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Apocalypse - Chapitre 3 : Envie

Cela faisait maintenant plusieurs jours que nous étions rentrés de Chine. Les événements auxquels nous avions assistés étaient encore bien présents dans nos esprits, surtout chez le père Jean, qui ne parlait désormais plus que pour prier. Le professeur, quant a lui, semblait étrangement excité par la tournure des événements. J'avais l'impression que pour lui, le fait d'avoir prouvé qu'il avait raison et que tout était vrai était bien plus important que le destin de l'humanité. Il regardait ses mails tous les quart d'heure, espérant que quelqu'un le contacte pour l'envoyer sur les traces d'un autre phénomène paranormal à travers le monde.

Quant a moi, je n'avais pas non plus fait grand-chose depuis que nous étions rentrés, mis à part passer mes journées à scruter un écran de télévision. Ce dont j'avais été témoin aurait bouleversé n'importe qui, mais, pour ma part, je ne ressentais quasiment rien. Comme si j'étais habitué à voir ce genre de chose, alors que ce n’était pas du tout le cas. J'avais lu quelque part que certaines personnes ayant assisté à un spectacle traumatisant y auraient développé une résistance particulière. Leur cerveau, afin de se préserver, aurait désactivé la peur, la tristesse, l'angoisse... Plus rien ne pouvait les choquer. Qui sait, c'était peut être ce qu'il m’était arrivé.

Pendant que le professeur consultait sa messagerie pour la 94eme fois aujourd'hui, une émission qui passait à la télé a capté mon attention. Elle parlait de conquête spatiale.

Un milliardaire, passionné par l'espace, avait fait construire un gigantesque vaisseau, afin d'aller sur Mars. Il avait commencé un immense casting, afin de réunir des personnes venant de chaque coins du monde, pour ensuite partir à la conquête de la planète rouge. Je me suis alors dit qu'il s’agissait d'un caprice de milliardaire, mais au vu de la situation actuelle et ce que je savais sur l'avenir de notre chère planète bleue, son caprice n’étais pas si bête que ça. A peine avais-je éteint la télé que j'ai entendu un cri venant de la chambre du professeur. Il avait enfin reçu un mail lui indiquant notre prochaine destination : L’Afghanistan.

Ce n’était pas un pays ou j'avais prévu de séjourner un jour, mais tant que ça nous permettait de sortir de cet appartement miteux, j'aurais été près à aller n'importe où. Le professeur, surexcité, était sur les chapeau de roues, si bien que je n'ai pu le questionner qu'une fois installé dans l'avion.

«Alors, professeur, qu'allons nous faire en Afghanistan ? J'imagine que vos contact ont trouvé quelque chose en rapport avec les péchés capitaux ? »
- Tout juste ! Selon les maigres informations qui m'ont été données, depuis la découverte d'une pierre portant des symboles inconnus, la partie Est du pays serait en proie au chaos. Des bagarres éclatent un peu partout autour de l'endroit ou a été trouvée la pierre. Certaines se solderaient même par la mort... En conséquence, les gens fuient cet endroit, et ceux qui persistent à y rester sont très prudents, surtout avec les étrangers.
- Ce n'est pas un peu dangereux ? Vous avez bien vu ce qui nous est arrivé au Tibet ! Et si cette pierre nous rendait fous nous aussi ?
- Tu as tout à fait raison, c'est pour cela que j'ai demandé de l'aide au Vatican à propos de ça. Ils m'ont dit qu'ils avaient une solution à nous proposer. Elle nous attendra à notre arrivée à Kaboul.»

Le voyage s'est passé sans encombre, puisque j'ai dormi tout le long. Il semblerait effectivement que les sièges d'un avion soient plus confortables que notre appartement moisi. Notre mission était importante, pourtant les fonds qui nous étaient alloués par le Vatican étaient bien dérisoires.

Une fois arrivé à Kaboul, j'ai immédiatement été interloqué par le tumulte qui régnait dans l'aéroport. Il y avait énormément de monde, ils semblaient plus ou moins tous chercher un vol pour quitter le pays. D'une certaine façon, cela contrastait avec notre avion, qui lui était pratiquement vide. Si tout le monde cherche à quitter le pays, et que personne ne vient le visiter, c'est vraiment qu'il doit y avoir un souci sur le territoire afghan. Je veux dire, le pays n'a jamais été une destination de rêve, a cause des nombreuses guerres qui y ont lieu, mais je pense qu'il doit quand même recevoir un certain nombre de touristes, encore plus dans une grande ville comme Kaboul.

Cependant, ma rêverie n'a pas duré longtemps. A peine me suis-je perdu dans mes pensées qu'un homme m'a bousculé en s'emparant de ma valise, avant de prendre la fuite. Sorti de mon intense réflexion, je n'ai pas capté tout de suite, mais quelque chose clochait : il courait anormalement vite, et ce malgré la lourde charge qu'il portait maintenant avec lui. Ma valise contenait tous mes vêtements, mon ordinateur, et quelques objets de toilette. Mine de rien, cela pesait quand même son poids.

Mais l'homme filait quand même à toute allure, ma valise dans les mains. Il semblait comme possédé. Il serrait mon bagage comme s'il s'agissait de son bien le plus précieux. Je n’étais pas mauvais à la course, j'avais fait un peu de cross étant plus jeune, mais j'étais incapable de le rattraper. J'étais sur le point d'abandonner l'idée de revoir un jour mes affaires quand un autre homme est passé a côté de moi en courant. En apparence, il s'agissait d'un occidental à la carrure sportive, qui poursuivait le voleur à toute allure. Malgré la vitesse folle de celui-ci, il a réussi à le rattraper et à récupérer ma valise. Il est revenu vers moi, mon bagage à la main.

Pour ma part, j'étais en train de cracher mes poumons, alors que je n'avais couru que deux minutes. Lui, au contraire, ne semblait même pas essoufflé.

"Tiens, voici tes affaires. Fais attention, ces temps ci, il y a énormément de vols par ici."

Il m'avait parlé en français, non sans un accent prononcé. Mais comment diable savait-t-il que j'étais français ? Ce n’était pas marqué sur mon front. Le professeur, qui s'était approché, n'a pas tardé à dissiper mes doutes :

"Ah, je vois que tu as rencontré notre envoyé du Vatican. Voici Enzo, il est venu nous apporter la fameuse solution qui nous permettra de ne pas subir les effets des reliques des péchés capitaux.
- Bonjour professeur. Heureux de vous rencontrer. Bien, le chauffeur nous attend, nous parlerons en cours de route. Suivez-moi, et faites attention à vos affaires !" a-t-il dit en me regardant, non sans un léger sourire."

Ainsi, nous nous nous sommes rendus sur le parking de l'aéroport, ou nous attendait une vieille voiture, ainsi que son chauffeur, que l'on devinait facilement être un autochtone. Il fumait une cigarette en nous attendant, et, au vu des mégots qui jonchaient le sol, ce n’était pas la première. Enzo a alors demandé au chauffeur, en anglais, de nous déposer le plus près possible de l'endroit où  se trouvait la pierre.Une fois tous assis dans le véhicule et nos ceintures bouclées, il a commencé à nous expliquer la situation.

"Je me suis renseigné auprès des habitants de Kaboul, et ce qui se passe ici est assez incroyable. Depuis que la pierre a été trouvée, la criminalité du pays a augmenté en flèche. Surtout au niveau des vols ! Et ce n'est pas que des objets de valeurs qui sont volés. L'autre jour, un homme a été tué pour son briquet ! Le monde devient fou...
- L’Afghanistan a toujours été un pays dangereux. Le peuple doit être oppressé par ces guerres constantes... Ça ne m'étonne pas qu'il y ai des vols... a répondu le professeur.
- Certes, a rétorqué Enzo. Mais, comme l'a aussi vu notre jeune ami ici présent, lorsque les voleurs accomplissent leur larcins, ils semblent être possédés par quelque chose. Il n'ont d'yeux que pour leur butin. Quand j'ai récupéré la valise, le voleur la serait si fort que j'ai du le frapper pour qu'il lâche prise. Les voleurs agissent comme Gollum avec l'anneau unique, si vous me permettez cette référence.
- C'est peut être la pierre qui cause tout ce tumulte. Cela ressemble beaucoup au péché de l'Envie...  Après tout, nous sommes là pour vérifier si tel est le cas. A ce propos, pouvez vous-nous montrer ce que le Vatican nous envoie pour contrer les effets des péchés capitaux ?
- Ah, oui, vous allez voir, c'est assez difficile à croire."

Enzo a alors sorti une valise de sous la banquette. Il l'a ouverte, laissant apparaître 4 anneaux en bois, sculptés de façon assez sommaire. Il en a donné un à chacun, puis nous a révélé leur nature :

"Alors, accrochez-vous bien. Ces anneaux on été sculptés avec des bouts de bois provenant de l'Arche d'alliance !"

Les yeux du père Jean se sont écarquillés. Lui qui n'avait pas prononcé un mot depuis notre arrivée s'était vu offrir une vigueur renouvelée.

"Vous avez l'Arche d'Alliance ! Santo Deus... Cela veux dire que vous avez également...
- Non, l'a coupé Enzo. Malheureusement, nous ne possédons que l'Arche. Nous n'avons pas trouvé les tablettes des 10 commandements dedans. Cela dit, elle s'est tout de même révélée très utile. Voyez-vous, elle a contenu la parole de Dieu, par conséquent, il n'y a pas d'endroit plus saint que son intérieur. Nous en avons donc déduit qu'elle pouvait contenir le pouvoir maléfique des 7 reliques. Le bol que vous avez vu au Tibet est déjà à l’intérieur, et, pour l'instant, il n'y a encore personne qui a vu sa faim grandir a proximité de l'arche.
- Mais, attendez, si cela marche vraiment, pourquoi n'avez-vous pas envoyé directement l'Arche ici pour récupérer cette pierre, source de tant de maux ? ai-je je demandé.
- C'est une bonne question, a répondu Enzo. Mais tu crois bien qu'une chose aussi sacrée, on ne la transporte pas de droite à gauche comme ça aussi facilement. Il faut vraiment que l'apparition d'une relique liée aux péchés capitaux soit confirmée. Et c'est pour cette raison que vous êtes ici. Si cette pierre est effectivement une relique des péchés, le Vatican viendra la récupérer aussitôt.
- Et ces anneaux portent en eux une partie du pouvoir de l'arche, c'est bien ça ? s'est enquit le professeur.
- Tout a fait, a répondu Enzo. Ils ne vous immunisent pas indéfiniment contre le pouvoir des reliques, mais ça devrait être assez pour que vous puissiez mener à bien votre mission.
- Mais comment se fait-il que personne ne soit au courant ? C'est un sacré secret ! D'ailleurs, vous nous le révélez comme ça... Qui vous dit qu'on ne vas pas vendre la mèche ? ai-je demandé, étonné par cet excès de confiance.
- Le Vatican a de nombreux secrets. Vous seriez surpris. Je vous ai parlé de l'Arche car de toute façon, au vu de votre mission, vous serez amenés à la voir tôt ou tard. Par rapport au fait de « vendre la mèche » , vous ne seriez pas les premiers à prétendre que l'Arche d'Alliance existe. D'autres ont essayé d'en parler, et personne ne les a jamais cru. Je ne vois pas comment vous pourrez prouver vos dire. Et pour ce qui est du chauffeur, il ne comprend pas un seul mot de français, j'ai déjà fait appel à lui par le passé."

Nous avions tous enfilé nos anneaux, pendant qu'Enzo demandait au chauffeur de s’arrêter dans la prochaine rue.

"Je n'ai pas eu le temps de vous remercier, Enzo, pour avoir récupéré ma valise. Vous avez une vitesse et une endurance bien supérieure à la mienne, je dois l'avouer.
- Ce n'est rien, ne t'en fais pas pour ça. Et puis, j'essaie de garder la forme et d'entretenir mon corps du mieux que je peux. Je ne peux t'encourager qu'à faire de même, une ou deux heures de cardio par jour, ce n'est pas la mer à boire !", a-il répondu, sarcastique, alors que notre voiture s'arrêtait sur le bas côté.

Alors que nous nous préparions à sortir de la voiture, un groupe de personne s'était approché de nous. Ils avaient le même regard vide que le voleur de l'aéroport. J'avais un très mauvais pressentiment sur ce qui allait se passer si nous restions là, et je n’étais visiblement pas le seul car Enzo nous à ordonné de remonter dans la voiture à toute vitesse, avant de demander au chauffeur de redémarrer le plus vite possible.

Notre intuition était la bonne, car ce groupe d'individus s’est violemment jeté sur la voiture, essayant de briser les vitres pour nous atteindre. Pire, certains ont même tenté d'arracher les rétroviseurs pour les emporter avec eux. Le chauffeur n'a réussi à les semer qu'au bout de quelques minutes, car non seulement ils couraient très vite, mais la voiture n’étais pas toute jeune et avait eu du mal à les distancer.

Finalement, nous sommes arrivés devant ce qui semblait être un musée de Minéralogie et de Géologie. Enzo a demandé au chauffeur de rester dans la voiture, avant de nous dire que nous étions arrivé à destination. La pierre était sans doute là.

Nous sommes entrés, nous attendant à découvrir l'intérieur classique d'un musée de ce genre... jusqu'à voir le sol jonché de cadavres qui s'offrait à nous. Ils étaient tous nus, probablement dépouillés de tous leur biens, et, visiblement, ils avaient été battus à mort. Il n'y avait plus ni pierres ni cristaux dans le musée, qui avait été complètement pillé. Enfin, il restait quand même quelque chose, une pierre, qui trônait au milieu de la salle.

Je me suis légèrement approché, et ai constaté qu'elle était effectivement couverte de symboles méconnus. Je n'en avais jamais encore vu de tels. Le professeur et moi nous sommes tournés vers notre expert, guettant sa réaction, se demandant s'il avait remarqué quelque chose. Et, au vu de son expression, c’était le cas.

"C'est... C'est la marque de Caïn ! Cela veux dire que cette pierre est... Meu Deus. Je suis stupide, nous sommes en Terre de Nod, j'aurais du l'avoir deviné depuis longtemps !
- Caïn ? Terre de Nod ? Pouvez vous être un peu plus explicite, mon père ? a demandé le professeur.
- Tout s'explique. Vous aviez raison, professeur. Cette pierre... elle représente le péché de L'envie... Elle représente... La jalousie originelle ! Vous voyez, Adam et Eve ont eu plusieurs enfants, dont l’aîné était Caïn. Il cultivait la terre, alors que son frère, Abel, était le gardien d'un troupeau de moutons. Lorsqu'ils eurent à faire une offrande à Dieu, chacun offrit ce qu'il avait de meilleur. Mais Dieu préféra l’offrande d'Abel. Caïn, fou de jalousie, tua son frère à l'aide d'une pierre. Celle-là même que vous voyez ici. C'est le premier meurtre, et la première fois qu'un être humain éprouva de la jalousie envers un autre... L'envie originelle.
- Mais comment pouvez vous savoir qu'il s'agit la de la pierre qu'a utilisé Caïn pour tuer son frère ? avais je demandé.
- Et bien, après qu'il ait assassiné son frère, Caïn fut banni par Dieu, et il rejoint la Terre de Nod... qui se situe ici même, en Afghanistan. Pour qu'il se rappelle pour toujours de son méfait, Dieu marqua Caïn d'un symbole. Et aussi l'arme du crime, comme nous pouvons le constater. "

Le prêtre s’était éloigné de la pierre.

"J'en ai vu plus qu'assez. Il faut mettre cette relique à l'abri, avant qu'elle ne fasse davantage de dégâts
- Je pense que c'est trop tard, a répondu Enzo, d'une voix apeurée."

Pendant que le prêtre nous parlait, une petite troupe s'était formée autour de nous. Nous étions encerclés par ces êtres fous de jalousie, et nous allions sûrement finir comme ces corps inertes qui jonchaient le sol. Ces mêmes corps qui m'avaient donnée une idée, idée qui allait peut-être permettre de survivre à cette situation critique.

"Que tout le monde se mette nu !" ai-je crié.

Ils m'ont alors tous regardé comme si j'avais perdu la tête.

"Faites-moi confiance. Si nous n'avons sur nous rien à voler, peut-être qu'ils nous laisseront tranquilles. Ça vaut le coup d'essayer !".

C'était peut être une idée farfelue, mais c’était la seule chance que nous avions. Nous nous sommes tous déshabillés et avons jeté nos affaires sur le sol. Le groupe qui nous encerclait s'est empressé de se jeter dessus, avant de disparaître aussi vite qu'ils étaient venus.

Ça avait marché. Nous avions perdu notre dignité, mais, au moins, nous étions vivants.

Alors que nous nous dirigions vers la sortie, le chauffeur était apparu devant nous. Il avait les yeux vides, comme les autres. Il avait fini lui aussi par succomber à la folie.
Enzo nous a regardé, ne sachant trop que faire, puis a haussé les épaules et nous a fait signe de le suivre :

"Nous sommes nus comme des vers. Il n'y a rien qu'il puisse nous voler, il ne nous fera pas de mal. Allons-nous en, que je puisse informer le Vatican de nos découvertes."

Il avait tort. Il avait encore quelque chose qui pouvait intéresser le chauffeur. Ce même chauffeur qui n'avait pas arrêter de fumer depuis l'aéroport. Et, au vu de sa toux persistante, il devait fumer comme ça depuis des années. Ses poumons devaient être dans un sale état... Tout le contraire de l'athlétique Enzo, qui fait 2 heures de cardio par jour.
Ses poumons devaient être en très bon état... Et, comme il en avait parlé dans la voiture, le chauffeur le savait. Et il ne voulait plus qu'une chose : se les approprier.
Avant que nous ne puissions bouger, le chauffeur avait déjà planté un couteau dans le ventre d'Enzo, qui ne semblait pas comprendre ce qui lui arrivait. il lui a alors ouvert le ventre, avant de plonger ses mains dedans, et de chercher à l’intérieur.

Nous étions tétanisés devant un tel spectacle. Le chauffeur a finalement trouvé ce qu'il cherchait. D'un coup sec, il extirpa un poumon, puis l'autre, du ventre d'Enzo, qui était toujours vivant. Ses boyaux étaient tombés sur sol. Il nous a alors jeté un dernier regard, avant de s'écrouler par terre, dans une mare de sang.

Le chauffeur tenait les poumons d'Enzo dans ses mains, et les levait au ciel. Il avait l'air d'être l'homme le plus heureux de la terre. Puis, il les a serré dans ses bras, comme si c'était un poupon.
Il fallait que nous en profitions pour partir, mais il était devant la sortie, et il avait un couteau. C’était très risqué de passer a coté de lui comme ça. Il fallait que quelqu'un fasse quelque chose.
Le professeur était horrifié par ce spectacle, et ne semblait pas apte à débloquer la situation. Le père Jean était trop occupé à faire des signes de croix en marmonnant des prières en portugais. Il ne restait plus que moi. Il fallait que je trouve quelque chose pour mettre le chauffeur hors d'état de nuire. Et j'avais ce qu'il fallait à proximité.

Je me suis saisi de la pierre, avant de m'approcher du chauffeur par derrière, et, pendant qu'il était toujours occupé à se frotter contre les poumons ensanglantés d'Enzo, j'ai mobilisé mes ressources avant de lui porter un coup sur le crâne.
Sans avoir eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait, il s'est écroulé. Je n'avait pas mis toute ma force dans le coup, mais un peu de sang s'écoulait de sa blessure. J'ai jeté la pierre au sol et nous sommes tous parti vers la voiture.
Je ne l'avais pas réalisé jusqu'à lors, mais c'était la deuxième fois que cette pierre était utilisée en tant qu'arme. Cette pierre, qui était autrefois recouverte du sang d'Abel, était maintenant teintée du sang d'un chauffeur afghan. Alors que je devait peut-être craindre un châtiment semblable à celui de Caïn, je ne ressentais toujours rien.
Nous avons ensuite roulé jusqu'à Kaboul. Là-bas, nous nous sommes habillés avec les vêtements qui étaient dans nos valise, et le professeur a pu joindre le Vatican pour leur faire un rapport, non sans oublier le destin funeste qu'avait rencontré Enzo.

Le lendemain, la délégation du Vatican était sur place. Nous les avons guidés vers l'endroit où se trouvait la pierre, mais aussi le cadavre mutilé du pauvre Enzo. Ils ont prit soin de récupérer son corps pour le rapatrier en Italie, où il aurait droit a des funérailles décentes.

Nous avons également pu assister au moment où la pierre a été entreposée dans l'Arche d'Alliance. L'Arche n'était pas du tout comme je l'imaginais. J'avais en tête l'image de L'arche qui apparaissait dans le film, "Indiana Jones et les aventuriers de l'Arche perdue", mais ce que j'avais en face de moi a eu tôt fait d’éclipser cette image idyllique. Ce n'était qu'une vulgaire caisse en bois. Les agents du Vatican m'avaient alors expliqué qu'elle était à la base recouverte d'or, mais que celui-ci avait été pillé, ne laissant que l'armature de bois. Malgré les années, celle-ci n'avait pas pris  une ride. Un vrai miracle, mais, après tout, c'était une relique, touchée par le divin.

La délégation était ensuite repartie avec l'Arche, contenant maintenant le bol de la gourmandise et la pierre de l'envie. Quelques jours après, le pays était revenu à son état habituel.  Les émeutes et les agressions étaient toujours d'actualité, mais bien moins présentes et violentes.

Après cela, nous avons repris l'avion pour Paris, pour retrouver tout le confort de l'appartement miteux ou nous avions déjà séjourné précédemment. C'était la deuxième fois en un mois que je voyais quelqu'un mourir sous mes yeux, et pourtant, comme au Tibet, je ne ressentais rien. Le professeur et le prêtre étaient, quant a eux, bouleversés. Mais notre mission passait avant nos ressentiments, et il fallait continuer.
Il fallait maintenant attendre que le Vatican nous envoie sur la piste d'un autre péché.

En attendant, j'étais reparti pour passer mes journées devant la télé, espérant qu'il y ai moins de cadavres lors de notre prochaine aventure.

Texte de Kamus

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Note de l'auteur : On nous demande souvent pourquoi on met autant de temps pour sortir les chapitres de cette saga, la réponse est toute simple : Lorsque qu'un chapitre est publié, le suivant n'est pas encore écrit. Je prends mon temps et j'écrit suivant l'inspiration qui me vient, tout en voulant écrire quelque chose qui me plait avant tout. J’espère cependant que l'histoire vous plaît à vous aussi, et vous donne rendez vous très vite pour le chapitre suivant. 
Kamus

Spotlight : L'ange pleureur

« Bonjour, Monsieur Tenant. Vous êtes ponctuel ! Entrez, je vous prie. 
– Merci, Monsieur. 
– S'il-vous-plaît, pas de ça avec moi. Je suis peut-être votre psychiatre, mais appelez-moi Jean. 
– Comme vous voudrez, Jean. 
– Voilà qui est mieux. Maintenant, s'il-vous-plaît, allongez-vous sur ce canapé. Cela vous gêne-t-il si je prends des notes de votre récit ? 
– Absolument pas, Jean. 
– Bien. Installez-vous confortablement. Je ne veux pas que vous soyez intimidé. Vous ne passerez pas pour un menteur, et encore moins pour un fou. Je suis là pour vous aider. Prenez votre temps, et lorsque vous serez prêt, racontez-moi ce qui vous a amené ici. 
– Hum, alors... euh. Je ne sais pas par où commencer. 
– Prenez votre temps. Je ne suis pas là pour vous juger. Ne vous inquiétez pas. Je ne vous interromprai pas. Nous avons tout le temps qu'il nous faut. Qu'il vous faut. 
– Donc, ça s'est passé il y a quelques semaines... Je suis photographe amateur. J'aime prendre en photo tout ce qui représente la beauté, la mélancolie, la tristesse. Ce genre de choses. J'avais entendu parler d'une maison abandonnée, au 9 Avenue des Roses. Alors... 
– Pardonnez-moi, Alphonse... Mais je connais cette maison, et elle a été terminée l'année dernière. Comment pourrait-elle être abandonnée ? 
– J'y viendrai, si cela ne vous dérange pas. 
– Pas le moins du monde. Continuez je vous prie. 
– Donc... Ah, oui. J'ai alors décidé d'aller la voir. J'ai enquêté un peu sur cette maison, et j'ai découvert qu'une famille habitait là. Il aurait perdu la tête et tué sa femme et son enfant avant de se tuer. Personne ne sait pourquoi. La police a juste découvert du sang partout sur les murs, et le cadavre du père. Ceux de sa femme et de son enfant n'ont jamais été retrouvés.


« Donc j'ai décidé d'aller là-bas. La maison était sublime. Et son aspect abandonné lui donnait une touche de tristesse que je recherchais. Bien sûr, la maison était fermée. Mais j'ai grimpé par-dessus la clôture et je suis allé dans le jardin. Des fleurs et des herbes hautes avaient poussé un peu partout. J'ai pris quelques photos avant de remarquer quelque chose d'intéressant. Une magnifique statue d'un ange se tenait au fond de la cour. L'ange avait la tête dans les mains, comme s'il pleurait le triste passé de cette maison. Je n'ai pas pu m'empêcher de prendre plusieurs photos. 


« Alors que je partais, je me suis retourné une dernière fois vers la maison. Et là, derrière une vitre, j'ai vu une inscription inscrite sur un mur. J'ai donc une nouvelle fois escaladé la clôture et je suis retourné dans le jardin. L'inscription était marquée en lettres rouges sur le papier peint défraîchi. J'ai mis quelques secondes avant de parvenir à déchiffrer ce qui y était écrit. « L'ange ». Je me suis retourné vers la statue. Elle n'avait rien d'anormal. J'ai regardé une nouvelle fois à travers la fenêtre. Il n'y avait pas d'autre inscription. Seul « L'ange » était marqué. Je me suis alors dit que c'était le père de la famille qui habitait ici qui l'avait marqué. Mais pourquoi ? Que venait faire la statue d'un ange dans une histoire de meurtre ? J'ai alors senti une goutte tomber sur ma joue. Il commençait à pleuvoir. J'ai donc couru jusqu'à ma voiture et je suis rentré chez moi.


« Arrivé chez moi, j'ai développé les photos. Et j'ai remarqué quelque chose d'anormal. Il y avait quatre photos qui représentaient la clôture en fer rouillé, ainsi qu'un peu d'herbe en bas. J'ai mis quelques instants à me rappeler que c'étaient les photos de l'ange. Pourquoi n'apparaissait-il pas ? Lorsque je suis allé me coucher, la maison de l'Avenue des Roses me trottait dans la tête. Je me posais des questions sur l'ange et sur l'histoire de cette maison. Cela avait tellement piqué ma curiosité que j'ai décidé d'y retourner le lendemain.


« Le lendemain, donc, je suis retourné à cette maison, en apportant une lampe torche et un appareil photo numérique. Euh, excusez-moi. C'est un appareil photo muni d'un petit écran qui affiche les photos qu'on a pris. En fait il n'y a pas de pellicule, mais une carte mémoire... Bref. Je me suis garé devant la maison. La première chose que j'ai remarquée était que les grilles n'étaient plus fermées. C'était sûrement quelqu'un qui les avait ouvertes, mais pourtant j'avais la désagréable impression qu'on... que « quelque chose » m'invitait à entrer. J'ai sorti l'appareil photo de ma sacoche. J'ai pénétré à l'intérieur de la cour. Je me demandais si la porte d'entrée était déverrouillée, mais ma curiosité était plus forte et je suis allé vérifier la statue de l'ange. Je sais que ça a l'air fou, s'il vous plaît, ne vous moquez pas de moi...


– Je n'en avait pas l'intention, Alphonse. Continuez.
– Alors je suis allé voir la statue... Et je me suis rendu compte qu'elle avait bougé d'au moins deux mètres. En tout cas, elle était plus à gauche que l'endroit où elle était la veille. Elle se couvrait toujours les yeux. J'ai pris une photo d'elle. J'ai regardé l'écran de l'appareil photo, il n'y avait pas l'ange, juste le jardin. Du coin de l’œil, j'ai cru que la statue avait changé. Je l'ai regardée, mais en réalité, elle était toujours dans la même position. J'étais sûrement parano...


« En tout cas, je suis revenu sur mes pas, et j'ai poussé la porte d'entrée. Elle s'est ouverte, mais ça ne me surprenait pas vraiment. L'intérieur de la maison était poussiéreux et décrépit. Et il faisait sombre aussi. J'ai allumé ma lampe torche. Je ne me rappelle plus très bien de l'intérieur, mais c'était vraiment glauque. Il y avait des traces rouge sombre partout dans le salon. Quand je pense qu'une famille a vécu ici... Ça me fait encore frissonner.. Après quelques minutes à fouiller un peu partout, j'ai marché sur un petit journal. Je l'ai emporté avec moi, si vous voulez.
– Bien sûr, allez-y.
– Hum... Voilà, c'est là. Donc j'ai ouvert le journal, je l'ai feuilleté jusqu'à trouver un mot qui m'a interpellé.
– Quel était ce mot ?
– Ange. Encore une fois. Permettez-moi de vous lire ce passage :


« Aujourd'hui, j'ai trouvé mon fils en train de jouer devant la fenêtre qui donne sur le jardin. Il se couvrait les yeux, attendait, puis regardait par la fenêtre. Quand je lui ai demandé ce qu'il faisait, il m'a répondu qu'il jouait avec la statue de l'ange qui pleure. J'ai regardé par la fenêtre : la statue de l'ange était bien là, dans le jardin, toujours au même endroit. Elle n'avait pas bougé. Elle était déjà là lorsqu'on avait acheté la maison. Je me demandais comment mon fils pouvait bien jouer avec ça.
Et c'est alors que ça c'est produit.
Enfin, je ne sais pas exactement ce qui s'est passé. J'ai à peine cligné des yeux pendant que mon fils se couvrait une nouvelle fois le visage. Mais dès que j'ai rouvert les yeux, l'ange me regardait. Il avait levé la tête ! La statue a bougé ! C'est impossible !
Mais pourtant ça s'est passé... J'ai encore cligné des yeux, et elle s'est remis le visage dans les mains. »


« À cet instant, je me suis arrêté de lire et je suis allé voir la statue par la fenêtre. Et là... Vous n'imaginez pas à quel point j'ai eu peur. La statue avait levé la tête et me regardait. J'ai reculé, j'ai failli trébucher, et j'ai tourné le dos à la fenêtre pour me précipiter dans la chambre. Je m'y suis enfermé du mieux que j'ai pu. J'ai attendu quelques minutes pour me calmer, puis j'ai continué ma lecture. Alors, où c'était... Ah, oui, voilà :


« Ma femme et mon fils étaient dans le jardin. Elle lisait et il jouait au ballon, dos à la statue. Je les regardais à travers la fenêtre, j'étais heureux de les voir si joyeux... Et j'ai cligné des yeux.
Ils avaient disparu. La balle rebondissait vers la clôture, et le livre que Sylvie lisait était tombé sur le banc. C'était comme si... Ils n'avaient jamais existé. Et alors, avec stupeur, j'ai remarqué que l'ange me regardait. Ce qui m'a terrifié par-dessus tout était le fait qu'il souriait.
J'ai couru me réfugier dans ma chambre et je n'en suis pas sorti de la journée.


« J'essaie de dormir. Mais je vois son visage. Partout. Dans ma tête, à travers la fenêtre... À travers toutes les fenêtres. Je suis allé dans la chambre d'invités, à l'étage. Là encore, l'ange m'observait à travers la fenêtre. Tout lâche que j'étais – et que je suis encore – je me suis réfugié une nouvelle fois sous les couvertures. Je suis sûr que l'ange n'est pas seul. Il doit y en avoir d'autres. Alors, vous qui lisez ceci, retenez bien : Les Anges Pleureurs sont partout. Évitez la moindre statue. Je ne sais pas ce qu'ils veulent, ni ce qu'ils ont fait à ma femme et mon fils, et encore moins pourquoi ils le font... Mais je m'en moque. Je veux revoir Sylvie... Et mon petit Valentin...»


« Le journal s'arrête ici. Je pense qu'il s'est suicidé ensuite. Il voulait échapper à l'Ange Pleureur, puisque c'est ainsi qu'il le nomme. Pour l'écriture rouge sombre sur le mur, je crois que c'était de la peinture. J'en ai retrouvé un pot dans le salon, et en visitant la maison, je me suis rendu compte qu'ils étaient en train de repeindre la chambre de l'enfant.


« Mon cœur s'est remis à battre à cent à l'heure après cette lecture. J'ai levé les yeux vers la fenêtre de la chambre. Les volets étaient fermés, mais pas complètement. Plutôt entrouverts, vous voyez? Et l'ange se tenait là, il me regardait à travers la fenêtre.


« J'ai paniqué. J'ai ouvert la porte à coup d'épaule et j'ai tenté de sortir. Mais la porte s'était fermée ! Vous ne comprenez pas, et je dois vous avouer que moi non plus. J'étais enfermé dans la maison. J'ai couru à l'étage pour me réfugier dans la chambre de l'enfant. J'ai entendu la porte d'entrée claquer, comme si quelqu'un était rentré puis avait refermé la porte. Même paniqué, la curiosité dominait. Je suis allé sur le pallier. J'ai failli tomber à la renverse : la statue de l'Ange Pleureur était juste devant la porte, il tendait les bras comme s'il voulait m’attraper.


« Et c'est là que j'ai fait une erreur. Je me suis retourné pour fermer la porte. Mais je n'en ai pas eu le temps. Je suis tombé sur le sol. J'ai senti une brise sur ma joue : j'étais à l'extérieur. J'ai ouvert les yeux et je me suis relevé. L'ange avait disparu, et la maison aussi. En fait, j'étais toujours au même endroit. Mais je me suis rendu compte que... ça me semble tellement absurde à dire.. Je me suis rendu compte que l'Ange m'avait envoyé dans le passé. Ça fait un an, désormais, monsieur... Euh, pardon, Jean. Ça fait un an. Il y a un an, j'étais en 2013, et désormais je suis en 1960.


– Vous pensez donc venir du futur, Alphonse ?
– Non ! Non, je viens du futur ! J'ai gardé l'appareil photo dans ma sacoche, si vous voulez voir. Le tout premier appareil photo numérique apparaîtra dans quinze ans !
– Soit. Mais et cet ange ? Qu'est-il devenu ?
– Je ne sais pas, Jean. Je frissonne rien qu'à l'idée de savoir que cette maison est en train d'être construite, et que l'ange doit sûrement déjà y être... Et que lorsque je serais vieux, en 2013, au même moment, je serai aussi dans cette maison en train d'être pris au piège par l'ange. Le propriétaire du carnet a raison, Jean. Les Anges sont partout.
– Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
– Le buste de votre bureau, derrière vous, n'a pas arrêté de changer d'expression depuis que j'ai commencé à parler. »

Texte de Cekuriel

L'auteur, à l'époque où ce texte est sorti, a abondamment souligné le fait qu'il ne s'agissait pas d'un plagiat. Il n'y a de toute manière pas de copyright sur les Anges Pleureurs, mais si cela rentre effectivement dans la catégorie des pastiches, à titre personnel, je pense qu'il reste recommandable pour les personnes comptant s'essayer à ce genre d'exercice dans le futur de s'éloigner un peu plus de l’œuvre originale, sans quoi c'est un peu limite...

Mon groupe de soutien préféré

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été un crevard de la pire espèce. Vous voyez, dans un groupe de personnes, il y a toujours un idiot qui  ne comprend rien à rien. Et bien moi, je suis celui qui va trouver cet idiot, et le rabaisser ouvertement. Et pour ça, je suis un bel enfoiré, doublé d'un paresseux de haut niveau. Bref, la combinaison de trop.

Mais récemment, j'ai rejoint un groupe de soutien. Rien d'extraordinaire, il était tout ce qu'il y a de plus banal. Nous nous sommes rencontrés en ligne, et avons très vite convenu d'un endroit calme pour notre première réunion. Une fois tout le monde sur place, nous nous sommes assis en tailleur, formant un cercle. Un vrai truc de hippies.  L'un d'entre nous s'était déjà levé et avait pris les devants en versant une tasse de thé à chacun, avant de prendre la parole.

« Bonsoir, je m'appelle Jérôme. Vous pouvez boire votre thé, mais uniquement après avoir révélé aux autres la raison qui vous a poussé à être avec nous ce soir. Si vous le permettez, je vais ouvrir le bal. »
Jérôme nous a alors raconté que personne ne l'avait jamais aimé. Je pouvais facilement deviner pourquoi, ce mec était moche comme pas deux. Après avoir terminé, et pris une gorgée de thé, il a passé la parole à la petite brunette située sur sa gauche.

« Miyu, a-t-elle dit tout simplement, avant de compléter : mes parents. »

Court et précis, pas de fioritures. Je l'aimais bien, cette Miyu. Ce n’était sûrement pas l'idiote du groupe. Avant d'arriver jusqu'à moi, la parole est passée par un vétéran de guerre amputé des deux jambes, un homme d'affaire ruiné, un drogué, et une vieille femme malade. Puis, enfin,  mon tour est venu. Sobrement mais fermement, j'ai expliqué la raison de ma venue.

« Je suis un enfoiré. Tout le monde me déteste. »

Dès que j'ai eu fini, je me suis empressé de prendre une gorgée de thé Oolong pendant que le petit gros avec un œil au beurre noir prenait la parole, nous racontant ses déboires d'obèse. Quand il a eu fini à son tour, il a goulûment avalé sa tasse de thé.

À peine quelques secondes plus tard,  Jérôme s’est écroulé, comme foudroyé, suivi de Miyu. Surpris, le petit gros a lâché un couinement.

« Qu'est ce qui se passe ? » a-t-il geint, alors qu'autour de nous, ils tombaient tous un par un comme des mouches.

Parfait, j'avais trouvé l'idiot.

« Eh bien, tu savais à quoi t'attendre en rejoignant un groupe de soutien pour suicidaires, non ? ai-je répondu, crachant par la même occasion le thé qui macérait dans ma bouche depuis maintenant quelques minutes. Ils soutiennent les suicidaires. Personne n'a envie de mourir seul, gamin. »

À ce moment précis, il était devenu blanc comme un linge, ses yeux écarquillés dirigés au fond de sa tasse. Sans doute mon instant préféré.

Ces réunions de suicidaires sont vraiment un endroit de choix pour un sadique, et, cerise sur le gâteau, je n'ai jamais eu à lever le petit doigt.

Je vous avait bien dit que j’étais un bel enfoiré, doublé d'un paresseux de haut niveau.

Traduction de Kamus, correction de Gordjack

Spotlight : Il vit en toi

Il fait très noir. Mais il y a une lumière. Elle est trop vive, elle m’aveugle. Elle vient vers moi à toute vitesse. Alors qu’elle m’atteint, elle disparaît. Maintenant j’ai mal. Partout. La douleur est insupportable. Et puis d’un coup tout s’arrête.


Je me réveille, je suis dans mon lit. Je tourne la tête et regarde le réveil. Bon sang, il est presque midi ! Pourquoi Diana ne m’a-t-elle pas réveillé ? Et puis pourquoi fait-il si noir ? Elle sait pourtant que je déteste dormir avec les volets fermés ! J’aime être réveillé par la lumière du soleil. Je me lève et je cherche la porte à tâtons. Qu’est-ce qu’elle est loin, cette porte ! Je me sens vraiment pataud… Et je ne me rappelle pas de ce que j’ai fait hier soir… Il faut vraiment que j’arrête de boire autant en soirée…


Je trouve enfin la porte et l’ouvre. Je mets quelques secondes à m’habituer à la lumière. Je traine des pieds jusqu’à la cuisine. Je tourne à droite… Tiens c’est la salle de bain ? Je ne suis vraiment pas réveillé ce matin… Je reviens sur mes pas. Il y a quelque chose qui cloche. Les pièces ne sont pas à leur place. Je finis par comprendre que je ne suis pas chez moi. J’ai dû rester dormir chez le pote qui a fait la soirée hier. Mais cette maison ne ressemble à aucune de celles de mes amis. Un chien arrive d’une pièce à gauche et vient me faire la fête. Je le fais dégager d’un coup de pied. J’ai horreur des chiens, j’y suis allergique. En déambulant dans la maison, je finis par trouver le salon. Une femme aux boucles blondes est en train de prendre un café sur le canapé. En me voyant, elle sourit, se lève et vient m’embrasser. Merde, mais c’est quoi ce bordel ? Je n'ai quand même pas trompé Diana sous l’effet de l’alcool ?


« Tu as bien dormi, Ben ? »


Ben ? Je ne sais pas qui est Ben, mais elle doit me confondre avec quelqu’un d’autre. C’est bien ce que je craignais, on a dû faire quelque chose, elle et moi…


« Euh, désolé, moi c’est Lucas. On est chez qui là ? »


La femme fronce les sourcils et me dévisage. Il va falloir qu’on ait une petite discussion tous les deux… Histoire de mettre les choses au clair. Diana va me tuer… Je cherche autour de moi les indices d’une soirée. Des cendriers plein, des bouteilles d’alcool, des confettis… Mais rien, la maison est parfaitement en ordre. On dirait plutôt une de ces maisons clichés de la parfaite petite famille. Même le chien est là.


« Lucas… ? »


Je me tourne vers la femme. Elle a l’air désorientée. Et je peux la comprendre. Je me demande de quoi elle se rappelle.


« Ouais. Excuse-moi, mais je ne me rappelle pas ce qui s’est passé hier soir, tu veux bien me faire un résumé ? »


La femme pose sa tasse et m’observe, l’air inquiet.


« Écoute, Ben, je comprends que tu sois désorienté… Le docteur a dit que ça pouvait arriver, il va te falloir un peu de temps pour te remettre de l’opération… Tu as pris tes médicaments ? »


Mon sang se fige. Une opération ? Mais bordel, qu’est-ce qui se passe ici ? Je me réveille dans une maison qui n’est pas la mienne, je ne me souviens de rien et une femme que je ne connais pas m’appelle Ben et m’apprend qu’on m’a opéré ! Je réfléchis un instant. C’est une blague, oui c’est forcément une blague ! Cette solution s’impose à moi comme une évidence. Cette fois, mes potes sont allés vraiment loin ! Je fais un grand sourire, soulagé.


« Ok, c’est bon les gars, je vous ai crus, j’ai marché. Maintenant où est la caméra ?
– De… De quoi est ce que tu parles Ben ?
– Bon, ça va, plus la peine de m’appeler comme ça, j’ai compris, mes potes m’ont fait une blague hein ? C’était bien joué, bravo ! »


Maintenant, la femme blonde m’observe d'un air alarmé. Son regard est trop sérieux pour qu’elle joue la comédie. Mon cœur se serre.


« Écoute, Ben… Je ne sais pas à quoi tu joues, mais ce n’est pas drôle. »


Mes jambes se mettent à trembler. Je cherche une explication. Comment faire pour démêler le vrai du faux ? Je me précipite devant un miroir. Je manque de m’évanouir. Ce n’est pas mon reflet. L’homme que je vois dans le miroir est brun, bien bâti, avec une barbe de trois jours. Je cherche la cicatrice que j’ai sur le ventre depuis que je suis tombé à vélo, quand j’avais 5 ans. Mais elle a disparu. Je me mets la tête entre les mains et réfléchit à toute vitesse. Mais qu’est ce qu’il se passe ? La femme s’accroupit près de moi.

« Ben, ça va ? Dis quelque chose ! »




[…]




J’ai eu une discussion avec la femme. D’après elle, je m’appellerais Ben Fournier. Elle, ce serait Laura, ma femme. Cette maison serait la mienne. On aurait une petite fille de 6 ans, mais elle serait à l’école. Pourtant c’est impossible ! Cette vie… Cette maison, et même ce corps, ce ne sont pas les miens, je le sais ! Je me souviens parfaitement de ma vie. Je m’appelle Lucas, j’ai une copine, Diana, mais on n'est pas mariés. Ça fait un moment qu’elle me parle de gosses, mais je ne suis vraiment pas tenté. Et comment j’aurais pu avoir un chien ? Je les évite toujours ! Rien à voir avec cette vie qui est censée être la mienne ! D’après Laura, il y a quelques semaines, je me serais fait opérer. Une greffe de cœur. Le mien était en très mauvais état. J’aurais eu beaucoup de chance d’avoir un donneur aussi rapidement.


Laura ne comprend pas pourquoi je ne me souviens de rien. Elle me montre des photos pour essayer de me faire retrouver mes souvenirs, mais je reste persuadé que ce ne sont pas les miens. Je ne sais pas ce qui s’est passé, je ne trouve pas d’explication logique. Laura finit par téléphoner à l’hôpital, et le docteur en charge de mon dossier médical accepte de nous recevoir. Je n’ai pas envie d’avaler quoi que ce soit, nous allons directement à l’hôpital.


« Je vais conduire…
– Non je vais le faire, ça m’évitera de réfléchir. »


Laura cède, non sans inquiétude, je le vois bien. Elle pense sans doute que je suis trop perturbé pour conduire. Peut-être même qu’elle croit que je suis fou. Même moi, je ne comprends plus rien. On arrive à l’hôpital. Une fois dans le bureau du docteur, nous lui expliquons la situation. Celui-ci nous observe par-dessus ses lunettes, les sourcils froncés. Il nous écoute sans nous interrompre.


« Docteur, est-ce que… » Laura me jette un coup d’œil. « Est-ce qu’un patient peut avoir des pertes de mémoire après une intervention chirurgicale ?


– Écoutez, je n’ai jamais entendu parler d’un cas pareil… Une opération n’est pas censée avoir de telles conséquences… Je ne pense pas que ce soit lié. Ce doit être un problème psychologique… Avez-vous… »


Quelqu’un frappe à la porte et une infirmière entre.


« Docteur, excusez moi de vous déranger, mais nous avons un problème, pouvez-vous venir un instant ? »


Le chirurgien se lève.


« Excusez-moi un instant, je reviens tout de suite. »


Laura et moi restons silencieux. Je fixe mon dossier médical, posé sur le bureau. Une idée germe dans mon esprit. Je n’ai pas le droit, mais il faut que j’essaye… Je me tourne vers Laura.


« Écoute, je meurs de faim… ça t’embêterait d’aller me chercher quelque chose à manger au distributeur ?
- Oh, non, bien sûr, qu’est-ce que tu veux ?
- N’importe quoi, une barre de céréale… »


Laura se lève et quitte le bureau. Je ferme la porte et me précipite sur le dossier. Je tourne rapidement les pages, espérant trouver quelque chose. N’importe quoi. Peut être que j’ai une maladie mentale, des hallucinations, et qu’on n’ose pas me le dire. Je dois savoir la vérité ! Dans ma précipitation, une feuille s’échappe du dossier. Je me penche pour la ramasser, et j’ai comme une sorte de flash back. La dernière chose dont je me souviens avant de me réveiller dans cette maison inconnue. J’étais allé chercher ma carte de donneur. Je voulais que s’il m’arrive quelque chose, mes organes puissent être récupérés pour des personnes qui en avaient besoin. En sortant, j’ai traversé. Je me suis rendu compte que j’avais fait tomber mon portefeuille au milieu de la route. J’ai fait demi-tour pour le récupérer. En relevant la tête, j’ai vu les phares d’une voiture. Foncer droit vers moi.


Je relève brusquement la tête et me cogne dans le coin du bureau. Je m’assois, le souffle court. Alors j’aurais été opéré pour ça ? J’aurais eu un accident ? Non, ça ne tient pas la route… Et puis ça n’explique pas pourquoi je ne me souviens pas de ma vie… Je remets la feuille dans le dossier. C’est celle des détails de ma greffe. Puis mes yeux tombent sur un nom. Le mien. Lucas Moreau. Dans la case du donneur.

Spotlight : L'ensorcellement des ténèbres

Je m’appelle Anny, j’habite dans un petit appartement de rez-de-chaussée bien sympathique avec terrasse en compagnie de mon chien Foan. C’est une petite ville agréable du nord de la France où, malgré le peu de soleil, il fait bon vivre. Je vis mon train-train quotidien, alternant les études et le boulot. Les matins et les soirs, j’ai pris l’habitude d’amener mon chien dans le parc qui est entouré par de petits immeubles, dont le mien. Rien de bien intéressant, n’est-ce-pas ? Et pourtant, c’est par ces choses anodines et sans intérêt que c’est arrivé !
 
L’appartement qui se situe tout de suite à gauche de la porte menant au parc avait toujours été inoccupé depuis de je suis là. Pourtant, l’immeuble avait tout pour plaire. Et enfin, un soir, en revenant du travail, j’ai vu que la porte d’entrée de cet appartement était ouverte, et en passant devant pour aller jusqu’au mien, j'ai vu des tas de cartons d’emménagement. Ça y est, de nouveaux voisins.

En promenant le chien, ce soir-là, j'ai remarqué que même si l’appartement était occupé, les volets étaient à peine ouverts. Normal, me direz-vous, pas envie d’être vus. Mais ce qui m’a le plus interpelée, c'est l’absence totale de lumière. Étaient-ils retournés dans leur ancien logement pour récupérer le reste des affaires ? Pourquoi à cette heure-ci ? Ils auraient pu attendre le lendemain, à moins de n'habiter pas très loin. Enfin, comme qui dirait, « cela ne nous regarde pas. »

On pouvait dire que c'étaient des voisins discrets. Durant les jours qui ont suivi, ça a été comme s’ils n’avaient pas emménagé, mis à part les volets, à présent ouverts en grand. La lumière était toujours éteinte, mais l’homme qui habitait dans l’appartement regardait la télévision. Cette dernière projetait des lueurs plus ou moins colorées en fonction des images qui défilaient.  C’était toujours ainsi, que ce soit le matin quand je sortais le chien avant de partir ou le soir avant d’aller me coucher. 

Ainsi a débuté une nouvelle activité qui s'est ajoutée à mon train-train quotidien. Pendant que le chien jouait et gambadait dans le parc, je m’installais sur un banc et regardais la télé. J’avoue que je regardais sans vraiment regarder. Mes yeux étaient rivés dessus, mais je n’y prêtais pas vraiment attention.

Les mois passaient et cette habitude s’est installée. Le matin, je ne jetais qu’un bref coup d’œil pour ne pas être en retard. Mais le soir, je m’installais et j’y restais. Et plus les jours défilaient et plus je restais longtemps. Si bien que c’est Foan qui me tirait de mon hypnose. La journée, j’avais de plus en plus de mal à me concentrer, je ne pensais plus qu’à cet écran. Dans mes rêves, je voyais les images qui défilaient sans vraiment pouvoir les distinguer. Je restais jusqu’à très tard le soir, assise sur le banc, les yeux rivés sur cet écran. 

Je sentais que je ne pouvais pas m’en passer. Je savais que ce n’était pas correct de continuer ainsi. Mais je n’avais pas envie d’arrêter. Si bien que le temps passait et que rien ne changeait. Cela aurait pu rester ainsi ad vitam æternam, mais un soir, l’appartement est resté dans le noir complet. Moi qui ne pensais qu’à cet écran lumineux qui chassait tout de mon esprit, cela m'a fait un choc de le voir éteint. Comme s’il était mort.

Je me suis donc rapprochée de la fenêtre de l’appartement, regardant l’objet de mon désir, tendant presque les doigts pour pouvoir le toucher. Je voulais me rapprocher de cet objet qui m’apportait la paix. C’est lorsque j'ai dépassé le mur pour être complètement devant la fenêtre que je l'ai vu à la lisière de mon champ de vision. Tout mon corps s'est raidit. La chaleur a quitté mon corps instantanément. Ma poitrine s'est serrée au point d’étouffer mon cœur et de restreindre ses palpitations. C’était douloureux, car il s’affolait dans le même temps.  Chaque parcelle de mon corps était si dure, si contractée que le tremblement, qui pourtant me semblait violent, passait pour un simple frissonnement.

J'ai rassemblé toutes mes forces et, avec une lenteur extrême, j'ai tourné la tête vers ce qui m’a figée net. Mon cœur battait la chamade, semblant déchirer ma poitrine de l’intérieur. Et alors que je faisais face, tout autour de moi a disparu : les bâtiments, les gens, le vent, les sons, les lumières, les couleurs. Il ne restait que moi et … eux. Aussi blancs que la plus pure des neiges, d’une lueur plus froide que celle d’une pleine lune dans la nuit noire, ils me fixaient. Ils me voyaient, moi et moi seule.

Je suis restée immobile, ne clignant même pas les yeux. Eux pourtant se le permettaient. Les deux yeux se fermaient lentement mais en un instant ils étaient déjà ouverts. Un souffle glacé a effleuré ma nuque. Un froid brûlant s'est mis à parcourir ma colonne vertébrale jusqu’au creux de mes reins. C’était comme si des milliers de dagues s’enfonçaient dans mon dos. Mon cœur battait si fort que je ne pouvais plus le sentir.

Le souffle est revenu, plus long, plus fort, plus glacial. S’enroulant autour de mon cou, tel des doigts à la fois doux et cruel, caressant chaque centimètre de ma peau. Mon esprit s'est focalisé sur ce souffle qui devenait une longue et profonde respiration. Si bien que je n'ai pas remarqué le moment où les yeux ont disparu. Des bras m’ont alors entourée, aussi froids que le souffle, à la fois solides et fluides. J'étais comme enfermée dans un écrin de glace. Seul mon cœur dégageait encore une chaleur. Malgré la peur qui me tenaillait, je ne voulais pas quitter cette étreinte.

Avec force et douceur, ils m'ont fait pivoter vers l’écran de la télé éteint. Je me voyais dedans et, malgré toutes les preuves d’une présence dernière moi et autour de moi, rien ne se reflétait dans l’écran.

D’un coup l’écran est devenu blanc. La lumière m'a fait mal aux yeux. Et comme je les plissais, j'ai commencé à distinguer dans l’écran non seulement moi, mais aussi une forme noire voluptueuse m’entourant. Son visage noir uni, sans nez, sans bouche, posé délicatement sur mon épaule, penchait légèrement sur le côté. Regardant de ses yeux blancs lumineux l’écran, comme moi. Et alors, un sourire s'est dessiné sur le visage. La où il n’y avait rien avant se trouvait à présent un rictus démesuré. Son étreinte s'est encore resserrée. Il a tourné la tête vers mon visage. Et en articulant très lentement, a prononcé des mots qui ont brisé le dernier lien qui me rattachait à ma conscience :

« Tu es à moi »

L'auteur n'a pas signé ce texte.

L'homme le plus riche du monde

J'ai fait un bond en arrière alors qu'une entité géante émergeait de l'épaisse fumée. Elle m'a dévisagé, puis m'a dit :

« Je suis le génie de la lampe. Tu m'as libéré, et, pour cela, je vais t'accorder un vœux. Mais, je me dois de te prévenir : réfléchis bien avant de souhaiter quelque chose. »

Mon appréhension s'est doucement changée en satisfaction. « MON DIEU, C'EST VRAIMENT EN TRAIN D'ARRIVER, » me suis-je dit.
Sans hésitation, j'ai fait mon souhait.

« Fais de moi l'homme le plus riche du monde. » J'avais vraiment besoin d'argent. J'ai toujours vécu dans la pauvreté. Je ne me souviens même pas de la dernière fois que j'ai mangé un repas décent, ou dormi dans un vrai lit. C’était une occasion inespérée d'en finir avec tout ça.

« Ton vœux est exaucé. Demain, quand tu te réveilleras, tu seras l'homme le plus riche du monde. » Et pouf, il a disparu.

Cette nuit-là, j'ai dormi comme un bébé. J'ai fait plein de rêves, tous des plus agréables. J'étais certain que quand je me réveillerais le lendemain, mon misérable studio se serait transformé en un véritable palace.

Mais, malheureusement pour moi, ce n’était pas le cas. Je me suis réveillé dans le même vieux studio délabré dans lequel je vivais depuis trois ans. Je me suis effondré. Ce n’étais qu'une blague cruelle...
Finalement, je me suis calmé et j'ai décidé d'aller travailler. Mais, alors que je mettais le pied dehors, j'ai été incroyablement choqué. Il y avait des cadavres partout. Tous mes voisins étaient morts.
Alors que je déambulais dans les rues, j'ai découvert qu'à part plusieurs sans abris,ce n’étais pas que mes voisins : tout le monde était mort. Puis, j'ai enfin réalisé...

Que j’étais vraiment devenu l'homme le plus riche du monde.

Traduction de Kamus

Spotlight : L'autre épisode perdu de "Nu, pogodi!"

Avant de débuter ce récit, il convient de préciser quelques détails nécessaires à la compréhension de toutes les références. L’histoire s’est déroulée en Pologne, dans les environs d’Olsztyn, il n’y a pas si longtemps. Comme dans tous les pays anciennement sous la domination du Kominform, la culture n’est pas la même que dans les pays occidentaux, et cela vaut aussi pour les dessins animés.

Il y a eu notamment un cartoon créé en 1969, sur le même principe que Tom et Jerry, qui s’appelait Nu, pogodi! et avait un tel succès qu’il a été appelé la « réponse aux dessins animés made in US ». Dedans, un loup, nommé Volk, se démène afin d’attraper Zayats, un lapin, pour un but plus qu’évident. En tout, 20 épisodes ont été tournés, en plus de 3 séquences de 10 minutes appelées les « épisodes perdus », ces dernières étant trouvables seulement en cassette ou sur internet. Mais bien sûr, comme pour bon nombre de choses venant de l’ancien régime soviétique, certains détails ne sont connus que par certaines personnes.

 
La soirée se déroulait calmement. Les plus petits étaient devant la télévision, les plus grands autour d’une table à se raconter des histoires, dans une pièce à côté, et les adultes étaient de sortie. La petite pièce n’était éclairée que par des bougies, afin de rendre l’atmosphère volontairement plus glauque, bien que la porte fût restée ouverte afin de pouvoir surveiller les enfants. L’un des adolescents avait pris la parole, chuchotant et parlant d’une voix plus grave qu’à l’accoutumée, et tentait visiblement d’impressionner l’auditoire par son récit sur les morts d’un village voisin.
 
« … ça n’avait aucun sens, le vieux Kraviec était mort depuis longtemps, Ludwik était allé à son enterrement, et pourtant il avait l’impression de reconnaître sa silhouette de dos, penchée au-dessus de quelque chose qu’il n’arrivait pas à distinguer et produisant d’infâmes bruits de mastications… Et soudain, il marcha sur une branche qui craqua. La chose qu’il avait en face de lui était maintenant avisée de sa présence, elle se retourna vers lui et…
 
– BAAAAAAAAAAAAAH !!! »
 
Son voisin avait brusquement saisi la fille se trouvant à sa droite par les épaules en hurlant, ce qui l’avait fait hurler à son tour, de peur et de surprise. Elle se reprit et colla une gifle au farceur, tandis que le reste de l’assistance riait à gorge déployée. Lorsque tous se furent calmés, un autre garçon se manifesta. Il était le seul à avoir très peu réagi durant l’histoire précédente, qui n’avait pas l’air à son goût, ce qu’il indiqua d’ailleurs de manière précise :
 
« Si on oublie les incohérences du genre une branche qui se trouve comme par hasard dans le couloir du manoir hanté pour craquer sous le pied du héros, raconter tout ça pour finir par crier dans les oreilles du voisins, ça n’a franchement pas grand intérêt… »
 
Tous le regardèrent, le précédent conteur avec un air vexé, mais il ne changea pas d’expression. Il poursuivit :
 
« Maintenant, si vous le permettez, je vais aussi vous raconter une petite histoire, peut-être certains d’entre vous la connaissent déjà. Vous vous rappelez tous de Nu, pogodi! ? »

Les autres acquiescèrent.
 
« Vous vous rappelez aussi que dans les derniers épisodes, la voix de Volk avait changé ? Il se trouve que son doubleur, Anatoli Papanov, est mort d’une crise cardiaque…
 
– Les histoires de fantômes ou de morts-vivants, on a déjà fait ce soir, râla le précédent conteur, si tu démontes mon histoire juste pour…  
 
– J’ai à peine commencé, imbécile, écoute au lieu de nous faire une scène ! Je disais donc, il est mort à cause d’une crise cardiaque en prenant une douche froide, l’eau chaude avait été coupée ce soir-là. Ça s’est produit entre l’épisode 16 et l’épisode 17, du coup ils on été plutôt embêtés, d’autant qu’ils avaient commencé à tourner le quatrième épisode perdu, vu que les trois premiers avaient été un succès. Mais changer la voix d’un personnage, c’est compliqué, encore plus en plein milieu d’un épisode, donc la décision a été prise deux jours après, ils ont préféré laisser tomber et réfléchir à une solution pour terminer la série régulière.
 
Sauf que le lendemain de cette décision, le producteur a reçu une lettre anonyme lui disant que cet épisode devait être terminé, et que Volk devait attraper Zayats, pour une fois. Pas de bol, l’écriture a très vite été reconnue, c’était un autre acteur et ami de Papanov, Andrei Mironov. On lui a envoyé quelqu’un pour vérifier sa santé mentale et découvrir comment il avait fait pour être au courant d’un truc qui ne le regardait pas aussi vite, les résultats ont pas dû plaire parce qu’ils s’en sont occupé très vite, ni vu ni connu. La version officielle, c’est qu’il est mort d’une rupture d’anévrisme, à peine 9 jours après la mort de son pote. Quelle coïncidence, devait-on se dire !
 
Dans les studios, on a vite oublié cette histoire, mais on a retrouvé une des caméramans pendue avec le scripte de cet épisode perdu à la main. Les infos sur la série ont été modifiées de sorte à ce que son nom n’apparaisse pas, cependant en interne on s’est posé des questions, la personne n’avait aucun antécédent, et la veille elle avait même l’air de bonne humeur. Le surlendemain, c’est un des directeurs artistiques qu’on a retrouvé vidé de son sang dans son bureau, un classeur à propos de la série était ouvert devant lui et il avait dessiné Volk avec la tête de Zayats dans la gueule avec son propre sang. C’est là que chez Soyuzmultifilm, il y a eu quelques dérapages. »

Il s’interrompit. Un des enfants se tenait à la porte et les regardait. Dès que le silence se fit, il dit que ce qu’il y avait à la télé était nul parce que les dessins animés étaient finis, faisant au passage sursauter ceux qui étaient dos à la porte et n’avaient pas remarqué sa présence. Le conteur lui sourit, ouvrit son sac et lui tendit une cassette, lui disant que s'il le voulait, il y avait d’autres dessins animés dessus. Le petit lui fit un grand sourire et repartit vers les autres avec sa nouvelle cassette. L’histoire reprit ensuite, captivant de nouveau l’auditoire comme s’il n’y avait pas eu d’interruption :
 
« Certains disaient que Papanov n’était pas satisfait parce qu’il n’avait pas pu terminer sa série, et qu’il voulait qu’un terme y soit mis. Les supérieurs trouvaient ça totalement délirant, au début, mais quand un autre caméraman s’est filmé en train de se flinguer devant un épisode de la série et qu’un scénariste s’est déguisé en lapin pour sauter par une fenêtre, ça leur a fait penser que cela ne coûtait rien d’essayer, de toute manière ce n’était qu’un épisode perdu, il n’avait pas de lien chronologique avec le reste de la série, il pourrait très bien la clore. On a pris une autre équipe que celle de d'habitude pour terminer l’épisode, afin de laisser l’originale s’occuper de la série régulière, et dès que le tournage a repris, les morts étranges ont cessé.

Cependant, l’équipe est devenue de plus en plus sombre à mesure que son travail avançait. Certains déprimaient, d’autres coupaient tout contact avec les autres, on ne les voyait plus que pour entrer ou sortir de leurs bureaux. Les autres employés ont pensé que c’était probablement parce qu’ils ne trouvaient pas comment avancer, et par quel miracle ils pourraient faire aboutir un épisode inachevé sans même l’aide des voix originales, qui avaient refusé d’y participer et n’avaient laissé que des enregistrements déjà existant en guise de sons exploitables, mais, en même temps, des rumeurs ont commencé à se répandre comme quoi leur travail renfermait quelque chose de malsain et que leur œuvre n’apporterait rien de bon.
 
De plus, certain d’entre eux commençaient à avoir des comportements inhabituels, à faire des choses qu’ils n’auraient jamais fait en temps normal. Ce qui transparaissait le plus, c’était leur susceptibilité dès qu’on évoquait l’avancement de leur tâche, il n’était pas rare qu’une discussion sur ce thème parte rapidement en éclats de voix. Et ça, ce n’était que pour ceux qui semblaient le moins touchés, car d’autres perdaient complètement les pédales, après quelques temps, plusieurs ont été déclarés inapte au travail. Même sur leur corps, ça se voyait que quelque chose ne tournait pas rond, ils perdaient du poids et les cernes s’agrandissaient sous leurs yeux.
 
Malgré ces difficultés, l’enregistrement a pu être mené à son terme, d’une manière ou d’une autre. Et comme les plus superstitieux pouvaient s’y attendre, il semblait cacher de lourds secrets. Après l’avoir terminé, les employés assignés à cette tâche ont continué à n’être que des fantômes au sein de l’entreprise, et les rares fois où on pouvait les croiser et les questionner à propos de l’épisode perdu, ils répondaient que cela ne valait pas la peine de le regarder et qu’on ferait mieux de s’occuper d’autre chose. Ils ont fini par tous rentrer un à un en dépression, et certains ont même complètement perdu la tête. Il n’a pas fallu longtemps pour qu’un de leur supérieur, persuadé qu’ils jouaient tous la comédie et voulant prouver aux autres que les rumeurs qui couraient n’étaient que des racontars infondés, a pris l’enregistrement et est allé le regarder dans son bureau. »
 
Depuis l’autre pièce filtrait le son du générique de dessin animé que les enfants avaient lancé. Bien que sans raison apparente, des frissons parcoururent l’échine de ceux qui écoutaient l’histoire.
 
« Quand il a fini et est ressorti de son bureau, il n’a pas dit un mot. Il est rentré chez lui avec l’enregistrement après la fermeture des locaux, et il n’est pas revenu le lendemain. Après deux jours, on a envoyé des gens vérifier chez lui, et ils n’ont trouvé personne, lui et sa famille s’étaient simplement volatilisés. L’enregistrement aussi d’ailleurs. Imaginez les réactions quand la nouvelle est arrivée à Soyuzmultifilm, eux qui pensaient en avoir terminé avec ça, cela a provoqué de vives émotions. Certains ont été furieux d’apprendre cela, ils avaient l’impression que la pression morale dont ils avaient été victime n’avait plus aucune raison valable si l’enregistrement avait été volé au final.
 
Le pire, ça a été chez l’équipe de tournage, ceux qui n’étaient pas déjà devenus complètement fous. La nouvelle a été trop dure à supporter pour leurs nerfs. Ils ont purement et simplement quitté les locaux sans rien dire et sans réagir à ce qu’on leur disait, et le lendemain ils sont revenus, l’air complètement hagard, et se sont fait exploser, dieu sait comment. Bien que personne n’en ait entendu parler à cause de la censure, la société a presque fait faillite à ce moment, le nombre de mort ajouté aux dégâts qu’avaient causé les derniers en date étaient une véritable catastrophe. C’est pour ça que la série a été mise en pause pendant plusieurs années. »
 
Il se tut. Les bruitages du dessin animé filtraient doucement derrière et empêchaient le silence de s’installer totalement. Une voix féminine s’éleva alors.
 
« Et l’enregistrement ? On sait ce qu’il est devenu ? »
 
Le narrateur lui adressa un étrange sourire.
 
« Plusieurs théories courent à ce sujet. La première dit que ce sont les services secrets russes qui ont eu vent de l’histoire et ont décidé de s’en emparer pour le tester, et peut-être s’en servir, qui sait. Une autre raconte que la maison a tout simplement été cambriolée par quelqu’un qui savait qu’une séquence inédite de la série s’y trouvait et voulait la revendre au plus offrant, ce qui voudrait dire qu’il existe toujours, quelque part. Certains disent même que c’est le spectre du vieux Anatoli qui l’a récupéré, bien que ses supposées raisons soient diverses et variées. Une dernière théorie veut que l’enregistrement soit toujours en circulation, et qu’il ait même été copié pour être davantage vu, « comme l’aurait souhaité Papanov ». Quoiqu’il en soit, et c’est là que toutes ces théories convergent, on dit aussi que tous ne peuvent pas regarder cet épisode, et que ceux qui n’auraient pas dû le regarder sont pris par quelque chose. Quand on y réfléchit, peut être bien que c’est comme ça qu’a fini la famille disparue… »
 
Il laissa la fin de sa phrase flotter, comme si elle appelait à une autre intervention. C’est le garçon qui habitait dans la maison où ils se trouvaient qui rompit le silence.
 
« Est-ce qu’on sait ce qu’il y a sur l’enregistrement ? Ce qui aurait pu causer tout ça ? »
 
Le narrateur le regarda dans les yeux silencieusement, sans rien dire. Il était plutôt inquiétant comme garçon, en fin de compte. Certain d’entre eux commençaient à penser qu’ils n’auraient peut-être pas dû l’inviter, mais ils n’arrivaient plus à se souvenir qui l’avait fait venir en premier lieu. En fait, ils commençaient même à se demander d’où ils le connaissaient. Tandis que ces pensées envahissaient lentement l’auditoire, il se leva et répondit enfin :
 
« Le début serait absolument normal, c’est la séquence qu’ils ont tourné du vivant de Papanov, ça se passe dans le désert. Ensuite, ils empruntent un escalier sorti de nulle part et montent jusque dans les nuages, où la poursuite continue. Le plan s’assombrit à mesure qu’ils avancent parce que le temps devient orageux, et le loup crie « Je vais t’avoir, Zayats » au moment où un éclair traverse un nuage et le réduit en cendre. Là, la musique s’arrête, mais le lapin continue à avancer car il ne sait plus où il est, et on voit les nuages noirs autour de lui qui ont des formes distordues, certains prenant la forme de Volk. Au final, les nuages se mettent à rire, c’est toujours la voix de Papanov qu’on entend pour le loup, et un effet d’écho est utilisé pour donner l’impression qu’il vient de partout, le plan dure une minute entière, et ensuite il sort d’un des nuages et attrape le lapin. Il y a un gros plan sur son visage, et parmi les rires on entend la voix de Papanov qui dit « Je t’ai eu, Zayats » avant qu’il ne le dévore. Après, la vidéo est censée devenir blanche, afficher les visages de ceux qui ont disparu après l’avoir regardé, puis couper. »
 
Il sourit de nouveau largement et ajouta :
 
« Du moins, c’est ce que l’on raconte. »
 
Les bougies s’éteignirent soudain, la mèche était arrivée au bout. Il était temps de rallumer la lumière. Les quelques instants nécessaires à l’accommodation suffirent pour se rendre compte que le narrateur n’était plus là. Dans la salle d’à côté, un des petits se mit à pleurer en disant que Volk avait mangé Zayats. Tous se regardèrent, affolés, et ils se précipitèrent dans l’autre pièce. Les enfants n’étaient plus là. Lorsque leurs yeux se posèrent sur le téléviseur qui affichait encore l’image de Volk, les babines ensanglantées et un sourire malveillant sur ses lèvres, ils entendirent tous cette même voix, celle qui leur avait conté cette maudite histoire : « Je t’ai eu, Zayats ! »
 
Texte de Magnosa

Apocalypse - Chapitre 2 : Gourmandise

Nous sommes finalement arrivés à destination après beaucoup d'heures de vol. Paradoxalement, j'avais étudié la langue durant plusieurs années,  mais je n'avais jamais mis les pieds en Chine, jusqu'à maintenant. Moi qui pensais que les aéroports en France étaient toujours bondés, ce n'était rien face à celui de Pékin. C’était noir de monde. Il n'y avait pas un seul espace de libre, je n'avais jamais vu une chose pareille. J'avais l'impression que si je quittais le professeur ou Père Jean du regard une seule seconde, je les perdrais pour toujours. 

Finalement, tant bien que mal, nous sommes parvenus à nous frayer un chemin parmi la foule, jusqu'à la sortie de l'aéroport. Là-bas, il y avait plusieurs personnes, tenant des panneaux à bout de bras, sur lesquels étaient inscrit des noms. En chinois, bien sûr. C'était enfin à mon tour de briller.
J'ai prévenu mes deux compagnons, et je les ai emmenés vers la femme qui tenait le panneau sur lequel était inscrit le nom du professeur. 

« 你好。这是Blondeau教授。这是约翰神父,我是埃德加。
– Bonjour. Je suis Mei, je parle français. Enchantée de vous connaître. »

Eh bien, pour mon heure de gloire, je pouvais me la mettre où je pense. Après quelques minutes de présentations et de discussion entre Mei et le professeur, j'en venais à me demander s’ils avaient vraiment besoin de mes talents d’interprète. Nous sommes finalement partis en taxi vers la gare où nous attendait un train vers notre prochaine destination : le Tibet.

*** 

Arrivés finalement à Lhassa après un voyage interminable, nous avons d'abord déjeuné dans un petit restaurant, un des seuls de la ville. Il faut dire que ce n’était pas comme dans les films. La seule chose omniprésente ici, c'était la pauvreté à tous les coins de rue, et la police chinoise qui nous arrêtait toutes les 20 minutes pour nous poser des questions.
Les relations entre la Chine et le Tibet étant très tendues, les autorités locales ne tenaient pas à ce que des étrangers viennent fourrer leur nez dans leurs affaires. Heureusement, la présence de Mei à nos côtés était un vrai plus. Les policiers étaient beaucoup plus enclins à nous laisser partir sans trop nous retarder quand ils voyaient qu'une Chinoise nous accompagnait.
Après quelques heures de marche à travers la ville et la montagne environnante, non sans avoir préalablement acheté des vêtements plus chauds pour éviter de mourir de froid à cette altitude, nous sommes arrivés au temple bouddhiste. Le bâtiment était magnifique, j'ai pris énormément de photos pour les montrer à ma famille au retour.
Mei était partie discuter avec les moines en charge du temple, pendant que nous admirions l’édifice et les paysages alentours. Elle est revenue vers nous et nous a fait signe de la suivre.
Nous avons pénétré dans le temple, et sommes arrivés dans une pièce carrée, avec au centre un autel. Autour de cet autel étaient installés en tailleur des moines, qui semblaient méditer. Dessus, on pouvait voir un bol en verre, tout ce qu'il y avait de plus normal. Ả noter que ce bol n'était pas vide, il semblait contenir une soupe.
Nous étions séparés par une vitre des moines et de l'autel. Il n'y avait aucun moyen de passer de l'autre côté, à moins de casser cette vitre, ce qui me semblait peu probable, car elle semblait renforcée. 

J'ai rapidement demandé à Mei si elle savait ce que qui se passait dans cette pièce, mais elle m'a juste répondu que les moines passaient une sorte d'épreuve de foi. Je lui ai bien sûr demandé de quelle épreuve il s'agissait, mais elle ne répondait plus à mes questions. Elle semblait fascinée par le bol au centre de la pièce. 
Je me suis tourné vers le prêtre et le professeur, et, à ma grande surprise, eux aussi étaient comme hypnotisés. Ils regardaient le bol avec une envie apparente. On pouvait noter de la bave sortir de leur bouche. Ils ressemblaient à des personnes qui n'avaient pas mangé depuis plusieurs jours devant une bonne entrecôte.  
Puis je l'ai sentie aussi. L'odeur venant du bol.

Quand elle a pénétré dans mes narines, j'ai tout de suite fixé mon regard sur le bol. Cette odeur avait ouvert mon appétit d'un coup. Même si j'avais bien mangé au déjeuner, mon ventre criait famine, et le contenu du bol me faisait saliver.
Le contenu du bol était ce que je désirais le plus au monde. Plus rien ne m'importait. Je ne vivais que pour manger le contenu de ce bol, et cette vitre renforcée m'en empêchait. J'ai alors frappé la vitre de mes poings, jusqu'au sang. Le professeur se tapait la tête contre la vitre. Il était comme dans un état second. Le prêtre implorait Dieu de le laisser goûter à cette nourriture qui lui faisait tant envie. Mei, quant à elle, était en train de lécher la vitre, comme si celle-ci avait le goût de la soupe contenue dans le bol.

Puis des moines sont venus nous empêcher de nous faire plus de mal. Ils voulaient nous faire quitter la pièce, mais un événement était venu interrompre notre état de transe.
Un des moines qui méditait dans la pièce, au-delà de la vitre protectrice, s’était levé et avait couru vers le bol. Puis avait avalé d'un coup la soupe contenue dans celui-ci.
Les autres moines ne bougeaient plus. On pouvait voir certains pleurer, d'autres méditer de plus belle, alors que d'autres encore ont commencé à marmonner des prières.
Mais ce n'était pas fini, car le bol, qui était désormais vide, se remplissait de nourriture tout seul. Comme par magie, personne ne l'avait rempli. La nourriture était apparue d'un coup. Il ne s'agissait plus de soupe, mais de riz cette fois ci. 

J'ai eu à peine le temps de me demander comment cela était possible que le moine avait une nouvelle fois tout avalé. Puis le bol s’était de nouveau rempli d'une autre sorte de nourriture.
Et le moine l'avait avalée goulûment. Et ainsi de suite. Le moine continuait de manger la nourriture qui semblait réapparaître, encore et encore.
Une fois que son estomac était rempli, il vomissait, puis recommençait à manger de plus belle.

Nous assistions à ce spectacle, bouche bée. Mei, ne pouvant en voir davantage, était sortie pour vomir. Le professeur semblait fasciné, et marmonnait "J'avais raison... Tout est vrai !" Il souriait devant ce dégoûtant spectacle. Père Jean tenait son crucifix dans sa main et priait de toutes ses forces.
Au bout d'un moment, alors que le moine continuait à manger, un bruit sourd s’est fait entendre. Le moine s’était écroulé, de la bave et du vomi sortant encore de sa bouche.
Il avait dû s’étouffer avec la nourriture qui s’agglutinait dans sa gorge, et, manquant d'air, était mort. 

Je me préparais à rejoindre Mei à l’extérieur, quand j'ai entendu Père Jean crier.

« O Diabo ! O Diabo esta aqui ! »

Il regardait vers le centre de la pièce. Le moine, qui était censé être mort, venait de se relever. De la nourriture lui sortait de la bouche et même du nez, il ne pouvait sûrement pas respirer comme ça. Pourtant, il était retourné manger. 

Il était mort, mais mangeait encore. Rien ne pouvait l’arrêter de se nourrir. Il a continué pendant plusieurs minutes, jusqu'à ce qu'il soit trop lourd pour se tenir debout. Il s’est écroulé sur le dos, et semblait ne plus pouvoir se relever. Il agitait les bras, comme par dépit, pour pouvoir retourner manger.
Puis un moine est entré dans la pièce, et a annoncé que la victime avait malheureusement échoué à l’épreuve. Il a demandé à tous de quitter la pièce, afin de pouvoir venir récupérer le cadavre de ce pauvre religieux, qui se tortillait sur le sol.


***  

Nous sommes donc sortis, et, une fois dehors, je me suis assis sur un mur, pour reprendre mon souffle et me remettre de mes émotions. Je venais d'assister à quelque chose d'hors du commun. C'était... surnaturel. Cela relevait du domaine du paranormal. Ce n’était pas possible.
C’était surement le tournage d'une scène de film. Cela devait être sûrement ça. Je suis retourné voir les autres, pour leur demander leur avis.
Le professeur affichait un sourire.

« Mais enfin, qu'est-ce que c'était que ça ? 
– C'est la preuve, mon jeune ami. La preuve que j'avais raison, et que le texte était authentique.
– Ce n'est pas possible. C'était du cinéma. Une chose pareille ne peut arriver...
– C’était bien réel. Ne l'as-tu pas sentie en entrant dans la pièce ? Cette faim... cette... Gourmandise ! Ce bol était le symbole du premier péché mortel, la gourmandise. Il faut en informer le Vatican au plus vite. »

Il avait raison. Je me voilais la face en me disant que tout ceci était truqué. Mais il est vrai que cette sensation de faim intense en entrant dans la pièce ne s'expliquait pas. Surtout que je n'avais plus du tout faim en sortant.
Père Jean était dans tous ses états. Il n'avais pas arrêté de prier depuis qu'on était sortis, et embrassait sa croix en chuchotant des prières. Il devait se sentir comme Saint Thomas, à présent.
Mei avait disparu, ce qu'elle avait vu dans cette pièce avait probablement été trop éprouvant pour elle. Moi-même, si je n’avais pas été au milieu d'un endroit totalement inconnu pour moi, je me serais déjà enfui à toutes jambes.

Puis le moine qui avait annoncé l’échec à l’épreuve est venu nous retrouver.
Il était au courant de la venue d'envoyés du Vatican ce jour-là, et nous a un peu expliqué en détails ce qui s’était passé.
Le bol était apparu un jour dans les montagnes, alors que les personnes qui y passaient tous les jours ne l'avaient jamais trouvé avant. Très vite, ça a été un joyeux bordel. Tout ceux qui s'approchaient trop près du bol développaient un appétit féroce, et mangeaient le contenu du bol, qui se renouvelait dès que celui-ci était vide. Et ils ne s’arrêtaient jamais de manger, comme on avait pu le constater au temple.

Seuls les moines tibétains, qui étaient réputés pour leur résistance à toutes sortes de tentations, semblaient protégés contre cet ensorcellement. Enfin, quelques-uns y succombaient quand même. C'est alors que les maîtres du temples ont eu l'idée de ramener ce bol au temple, de protéger les autres de son envoûtement, et de permettre aux moines qui souhaitaient tester leur détermination et leur foi de passer une heure dans la pièce où se situait le bol. S'ils échouaient, c'était qu'ils n’étaient pas digne d'être des moines, et donc mouraient.

Après cela, je n'ai plus eu d’appétit durant deux jours. Nous sommes finalement rentrés à la gare pour retourner à Pékin. Durant le voyage, alors que Père Jean n'avais plus parlé depuis cet événement, j'ai quand même demandé au professeur ce qui allait se passer ensuite.

« Le voyage continue, mon jeune ami. Ce n’était qu'un avant-goût de ce que nous allons voir à travers le monde. Nous devons nous montrer forts et dignes de la mission qui nous a été confiée, car le sort du monde pourrait dépendre de celle-ci.
– Vous voulez dire que si ces évènements annoncent une apocalypse, celle-ci pourrait être évitée ?
– C'est plus compliqué que ça. Mais nous le saurons bientôt. Maintenant, essaye de te reposer un peu.»

Il était vrai que je n'avais pas encore fermé l’œil depuis que j'avais assisté à cette scène effroyable. Je me demandais ce que j'allais bien pouvoir voir de pire pour les autres péchés capitaux, car la gourmandise avait déjà mis la barre haute.
Alors que je me préparais à dormir, je ne pouvais m’empêcher de me demander comment je faisais pour ne pas être choqué par ce que j'avais vu. J'avais quand même assisté à la mort d'un homme et à sa résurrection en mort-vivant, et, pourtant, je ne ressentais aucune peur et aucun malaise. De plus, je savais maintenant que la fin du monde pouvait être très proche, mais, malgré ça, je n’étais pas inquiet.

Qu'est-ce qui clochait chez moi ? C'est avec ces interrogations que je me suis endormi, espérant un jour meilleur pour le lendemain.

Texte de Kamus

Spotlight : Don't play with your life

Il est déjà très tard dans la nuit, mais tu ne dors toujours pas. Tu t’en fiches, c’est les vacances. Tu n’as pas sommeil et tu n’arrives pas à lâcher ta console de jeu. Au bout d’un moment, un besoin pressant te pousse à descendre de ta mezzanine. Tu te diriges vers les toilettes tout en continuant ta partie. Pas besoin de regarder où tu vas, il fait noir et tu connais le chemin par cœur. Tu sais exactement à quel moment t’écarter pour ne pas trébucher sur la plante en pot qui traîne dans le long couloir.

Tu n’allumes pas la lumière et t’éclaires avec l’écran de ta console. Même lorsque tu as fini, tu restes assis pour finir ton niveau. Pendant ce temps, tu n’as pas conscience des dizaines de paires d’yeux qui t’observent dans la minuscule pièce. Tu finis par perdre et tu profites de cette pause pour sortir. Tout en te lavant les mains, tu gardes un œil sur l’écran de ta console posée à coté de toi pour voir ton score. Pas terrible. Tu recommences une partie. Tu retraverses le couloir, les yeux rivés sur l’écran. Pour rejoindre ta chambre, tu passes devant plusieurs pièces plongées dans le noir dont les portes sont restées ouvertes. Tu n’as pas conscience des bras qui en sortent pour essayer de t’attraper au passage.





Tu regagnes ta chambre et grimpes dans ton lit. Alors que ton pied quitte le dernier barreau de l’échelle, tu ne remarques pas la main noire et déchiquetée qui a failli saisir ta cheville. Les écouteurs vissés dans les oreilles pour entendre la musique de ton jeu vidéo, tu n’entends pas les monstres sous ton lit qui grondent, menaçants. Tout ce qui occupe ton esprit, c’est ton jeu vidéo. Tu adores ce jeu. Il s’appelle « Don’t Play With Your Life ». Tu ne comprends pas le titre, mais c’est plutôt marrant. Le héros est un petit garçon qui doit essayer de sortir de chez lui sans se faire tuer par les monstres qui vivent dans sa maison. Il n’y a aucun moyen de se défendre, on peut juste fuir et se cacher dans les placards. À chaque niveau, il y a plus de monstres, moins d’endroits où se cacher, et plus de distance à parcourir.

Tu joues encore un moment, mais les yeux commencent à te piquer. Tu éteins alors ta console et tu tends le bras pour la poser sur l’étagère. La créature sous ton lit en profite pour t’attraper le poignet. Tu hurles. Mais c’est trop tard.

Tu te réveilles. Tu es dans ton lit, il fait encore nuit. Tu es soulagé. Tout ça n’était qu’un cauchemar. Tu regardes par la fenêtre. Le ciel est dégagé mais on ne voit pas la lune. Bizarre. Tu essayes de te rendormir, mais il y a des bruits dans la maison. Tu décides de te lever pour aller voir, quand tu remarques quelque chose. Ta console de jeu. Par terre, cassée. Comme si on l’avait faite tomber. Comment est-ce arrivé ? Tu l’as pourtant bien posée sur l’étagère… Et puis tu te rappelles ton rêve. Quand la main t’as saisi le poignet, tu as lâché ta console sur le coup de la surprise.

Tout à coup tu te sens mal. Et si tu n’avais pas rêvé ? Tu regardes autour de toi mais tu ne vois aucun monstre dans ta chambre. En tremblant, tu te diriges vers le couloir pour vérifier la source des bruits. Tu passes la tête par l’encadrement de la porte, puis tu sors. Tu remarques soudain que le couloir n’est pas celui dont tu as l’habitude. Puis tu entends un grognement sourd. Par réflexe, tu te caches dans le premier placard que tu vois. Pourtant il n’y a pas de placard chez toi à cet endroit. Pas le temps de te poser des questions, les grognements se rapprochent.

Tu entrouvres la porte pour voir ce qui se passe. Une silhouette inhumaine passe près te toi sans te voir et s’éloigne. Tu es pétrifié. Tu n’oses pas sortir, mais ton corps ne t’obéit plus et tu sors contre ta volonté. Tu t’enfonces dans la maison. Cette fois c’est sûr, ce n’est pas la tienne. Mais comment es-tu arrivé là ? Tu tentes de reprendre le contrôle de toi-même, mais c’est comme si tu étais télécommandé, tu ne décides rien. Tu marches au hasard dans cette maison inconnue quand un cri retentit dans ton dos. Tu te retournes vivement et te retrouves face à face avec une créature hideuse. La peur te tord le ventre. Tu essayes de crier, mais à la place, tu prends la fuite. Tu entends la chose derrière toi qui te poursuit.

Pendant que tu cours, un coin de ton cerveau comprend ce qui ce passe, mais tu refuses de l’admettre. Tu trébuches et tu t’étales de tout ton long. La créature se penche sur toi. Elle a des mains noires, sinistres, déchiquetées. Alors qu’elle se penche sur toi, le titre de ton jeu vidéo prend alors tout son sens. « Don’t Play With Your Life » : ne joue pas avec ta vie…

 L'auteur n'a pas signé le texte. 

La fin des temps

J'ai été le premier à voir un ange tomber du ciel.
J'étais en train d'observer les étoiles depuis mon jardin quand je l'ai vue : une lumière aveuglante traversant le ciel à toute vitesse. Quelques instants plus tard, un humanoïde ailé s’écrasait dans mon jardin.


Il mesurait bien trois mètres, si bien que j'ai dû faire beaucoup de place dans le salon et me servir de deux matelas pour lui faire un lit où il pourrait se reposer. Il était salement amoché. Une partie de son torse avait été arrachée par ce qui m’a semblé être une immense mâchoire, découvrant son impressionnante ossature. Ses yeux avaient également été arrachés de leurs orbites, et l’une de ses ailes semblait avoir été déchirée avec violence.


Il a passé la plupart de son temps inconscient, et les rares moments où il se réveillait, c’était pour balbutier dans une langue inconnue.


Il ne m'avait adressé la parole que deux fois. La première avait été pour me révéler son nom. La seconde était la réponse à une question qui me brûlait les lèvres depuis qu’il était tombé du ciel, à savoir ce qui lui était arrivé. Le regard dans le vide, il m’a simplement murmuré : "La guerre".


Quelques heures après qu’il m’a répondu, je l’ai trouvé sur sa couche, les yeux fermés et le teint pâle. Je devais me rendre à l’évidence : il était mort.


Dans les jours suivants, d’autres anges sont tombés du ciel. Cependant, ceux-là étaient déjà morts. Leurs corps avaient également été mutilés, parfois si profondément que si ce n'était pour leur grande taille et leurs ailes, nous n’aurions certainement jamais su qu’il s’agissait d’anges. Et plus le temps passait, plus il en tombait, comme autant de lumières éblouissantes traversant les cieux.

Bien que beaucoup de gens aient paniqué, la paix a pu être préservée, même si nombre de théories du complot circulaient à propos de ces anges tombés du ciel. Finalement, cette pluie macabre était devenue un spectacle habituel, si bien que les gouvernements ont rapidement rouvert les voies de commerce international, et les transports publics du même coup.


Lorsque la pluie de cadavres s'est enfin arrêtée, les gens en furent enchantés. Par contre, quand la terre a commencé à se fissurer, ils le furent beaucoup moins.
Lorsque le feu et la lave ont commencé à se répandre à travers les fissures, à engloutir villages, métropoles et forêts, les gens se sont précipités vers les monastères, les églises, les mosquées et les temples, partout où ils pensaient qu'ils pourraient trouver des réponses, en vain.


Quand la terre s'ouvrit davantage, et que les fissures s'écartèrent pour vomir des hordes de démons, nous avons enfin fini par comprendre.


Tout comme les anges, les démons étaient tous morts. Leurs corps avaient été atrocement mutilés, et ce spectacle était presque plus effrayant que celui de leurs opposés tombés du ciel. Je pensais, non, nous pensions tous que le Ciel et l'Enfer étaient en guerre l'un contre l'autre, mais, en fait, ils s'étaient alliés. Contre autre chose, quelque chose de pire.


Et cette "chose", avait gagné.

Spotlight : Mirrors

Elle s'appelle Mathilda.


C'est une jeune fille fraîche, douce, plutôt jolie.


Sa vie est comme un songe.
Elle est étudiante. Ses camarades l'aiment bien. Elle a beaucoup d'amis. C'est le genre de personne qui s'entend facilement avec tout le monde.
Elle est amoureuse. Elle ne le lui dira jamais; elle aussi a ses faiblesses. Elle se fond dans la masse. Elle se fond dans la vie.


Elle avoisine les vingt ans.
Oh, elle a le temps.


Une nuit, elle se sent mal. De la fièvre? Elle a froid. Vraiment froid. Elle cauchemarde. Puis, soudain, une vive lumière, et elle est sortie de sa torpeur.


Quelle nuit horrible. Mais il faut qu'elle se prépare.
Juste avant de partir, elle jette un regard distrait dans son miroir, et s'étonne de sa pâleur. Elle se demande si elle n'est pas finalement malade.


Mais personne n'a rien remarqué.


De jour en jour, Mathilda se regarde sans cesse et ne guérit pas. Le monstre réfléchissant lui jette à la figure, sans relâche, la vision de son corps en piteux état. Elle se sent morne. Elle s'inquiète. Maintenant, son teint vire presque au gris.


Mais personne n'a rien remarqué.


Elle a encore froid. Toujours froid. Combien de temps s'est écoulé? Elle n'a plus la notion du temps. Son corps, il semble dépérir.
Les miroirs l'effraient. Où sont tous ses amis? Cette image d'elle... Elle a peur.


Mais personne n'a rien remarqué.


Un jour, elle se décide enfin. Cela ne peut plus durer. Elle doit en parler à quelqu'un. Il faut qu'elle se regarde.
Le miroir. Il est derrière elle. Courage. Elle se retourne.


Il n'y a rien.


Une violente lumière; une violente obscurité.
Elle est enfermée. Il n'y a pas d'air. Il n'y a rien ici, sous terre.


Oh, Mathilda, tu n'as plus le temps.


Mais personne n'a rien remarqué.


L'auteur n'a pas signé le texte.

Apocalypse, chapitre 1 - Prologue

Quelle galère.
Bon, c'était un peu de ma faute, j'avais attendu le dernier moment pour trouver un stage, du coup, ils en avaient trouvé un pour moi. Il faut dire qu'ils ne rigolent pas à la Sorbonne. Même quand tu es un étudiant en lettres avec les meilleures notes de ta promotion, tu n'as aucun traitement de faveur. Moi qui voulais me la couler douce avec un stage dans une grande entreprise, sans trop de travail... Et à présent, je me retrouvais dans un avion avec ce vieux fou.

« Toi qui veux devenir enseignant, nous t'avons trouvé un stage au côté d'un professeur d’université très célèbre. Tu vas pouvoir beaucoup apprendre de lui ! »

Spotlight : Le loup de Bachman Hill

Vous vous croyez à l'abri malgré l'absence de vos semblables à Bachman Hill ? Que la légende qu'on vous a racontée des dizaines de fois est totalement absurde et incohérente ? Détrompez-vous car vous n'êtes pas seuls durant vos visites dans cette ville fantôme car le loup de Bachman Hill vous guette...

Il vous a repéré depuis que vous avez cassé le cadenas des grilles avant que vous n'exploriez les rues brumeuses, ricanant comme des hyènes en effrayant quelques personnes de votre groupe en imitant le cri d'un fantôme avec une voix grotesque et stéréotypée qui ne marche que sur les enfants...


Puis, vous vous enfoncez dans la forêt après avoir bu des litres d'alcool que vous avez récupéré dans une boutique en oubliant de vérifier la date de péremption des fameuses bouteilles, mais bon, c'est connu que les jeunes étudiants de la génération actuelle sont têtus comme des mules et se la jouent hors la loi avec leurs aînés, consommant de temps en temps des stupéfiants pour ne pas être « Has Been » et parce que ça vous rend « Awesome » et « Gangsta » durant une Skin Party...

Mais pendant votre promenade, après avoir débité des conneries à cause de la consommation d'alcool et de stupéfiants, vous et vos amis, vous avez cru entendre des branches qui se brisent et des feuilles mortes qui grincent, sans même réagir à la disparition de l'un de vos proches. Vous continuez votre balade forestière en pensant que ce n'est qu'un lapin...


Soudain, vous vous retournez et vous apercevez une énorme masse noire qui se déplace à quatre pattes derrière votre groupe, vous clignez des yeux et elle a disparu de votre champ de vision, était-ce une hallucination due à votre consommation illicite ou avez-vous réellement vu cette chose menaçante ?

Trop de questions se bousculent dans votre esprit ainsi que celui de votre groupe dont vous remarquez seulement qu'il manque une seconde personne, réduisant votre groupe à trois individus. Vous et deux gars qui accompagnaient vos amies qui ont disparu mystérieusement...

La panique vous envahit et vous vous séparez durant une course-poursuite suite à l'apparition de la chose qui semble affamée, vous n'arrêtez pas de vous retournez afin de vérifier si elle est toujours derrière vous ou non lorsque vous trébuchez à cause de la racine d'un arbre. Des cris vous percent les tympans : ce sont les deux gars qui hurlent de douleur et qui tentent de lutter contre la chose, en vain....

Finalement, le silence revient, la brume s'épaissit, vous ne voyez plus rien, vous êtes seul, la peur vous envahit, vous plongeant dans la psychose ainsi que dans la paranoïa, vous vous mettez à rire à cause de la folie et les hallucinations vous font voir les cadavres de vos deux amies qui restent méconnaissables à cause du fait qu'elles sont dans un sale état.

Pendant que vous vous noyez dans les abysses de votre esprit qui est sous le contrôle de la folie, la chose revient et vous fait face, ce n'était autre qu'un énorme loup noir aux yeux bleus,les babines dégoulinantes de sang encore frais, ses dents sont à découvert et ses oreilles baissées, il plonge sur vous, refermant sa mâchoire sur votre gorge...

Oh et j'oublie, vous aussi, je vous observe et je vois que vous voulez aussi explorer Bachman Hill malgré les avertissements que vous avez entendu...


L'auteur n'a pas signé le texte.