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Comment en étaient–ils arrivés
là ? La voiture était retournée, dans le fossé. Le moteur tournait
encore. Ulrich avait été éjecté quelques mètres plus loin, dans la boue.
Il avait été sonné quelques minutes, mais la pluie qui tombait drue et
la douleur qui parcourait tout son corps l’avaient complètement
réveillé. Près de la voiture, une silhouette d’homme se profilait et
s’approchait lentement. Ulrich tenta de distinguer de qui il s’agissait,
mais la pluie troublait sa vision. Il voulut se relever, mais ses
jambes ne purent le porter. Il se mit à ramper dans les flaques d’eau
boueuses, se rapprochant comme il pouvait du véhicule. Au fur et à
mesure qu’il s’approchait, il arrivait à distinguer plus de détails. Les
vitres latérales avaient explosé, le pare–brise était fissuré de long
en large, les roues du coté droit étaient tordues, le pare–choc et les
bas–de–caisses étaient complètement défoncés. Le regard du jeune homme
se porta sur l’homme qui arrivait et il reconnut un chapeau
haut–de–forme…
Le réveil sonna bruyamment. Ulrich laissa tomber
lourdement sa main dessus, émergeant du sommeil. Six heures. Il était
temps de se préparer pour l’université. Cette nuit, il avait rêvé de
patates et de lard qui avaient envahi les rues d’Hambourg, et il en
avait profité pour faire une raclette géante, après quoi des
marshmallows multicolores avaient pris des habitants en otage, mais il
s’était saisi de broches et les avait fait flamber pour les manger, puis
il était ensuite arrivé dans le royaume des champignons et avait dû
sauver une blonde habillée en rose avec une couronne, enlevée par une
tortue cracheuse de feu, avec l’aide d’un plombier nain moustachu qui
prenait une taille normale quand il mangeait des champignons rouge et
blanc avec des yeux, tout cela afin de gagner un tuyau d’arrosage qu’il
devait ramener à sa mère, et il s’était finalement réveillé.
Le
jeune homme de dix–neuf ans cligna des yeux et se leva difficilement,
laissant à regret sa couverture et son oreiller qu’il entendait presque
lui crier « Reviens !!! » Il prit une douche de vingt minutes, enfila un
T–shirt et un jean, avala un bol de céréales, attrapa ses affaires de
cours et quitta son appartement, en verrouillant derrière lui. Il vivait
juste à coté de l’université d’Hambourg, ainsi il pouvait y aller à
pied. Ce matin–là, il y allait une heure plus tôt, car il avait à
organiser l’après–midi avec quatre de ses amis. Les cours étant
suspendus à partir de quatorze heures, ils avaient pris le parti d’aller
dans une fête foraine qui s’était installée vingt jours plus tôt dans
un village voisin. Ils devaient encore déterminer l’heure à laquelle ils
se retrouveraient, le moyen de transport et l’heure approximative à
laquelle ils rentreraient.
Il fut arrivé à six heures
cinquante–sept. Helmine était déjà arrivée. Depuis qu’il la connaissait,
Ulrich ne l’avait jamais vue arriver en retard, et se demandait bien
comment elle faisait. Ils se connaissaient depuis la primaire. Elle
était de taille moyenne, avait la peau légèrement hâlée, les cheveux
noirs ondulés, les yeux noirs et de belles formes. Mentalement, la jeune
fille de dix–huit ans était très sérieuse, curieuse du monde et en même
temps plongée dans son propre monde, perdant parfois pied avec la
réalité. C’était une forme d’autisme, bien que ce ne soit pas sévère.
Ulrich n’aimait pas beaucoup cette facette de sa personnalité, car il
arrivait souvent que, lors d’une conversation, elle lâche complètement
le fil pendant un moment et revienne quelques minutes plus tard avec un
sujet qui n’avait rien à voir. Cependant, il l’appréciait malgré ses
petits défauts, car elle n’abandonnait pas ses amis, et sa façon de
réagir l’amenait souvent à des réactions simples qui aidaient bien plus
que le ressassement des évènements. Sa bizarrerie en rebutait plus d’un,
mais Ulrich en avait l’habitude.
Comme à son habitude, elle ne
regarda même pas son ami venir vers elle, et ne le gratifia d’un «
bonjour » neutre que lorsqu’il fut à deux mètres, sans détacher son
regard du ciel. Il lui répondit et prononça quelques banalités, mais il
s’aperçut bien vite qu’elle ne l’écoutait pas. Elle était plongée dans
un de ses songes éveillés. Cinq minutes plus tard arrivèrent Berthold et
Emily. Ils étaient toujours ensemble, dernièrement. Nul doute qu’ils
finiraient ensembles un jour ou l’autre. Berthold était grand, blond
bouclé aux yeux verts, le visage fin, athlétique. Il avait toujours un
sourire sur les lèvres et ne se prenait pas au sérieux. Emily, quant à
elle, était un peu plus petite que Helmine, ses cheveux châtains et
droits tombaient un peu en–dessous de ses épaules, ses yeux étaient
marron clair, presque jaunes, elle avait le visage ovale, et était assez
fine. Lorsqu’ils arrivèrent, donc, ils riaient ensemble, ils saluèrent
de bon cœur Ulrich et Helmine avant de repartir dans leur conversation.
Ria
se montra une minute à peine plus tard. Dernière, comme d’habitude,
mais elle n’en avait cure. Ria était de nature excentrique, aimant
mélanger les vêtements de différents styles. Aujourd’hui, elle portait
une jupe à froufrous noirs et rouges, avec des collants rayés violet et
noir, des ballerines rouges à poids blancs et un haut violet à décolleté
plongeant attirant le regard sur ses forts atouts naturels. Ce genre
d’accoutrement lui valait parfois des insultes d’autres étudiants, mais
elle n’écoutait pas, ou s’en amusait. Ria était rarement affectée par le
point de vue des autres. La jeune fille était à peu près aussi grande
qu’Ulrich, blonde aux yeux bleu foncé, maquillée savamment, le visage
fin encadré par ses longs cheveux. Elle salua tout le monde haut et
fort, et sauta sur Helmine. Elle aimait bien l’embêter, car elle ne
comprenait pas son comportement, ce qui était d’ailleurs réciproque.
Les
deux filles se retrouvèrent au sol. Helmine se releva la première, se
replaçant là où elle se tenait avant la chute, et ne fit rien d’autre
que de gratifier Ria d’un « idiote » sur un ton aussi neutre que celui
duquel elle avait salué les autres. Cette dernière la regarda et lui dit
« T’es pas drôle ! » Cependant, elle riait. Elle riait tout le temps,
pour tout, pour rien. Incompréhensible. Ulrich les regarda d’un air
dubitatif, puis il se rappela la raison pour laquelle ils étaient là si
tôt et prit la parole :
« Bon, maintenant que tout le monde est là, faudrait voir comment on fait cet aprèm…
–
Ben Helmine conduit, vu qu’elle a eu son permis y a pas longtemps ça
lui fera une occasion de se rendre utile, et puis on est sûrs qu’elle
roulera pas sous cocaïne…
– T’insinues quoi, là, Ria ?! râla Berthold.
– Je n’ai visé personne, si tu te sens concerné, ce n’est pas ma faute, répondit Ria entre deux éclats de rire.
–
C’est bon, intervint Ulrich, je conduirai si elle ne veut pas, de toute
façon c’est pas le plus important, il faut surtout savoir à quelle
heure on y va, à quelle heure on s’en va et combien on emmène…
– Combien on emmène pour quoi ? l’interrompit Berthold.
– La fête foraine, c’est pas gratos…
– Oh, fait chier !...
–
Les attractions les plus chères sont à 4€ il me semble. Si on prend 50€
chacun, on devrait passer une bonne après–midi. En y allant pour quinze
heures et en repartant vers dix–huit heures, ou avant si on en a marre,
on aura le temps de faire ce qu’on veut. Ça vous va ? »
Les
autres répondirent tous par un vague « ouais, ouais ». Ce fut finalement
plus simple et plus rapide que ce qu’ils avaient pensé, il était à
peine sept heures et quart lorsque la discussion prit fin. Ils se
séparèrent alors, Berthold avec Ria et Emily, Ulrich avec Helmine. Ces
derniers allèrent à la bibliothèque universitaire pour travailler un peu
leurs cours avant de s’y rendre. Enfin, Helmine travailla pendant
qu’Ulrich dormit sur son livre. La matinée se déroula tranquillement,
les cours s’interrompirent à l’heure prévue. Le petit groupe se
rejoignit au parking où la voiture d’Ulrich était garée, et quelques
minutes plus tard ils étaient partis pour Koberg, le village où se
trouvait la fameuse fête foraine.
Elle fut toutefois plus
difficile à trouver que prévu, car elle ne se trouvait pas dans le
village même, mais dans la campagne. Cependant, ils réussirent à arriver
avant quinze heures dix, prenant peu de retard sur leurs prévisions,
et, une fois la voiture garée, coururent vers les attractions comme des
enfants. Cela faisait des mois qu’ils n’avaient pas eu d’occasion comme
celle–là de s’amuser. Ils passèrent aux auto–tamponneuses, au tir à la
carabine, à la centrifugeuse. Ils firent le train fantôme, le marteau et
la grande roue. Ils se payèrent plusieurs tours d’attractions à
sensations fortes, avant de faire une pause et de prendre des boissons à
un stand. Emily avait envie de vomir à force de tourner.
Il
devait être seize heures trente lorsqu’ils revinrent en quête d’une
attraction qu’ils n’avaient pas encore faite. Lorsqu’ils passèrent
devant les manèges du bout du terrain occupé, une voix les arrêta :
« Approchez, jeune gens, venez ! »
Ils
ne virent pas tout de suite qui s’adressait à eux, mais comme la voix
se faisait insistante, ils s’approchèrent de l’attraction d’où elle
semblait provenir. Un singulier individu en sortit : un personnage grand
et mince, avec un chapeau haut–de–forme sur lequel se trouvait un
bandeau rouge avec un petit nœud, un costume noir avec des manches
blanches, une chemise blanche, un pantalon noir et une cravate rouge
sombre, des cheveux mi–longs, extrêmement fins et raides, et un visage –
ou peut être un masque, c’était difficile de faire la différence – d’un
blanc morbide, avec ce qui semblait être deux trous blancs en guise
d’yeux, un trait noir vertical commençant en–dessous, entre le nez et
les pommettes, s’interrompant au niveau des orifices puis réapparaissant
juste au–dessus et allant disparaître sous sa mèche frontale. Et un
sourire étrange, en croissant parfait, vraisemblablement dessiné car
pour toute lèvre y avait–il un trait noir aussi fin que celui délimitant
des dents triangulaires qui coïncidaient parfaitement. Il avait un peu
l’air d’un clown. Le tout pouvait ou bien paraître grotesque, ou bien
inquiétant. Lorsqu’il s’exprima de nouveau, le visage ne bougea pas,
aussi les jeunes conclurent qu’il portait bien un masque.
« Bonjour mesdemoiselles, messieurs dit–il d’une voix stridente, bienvenue devant le Palais des Glaces ! »
Il
désigna l’attraction derrière lui, tel un présentateur de spectacle.
Les cinq jeunes gens le regardèrent d’un air dubitatif. Il poursuivit :
«
C’est une nouvelle attraction dans notre troupe ! Et un des plus beaux
palais des glaces ! Plusieurs centaines de miroirs sont installés afin
de vous faire perdre le sens de l’orientation ! De plus, pour les
derniers jours de la fête foraine, c’est gratuit ! »
Ce dernier
argument joua beaucoup en la faveur du palais. Et tout le monde, sauf
Ria, préférait passer par quelque chose de calme pour reprendre les
manèges. Ils remercièrent donc le clown et entrèrent. Ce dernier ne leur
avait pas menti : seul le sol n’était pas recouvert de miroirs, bien
qu’il y’en eut tout de même quelques uns de temps en temps. Et il
semblait relativement grand, sans compter que, parfois on avait
l’impression d’être dans un endroit sans issue qui se répétait à
l’infini, et que d’autres fois votre regard fixait les milliers de
reflets qui vous observaient.
Ils s’amusèrent un moment dedans,
se séparant et essayant de se retrouver, en se cognant assez souvent
contre les parois. Les jeunes adultes couraient parfois, et leur rire se
répercutait dans l’attraction, semblant provenir de partout à la fois.
Lorsqu’ils voulurent sortir, ils durent prendre le temps de se
retrouver. Ce ne fut pas chose aisée et ils perdirent de longues minutes
dans le dédale, de sorte qu’ils commencèrent à se demander s’ils
auraient encore le temps de faire autre chose. Finalement, Emily se
trouva être la seule à ne pas réussir à les rejoindre. Ils rirent un
moment, se moquant d’elle et l’appelant, et puis son reflet apparu tout
autour d’eux, sans qu’ils arrivent à déterminer d’où elle venait
vraiment. Elle courait, mais ne semblait pas se rendre compte qu’ils
étaient là. C’était comme si elle ne voyait pas leurs propres reflets
autour d’elle, ce qui était étrange puisque pas une fois dans leur
petite aventure n’avaient-ils perdu de vue l’ensemble du groupe.
Ses
reflets continuèrent de se déplacer, sans jamais les atteindre. Ils se
mirent à se demander pourquoi elle mettait autant de temps et d’où elle
venait, et commencèrent lentement à revenir dans le premier couloir,
espérant qu’elle finisse par les apercevoir. Cependant, cela n’eut pas
l’air de l’aider, et ils continuèrent leur progression, jusqu’à ce
qu’Ulrich heurte la paroi du fond, signalant le bout. Le labyrinthe
offrait trois chemins différents à partir de ce point, et ils
préféraient ne pas prendre le risque de se perdre de nouveau. Puis,
voyant de nouveau leur propre image se refléter dans les miroirs, ils
s’aperçurent que celle d’Emily passait périodiquement très près d’eux, à
une distance où il leur semblait qu’ils auraient normalement pu
l’apercevoir, ce qui leur fit perdre patience et les décida à l’appeler
pour la guider grâce à leurs voix.
À ce moment, les reflets
d’Emily se tournèrent d’un mouvement vers les quatre vrais jeunes. Leur
regard semblait affolé, si bien que Berthold, l’air plutôt inquiet,
l’appela de nouveau, en lui enjoignant de cesser de les faire marcher et
de sortir du labyrinthe. Les milliers de bouches s’ouvrirent alors,
mais aucun son n’en sortit. Elle devait être loin dans l’attraction, vu
comme l’écho qui y régnait habituellement. En réalité, c’était même
étrange que seul un silence de mort accompagnât les mouvements de ses
lèvres. Pour ne rien arranger à leur inquiétude, leur amie se mit à
taper contre la vitre, ce qui se traduisit par un nombre incalculable
d’Emily donnant des coups insonores autour du petit groupe. La situation
devenait réellement glauque.
Tandis qu’ils commençaient à
s’agiter et songer à aller chercher de l’aide, un autre reflet apparut
derrière chacun de ceux de la jeune femme perdue. Il s’agissait du clown
qui les avait fait rentrer, tout sourire. Il s’approcha et s’arrêta à
moins d’un pas d’elle. Le groupe fut soulagé : il allait enfin la
ramener et ils pourraient continuer de profiter du parc avant sa
fermeture. Si elle ne se sentait pas d’attaque, Berthold pourrait la
consoler et ils ne tarderaient pas à rentrer. Il ne faisait aucun doute
qu’elle ne remettrait pas les pieds dans un palais des glaces de sitôt.
Mais les reflets du clown leur firent simplement coucou, puis ils
entendirent les échos de sa voix, quelque part dans l’attraction,
s’exclamer « Et maintenant, que le spectacle commence ! », suivis d’un
long rire comme on en attribuait aux clowns des foires. C’était de bien
mauvais goût, pensa Ulrich, de les faire encore attendre pour rien. Le
clown posa alors sa main sur l’épaule d’Emily.
Alors survint
quelque chose d’épouvantable. Une musique de cirque se lança et les yeux
de la jeune femme se révulsèrent. Elle commença à être prise d’étranges
spasmes de plus en plus violents, jusqu’à ce que, ponctuée d’un coup de
tambour de la musique, une énorme gerbe de sang éclabousse la glace. Ou
plutôt, ce furent des milliers de gerbes de sang qui recouvrirent tous
les miroirs autour d’eux. Emily semblait avoir littéralement explosé. La
main du clown reposait sur un squelette répugnant, recouvert des restes
de l’intérieur du corps, tandis que l’intégralité des organes s’était
étalée, en charpie, sur le sol. Ayant été aux premières loges,
l’horrifiant personnage était à présent recouvert de ses entrailles qui
dégoulinaient le long de ses vêtements. Couvert de rouge, le masque – ou
le visage – était tout bonnement terrifiant.
Ulrich se détourna
brutalement et Berthold vomit, avant de cesser tout mouvement, mis à
part un léger tremblotement. Ria se mit à hurler comme une hystérique.
Seule Helmine regarda la scène d’un air impassible, défiant presque les
reflets du clown du regard. Ulrich, en proie à une peur panique, saisit
ses amis pour les faire bouger et rebroussa le chemin en courant, les
lâchant lorsqu’il les entendit courir avec lui. N’ayant pas été loin,
ils réussirent sans mal à sortir, et se retrouvèrent dans la petite
cabine d’entrée, haletants. Face à eux, bien en évidence, un œil rouge
était dessiné sur le mur faisant face au palais. La pupille semblait
fixer l’intérieur. Ce détail, qui ajoutait au macabre de la scène, ne
retint cependant pas tout de suite l’attention du groupe réduit. C’est
alors que Helmine fit remarquer, d’une voix sans émotion, que Berthold
n’était pas avec eux.
Horrifiés, Ria et Ulrich se retournèrent
vers l’antre du clown, désemparés par leur impuissance devant la
tournure que prenaient les évènements. Au même moment retentit un
hurlement de rage, indubitablement poussé par le garçon qui était resté
en arrière, incapable de quitter les lieux – ou peut être trop aveuglé
par la perte d’Emily pour comprendre à quel danger il s’exposait. Ils
eurent même le temps de le voir disparaître furtivement dans le fond du
couloir. Le hurlement se poursuivit en s’éloignant encore quelques
secondes, puis il s’interrompit brutalement, remplacé par un craquement
sinistre et le bruit d’une matière gluante s’écrasant sur le sol. Les
pensées d’Ulrich n’arrivaient pas à suivre, c’était du domaine de
l’impossible, comment un simple clown pouvait–il faire ça ? Emily et
Berthold ne pouvaient pas être morts, il devait être dans un cauchemar,
endormi en plein cours.
Dès les premiers signes évidents du
deuxième massacre, la pupille de l’œil se détacha de l’entrée du palais
pour se fixer sur les trois jeunes gens restants. Son regard semblait
euphorique, et pourtant on sentait derrière une malice, une malfaisance
des plus sombres. Horrifiés par le deuxième décès brutal et par cet
élément supplémentaire, les étudiants se précipitèrent dehors, Ria la
première, suivie d’Ulrich tirant une Helmine nonchalante. Les lumières
étaient toutes éteintes et la nuit était désormais tombée. Combien de
temps avaient–ils bien pu passer là–dedans ? Ulrich remarqua que sa
montre était bloquée sur seize heures quarante–deux : peut-être était-ce
ce qui expliquait qu’ils n’avaient pas vu le temps passer ? Non, même
s’ils étaient restés longtemps, ils n’avaient pas pu rester enfermés
plusieurs heures dans un palais des glaces sans s’en rendre compte.
D’une manière ou d’une autre, c’était encore un coup de leur
poursuivant.
Ria se remit à hurler de plus belle. Du haut du
train fantôme, à leur droite, une silhouette sombre, avec deux ronds
blancs en guise d’yeux et un sourire aiguisé qui luisaient dans le noir,
les fixait, immobile. Le clown était donc déjà dehors. Il n’était
assurément pas humain, personne n’était capable de passer de l’intérieur
d’une attraction au sommet d’une autre en moins de deux minutes. Il ne
les suivit pourtant pas lorsqu’ils détalèrent en direction de la sortie
de la fête foraine, de la voiture. Ils y arrivèrent donc sans mal, et
Ulrich sauta à la place du conducteur sans demander son reste et mit le
contact. Lorsque Helmine fut installée sur la place du passager avant et
Ria sur la banquette arrière, il démarra en trombe et leur fit prendre
la fuite.
La pluie se mit à tomber violemment sur le pare–brise.
Ria sanglotait derrière, Helmine regardait dans le vide, toujours sans
montrer la moindre réaction quant à ce qui venait de se passer, Ulrich
regardait la route, en état de choc. Il n’arrivait toujours pas à saisir
ce qui venait de se passer. Berthold et Emily étaient sensés être là,
mais leurs sièges étaient vides. Où étaient–ils ? Ils allaient lui
passer un savon lorsqu’il les reverrait à l’université. Ce qu’il venait
de voir n’arrivait que dans les mauvais films d’horreurs, c’était
évident maintenant, ça ne pouvait pas arriver, soit il dormait en cours
soit il avait respiré à son insu une substance hallucinogène et tout ce
qu’il voyait n’était qu’une illusion, et si Ria criait, c’était
uniquement parce qu’elle était en colère qu’Ulrich ne comprenne pas que
leurs deux amis étaient toujours à la fête foraine et que sans lui, ils
ne pourraient pas rentrer. Pourtant, tout, de la pluie qui battait les
fenêtres à la sensation qu’il éprouvait en passant par sa moiteur,
semblait si réel…
« Mais c’était quoi ça ?! C’est quoi, ces
conneries ?! C’est pas possible, on est dans de la science-fiction, là !
hurla Ria, rompant le mutisme dans lequel ils étaient tous plongés.
–
Emily et Berthold sont morts, c’est tout, répondit simplement Helmine.
Il faut partir rapidement si on ne veut pas subir le même…
– Mais
t’es complètement malade ?! T’as un grain, merde, tu viens de voir deux
personnes exploser et tu t’en fous complètement, on a l’impression que
ça te fait pas plus d’effet que s’ils avaient pris le train, t’es
complètement tarée, ma pauvre fille, j’ai toujours su que t’avais un
gros problème ! »
Ria avait pété les plombs et déversait toute sa
terreur et sa colère sur la jeune femme assise à l’avant, qui ne
semblait pas plus émue par la perte de ses amis que par la détresse de
l’occupante de la banquette arrière. Même s’il avait l’habitude de son
détachement, Ulrich commença aussi à lui en vouloir. C’était tout
bonnement inhumain de s’en ficher. Qu’allaient-ils dire à leurs parents ?
Aux policiers ? Et à qui que ce soit, d’ailleurs ? Ils étaient partis
il y a à peine quelques heures, complètement insouciants, sans se douter
de leur destin, et à présent, Emily et Berthold étaient morts. Morts.
Le mot résonnait dans son esprit, comme il avait été prononcé par son
amie. Ce n’était pas un cauchemar, il n’était pas en cours et il
n’allait pas se réveiller avec les réprimandes de son professeur et les
moqueries des autres étudiants. C’était la réalité, et il ne pouvait
rien y changer.
« Bien sûr que si, ça me fait quelque chose, dit
soudain Helmine. Même si ça ne se voit pas, que je ne sais pas crier
comme toi, ça fait mal à l’intérieur de savoir que deux des personnes
les plus proches que j’ai jamais eues n’existent plus, et que je vais
bientôt me retrouver toute seule. »
Contrairement à son habitude,
une pointe d’émotion semblait perceptible dans sa voix, et elle s’était
retournée pour fixer Ria d’un regard plus pénétrant qu’une lame de
rasoir. Ulrich quitta la route des yeux un instant pour lancer un regard
vers elle et fut choqué de s’apercevoir que si son expression
impassible n’avait pas bougé d’un pouce, une larme bien réelle était en
train de couler sur sa joue. Cette agitation chez elle était si
singulière et inattendue chez elle que les cris à l’arrière cessèrent et
ne reprirent plus. Le jeune homme s’efforça de répondre sans trop
laisser sa voix trembler :
« Tu ne vas pas te retrouver toute
seule. Eh, on est là, on s’en est sortis, il ne peut plus nous attraper,
c’est fini, il ne nous reste plus qu’à rejoindre la ville et tout sera
terminé. Promis, tu ne finiras pas seule.
– Tu penses vraiment ce
que tu dis ? enchaîna immédiatement Hermine, avant même que sa bouche
ait eu le temps de se refermer, tout en se tournant vers Ulrich et en
approchant son visage à une distance désagréablement proche. Vous
n’allez pas finir comme eux ?
– Bien sûr que… »
Il ne put
finir sa phrase : au détour d’un virage, les phares éclairèrent la
silhouette d’un homme en plein milieu de la route, et le conducteur, par
réflexe, donna un brusque coup de volant sur la gauche pour tenter de
l’éviter. La voiture s’envola comme si elle avait soudain été soulagée
de tout son poids avant de chuter sur le côté de la chaussée. Elle
s’écrasa lourdement sur une pente, qui était demeurée invisible aux yeux
du garçon tant ils étaient fixés sur la route, sans toutefois cesser sa
chute, et la dégringola en tonneau. Les cris de Ria se mêlaient au
fracas métallique qui accompagnait leur roulé-boulé qui semblait ne
jamais devoir prendre fin. La tête du conducteur finit par heurter la
vitre de sa portière et il s’évanouit sous le choc, bien avant que la
voiture ne s’immobilise.
Lorsqu’il ouvrit les yeux, une douleur
lancinante le prit sur le coté de sa tête et dans son bras gauche. Il
devait s’être brisé l’avant–bras. Quoi d’autre encore ? Probablement une
commotion cérébrale. Le jeune homme avait du mal à conserver un regard
fixe et voyait des étoiles danser devant ses yeux, et il avait en plus
de la douleur à la tête la sensation d’une migraine terrible. Il se mit
sur son avant–bras droit et vomit sur le coté, avant de hurler,
percevant la totalité de la douleur à mesure que la torpeur le quittait.
D’autre part, il était trempé, couvert de boue et collait. Impossible
de définir l’endroit où il se trouvait, ni celui où avaient atterri les
autres, ni ce qu’il convenait de faire. D’autant que dans son état,
n’importe qui lui aurait ordonné l’immobilité. Mais pouvait-il se le
permettre ? Il ne savait pas s’il était capable de se lever, ni si les
filles étaient en un seul morceau, ou si la personne qui avait causé
leur accident allait prévenir les secours ou bien les laisser là à
agoniser… Il se mit à pleurer.
Comment en étaient–ils arrivés là ?
La voiture était retournée, dans le fossé. Le moteur tournait encore.
Ulrich avait été éjecté quelques mètres plus loin, dans la boue. Il
avait été sonné quelques minutes, mais la pluie qui tombait drue et la
douleur qui parcourait tout son corps l’avaient complètement réveillé.
Près de la voiture, une silhouette d’homme se profilait et s’approchait
lentement. Ulrich tenta de distinguer de qui il s’agissait, mais la
pluie troublait sa vision. Il voulut se relever, mais ses jambes ne
purent le porter. Il se mit à ramper dans les flaques d’eau boueuses, se
rapprochant comme il pouvait du véhicule. Au fur et à mesure qu’il
s’approchait, il arrivait à distinguer plus de détails. Les vitres
latérales avaient explosé, le pare–brise était fissuré de long en large,
les roues du coté droit étaient tordues, le pare–choc et les
bas–de–caisses étaient complètement défoncés. Le regard du jeune homme
se porta sur l’homme qui arrivait et il reconnut un chapeau
haut–de–forme, un costume, deux yeux ronds et un sourire luisant.
Le
clown était arrivé là avant eux. Aussi impossible que ça l’était, il
était bien en face de lui. Il avançait lentement, les mains dans les
poches, sur la pente raide, sans sembler perdre le moins du monde son
équilibre. Il s’arrêta devant une tâche plus sombre que le reste,
difficile à discerner au premier coup d’œil, s’agenouilla face à elle et
appliqua ses mains dessus. Malgré la pluie, Ulrich distingua quelque
chose gicler tout autour. Le clown se releva, trempé, même si à
l’évidence il n’y avait pas que de l’eau qui coulait de ses manches.
Était–ce Helmine ou Ria qui se trouvait désormais éparpillée sur le sol ?
Il s’avançait maintenant en direction du jeune garçon. Ulrich avait
encore perdu quelqu’un. Il fut bientôt à quelques mètres du garçon
impuissant. Le jeune homme se releva tant bien que mal pour faire face,
même s’il tremblait de peur. Sa vue s’obscurcit momentanément à cause de
l’effort et il faillit retomber.
« Ne fais pas de manière, ce
n’est pas douloureux. De toute façon, au point où tu en es, il vaut
mieux que je t’achève », chuinta la voix du clown.
Ulrich le fixa.
« Pourquoi ?
–
Tu es bien bavard, pour un mourant. Pourquoi quoi ? La mort ? Je ne
sais pas, je sais juste que c’est ma raison d’être. Pourquoi vous ?
Parce que vous étiez au mauvais endroit au mauvais moment, et que vous
avez accepté mon invitation. On ne vous a jamais dit de ne pas faire
confiance aux inconnus ?
– Qu’est-ce que vous êtes ? »
L’individu sembla décontenancé quelques secondes.
« Mais enfin, je suis un clown, tu ne le vois pas ? Mon costume a mal été dessiné ?
– Arrêtez de vous foutre de moi ! »
Malgré
la douleur et le désespoir, Ulrich sentait poindre en lui un sentiment
irrépressible de fureur. Cette chose n’en avait pas assez de prendre la
vie de ses amis, il fallait qu’elle en fasse un sketch jusqu’au bout. La
rage qui bouillait en lui lui donna la force de se relever et de faire
face à son ennemi.
« Vous ne pouvez pas être humain, les choses comme vous, ça n’existe pas ! D’où est-ce que vous venez ?
– Hum… Je n’ai pas de réponse satisfaisante à te donner. Je suis là, c’est tout. Quant à savoir si je suis humain ou non… »
Il
s’arrêta, songeur. Les gouttes de pluie roulaient sur ses joues plates
et son sourire immobile. Il n’avait pas l’air habitué à ce qu’on lui
parle. Peut-être serait-il possible de jouer là-dessus et de l’occuper
suffisamment longtemps pour que quelqu’un les retrouve et les aide à
s’enfuir ? Ils n’étaient pas si loin de la route, n’importe qui
s’apercevrait forcément de l’accident et appellerait les secours. Avec
un peu de chance, il serait possible de repousser le monstre. Ce dernier
se remit à parler :
« Je ne fais que mon travail, tu sais. Un
clown est fait pour être divertissant, il faut que son spectacle soit
plein de surprises inattendues jusqu’au bout, sinon le public s’ennuie.
Maîtriser toute cette mise en scène, c’est un vrai casse-tête.
– Vous êtes fou à lier… »
Le
clown se rapprocha de lui à ces mots. Il semblait presque que ses yeux
s’étaient rétrécis, mais cela semblait impossible pour les trous d’un
masque. Quoique, se dit Ulrich, le domaine du possible s’était retrouvé
complètement chamboulé ces dernières heures.
« Je ne suis pas fou ! C’est toi qui ne sais pas regarder. Enfin, de toute manière, tu ne fais pas partie des spectateurs. »
Une
lumière jaune les éclaira un instant et un crissement de pneus retentit
au loin. Un petit espoir germa dans l’esprit d’Ulrich. Quelqu’un les
avait enfin vu ! Comme pour confirmer cette pensée, un bruit de portière
se fit entendre. Face à lui, le clown restait de marbre, comme s’il
l’observait et attendait qu’il réponde à sa dernière intervention. Il
semblait ne rien avoir remarqué, ou alors il ne s’en inquiétait pas. Ce
dernier paramètre aurait dû inquiéter le jeune homme, mais ce dernier,
enhardi, se mit en tête de le faire parler davantage, bien qu’il restât
prudent pour éviter de le mettre en rogne. Après tout, la créature était
dotée de pouvoir surnaturels.
« Votre palais des glaces, il n’est pas normal non plus, hein ? Il est fait pour qu’on ne puisse pas en sortir ?
–
Plus ou moins, répondit la chose, son sourire luisant dans la pénombre.
En fait, on peut en sortir, mais quelqu’un finit toujours par s’y
perdre. Et les gens ont tendance à essayer de retrouver cette personne
plutôt que de l’abandonner à son sort. Donc, en quelque sorte, tout le
monde est attrapé.
– Et votre œil rouge, à la sortie, c’est pour quoi ? »
Cette
fois, la créature se tut. Elle sembla tout à coup se désintéresser de
lui et se retourna. La personne qui s’était arrêtée en voiture
s’approchait en toute vraisemblance d’eux. Avec la pluie, Ulrich
n’arrivait pas à distinguer si c’était un homme ou une femme ou un
quelconque autre détail. Quoi qu’il en fût, il était temps d’essayer de
s’éclipser et de retrouver la seule survivante qui ne devait pas être
loin. Il s’éloigna d’abord en reculant très lentement. L’adrénaline qui
parcourait ses veines endormait un peu la sensation de douleur qui lui
parcourait le bras droit et pulsait dans sa tête. Certes, il les avait
retrouvés sans difficulté une première fois sans difficulté, mais rien
ne disait que ce n’était pas un pur hasard.
« Vous êtes blessé, monsieur ? », cria une voix.
Profitant
de l’occasion, Ulrich se dirigea hâtivement vers la voiture retournée
et la contourna. Il fut surpris de voir qu’Helmine était toujours
assise, bien attachée, la tête à l’envers, comme si elle attendait que
les choses se passent. L’accident ne semblait pas l’avoir secouée ni
blessée, elle en était miraculeusement sortie indemne. Comme le jeune
homme le craignait, la banquette arrière était en revanche vide, et vu
l’état de la voiture, Ria devait en avoir été également éjectée. Elle
avait eu le malheur d’être la plus proche sur la trajectoire du clown
tueur. Mais il aurait tout le loisir de réfléchir à tout cela plus tard ;
pour l’heure, il fallait sortir son amie du véhicule accidenté et
tenter quelque chose pour ne pas finir en charpie. Il ouvrit la portière
tant bien que mal et tendit sa main gauche.
« Toi aussi, tu vas
mourir. Je vous l’avais dit, je vais me retrouver toute seule », dit
soudain Helmine. Elle pleurait stoïquement. Dans sa position, les larmes
remontaient sur son front et se perdaient dans ses cheveux.
« Arrête de raconter n’importe quoi et viens avec moi. Il est occupé, on a peut-être encore une chance.
– Ça devait arriver, ça devait arriver. C’est ma faute…
– Arrête de raconter n’importe quoi et viens !
– Pardon, Ulrich. »
Il
ne comprit pas les mots de son ami. Mais il sentit la main qui se posa
doucement sur son épaule, presque comme celle d’un ami venant vous
annoncer une triste nouvelle en essayant de vous réconforter tant que
possible. Le jeune homme tourna la tête et vit le masque à quelques
centimètres de son visage. Il était en réalité constitué d’une peau
étrange, lisse, sans aucune autre forme de pilosité que les cheveux qui
descendaient du haut-de-forme. Le sourire carnassier semblait lui aussi
dessiné dans la même matière organique, et il était impossible de
distinguer une ouverture quelconque. Mais surtout, ses yeux étaient
réellement deux trous vides, qui apparaissaient blancs grâce à une
quelconque sorcellerie, et dans lesquels toute l’horreur du monde se
reflétait. Dans sa main droite, la créature tenait la tête d’un homme
entre deux âges, dont le visage était figé dans une expression de
terreur folle.
Le visage de l’étudiant se décomposa, ses yeux
s’écarquillèrent, sa vessie se vida, et il se mit à hurler comme un
damné pendant quelques secondes. Il fut mort avant de sentir sa chair se
déchirer, son crâne se fendre, sa moelle épinière bouillonner, sa
cervelle éclater, son sang gicler et ses organes se déchiqueter. Les
morceaux éclaboussèrent tout le sol alentour. D’Ulrich, il ne restait
qu’un tas d’os ensanglanté, enchevêtré de veines et de petits morceaux
de chair, que les insectes commencèrent aussitôt à coloniser et à
ronger. Finalement, le clown n’avait pas menti, son trépas avait été
absolument indolore. La créature, qui était arrivée par derrière sans se
faire remarquer, laissa retomber la tête du conducteur malheureux dans
la boue et ricana, comme après une bonne blague.
« Tu as vu sa tête ? Il a vraiment cru qu’il allait s’en sortir ! »
Helmine,
qui avait aussi reçu une partie des restes de son ami, leva les yeux.
Même l’inexpressivité de ses traits ne parvenaient à dissimuler l’état
de panique extrême dans lequel elle se trouvait. Cependant, ce n’était
pas le clown qu’elle regardait. Derrière lui, dans l’obscurité, une
silhouette sombre se détachait à peine de l’obscurité environnante,
semblant s’effacer partiellement de temps à autres, comme si elle
appartenait à une autre réalité et peinait à rester accrochée à
celle-ci. Complètement immobile, elle semblait attendre que quelque
chose se passe.
« Mes excuses, jeune fille, je manque à tous mes
devoirs, dit le clown sur un ton faussement désolé, qui ne parvenait
toutefois pas à masquer son amusement. Ce soir, nous sommes en présence
d’un invité de marque. Permets-moi de te présenter mon metteur en scène.
Je suis sûr que vous vous entendrez à merveille ! »
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