Spotlight : Réalité augmentée

« Regardez, il se réveille ! »

J'ouvre les yeux, une lumière blafarde m'aveugle. J'suis où, putain ?

« Patient numéro 13 sauvé, docteur. »

... Docteur ? J'suis à l'hosto'... Merde. Qu'est-ce que j'ai pu faire comme connerie, encore... Je ne me souviens absolument de rien...
Mes yeux me piquent, mais j'arrive plus à les fermer, ça fait un mal de chien. J'essaye de parler, d'ouvrir la bouche, mais impossible... 'Tain... C'est quoi ce truc froid et métallique qu'ils m'ont mis ?

« Les cordes vocales ont été touchées, docteur »

Quoi ? Mes cordes vocales ?! Pas étonnant que j'puisse plus parler, nom d'un chien... Reste calme, Jack, tout ira bien, ils vont te soigner ça, hein...
J'suis tellement désespéré que j'en viens à me parler à moi-même... Tss... Tiens donc, une autre infirmière, elle amène quoi, là ? Une putain de seringue. Je crois qu'ils vont m'endormir.

« Ne vous en faites pas, Monsieur, nous allons vous soigner ça. »



À nouveau cette lumière blafarde, ma vue est trouble... C'est quoi, cette pièce blanche... ? J'aurais déjà atteint le septième ciel ? Pas possible. J'essaye de parler mais toujours rien, cette fois-ci j'ai comme un scotch sur la bouche. J'arrive pas à bouger non plus, une camisole ?! Hey, j'suis pas un fou !

« Éteignez les lumières »

Tiens, l'docteur est là, derrière la vitrine, c't'enculé. Et il fout quoi là ?… Pourquoi ils ont tout éteint ?… Des lignes... Un quadrillage... Ils me font quoi, là ? Ils étaient pas sensés me soigner ?

« Préparez le test de réalité augmentée »

… Le test de quoi ?… Tiens, j'peux bouger maintenant ?… La pièce a changé, c'est tellement sombre, mais j'arrive à distinguer des trucs... Des poupées, un lit... une chambre ? De gamine peut être...

Je commence à avancer dans la pièce avant de m'arrêter devant un meuble.

Une photo ?… On dirait une famille, une mère et... Un enfant je crois, je ne vois pas bien, la photo est plus que floue... j'ai tout d'même l'impression de voir quelque chose d'étrange en arrière plan...

Je repose la photo et continue de regarder dans la chambre, la lumière ne fonctionne visiblement pas... J'ouvre les rideaux.

Un jardin plus que commun... Attendez...

Je plisse les yeux en voyant quelque chose bouger.

Y'a un machin noir qui se déplace là-bas dehors, j'vois pas bien mais ça doit pas être important.

Je sursaute en entendant un rire de poupée et me retourne immédiatement, le cœur battant. Une lumière rouge clignote. Un portable avec clapet. Je l'ouvre, il a pour fond d'écran un ours en peluche en forme de loup, la véritable peluche est d'ailleurs placée à côté du meuble avec la photo. Je retourne mon regard vers la lumière, celle du portable, et remarque qu'un nouveau message a été envoyé.

« Cours. »

Mon cœur m'a donné l'impression de se décrocher en lisant ce simple mot. Je pose le portable et me dirige vers la porte pour sortir, la peluche se trouve devant la porte.

'Tain c'est quoi c'bordel... J'ai plus l'impression d'avoir tous mes esprits...

Je me dirige vers la fenêtre mais celle-ci est bloquée. Je recule et reviens vers la porte, attrape la peluche et tourne la poignée métallique pour ouvrir et sortir.

Fait encore plus sombre que dans la chambre... C'est quoi cette chose gluante sous mes doigts ? Ça schlingue ! J'arrive même pas à déterminer ce que c'est...

Quelque chose est sous mes pieds également mais j'sais pas ce que c'est... Je ravale ma salive et ferme fort les yeux avant de continuer. Le rire de poupée recommence derrière moi avant que je n'entende le plancher craquer. Je souffle et décide de courir aussi vite que possible, je dévale les escaliers avant d'arriver dans ce qui ressemble fortement à un salon. Une grande table conviviale se trouve au milieu...

Attendez... C'est moi ou j'entends... Des rires ? Non, mon esprit me joue un tour, c'est pas possible...

Apparemment non, j'entends une des chaises se reculer, puis une autre. Mon cœur s'emballe. Où je suis, bordel ? Je recule avant d'apercevoir une ombre furtive au coin de mon œil, je bascule en arrière en lâchant la peluche. Je claque des dents et mes jambes sont comme paralysées...

Des pas retentissent au-dessus de ma tête, quelque chose arrive... Quelque chose descend. Je regarde de tous les côtés, cherchant quelque chose pour me défendre, mais ne trouve que le portable qui se remet à avoir un rire étrange. À nouveau je regarde le message.

« Ding-Dong. »

Ding-Dong... L'heure a sonné ?! Faut que je me dépêche.

Je me relève d'un coup et cours à nouveau. Je ressens une vague de froid, comme si j'avais traversé quelque chose, le plancher craque, les bruits de pas semblent se multiplier. Une voix... Une voix de gamine résonne derrière moi.

« Papa, est-ce que c'est toi mon papa ? »

Je me retourne, rien.

Un frisson d'effroi me parcourt le corps. Je continue jusqu'à sortir dans le jardin, cette voix résonnant toujours derrière moi.

« Papa, c'est vraiment toi ? »

Je secoue la tête, c'est pas possible.

Je cours jusqu'à arriver au portail, je l'ouvre avec difficulté à cause du tremblement de mes mains.

« Papa, pourquoi m'as-tu abandonnée ? »

Je sors et me retrouve dans la rue, les lampadaires clignotent. Je respire profondément pour tenter de me calmer...

Des pas... Ils résonnent dans ma tête comme des parasites.

« Papa ? »

« Papa c'est toi ? »

« Papa, est-ce que tu reviens bientôt ? »

Je sens un frisson, mon visage se tordant dans un rictus douloureux.

Cette chose, elle est là, devant moi, difforme, horrible... J'arrive pas à définir son visage. Faut qu'je coure ! Vite ! Putain ! Mes jambes, allez, bougez !

Je regarde de nouveau en face de moi et, pour la première fois de ma vie, je sens la vraie terreur m'envahir lorsqu'elle assène son dernier coup.

« Papa, est-ce que c'est toi mon papa ? »




« Test échoué, le patient 13 est perdu. »

Suis le chat

Ce soir-là, je me suis retrouvée sur la route d’une façon assez stupide. Il faisait déjà nuit et une pluie torrentielle s’abattait sur la route, un début de tempête qui avait été annoncée par la météo. On n’y voyait pas grand chose à vrai dire, à peine à dix mètres, et cela relevait de l’inconscience que de conduire dans ces conditions. Mais je n’en avais pas eu grand chose à faire sur le moment : ma grand-mère venait de mourir, et dans ses derniers instants, elle m’avait reparlé du chat. Ne suis pas le chat. Elle était complètement désorientée, ce chat était mort depuis des années renversé sur la route en bas de chez elle, mais j’ai tout de suite su ce qu’elle voulait dire.

J’ai grandi avec ma petite sœur chez ma grand-mère. Nos parents avaient des postes importants dans des entreprises internationales et ils n’étaient que rarement là.
Elle vivait dans une grande maison de campagne au bord de l’Oise, un petit peu loin de tout. Avant l’arrivée de Benjamin, nous étions les seuls enfants du coin, et ma sœur et moi étions donc toujours fourrées ensemble, à lire côte à côte ou à jouer dans le bois voisin. Bref, nous nous serrions les coudes comme deux enfants seuls et qui se sentent un peu abandonnés le feraient.
Nous dormions dans la même chambre sous les combles, une grande pièce toute mansardée aux murs tendus de papier peint bleu auxquels nous avions punaisé des dessins et des photographies. Ma grand-mère nous avait installé des bureaux sur le palier attenant pour que nous puissions travailler. Il y avait aussi une lourde armoire contre un des murs et, à côté, placée tout contre, une banquette. Et, sur cette banquette, se trouvait souvent le chat.

C’était un chat de gouttière gris tigré, un bon vieux matou baroudeur tout en muscles gagnés à poursuivre les rats des champs. Il se retrouvait souvent compagnon infortuné et involontaire de nos jeux, et il désertait en se repliant dans quelque endroit où nous ne parvenions pas à le trouver. Un jour que je le poursuivais dans la maison, il s’était élancé dans les escaliers, moi à sa suite, avait déboulé sur le palier et foncé sous la banquette. Je m’étais allongée sur le sol, m’étais glissée tant bien que mal sous le meuble, avais tendu le bras en tâtonnant et, là où aurait dû se trouver le mur, ma main n’avait rencontré que le vide.
Je n’ai pas trouvé le chat.

Lorsque j’ai rapporté la chose à ma grand-mère, elle m’a dit qu’il s’agissait là de mon imagination débordante d’enfant de dix ans, et que je ferais mieux de ficher la paix à cette pauvre bête. Quelques jours plus tard, Benjamin emménageait chez sa tante, une vieille chouette qu’on ne voyait que très rarement. Pour ma sœur et moi, ce fut un rayon de soleil dans nos vies. Il avait à peu près notre âge et la nouveauté que représentait ce nouveau compagnon de jeu bientôt inséparable m’a tiré temporairement toute cette histoire de la tête.

Cependant, cette histoire est revenue périodiquement occuper mes pensées, presque de plus en plus lancinante avec l’âge. J’y avais souvent songé, en contemplant le chat dormir. Le mur n’avait pas pu avoir disparu, je l’admettais bien. Mais où était passé le chat ce jour-là ?
Puis, comme toujours, je finissais par retourner à mes occupations.
Ce n’était que des élucubrations d’une enfant qui se sentait seule.

Alors pourquoi, dans son ultime soupir, ma grand-mère m’avait-elle soufflé au creux de l’oreille, tout doucement, la voix tremblante comme si elle craignait qu’on ne l’entende, « Ne suis pas le chat » ?

Je ne saurais expliquer l’effet que cela m'a fait, la réaction que j’ai eue par la suite. Mais de sentir sa main se crisper sur la mienne, sa voix mourir sur ces dernières paroles, puis ses doigts se relâcher doucement... Comme un grand froid jusqu’au fond des tripes.
J’ai saisi mes clefs, j’ai quitté l’hôpital et, malgré l’alerte orange aux forte pluies, malgré ma sœur me criant en désespoir de cause d’attendre que Benjamin soit de retour pour que je n’y aille pas seule, je suis montée dans ma voiture et j’ai roulé en direction de la maison où j’avais grandi. C’était complètement idiot bien sur, j’étais passée sur ce palier tous les jours pendant des années, qu’espérais-je y trouver ? Mais il fallait que j’aille voir, aussi stupide que cela soit. Et il fallait que j’y aille immédiatement.

Ce qui n’était vraiment pas une bonne idée, je m’en rendais bien compte à présent.
Sur les derniers kilomètres, la pluie a redoublé sur mon pare-brise, déversant de véritables seaux d’eau. Ralentissant, j’ai plissé les yeux pour tenter de discerner les contours de la route dans mes phares. On y voyait tellement mal que j’ai failli dépasser la maison.

Je me suis débattue quelques instants sous la pluie avec les clefs, puis je suis entrée et j’ai refermé derrière moi. Un essai à l’interrupteur du hall m’a confirmé qu'il n’y avait plus de courant. C’était fréquent dans le coin en cas de tempête et ce n’était pas bien grave. J’avais grandi dans cette maison et je n’avais pas de mal à m’y orienter, même dans l’obscurité la plus complète. J’ai farfouillé en tâtonnant dans la commode de l’entrée à la recherche de la torche que l’on y rangeait en prévision de ce genre de situations.
En l’allumant, j’ai éclairé l’horloge au mur. 21h30. Vu l’heure, et surtout vu le temps, j’étais bonne pour passer la nuit là.
En projetant le faisceau de la lampe loin devant moi, je me suis avancée dans le couloir s’enfonçant dans la maison. Ma grand-mère avait monté une étagère tout du long où trônaient des cadres photos. Un cliché de mes fiançailles avec Benjamin se trouvait dans un coin, submergé par d’autres où nous étions plus jeunes, ma sœur à nos côtés.
Je suis passée devant la bibliothèque, puis un cagibi, un bureau et, enfin, les escaliers menant à notre ancienne chambre. Ils montaient raides en prenant un virage et s’enfonçaient dans la pénombre. Je suis restée au pied quelques instants, à les éclairer sans rien faire d’autre que les regarder. Puis, quand je me suis finalement décidée à les gravir, en m’y engageant marche après marche, une main sur le mur pour m’assurer et l’obscurité refermant son étreinte derrière moi, je pouvais presque voir le chat courir devant moi comme cela avait été le cas il y a toutes ces années, le chat et ses yeux jaunes.
Jaunes ? Le chat n’a jamais eu les yeux jaunes.

L’armoire était toujours contre le mur du palier. La banquette qui se trouvait à côté d’elle avait cependant disparu, nous nous en étions débarrassés cinq ans plus tôt. En balayant le meuble de la lampe, je me suis approchée pour mieux l’observer, sans avoir trop idée de ce que je cherchais exactement.
Le chat avait couru se cacher. Je m’étais penchée pour l’attraper, avais vu le recoin sous la banquette et m’y étais faufilée à plat ventre, le parquet glissant sur ma peau, bras en avant pour l’atteindre et alors…
Quelque chose m’avait violemment saisi la main et avait tiré.
J’ai eu un long frémissement et je me suis immédiatement reculée.
Quelle idiote. Avait-on idée de se monter la tête avec des idées pareilles ? Il n’y avait jamais eu ici qu’une armoire, et autrefois une banquette, rien de plus. Il ne pouvait pas y avoir eu quelque chose de plus. C’était impossible.
Vorace.
Deux pupilles jaunes dans le noir.
Ça avait été vorace.
J’ai éclairé une dernière fois le pourtour de l’armoire de ma torche. Il n’y avait rien, bien évidemment. Juste le mur. Qu’aurait-il pu y avoir d’autre ?
Mais les poils de ma nuque étaient hérissés d’un frisson désagréable et j’avais soudain particulièrement conscience du vide sombre dans mon dos.

Je suis passée dans la chambre où j’ai posé mes affaires sur le lit. Je les ai regardées, immobile, sans esquisser un geste.
Je ne parvenais pas à penser à autre chose qu’au palier de l’autre côté du mur. Au palier et à l’armoire. À ce sentiment que je percevais comme à travers une brume, une tension, telle une faim, une faim terrible qui...

Bon, ce n’est pas bien grave, me suis-je dis,  tu vas descendre au rez-de-chaussée dormir sur le canapé du salon.

Je suis sortie précautionneusement de la chambre, comme pour ne pas faire de bruit. Ne pas faire de bruit pour quoi faire ?
Je percevais comme un tiraillement au fond de mes entrailles, comme un raclement de doigts fouillant, retournant les viscères et qui, en touchant la panse, crissaient, crissaient...
Cette tempête n’était pas si terrible. Peut-être pouvais-je reprendre la voiture et repartir tout de suite.
J’ai commencé à me diriger lentement vers l’escalier, sans jamais tourner le dos à l’armoire. Et à chaque pas le tiraillement augmentait, les doigts resserraient leur étreinte.

Ils étaient verts. Les yeux du chat. Ils étaient verts.

Lorsqu’enfin j’ai buté contre la rambarde, une main m’a saisi le bras et j’ai poussé un hurlement.
 
« Mais qu’est-ce que tu fiches ? »

J’ai immédiatement reconnu la voix et j’ai pris une inspiration tremblante, le cœur battant à tout rompre. Dans le faisceau de la lampe, Benjamin avait lui-même reculé sous mon cri. Il avait levé les deux mains comme pour m’apaiser.

« Comment est-ce que tu es entré ? » ai-je demandé en reculant.

Je n’ai pas reconnu le ton de ma propre voix.
Benjamin a écarquillé les yeux. Puis il a fouillé dans ses poches pour en tirer un trousseau.

« Ta sœur m’a passé ses clefs. Elle se fait beaucoup de soucis pour toi, tu sais. »

Et à son air inquiet posé sur moi, j’ai deviné que du souci, il s’en faisait aussi.
Il faut dire qu’ainsi, dans le noir, la posture défiante, les doigts crispés sur ma torche et la respiration rauque, je devais avoir l’air d’une démente.
Benjamin a reposé sa main sur mon bras.

« Eh… Tout va bien ? »

Je n’ai pas répondu et j’ai laissé mon regard s’égarer de nouveau vers l’armoire.
Une bourrasque particulièrement violente a fait craquer les poutres et Benjamin a resserré sa prise sur moi. Sans doute la pénombre ambiante, la pluie battant les carreaux et le vent hurlant ne faisaient rien pour le rassurer.

« Viens, m’a-t-il pressé, descendons. Je vais allumer un feu dans la cheminée du salon. Ça nous fera de la lumière. »

Benjamin m’a entraînée à sa suite au-rez-de-chaussée, puis m’a fait m’asseoir dans le canapé du salon. Il a entassé quelques bûches dans la cheminée et  tâché d’allumer un feu. Je le regardais machinalement faire, les yeux dans le vague, et je pensais toujours au chat, ce chat mort depuis des années.

« Je suis désolé pour ta grand-mère. »

Il attisait le feu dos à moi. J’ai soudain éprouvé une bouffée de culpabilité en songeant à ma sœur, que j’avais laissée seule et désemparée à l’hôpital. Je n’en revenais alors pas moi même de m’être laissé monter la tête ainsi.

« Qu’est-ce que tu faisais là haut ? » m’a alors demandé Benjamin d’une voix douce.

Je n’ai rien répondu. Benjamin a soupiré mais n’a pas insisté. Le feu bien pris, il s’est assis à côté de moi, a ramené un plaid sur nous et m’a attiré contre lui.
Et, alors - enfin -, des heures après le décès de ma grand mère, je me suis mise à pleurer.

Le soleil nous a réveillés au matin. Benjamin s’est dégagé précautionneusement, m’a embrassée sur le front et est parti se doucher. Je suis restée quelques instants à observer les braises mourantes dans l'âtre, puis je me suis dirigée vers la cuisine.
Comme le courant était revenu, j’ai mis l’eau à chauffer dans la bouilloire et allumé la radio sur la fréquence des informations locales :

« … et n’a fait aucune victime. Le département a subi néanmoins d’importants dégâts matériels suite à la monté des eaux… »

Rien de bien grave en conclusion. Certainement une ou deux chutes d’arbres et quelques tuiles envolées à déplorer. J’ai néanmoins décidé d’aller jeter un coup d’œil dehors pour voir si un  tronc ne barrait pas la route, ce qui nous aurait bloqués ici encore quelques heures. Je suis passée dans l’entrée. Je percevais encore la voix de la présentatrice dans la cuisine attenante et, dans le fond, l’eau qui coulait dans la salle de bain. Mais ils me parvenaient comme à travers un brouillard, toute figée que j’étais.

« Le débordement de l’Oise a été particulièrement spectaculaire et a provoqué la fermeture des routes à partir de 21h30 hier soir… »

Mes clefs étaient sur la porte.

Texte de Calyspo

Spotlight : Le nouvel an

Ce que je vais vous raconter là est une légende urbaine comme une autre.

C'est l'histoire d'un homme solitaire.
Ce type, il ne sortait que quand c'était nécessaire. Il avait deux semaines de vacances ? Il passait ces deux semaines chez lui à faire toujours la même chose.
Depuis des années et des années sa routine était la même : il se levait, se brossait les dents, il affrontait le boulot, il rentrait, se lavait, mangeait, il jouait sur son pc.

Pas le genre de type à tailler une bavette, le genre à se foutre d'être seul.

Au bas mot ? Ça faisait 14 ans qu'il passait le réveillon et la nouvelle année totalement seul.

Un soir de nouvel an, il était chez lui à jouer à WoW.
Ça faisait quelques jours qu'il était en arrêt, à jouer à n'importe quelle heure. Sachant que le lendemain il allait reprendre le travail, il alla se coucher tôt, vers 23h30.

Il ne trouvait pas le sommeil, quelque chose le distrayait, une sorte de sentiment qui le mettait trop mal pour dormir.
Il tentait de lutter, mais changeant de position dans son lit, il entendit le battement de son cœur contre le matelas ...
C'est qu'il battait trop vite pour que l'homme puisse dormir.

Il décida d'attendre mais Morphée ne l'acceptait toujours pas.


Alors il alla à sa fenêtre, vida son cendrier, et s'en grilla une.
Il retourna dans son lit plus serein, mais rien n'y faisait, son cœur battait toujours aussi vite.

Au plafond il remarqua un point rouge lumineux immobile, il se frotta les yeux, toujours là.
Alors il se leva d'un bond et regarda autour de lui, c'était le reflet de la led de son enceinte encore allumée. Il alla se recoucher.

Attendant sans parvenir à trouver le sommeil, il tournait en rond, jusqu'à ce qu'un coup d'oeil sur le réveil lui indiqua qu'il était 1h30. jugeant qu'il ne trouverait pas le sommeil ainsi, il lui fallait autre chose.
On ne peut pas dormir si on passe des heures à ruminer des pensées ...

Épuisant une de ses autres technique pour trouver le sommeil, il décida de se masturber, souvent ça marche pour dormir, non ? Approchant 2h, il sentait ne pas être plus proche du sommeil.

Il entreprit alors de jouer sa dernière carte, sachant qu'une seule des techniques qu'il avait employées suffisait, en tant normal, à le faire s'endormir.

Il se leva, avança vers le bureau et saisit son mp3, revenant sur son lit, il entendit un étrange son en même temps que ses pas, comme des goûtes, quelque chose de trop anodin pour être inquiétant, mais d'assez particulier pour être signalé.

Se couchant accompagné de musique, quelque chose le travaillait trop pour qu'il puisse juste se décontracter...
Le poids de temps d'années de solitude sans doute.

Il attendait, mais toujours pas capable de se laisser apaiser.
Les piles de son mp3 commençant à le lâcher, il se leva pour le poser sur son bureau, mais marchant jusque là ...

Ses pas faisaient du bruit, mais il y avait des craquements trop forts pour qu'ils viennent uniquement de lui.

Le mp3 sur le bureau, il resta immobile à coté de celui-ci pour s'assurer que les bruits étaient bien ses pas, sait-on jamais.

Il était 3 heures 05 et pas le moindre son ne se faisait entendre. Il avança doucement dans son lit, se disant pour se rassurer:

"Après avoir passé autant de temps à écouter de la musique à si bas volume, mon cerveau me joue un tour..."

Chacun de ses pas avait l’écho d'un bruit plus important, jusqu'au dernier le ramenant sur son lit.
C'était un bruit de vitre se brisant.

Totalement paniqué, le pauvre type réagit pourtant avec une certaine logique.
Il s'arma d'une latte qu'il arracha à son lit et descendit au rez-de-chaussée de sa maison, là où il y avait son téléphone.

En bas, il n'y avait personne. Pas de verre au sol, en revanche ...
Il y avait des flaques sales et des traces de pas.
Elles menaient du placard à la porte de devant.
 
Soit l'on avait marché à l'envers, soit quelqu'un était sorti du placard.
Alors il ouvrit calmement la porte.

Et il y trouva tout ce dont il rêvait au plus profond de lui sans jamais se l'avouer.

L'assurance de ne plus jamais être seul.

Plus jamais.

Texte écrit sur le forum Pavorem

Spotlight : Joue-le encore

Ça aime la musique. Ça adore plus particulièrement le piano.

Une nuit, très tard, aux environs de deux heures du matin, j’étais toujours éveillé et surfais sur internet en écoutant de la musique. C’était une nuit normale ; je commençais d’ailleurs à sentir la fatigue peser sur moi, mais je fus retenu par une vidéo intéressante sur Youtube qui s’appelait « La chanson la plus facile à jouer au piano, apprenez CE SOIR ! (Easiest Song to Play on the Piano! Learn TONIGHT! ) »

Je n'étais pas très doué pour jouer du piano, mais j’avais essayé d’apprendre, en particulier depuis que j’avais hérité du vieux piano du salon de ma défunte grand-mère. Il avait été fabriqué en 1928, mais il était toujours en excellent état. Je décidai de regarder la vidéo juste pour voir à quel point il était facile d’apprendre la chanson.

Sur la vidéo, des mains blanches jouaient une mélodie ancienne autour de la touche centrale de Do. La chanson était extrêmement simple, mais elle avait quelque chose… d’étrange. D’exaspérant. Mais j’aimais ça.

Je mémorisai les accords et les notes, me levai de devant mon ordinateur et quittai la pièce. Le couloir était plongé dans l’obscurité, seule ma veilleuse qui tremblait à la manière d’une bougie laissait filtrer une faible lueur jaune dans un coin. Je descendis doucement le couloir en tâtonnant le mur à la recherche de l’interrupteur qui, je le savais, devait se trouver par ici…

Clic ! Trouvé.

Le couloir fut empli de lumière, mais ce n’était pas rassurant. Un court instant, j’eus l’impression d’apercevoir quelque chose. Quelque chose… de petit. Blanc, peut-être. Pas comme un esprit ou un fantôme et pas comme une personne, mais c’était petit et… Probablement juste mon imagination qui me jouait des tours avec la lumière.

Je me frayai un chemin dans notre salon. Lui aussi était plongé dans le noir. Notre plafond était tellement haut qu’il n’avait jamais été possible de l’apercevoir sans lumière, pourtant l’obscurité qui régnait n’était pas naturelle. C’était le genre d’obscurité que l’on pouvait sentir.

J’allumai la petite lampe qui se trouvait non loin du piano, ouvris le clavier et jouai quelques gammes pour me dérouiller les mains. Tandis que je jouais, j’appuyais sur la pédale afin d’ajouter de l’écho à ce que je jouais. Cela résonnait presque comme… un bruit continu d’inspiration… expiration… inspiration… expiration…

Je m’arrêtai et écoutai. Pas un bruit. Rien qu’un épouvantable silence.

Je commençai à jouer la chanson que j’avais apprise sur internet. Les notes étaient magnifiquement fluides et se succédaient harmonieusement. Je pouvais me rappeler sans mal quelle touche je devais presser. C’était extrêmement simple. En fait, quelqu’un aurait très bien pu jouer cette chanson accidentellement, sans même s’apercevoir que c’en était une.

Lorsque la chanson fut terminée, je me redressai sur mon siège, satisfait.

Et je l’entendis de nouveau, qui provenait du couloir.

Comment cela était-il possible ? Je me levai et quittai la pièce, me dirigeant prudemment vers ma chambre, d’où la musique semblait filtrer. Je vis mon ordinateur qui jouait de nouveau la vidéo sur Youtube. La page s’était probablement rafraîchie toute seule.

Et la musique repartit une fois de plus. Cette fois-ci, elle venait du piano. Dans le salon.

Je fus pétrifié. Je ne pouvais pas esquisser un mouvement. Je recommençai doucement à traverser le couloir sombre… Je retournai dans notre vaste salon – tandis que, tout du long, le piano continuait de fredonner ce nouvel air à glacer le sang.

J’atteignis le coin d’où je savais que je pourrais voir le piano, rassemblai tout mon courage et me retournai pour regarder.

La musique cessa instantanément, et je ne pus rien apercevoir dans l’immédiat.

Lorsque je regardai de plus près, je vis quelque chose de blanc… de petit, presque de la taille d’un enfant… Un être qui se tenait dans le coin obscur… qui me souriait.

Cela susurra, dans un faible bruit distordu.

« Joue-le encore… » 

Texte traduit par Magnosa.

L'original n'est plus disponible.

Au pied de mon arbre

Je vis dans une belle petite maison en pleine campagne, et je ne peux pas dire que j’ai une enfance malheureuse. En effet, mes parents m'ont toujours laissé carte blanche pour pratiquer mon loisir favori : me promener à travers plaines et forêts. Mes journées consistent donc à vagabonder dans les bois et les champs en quête d’aventure, et surtout à la recherche de grands arbres à escalader, car il n 'y a pour moi de sensation plus grisante que d'admirer le paysage assis sur une branche à plusieurs mètres du sol, voire plus, si l'arbre le permet.

Ainsi donc, ce soir-là, après une journée pluvieuse, le soleil finit malgré tout par percer à travers les nuages, m'offrant enfin l'opportunité de m’enfoncer plus profondément que d'ordinaire dans la forêt, dans l'optique de battre mon record de hauteur. Je commence donc à traverser les champs, impatient à cette idée, et atteins rapidement l’orée du bois, dans lequel je m'engage sans hésitation. Je marche longuement, cherchant l'arbre le plus haut possible parmi ceux que je n'aurais pas encore escaladés, tandis qu'autour de moi, le feuillage s'est fait de plus en plus serré, et le ciel de plus en plus sombre. Au bout d’un long moment, je finis enfin par me retrouver dans une partie de la forêt que je ne connais pas particulièrement. À vrai dire, je n’y suis allé que deux ou trois fois, car la végétation y est plus épaisse, il y fait plus sombre et j’en ai… peur. Mais ce soir, pas question de faire demi-tour, j'ai un objectif à remplir. Malgré l'appréhension qui me tenaille le ventre, c'est la tête pleine de rêveries et les oreilles remplies du chant des grillons que je continue d’avancer. 

Après seulement quelques minutes, j’aperçois une silhouette massive qui se dresse à quelques mètres devant moi. En levant la tête, je me rends compte qu’il s’agit d’un arbre gigantesque, bien plus haut que tous les autres que j’ai déjà escaladés, si haut que sa cime semble disparaître dans la brume du soir qui tombe lentement sur la forêt. Impressionné, je pousse un « Wouah ! » d'admiration et entreprends immédiatement son ascension. Il ne fait pas encore tout à fait noir et le début de mon parcours s’avère facile. Je trouve des branches suffisamment solides et ma montée se passe bien, même si le bois est encore humide. Je suis à environ six mètres de hauteur et j’ai déjà du mal à voir le sol. Levant encore une fois la tête vers la cime de l'arbre, je pousse un sifflement aigu en me rendant compte que sa taille va même au-delà de ce que j'imaginais. Je progresse encore de quelques mètres, bien que mes bras commencent à me faire souffrir, avant de tourner la tête pour me retrouver face au soleil couchant, lequel semble raser le feuillage des arbres en contrebas. Je me rends alors compte que j’ai battu mon record, heureux. Mais ma joie ne dure pas longtemps : je n’ai pas encore atteint le sommet, et c'est frustrant. Levant à nouveau la tête, je m’aperçois avec déception que les branches situées plus haut paraissent assez fines et difficiles d’accès. Je décide donc de prolonger ma pause afin de profiter encore un peu de la vue, avant de me rendre compte que le soleil a totalement disparu derrière les collines. Malgré la température optimale, je frissonne en sentant soudainement un courant d'air glacial me caresser la nuque. Je me rends alors compte que je suis exténué, et suis pris d'une subite envie de descendre au plus vite de cet arbre.

Cependant, ce sentiment ayant disparu aussi vite qu'il était arrivé, je suis rapidement gagné à nouveau par ma "folie des grandeurs" et décide, contre toute attente, de poursuivre mon ascension. Alors, revigoré par ce petit temps mort, je me relève en m'aidant du tronc et commence à me déplacer autour de celui-ci, tentant de repérer les branches les plus solides. J’effectue ainsi un demi-cercle autour du large tronc avant de m’arrêter net ; ce que je viens de voir à trente centimètres de mon nez me fait rater un battement et je perds l’équilibre, pris d’un hoquet de surprise . Avant de pencher dangereusement en arrière, j’ai le temps d’apercevoir la silhouette sombre d’un pendu qui se balance tout près de moi. Visiblement, il est mort il y a très peu de temps, ne dégageant pour l’instant aucune odeur particulière. Je n’ai pas le temps de détailler cette masse informe que je tombe déjà lestement. Pendant ma chute, je parviens malgré tout à me raccrocher à une branche, mais je suis encore à plusieurs mètres du sol. Cependant, ce répit est de courte durée.  J'entends un craquement sinistre et je comprends que ma branche est en train de lâcher. Levant la tête vers la cime, désespéré et effrayé comme jamais, je croise à nouveau le regard mort du pendu qui, en une fraction de seconde, se change en un rictus dérangeant. Les yeux brouillés de larmes, me raccrochant à la branche comme je le peux, il me semble apercevoir brièvement ses yeux scintiller dans la nuit. Déstabilisé, je n'entends pas cette dernière céder en un ultime craquement. Je n’ai pas le temps de comprendre ce qu’il m’arrive que j’atterris lourdement sur le sol, et perds connaissance.

Je reprends conscience après ce qui me semble être une éternité. Pourtant, il fait encore nuit. Tout mon corps me fait souffrir et mes os craquent de partout, mais j’arrive tout de même à me relever. Et là, une fois de nouveau face à l’arbre, une brusque et très forte envie de remonter me prend aux tripes ; piqué par une curiosité malsaine, je dois absolument savoir s’il s’agit réellement d’un cadavre en haut de l’arbre ou dû fruit de mon imagination débordante. Poussé par ce mystérieux élan, je recommence alors mon ascension sans un regard en arrière, me sentant léger comme une plume. Je grimpe étonnamment vite, et sans m’en rendre compte, je me retrouve bientôt face à l'objet de ma curiosité. Heureusement, la brume nocturne s’est dissipée, me permettant de voir clairement dans la nuit. Je me rends compte que le prétendu cadavre n’est en fait qu’un grand sac poubelle noir et vide accroché à une branche, probablement par le vent. Je comprends alors en un éclair que le visage menaçant que j’avais entrevu tout à l'heure n’était sans doute du qu’au jeu de lumière de la lune à travers les nuages et les feuilles. Je me sens terriblement bête. Honteux, je décide de redescendre lentement en prenant soin de choisir des branches bien solides. Au moment où je baisse la tête pour prendre mes repères, je m’arrête net de nouveau. Je viens d’apercevoir en contrebas mon corps désarticulé et sans vie gisant au pied de l’arbre.

Texte de Samtiti

Spotlight : Le cauchemar

La nuit était à son heure la plus sombre, nous étions le 4 Avril 2011. Une jeune demoiselle était allongée dans son lit, la lumière éteinte. Et ne croyez pas qu'elle dormait, non, elle était simplement sur son ordinateur en train de discuter avec deux amis, dont un avec qui elle parlait au téléphone en même temps.

Tout se passait bien, la discussion était intéressante, mais la jeune fille n'était pas trop à l'aise dans sa chambre. Celle-ci n'avait rien de spécial, juste que, peut-être, une rénovation aurait été la bienvenue. De plus, une pièce sombre était attenante à celle-ci : c'était celle de son frère, à présent parti de la maison. Le fait qu'elle fût vide ne plaisait pas trop à notre demoiselle, c'était sûrement car elle la rendait mal à l'aise.

« Euh, Mélissa, c'est pas pour te faire peur, hein, mais, y a des espèces de petits bruits derrière toi.
Dimitri, c'est juste mon chat, c'est rien ! »

Un rire un peu moqueur s'échappa des lèvres de la jeune fille, mais bizarrement, après cette phrase, elle se sentit mal à l'aise, car elle avait déjà eu l'occasion d'entendre des bruits de ce genre-là. Étrangement inquiétée, elle alla en faire part à un dénommé Eliot, un de ses amis à qui elle se confiait souvent à propos de cela. Celui-ci avait un don pour la rassurer et lui changer les idées en sortant des phrases qui n'avaient ni queue ni tête.

Mais cette fois-ci, le jeune garçon n'arrivait pas à la rassurer, de plus, les bruits s'amplifiaient peu à peu, ce qui ne rassurait pas du tout Mélissa. Cependant, cette dernière, ne voulant pas y croire ou plutôt, voulant se forcer à ne pas y croire, se dit que c'était ses deux chats.

Le problème : ces deux derniers étaient immobiles dans la pièce, l'un couché auprès d'elle et le second dans une boîte à chaussures dans un coin. Ce ne pouvait donc pas être eux, et elle le savait.

Et de nouveau, des bruits de coups sur le mur, comme si on le martelait. Ça tambourinait assez fort. 
« Et là, tu vas me dire que c'est les chats?... » se plaignit Dimitri qui, visiblement, se sentait mal à l'aise également, et cela se ressentait dans sa voix.

Elle aussi d'ailleurs. Un rire, nerveux cette fois-ci, s'échappa de ses lèvres alors qu'un frisson glacial lui parcourait l'échine. La jeune fille souffla doucement pour se calmer et ferma les yeux.
 
« Bon, Dimitri, ce n'est pas que tu m'embêtes, mais je vais raccrocher, je pense que ça sera mieux pour toi.
Ah? D'accord, comme tu voudras, ma petite, si tu as un quelconque souci, n'hésite pas à me rappeler ! »

Dès qu'elle eut raccroché, elle poussa fébrilement un soupir. Toujours pas rassurée, elle continuait de parler avec Martin et lui décida de lui expliquer la situation pour tenter d'obtenir une explication. Voire même une aide ! Mais ce dernier lui répondit simplement qu'elle devait rester calme et oublier ça. C'était sans doute son imagination qui lui jouait des tours.

Mélissa tenta de penser à autre chose pour s'évader, mais un bruit sourd la fit sursauter. La main sur son cœur, qui battait fort maintenant, elle regarda autour d'elle, mais rien. Paniquée, elle appela Eliot en lui disant qu'elle n'en pouvait plus et que sa voix pourrait sans doute la réconforter.

« Euh, Eliot, c'est... Bizarre...
Hm ? Qu'est-ce qu'il y a ?
Je viens de recevoir un message, d'un numéro que je ne connais pas...
Il dit quoi, ce message.
« J'espère que tu as un mur derrière toi »...
Oui, en effet, c'est bizarre.
Bon... Je vais raccrocher et dormir, ça serait mieux...
Fais de beaux cauchemars.
Oui, toi aussi... »

Elle ferma son ordinateur et le rangea sous son lit comme à son habitude, puis déposa son portable sur la table de nuit avant de soupirer et de s'allonger en se recroquevillant sous les draps. Elle ferma les yeux et tenta de s'endormir.

Mélissa fronça les sourcils. Des bruits sourds résonnaient de chaque côté, ça tournait, c'était étrange, malsain. Son cœur battait à un rythme irrégulier et tapait fort contre sa poitrine. Elle était en train de cauchemarder.


Un homme, il était grand. Très grand même, imposant. Et il avançait lentement vers elle, vers son lit. Une chansonnette se fit entendre dans la pièce, un sourire étrange, des yeux perçants, un air glauque. Il s'approchait, de plus en plus. Son bras droit se leva, dévoilant un poignard. Et soudain il asséna un coup et c'est dans un hurlement déchirant l'ombre que la jeune fille se réveilla.
Mélissa suffoquait, elle avait peur, tellement peur qu'elle se leva, complètement désemparée, et courut jusqu'à la pièce d’à côté, celle qui l'effrayait. Son visage se figea lorsque qu'elle releva la tête. Sa maison... Elle avait changé, rien n'était pareil, même sa chambre d'où elle sortait il y a à peine trente secondes. Son regard se dirigea vers la chambre d'à côté.
Une petite fille au teint livide dormait sur le lit. Mélissa recula vivement, apeurée. Elle revint ensuite jusqu'à sa chambre pour retourner dans son lit mais... Un petit garçon, tout aussi pâle, y dormait déjà.

Mais que se passait-il... La jeune fille était perdue.

De nouveau, elle recula et alla dans l'autre chambre où dormait la petite fille. Prenant son courage à deux mains, elle approcha et regarda la petite fille avant de poser sa main sur la sienne. Puis d'un coup, elle se réveilla et hurla à mort au visage de Mélissa.

Frôlant la crise cardiaque, la jeune fille s'éloigna vivement avant que le père ne rentre pour prendre la petite dans ses bras pour la consoler. Cette dernière maintenant calmée alla dormir avec son frère dans l'autre chambre. C'est alors que le regard de la jeune fille se tourna vers le calendrier.

«  28 Juin 2013 »

C'est à ce moment là qu'elle comprit. Ce n'était pas un cauchemar, elle n'était pas simplement en train de dormir... C'était la réalité.

Mais que s'était-il passé ? Qu'est-ce qui lui était arrivé? C'était une bonne question et Mélissa voulait savoir. La jeune fille alluma la lumière et regarda autour d'elle. Des photos. Elle se précipita et les examina. Elle était dessus, elle et sa famille. C'était bizarre de voir ça ici, dans une maison totalement différente. C'est alors qu'elle regarda dehors, elle vit un jardin. Un jardin broussailleux qui n'avait pas l'air entretenu. Elle descendit voir un peu et s'arrêta net devant quatre tombes. Son regard parcourait les écritures, les noms, puis se stoppa.

« Mélissa Lacroix »

Elle était morte. Et elle ne s'en souvenait même pas, quel funeste destin.
Elle examina ensuite la photo sur la tombe: elle était défigurée, son visage était tailladé, plein de cicatrices, ses cheveux noirs étaient en bataille. Elle était devenue affreuse...

Mais alors que les larmes roulaient sur ses joues en regardant le nom de ses parents, une tristesse noire s'empara d'elle. Elle était prête. Prête à tuer la personne qui avait fait ça. Mais seulement, qui avait pu faire ça ? Serait-ce vous… ?


Faîtes bien attention aux bruits étranges dans votre chambre, elle est peut-être juste derrière vous.

L'auteur n'a pas signé ce texte