoire dans ce genre, mélant panique, alertes (j'ai pas de meilleurs mots pour ce que ça fait ressentir), avec un contexte spacial font toujours leur effet

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  2. Très propre, moi qui suis fous des histoires mêlant espace et civilisation inconnu c'est le pied

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  3. Bonne pasta SF, même si ça reste parfois un peu trop nébuleux

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