Spotlight : Une histoire d'estomac

À celui qui trouvera cette lettre, lisez-la avec attention. Que mon histoire serve d'exemple à tous ceux qui seraient tentés de jouer avec des forces qui les dépassent. Racontez-la à qui veut bien l'entendre, car ce qui m'est arrivé ne devrait plus jamais arriver à quelqu'un d'autre.

Tout a commencé il y a un an. Lorsqu'un après-midi, pendant un dîner chez ma famille, j'ai ressenti une forte douleur au niveau du ventre. Je me plaignais depuis quelques temps de douleurs à cet endroit, mais c’était la première fois qu'elle était aussi intense. Mon frère m'a donc amené aux urgences. Après quelques analyses et quelques jours d'hospitalisation, le verdict est tombé : j'étais atteint d'un cancer de l'estomac. Celui-ci a été découvert bien trop tard. Les chances de guérisons existaient, mais elles étaient très faibles.

Ça a été un choc terrible pour moi. J’étais jeune, j'avais plein de projets pour l'avenir. J'en ai fait une dépression. Je ne suis pas sorti de chez moi pendant plusieurs semaines, m'apitoyant sur mon sort. J'avais commencé une chimiothérapie, sans trop d’espoir.

Mais rien ne fonctionnait, mon état ne cessait de se dégrader. Il fallait bien l'accepter : j'allais mourir. Il fallait que je mette de l'ordre dans ma vie, que je fasse mes adieux à ma famille, à mes amis.
Pourtant, sur le chemin de l’hôpital, il y avait une boutique qui avait ouvert depuis peu, et qui m'intriguait. C’était une sorte de magasin de vieux objets, un antiquaire. Sur la devanture du magasin, on pouvait y voir un panneau :

"Au Bouc noir : Objets mystiques, porte-bonheurs, voyance, guérisons"

D'habitude, je ne crois pas à ces choses là. Si ça marchait, ça se saurait, et il y aurait foule dans le magasin. Mais je pouvais voir à travers la vitre que c’était vide à l’intérieur. Maudit soit ma curiosité, car je suis rentré. Le magasin était plein de vieux meubles et objets poussiéreux. Quelques babioles en métal, et beaucoup de grimoires sur une étagère derrière le comptoir.

Derrière ce même comptoir, un homme me fixait.  Il devait avoir une soixantaine d'années. Il était vêtu d'une vieille chemise blanche et d'un pantalon à bretelles. Cela lui donnait un style d'avant-guerre. Puisque j’étais rentré, autant lui demander des informations à propos de ces "guérisons", comme était inscrit sur le magasin. C’était plus par curiosité que par intérêt, cela dit.

Avant que je puisse ouvrir la bouche, celui ci m'a devancé en disant qu'il avait ce qu'il faut pour traiter n'importe quelle maladie... et même les cancers. J’étais perplexe. Était-ce une simple déduction de sa part, ou savait-il vraiment pour ma maladie ?

Voyant mon air surpris, il m'a souri, et s'est retourné pour attraper un grimoire poussiéreux sur l’étagère. Il l'a posé sur le comptoir, avant de souffler dessus, révélant un large pentagramme sur la couverture. Il m'a indiqué qu’à l’intérieur se trouvait le rituel qui me ferait guérir, à 100%. Et, vu que j’étais mourant, il acceptait de me le prêter gracieusement. Il me suffisait de le rapporter une fois guéri.

J'ai accepté. Après tout, un livre n'a jamais fait de mal à personne. Je suis rentré chez moi, impatient de lire ce fameux rituel. Je me suis installé dans le salon, et j'ai ouvert le vieux grimoire. Il y avait de tout : comment rendre une femme folle de vous. Comment jeter le mauvais œil sur quelqu'un. Comment devenir riche. Et ce qui m’intéressait : Comment guérir n'importe quelle maladie. Au point où j'en étais, autant tenter ma chance. Ça ne mange pas de pain, je me disais alors.

Le rituel n’était pas compliqué en lui-même, c’était plus la recherche d’ingrédients qui était difficile : un morceau d’écorce d’érable centenaire, une patte de lapin, des poils de chat noir, entre autres. Pour les poils de chat noir, j'en avais justement chez moi. Ce foutu chat allait enfin me servir à quelque chose. En quelques jours, j'avais réuni tous les ingrédients, et j'ai pu accomplir le rituel.

Il ne me fallait plus qu'attendre. Même si tout cela était fou, c’était ma dernière chance, alors je me forçais de plus en plus à y croire. C’était ça ou la mort.

Le lendemain, je me suis levé comme d'habitude. Mais quelque chose avait disparu : la douleur. Mon ventre ne me faisait plus souffrir. Mon énergie était revenue. Je n'en croyais pas mes yeux.

J'ai foncé à l’hôpital pour faire des analyses. Même les médecins étaient perplexes : les tumeurs n’étaient plus là. Et même mon diabète s’était envolé. Un vrai miracle ! Les docteurs m'ont demandé de faire plus d'examens pour qu'ils puissent voir ce qui m'avait guéri aussi vite, mais j'ai refusé. Je ferais leurs examens plus tard, car je voulais profiter de la nouvelle chance qui m'avait été donnée de suite. Je voulais savourer chaque instant sans la maladie.

Pendant les jours qui ont suivi, j'avais enfin repris goût à la vie. J’étais sorti m'amuser avec mes amis, j'avais annoncé la bonne nouvelle à ma famille. J'avais même récupéré l'appétit ! Avec un cancer à l'estomac, vous ne pouvez pas manger ce que vous voulez, sous peine de vomissements. Et la douleur vous empêche de vous nourrir la plupart du temps. Mais là, je mangeais comme un ogre ! J'avais fait en une semaine tous les fastfoods de la ville, et à chaque fois le plus grand menu. Même mes amis restaient bouche bée devant mon appétit féroce.

Et c'est là que ça a commencé à devenir inquiétant. Même les menus XXL des restaurants ne me contentaient plus. Après avoir avalé 5 Big Mac, j'avais toujours autant faim. J’étais devenu un gouffre sans fond.  Plus aucun ami ne m'invitait au restaurant, sous peine de me voir engloutir 1/10 de son salaire en nourriture. Quand j'allais faire les courses, je prenais des dizaines de kilos de viande rouge. Ce n’était plus vivable, et je commençais à manquer de moyens.
Je suis retourné faire des examens à l’hôpital, mais aucun médecin n'a pu trouver quel était mon mal. Ils étaient aussi surpris que moi par mon appétit d'ogre, surtout que je ne grossissais pas d'un gramme.

J'ai fini par vendre ma voiture pour me payer ma nourriture. J’engloutissais toujours plus de viande chaque jour. Certaines fois, je ne prenais même plus la peine de la cuisiner : je la mangeais crue, à pleine dents. Ce que j’étais devenu me dégoûtait.

J'ai fini par comprendre que c’était à cause du rituel que tout cela arrivait. Il avait certes guéri mon cancer mais c’était sûrement un effet secondaire. Le grimoire n'indiquait rien sur le sujet, seuls les rituels étaient indiqués. Je suis retourné au magasin, et c'est très cliché, mais il n’était plus là. À la place se trouvait un fleuriste. Je suis rentré à l’intérieur pour lui demander ce qu’était devenu l'antiquaire, mais elle m'a répondu qu'il n'y avait jamais eu d’antiquaire ici. Elle avait racheté le local, qui était vide depuis des mois.

Je faisais mes recherche sur internet aussi, mais je n’étais pas vraiment doué avec les ordinateurs, je n'avais rien trouvé. J'en avais parlé à mon frère, qui, lui, s'y connaît, pour faire des recherches. Je lui ai parlé du rituel, du magasin, de la guérison spontanée. Je lui ai demandé de trouver un moyen de stopper cette faim insatiable.

Après avoir épuisé toutes mes ressources financières, je n'avais plus que quelques jours de nourritures dans le frigo. C’était tout ce qui me restait. Alors j'ai essayé de me restreindre. D’arrêter de manger et de faire durer ces provisions... Mais je n'aurais jamais dû faire ça. Je faisais des crises de rage terribles. Mon ventre gargouillait comme jamais. Il fallait que je mange... et c'est là que j'ai dépassé les limites. Mon chat, qui n'avait plus de nourriture depuis la veille, n’arrêtait pas de miauler. Quand j'ai posé mes yeux sur lui, l'eau m'est montée à la bouche. Je me suis approché, l'ai pris dans mes bras, lui ai fait un dernier câlin, avant de lui tordre le coup d'un mouvement sec.

Je l'ai dévoré. Je l'ai dévoré sans remords. J'éprouvais même du plaisir pendant que je déchirais sa chair et buvais son sang. J'avais franchi un palier dangereux. J'ai jeté sa carcasse au loin et me suis effondré sur mon lit, repensant à mes actes. Il me fallait de l'aide, en vitesse. Je devenais un monstre répugnant. Je voulais appeler ma famille à l'aide, appeler mon médecin, mais quelque chose m'en a dissuadé.

En regardant par ma fenêtre, je pouvais apercevoir le parc. Et en regardant les gens passer, surtout les enfants, je salivais... et ça me terrifiait. Je savais que si quelqu'un venait chez moi, je n'allais pas résister à la tentation d'en faire un festin. La faim me faisais devenir fou. Plus d'une fois j'ai été tenté de sortir la nuit et d'enlever un passant pour pouvoir goûter sa chair si tendre. Plus d'une fois j'ai été tenté d'attendre que le fils du voisin rentre de l’école pour l'attirer chez moi et boire son sang.

Je ne voulais pas devenir un meurtrier, alors il ne me restait plus qu'une seule chose à faire. J'ai brûlé le grimoire tout a l'heure. Et j'ai accroché la corde au plafond.

Ceci est mon testament. À vous qui lirez cette lettre, méfiez-vous des solutions miracles que vous proposent des inconnus. Et dites à ma famille et à mes amis que je les aimais, mais que je n'avais pas le choix.

Puisse Dieu me pardonner et m’accueillir dans son royaume.

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Voici la lettre qu'a laissée mon frère avant de se suicider par pendaison. Comme il l'avait demandé, je vous partage son histoire, mais je vais ajouter quelques éléments. Avant de mourir, il m'avait demandé de faire des recherches sur le mal qui le rongeait. J'ai pu trouver des informations sur le fameux rituel, et quel était son but réel.

Ce rituel date de l’époque des templiers. En effet, certains templiers vénéraient Baphomet, une des représentations de Satan. Ils avaient amené leur culte jusqu'au Moyen-Orient, où ils étaient partis en croisade afin de prendre Jérusalem. Là-bas, ils avaient perverti une ancienne coutume de guérison pour en faire le rituel que vous connaissez aujourd'hui. Il avait pour but de soigner rapidement les chevaliers blessés pour qu’ils puissent reprendre le combat sans attendre.

Ainsi, les templiers blessés pouvaient repartir au combat après chaque rituel. Mais, après cela, ils étaient pris d'une faim insatiable. Si bien qu'ils commençaient à s’entredévorer. Certains finissaient par être exécutés par leurs congénères, et d'autres se suicidaient, craignant de blesser quelqu'un.

Et c'est là qu’a commencé à apparaître ce que les locaux appelaient le H’awouahoua. Cette entité rodait la nuit et dévorait les gens. Mais sa préférence allait aux enfants. Il se cachait sous leur lit, attendait qu'ils aillent se coucher et les dévorait lentement pendant la nuit.

Ils ont fini par découvrir que le rituel n’était complet que quand la personne se suicidait, les faisant renoncer au paradis et devenir des H’awouahoua. Je pense que c'était le but réel de ces adorateurs de Satan. Et que mon frère est tombé dans le piège qu'ils lui ont tendu.

Mais le nom de H’awouahoua ne vous dit sûrement rien si vous n’êtes pas originaire du Moyen-Orient. Il a beaucoup de noms à travers le monde : le Boogeyman en Angleterre, le Bicho-Papao au Portugal, et, en France, on a un nom pour lui également : le Croque-mitaine.

Mon frère, en se suicidant, a donc achevé le rituel et est devenu un croque-mitaine. Ce qui pourrait expliquer la disparition de certains enfants dans la ville depuis la mort de celui-ci.

Je cherche activement à libérer mon frère de son tourment. Si vous avez des infos, ou apercevez la fameuse boutique, n’hésitez pas à me contacter. Pour les autres : faites attention, car la nuit est devenue dangereuse : il rôde toujours.

Texte de Kamus

Portail

Avec quelques amis, lors d'une balade dans le centre ville, on avait remarqué qu'une nouvelle boutique avait ouvert dans un coin de rue. Un espèce d’antiquaire, qui vend de vieux trucs dont personne ne veut. Sur la devanture du magasin, on pouvait y lire :

"Au Bouc noir : Objets mystiques, porte-bonheurs, voyance, guérisons"

Par curiosité, Nous sommes entrés. Il faut dire que nous étions adeptes de tout ce qui touchait à la sorcellerie, au vaudou... En général, nous aimions beaucoup frissonner. Nous aimions l'horreur sous toutes ses formes : Films, romans, jeux...
C’était une vrai caverne d'Ali Baba à l’intérieur. Surtout de vieux objets en métal et des meubles poussiéreux, mais aussi des choses qui nous intéressaient : de vieux grimoires, derrière le comptoir, des oui-jas, des boules de cristal, des pendules...

Joey avait proposé que nous achetions quelque chose, afin de pouvoir s'amuser le soir. N'importe quoi, tant que ça nous donnerait des frissons. Nous nous sommes donc rendu au comptoir, et un homme est sorti de l’arrière boutique pour venir à notre rencontre. Nous n'avons pas eu le temps d'ouvrir la bouche, qu'il nous a posé une boite devant nous. Il nous a regardé, avec un petit sourire, et l'a ouverte. A l’intérieur, il y avait tout ce qu'il fallait pour accomplir un rituel de portail. Nous en avions déjà tenté un auparavant, et, évidemment, cela n'avait jamais marché.
Le vieux, toujours en silence, a refermé la boite, nous l'a tendue, et nous a fait signe de partir. Nous nous sommes retournés, pour nous concerter, afin de savoir qui pouvait payer, mais quand nous nous sommes retourné, le vieux n’était plus là. Après tout, il nous avait fait signe de partir, tout en nous donnant la boite. C’était sûrement un cadeau. Nous sommes donc rentrés chacun chez soi, nous donnant rendez vous chez moi, à minuit, la semaine d'après.

Le semaine d'après, nous nous sommes rendus dans le grenier. Disposés en cercle, nous avons placé le contenu de la boîte au centre. Le sol du grenier était vraiment sale et, comme le balai était au rez-de-chaussée, j'ai directement prit le vieux magnétoscope qui prenait la poussière dans le grenier pour poser tout le nécessaire de rituel dessus.
Il y avait une note dans la boite. C’était les instructions. A priori, ce rituel avait pour but d'ouvrir un portail vers le monde des morts, afin de pouvoir communiquer avec eux. Il ne fallait que des racines spéciales, un peu d'huile et du feu, et, évidemment, des incantations.

Nous avons suivi ces indications à la lettre : j'ai baigné les racines dans l'huile, dans un bol, puis nous avons commencé à réciter les incantations à voix haute. Une fois celles-ci terminées, j'ai jeté une allumette dans le bol, faisant ainsi apparaître une grande flamme, qui s'est éteinte quasiment instantanément.
Rien d'autre ne s’était produit. Pas de bruits. Pas de portail. Pas de fantômes. Rien. Une fois de plus, ce rituel n’était rien d'autre qu'un attrape-nigauds. Déçus, mes amis sont rentrés chez eux, et je suis resté à ranger le rituel dans sa boite.

En rangeant, le magnétoscope m'a donné une idée.  J'avais énormément de VHS dans me grenier, et beaucoup de films cultes. C’était les vacances, donc c’était l'occasion de m'en visionner quelques-uns "à l'ancienne", sur la vieille télé du salon. J'ai pris le magnétoscope avec moi, quelques VHS et je suis descendu. J'ai posé le tout dans la salon, avant d'aller me coucher.
Le lendemain, j'ai appelé mes amis de la veille pour leur proposer de venir voir un bon film culte à la maison, en mangeant des pop-corn que j'avais préparés. Seul Joey, Matt et Phil ont accepté de venir, les autres trouvant ça trop vieillot et préférant de loin aller au cinéma voir le dernier Conjuring.

Nous nous sommes installés, et j'ai inséré la VHS dans le magnétoscope. Et c'est là que ça s'est produit. D'un coup, j'ai été aspiré dans celui-ci. C’était comme si je chutais d'un étage. Pendant celle-ci, j'ai perdu connaissance. En me réveillant, je n’étais plus dans mon salon. J'étais dehors. Il y avait un vacarme épouvantable. Je me suis levé, et regardé autour de moi. C’était invraisemblable. Je devais rêver... J’étais au beau milieu d'une bataille. Les balles fusaient de tous les côtés, les obus explosaient à quelques mètres de moi. Il y avait des milliers d'hommes en tenue militaire, qui tiraient avec leur armes. Des centaines de cadavres sur le sol, d'autres centaines étaient ramenées par les vagues sur la place. Quand j'ai vu un soldat, blessé au ventre, qui essayait tant bien que mal de garder ses tripes à l’intérieur de son corps, cela m'a tout de suite fait penser à quelque chose.
Un film. Justement le film que j'avais inséré dans mon magnétoscope. "Il faut sauver le soldat Ryan". C'était la scène du débarquement. J'étais en Normandie, sur la plage.

J'étais dans le film.

Pendant un instant, j'ai eu un moment de flottement, ce qui me faisait perdre la notion du temps. J’étais debout, au plein milieu d'une bataille, les balles pleuvaient de partout, et pourtant, j’étais là, totalement à découvert. J'ai fini par me cacher derrière une structure en métal, mais, vu le temps que j'avais passé là-bas, j'aurais pu mourir au moins 100 fois. et, pourtant, j’étais bel et bien vivant. C’était un vrai miracle...

Ou peut être pas. Et si jamais nous étions invulnérables lorsque nous étions dans les films ? Peut être sommes nous là en tant que simples spectateurs... Pour le prouver, j'ai essayé de parler à un soldat. Et il m'a bien répondu. Voyant mon age, il a d'abord marqué un temps d’arrêt, se demandant certainement ce que je foutais là. Puis il m'a demandé de rester en retrait, que j’étais bien trop jeune pour mourir et qu'ils avaient dû faire une erreur en m'envoyant dans cet enfer.

D'abord je me suis demandé pourquoi il me disait ça aussi calmement. Je veux dire, avec mon jean et mon T-shirt, il aurait dû vraiment remarquer que je faisait tache avec le décor. Mais en regardant mes bras, je me suis aperçu que j’étais moi aussi en tenue militaire. J'avais l'air d'un soldat comme les autres. Certes, je faisais encore trop jeune pour porter ce type de tenue, mais personne ne pouvait me remarquer au milieu des autres.

J'ai alors entendu des voix. Celles de mes amis, qui criaient mon nom. Je me suis retourné pour voir d’où ça venait, et c'est là que je l'ai vu. Flottant au dessus du sol, un anneau lumineux. Les voix venaient de l’intérieur. En entendant les cris des soldats aux alentours, j'ai comprit ce que mes amis voulaient. Dans le ciel, un obus arrivait droit sur ma position. C'est ça qu'ils voulaient me montrer.

Pris de panique, je me suis mis en dessous de l'anneau, et dans un dernier geste désespéré, j'ai levé les mains au ciel. Puis, ça a été le noir complet. J'ai dû une nouvelle fois perdre connaissance, car quand je me suis réveillé, j'étais dans mon salon, mes 3 amis autour de moi. J’étais de nouveau vêtu de mon T-shirt et de mon jean bleu.
Ils semblaient être a mi chemin entre l'excitation d'avoir assisté a un phénomène surnaturel et l'anxiété d'avoir failli perdre un ami. Mais, finalement, au vu de mon état de santé relativement bon, l'excitation a pris le dessus. Après tout, j'étais dans un film ! Et un de mes films préférés, dans une des scènes les plus mémorable ! C’était génial !

Enfin, mes amis pensaient tous que c'était génial. Mais moi, j'ai failli mourir là dedans, et je leur en ai parlé. Ils m'ont répondu que j’étais resté à découvert sous une pluie de balles et d'obus, et que je n'avais pas une seule égratignure. Que ça ne pouvait dire qu'une chose : il ne pouvait rien nous arriver dans le film.
Pour nous remettre de nos émotions, nous sommes sortis manger dans un fast food, et nous avons essayé de découvrir ce qu'il s’était passé. Pour nous, la cause était le rituel que nous avions fait hier. En effet, il n'y avait pas eu de portail ou autre manifestations visibles après celui-ci, mais je me suis rappelé que j'avais pris le magnétoscope comme support pour tenir le rituel. Peut être que le rituel a fonctionné, mais a envoûté l'objet le plus proche, qui était donc le magnétoscope.

Pour en savoir plus, nous avons voulu retourner a la boutique de la veille, mais celle-ci avait simplement disparu. A la place se tenait un fleuriste, qui était fermé à cette heure-ci. C’était bizarre, mais pourquoi pas. C’était peut être le dernier jour ou elle était ouverte, c'est pour ça que le vieux nous avait offert tout ce nécessaire à rituel. Nous avons décidé de rentrer, car il se faisait tard, et certains enfants avaient disparu dans la ville ces temps-ci, c’était dangereux.

Le lendemain, nous nous sommes réunis de nouveau chez moi. Nous avions décidé de ne parler à personne de cette aventure, donc personne ne savait que nous étions ici ensemble. Nous avons décidé de tenter l’expérience avec une autre VHS, mais j'ai insisté pour que ce ne soit pas dangereux, au grand dam de mes amis, toujours en quête de frissons. J'ai donc été cherché une VHS du film The Mask. Nous nous sommes tous tenu la main, et j'ai mis la VHS dans le lecteur, en espérant que cette technique fonctionne pour nous permettre de voyager ensemble à l'intérieur du film.
Et ça a marché ! Comme la veille, nous nous sommes fait aspirer par le magnétoscope, nous avons perdu connaissance et nous sommes réveillés à l’intérieur du film. Nous étions a l’intérieur de The Mask, avec Jim Carrey.

C’était la scène de la danse des policiers, devant le parc. Nous étions également en tenue de policiers, et nous étions a l'arrière. Quel spectacle ! Tous les policiers en train de danser tout en suivant l'homme au visage vert était un vrai divertissement. Nous nous sommes presque pris au jeu en dansant également, mais comme nous étions très mauvais en danse, on a vite arrêté le massacre.
Après cette scène, nous sommes repartis là où était l'entrée, l'anneau lumineux. Nous avons tous levé la main au ciel et sommes rentrés dans mon salon. C’était fou, nous avions le moyen d'aller faire un tour dans nos films préférés, et être ainsi au plus près de l'action !

Les jours qui suivirent ont été les plus amusants de ma vie. Nous étions rentrés dans énormément de films que nous adorions, tout en se promettant de ne pas interférer avec l'histoire, afin que celle-ci se déroule comme dans le script orignal, pour un plaisir maximum.

Ainsi, nous avons assisté à l’exécution de John Coffey dans la ligne verte.
Nous avons vu la grande bataille de William Wallace dans Braveheart.
Nous avons vécu le siège de Minas Tirith dans le seigneur des anneaux....
Et bien plus encore. C'était géant.

Malgré ça, Joey et Matt, les plus têtes brûlées de notre bande, étaient toujours en manque d'adrénaline. Ils voulaient tenter le grand frisson en allant directement dans un film d'horreur.
J'étais contre cette idée. C'était trop dangereux, nous ne savions pas encore comment cette sorcellerie marchait. Nous n'avons jamais été blessés, mais nous n'avons jamais été en situation dangereuse non plus. Enfin, juste moi, la première fois que je suis entré dans un film.

Et pour eux, le fait que je n'ai rien malgré tous les dangers que j'ai affronté ce jour là était une preuve suffisante. Je n'ai pas pu les arrêter, ils ont prit la VHS de Massacre à la tronçonneuse, et sont entrés. Seul Phil a écouté mes conseils et est resté avec moi.
Nous pouvions voir Joey et Matt dans le film. Ils étaient dans une maison, où on pouvait entendre des cris venant de tous les côtés. Ils ont exploré celle-ci, jusqu'à tomber sur Leatherface, qui était en train de charcuter un corps inerte avec une tronçonneuse.

Il semblait ne pas faire attention a mes amis. Il continuait son travail, minutieusement. Joey était tellement excité d'assister d'aussi près a la scène qu'il n'a pas pu s’empêcher de glousser. Cela n'a pas du plaire au psychopathe, car entendu Joey rire, il l'a attrapé par le col. Son rire s'est alors changé en cris, car il a enfin compris qu'ils n’étaient pas invincibles dans ce monde. En voyant ça, Matt a commencé à courir dans toute la maison. Mais la caméra est revenue sur Joey.
LeatherFace le tenait par le coup maintenant. Sa poigne puissante étouffait Joey. Il l'a alors soulevé, d'une seule main, et l'a sauvagement jeté sur un crochet. On pouvait entendre celui-ci transpercer le corps de notre ami. On n'osait même pas parler devant notre écran, de peur que LeatherFace nous entende et cherche à nous atteindre.
Joey gesticulait, accroché à ce crochet. Il crachait abondamment du sang par la bouche. Plus il se débattait, plus le crochet déchirait sa chair. LeatherFace a alors pris sa tronçonneuse, et a découpé chaque membre de Joey, qui criait et pleurait, implorant son bourreau d’arrêter.
Puis, lorsque Joey n’était plus qu'un tronc sanguinolent sans bras ni jambes, nous avons pu voir l’étincelle de vie quitter son regard.

Il était mort.

LeatherFace est alors sorti de la pièce, armé de sa tronçonneuse. Il devait sans doute poursuivre Matt. La caméra s'est alors recadrée sur celui-ci, qui fuyait toujours. Comment avait t'il pu se perdre alors que la maison était si petite et qu'il venait à peine de quitter la pièce où se trouve la sortie vers la réalité ? Mais après tout, il s'agit d'un film d'horreur. ça se passe toujours comme ça.

Nous avons crié de toutes nos forces, afin qu'il puisse entendre nos voix sortir de l'anneau lumineux. Et, rapidement, grâce à cela, il a pu retrouver l'anneau. Il est entré dans la pièce, et avant même qu'il puisse lever les bras pour rentrer, un bruit de tronçonneuse s'est fait entendre, suivi d'une scène d'horreur. Matt était littéralement en train de se faire couper en deux, verticalement. LeatherFace avait commencé par le sommet du crane, jusqu’à séparer le corps de notre ami en 2 part symétriques. Le sang giclait de partout et envahissait la pièce.
En voyant ce spectacle macabre,  Phil n'a pas pu s’empêcher de pousser un cri. Et le psychopathe l'a entendu, car il a immédiatement cessé son massacre pour inspecter l’anneau lumineux.
Pris de panique, j'ai immédiatement retiré la VHS du lecteur. J'ai pensé que si nous pouvions entrer et sortir des films, pourquoi les personnages de ces films ne le pourraient pas ? Imaginer LeatherFace dans ma maison me terrifiait... Je tremblais de peur. Phil était en larmes. Nous avions assisté au meurtre de nos deux amis, impuissants.

Nous avons convenu de ne jamais parler ce cette histoire. Il ne fallait plus que personne utilise ce magnétoscope. Comme personne ne savait que Joey et Matt étaient chez moi ce jour là, personne n'allait suspecter que nous puissions avoir quelque chose à voir avec leurs disparitions.
Néanmoins, Phil était un peu retissent à l'idée de ne plus utiliser ce magnétoscope. Il avait perdu sa famille récemment, et il avait encore des VHS avec les enregistrements d’événements avec eux, comme des anniversaires, et des dîners de Noel. Il voulait savoir s'il était possible de les revoir, et aussi de les ramener...

J'ai refusé une nouvelle fois. Nous ne savions toujours pas quel était le prix à payer pour cette sorcellerie, car il y a toujours un prix. Matt et Joey ont payé leur part, et il était trop dangereux d'utiliser cet engin une nouvelle fois. J'ai débranché le magnétoscope, et ai demandé a Phil de partir, que nous allions trouver une solution le lendemain.
Après cette journée pour le moins éprouvante, je suis allé me coucher, certains que les souvenirs de mes amis massacrés à la tronçonneuse allait me hanter jusqu'à la fin de mes jours. Seul, dans mon lit, je me suis mis a pleurer.

Durant cette même nuit, j'ai entendu du bruit venant du salon. Ma chambre étant mitoyenne à celui-ci, je pouvais entendre ce qu'il s'y passait, au contraire de mes parents qui avaient leur chambre à l'étage. Je me suis levé, et je suis allé voir dans le salon. J'y ai trouvé la télé allumée, et le magnétoscope branché. Il n'y avait personne à l'écran, juste un plan fixe sur une rue, et personne dans le salon. Mais à voir le manteau de Phil sur le canapé, j'ai pu en déduire qu'il s’était introduit chez moi durant la nuit pour continuer à utiliser le magnétoscope.
En voyant la jaquette de la VHS par terre, j'ai pu comprendre que ses paroles au sujet de revoir sa famille n’étaient que des mensonges. En effet, sur le sol se tenait la Jaquette d'un film porno des années 80. Phil ne voulait qu'assouvir ses désirs d'adolescent en rentrant dans un film porno. Le rêve de tout mâle de son âge, il faut croire.

Mais il avait fait une erreur. En effet, quand j’étais jeune, mon père m'avait surpris a regarder cette VHS en cachette. Il me l'avait confisqué, et avait enregistré par dessus un autre film.
Je vous ai dit que mon père était un adepte de films d'horreur ? C'est ce lui qui je tient cette même passion. Et quel film il avait enregistré par dessus ce film porno ?

"Les griffes de la nuit".

J'ai retiré la VHS du lecteur, et le l'ai détruite. En espérant que Freddy s'occuperait du dernier témoin me liant à la disparition de Matt et Joey. Je devrais être effondré par le sort de mon ami, mais, étrangement, j’étais apaisé, car ma vie allait pouvoir reprendre son cours normal.

Le lendemain, j'ai remonté le magnétoscope au grenier. Je ne l'ai pas détruit, car peut être qu'une fois vieux, et ayant ma vie derrière moi, j'irais la finir dans un film. Peut être vivrais je une dernière aventure à bord du Titanic, ou je finirais mes jours dans les vertes prairies du compté, en compagnie d'Hobbits.

Mais, le doute s'installe de plus en plus en plus au fil des jours. Et si quelque chose était sortie du film cette nuit la ?

Texte de Kamus

Spotlight : Créature de cauchemar

Sans savoir pourquoi ou comment j'étais arrivé ici, j'étais dans un couloir. Un couloir froid et sombre, les murs et le sol en béton sale, sans portes, comme un cul de sac, le fond derrière moi. Juste un couloir vide d'environ cinq mètres, ouvert au fond à gauche, le peu de lumière venait de là-bas.

Soudain, j'entendis des pleurs d'enfants, puis une dizaine de petites filles d'à peine six ou sept ans entrèrent en pleurant et en criant, de peur sûrement. Leurs vêtements étaient sales et déchirés, mais normaux. Elles ne faisaient pas attention à moi. Ne sachant pas comment réagir, je sortis du couloir pour arriver dans un autre. Contre le mur de gauche, je remarquai six garçons assis calmement à une vieille table en planches de bois pourries et poussiéreuses.

À ma droite, la sortie. Les pleurs des filles avaient cessé sans que je m'en rende compte. Comme ils ne faisaient pas attention à moi, je me précipitai vers la sortie... puis me retrouvai au fond du premier couloir. Les petites filles avaient disparu.

J'aurais dû être terrifié, pourtant je ne ressentais rien. Puis j'entendis les mêmes pleurs, les mêmes cris, puis les mêmes petites filles entrèrent. Étrange. Je sortis sans attendre dans le deuxième couloir et vis les mêmes garçons. Cette fois je piquai un sprint vers la porte, mais au moment même où je la franchis, je fus comme assommé, ma vue s'assombrit, je heurtai le sol et me retrouvai une fois de plus au fond du couloir des filles.
                  
Je commençais à flipper, de plus je me sentais observé. Il faisait vraiment sombre. J'entendis une nouvelle fois les pleurs, les petites filles entrèrent, je sortis. Les garçons étaient évidement là. Je remarquai une tache de sang sur le mur du fond qui n'était pas là avant. Je sprintai sans attendre vers la porte... et me retrouvai dehors.

Il faisait presque nuit, le coucher de soleil me semblais étrange. C'était sûrement une impression. J'étais dans un petit terrain mal entretenu, l'herbe était très haute et aplatie par endroits; au fond, des carcasses de voitures calcinées. À ma droite une forêt d'immenses sapins, à ma gauche, des montagnes... il n'y a pas de montagnes à moins de 400km de chez moi... mais où étais-je et qu'est-ce que je faisais là ?! L'endroit était isolé, personne n'aurais pu nous trouver ici. Je me tournai vers la bâtisse que je venais de quitter. Elle était en béton, comme les murs des couloirs, et le toit était plat.

Je remarquai un abri en tôles, entre la bâtisse et la forêt. Je pris une décharge d'adrénaline : une silhouette humanoïde, très large, était tournée vers moi et m'observait d'un sourire sadique.

Dans la semi obscurité, je ne pouvais voir que les derniers rayons du soleil se refléter sur ses dents tordues. Son sourire malsain remontait presque jusqu'à ses oreilles. Sans réfléchir, je reculai le plus vite possible. J'étais terrorisé. La créature se jeta sur moi, et disparut à mi-chemin. À peine une seconde plus tard, quelque chose se posa sur mon épaule, je hurlai et la griffai.

Je me tournai et vis la chose, à peine un mètre derrière moi. Je hurlai d'horreur: ses yeux étaient immenses et totalement noirs. Je ne pouvais plus bouger d'un millimètre, et je gémissais de peur. Elle mesurait deux têtes de plus que moi, avait la peau extrêmement blanche, presque translucide, qui laissait voir des veines bleues. Ses mains étaient immenses, sa main droite était griffée et saignait. Je fus parcouru d'un frisson. Ses yeux contrastaient affreusement avec sa peau, son visage était d'une forme squelettique, son sourire plus méchant, sadique et flippant. Je remarquai une petite lame de cutter plantée dans son épaule gauche. Sa peau était cicatrisée autour.     

J'étais toujours paralysé. Il se pencha vers moi et me dit, d'une voix lente, inhumaine, grinçante: « Tu m'as fait perdre du temps et tu m'as blessé. Tu ne me laisses pas le choix. » Poussé par l'instinct de survie, je tentai de courir mais la créature me barra la route et m’asséna un coup de poing dans les côtes d’une force inouïe. Je volai un mètre en arrière et m'écrasai au sol en criant: elle m'avait certainement brisé plusieurs côtes. Je pleurais.

La chose m'attrapa par les cheveux, me traîna sur quelques mètres et me roua de coups plusieurs minutes, je pouvais à peine bouger. La souffrance était pire que la terreur que je ressentais à chaque fois que je croisais le regard de cette chose. Je me sentais partir. Je voulais partir. Cette créature était ignoble. Elle était penchée au-dessus de moi et m'observait, elle savait sûrement que j'étais en train de mourir. Dans un dernier effort, sans prévenir, je lui attrapai la gorge. Elle cria, son sourire disparut l'espace d'une seconde, elle attrapa mon bras, sourit et me frappa violemment à la tête, une seule fois. Ma dernière vision fut ses yeux horribles.


J'ouvris les yeux et les refermai aussitôt, aveuglé par une lumière intense. Le paradis ? Je rouvris les yeux lentement. Non, une chambre d'hôpital. Là seulement je ressentis la douleur, et remarquai que j'étais sous morphine. Je regardai par la fenêtre et vit la montagne, sûrement le Mont-Blanc. Un médecin entra dans ma chambre. Il me demanda mon nom, mon prénom, le numéro de téléphone de mes parents, etc... Il fît la grimace quand je lui dis que je vivais dans les Ardennes et que je ne savais pas comment j'étais arrivé ici. Il m'annonça que j'avais quatre côtes et un bras cassé, et que c'était un randonneur qui m'avait trouvé au milieu d'un chemin. Je ne comprenais plus rien. Qu'est-ce que je faisais au milieu d'un chemin? Où était passée la chose? Et les gosses? Je ne voulais surtout pas en parler au médecin. Il me demanda si je voulais qu'il me laisse seul un moment, je répondis par l'affirmative. Avant qu'il parte, je lui demandai un stylo et un carnet, il alla me les chercher, puis il me laissa seul. 

Et je suis là, couché dans mon lit d'hôpital, à 400km de chez moi sans savoir comment j'y suis arrivé, à écrire mon histoire. Ses yeux me hantent. Il y a à peine une minute, mon électrocardiograpmme s'est affolé subitement : il était là, collé à ma fenêtre, pourtant au 2ème étage, en train de m'observer de ses yeux d'un noir d'encre. Il est sûrement là pour moi. Cela fait 5 minutes que j'appuie comme un malade sur l'interrupteur pour qu'une infirmière vienne. Je crie mais personne ne m'entend. L'électrocardiograpmme bippe comme s'il était devenu fou. Je sais qu'il est là. Il y a comme un rire ressemblant à un grognement venant du couloir.

Apocalypse - Chapitre 3 : Envie

Cela faisait maintenant plusieurs jours que nous étions rentrés de Chine. Les événements auxquels nous avions assistés étaient encore bien présents dans nos esprits, surtout chez le père Jean, qui ne parlait désormais plus que pour prier. Le professeur, quant a lui, semblait étrangement excité par la tournure des événements. J'avais l'impression que pour lui, le fait d'avoir prouvé qu'il avait raison et que tout était vrai était bien plus important que le destin de l'humanité. Il regardait ses mails tous les quart d'heure, espérant que quelqu'un le contacte pour l'envoyer sur les traces d'un autre phénomène paranormal à travers le monde.

Quant a moi, je n'avais pas non plus fait grand-chose depuis que nous étions rentrés, mis à part passer mes journées à scruter un écran de télévision. Ce dont j'avais été témoin aurait bouleversé n'importe qui, mais, pour ma part, je ne ressentais quasiment rien. Comme si j'étais habitué à voir ce genre de chose, alors que ce n’était pas du tout le cas. J'avais lu quelque part que certaines personnes ayant assisté à un spectacle traumatisant y auraient développé une résistance particulière. Leur cerveau, afin de se préserver, aurait désactivé la peur, la tristesse, l'angoisse... Plus rien ne pouvait les choquer. Qui sait, c'était peut être ce qu'il m’était arrivé.

Pendant que le professeur consultait sa messagerie pour la 94eme fois aujourd'hui, une émission qui passait à la télé a capté mon attention. Elle parlait de conquête spatiale.

Un milliardaire, passionné par l'espace, avait fait construire un gigantesque vaisseau, afin d'aller sur Mars. Il avait commencé un immense casting, afin de réunir des personnes venant de chaque coins du monde, pour ensuite partir à la conquête de la planète rouge. Je me suis alors dit qu'il s’agissait d'un caprice de milliardaire, mais au vu de la situation actuelle et ce que je savais sur l'avenir de notre chère planète bleue, son caprice n’étais pas si bête que ça. A peine avais-je éteint la télé que j'ai entendu un cri venant de la chambre du professeur. Il avait enfin reçu un mail lui indiquant notre prochaine destination : L’Afghanistan.

Ce n’était pas un pays ou j'avais prévu de séjourner un jour, mais tant que ça nous permettait de sortir de cet appartement miteux, j'aurais été près à aller n'importe où. Le professeur, surexcité, était sur les chapeau de roues, si bien que je n'ai pu le questionner qu'une fois installé dans l'avion.

«Alors, professeur, qu'allons nous faire en Afghanistan ? J'imagine que vos contact ont trouvé quelque chose en rapport avec les péchés capitaux ? »
- Tout juste ! Selon les maigres informations qui m'ont été données, depuis la découverte d'une pierre portant des symboles inconnus, la partie Est du pays serait en proie au chaos. Des bagarres éclatent un peu partout autour de l'endroit ou a été trouvée la pierre. Certaines se solderaient même par la mort... En conséquence, les gens fuient cet endroit, et ceux qui persistent à y rester sont très prudents, surtout avec les étrangers.
- Ce n'est pas un peu dangereux ? Vous avez bien vu ce qui nous est arrivé au Tibet ! Et si cette pierre nous rendait fous nous aussi ?
- Tu as tout à fait raison, c'est pour cela que j'ai demandé de l'aide au Vatican à propos de ça. Ils m'ont dit qu'ils avaient une solution à nous proposer. Elle nous attendra à notre arrivée à Kaboul.»

Le voyage s'est passé sans encombre, puisque j'ai dormi tout le long. Il semblerait effectivement que les sièges d'un avion soient plus confortables que notre appartement moisi. Notre mission était importante, pourtant les fonds qui nous étaient alloués par le Vatican étaient bien dérisoires.

Une fois arrivé à Kaboul, j'ai immédiatement été interloqué par le tumulte qui régnait dans l'aéroport. Il y avait énormément de monde, ils semblaient plus ou moins tous chercher un vol pour quitter le pays. D'une certaine façon, cela contrastait avec notre avion, qui lui était pratiquement vide. Si tout le monde cherche à quitter le pays, et que personne ne vient le visiter, c'est vraiment qu'il doit y avoir un souci sur le territoire afghan. Je veux dire, le pays n'a jamais été une destination de rêve, a cause des nombreuses guerres qui y ont lieu, mais je pense qu'il doit quand même recevoir un certain nombre de touristes, encore plus dans une grande ville comme Kaboul.

Cependant, ma rêverie n'a pas duré longtemps. A peine me suis-je perdu dans mes pensées qu'un homme m'a bousculé en s'emparant de ma valise, avant de prendre la fuite. Sorti de mon intense réflexion, je n'ai pas capté tout de suite, mais quelque chose clochait : il courait anormalement vite, et ce malgré la lourde charge qu'il portait maintenant avec lui. Ma valise contenait tous mes vêtements, mon ordinateur, et quelques objets de toilette. Mine de rien, cela pesait quand même son poids.

Mais l'homme filait quand même à toute allure, ma valise dans les mains. Il semblait comme possédé. Il serrait mon bagage comme s'il s'agissait de son bien le plus précieux. Je n’étais pas mauvais à la course, j'avais fait un peu de cross étant plus jeune, mais j'étais incapable de le rattraper. J'étais sur le point d'abandonner l'idée de revoir un jour mes affaires quand un autre homme est passé a côté de moi en courant. En apparence, il s'agissait d'un occidental à la carrure sportive, qui poursuivait le voleur à toute allure. Malgré la vitesse folle de celui-ci, il a réussi à le rattraper et à récupérer ma valise. Il est revenu vers moi, mon bagage à la main.

Pour ma part, j'étais en train de cracher mes poumons, alors que je n'avais couru que deux minutes. Lui, au contraire, ne semblait même pas essoufflé.

"Tiens, voici tes affaires. Fais attention, ces temps ci, il y a énormément de vols par ici."

Il m'avait parlé en français, non sans un accent prononcé. Mais comment diable savait-t-il que j'étais français ? Ce n’était pas marqué sur mon front. Le professeur, qui s'était approché, n'a pas tardé à dissiper mes doutes :

"Ah, je vois que tu as rencontré notre envoyé du Vatican. Voici Enzo, il est venu nous apporter la fameuse solution qui nous permettra de ne pas subir les effets des reliques des péchés capitaux.
- Bonjour professeur. Heureux de vous rencontrer. Bien, le chauffeur nous attend, nous parlerons en cours de route. Suivez-moi, et faites attention à vos affaires !" a-t-il dit en me regardant, non sans un léger sourire."

Ainsi, nous nous nous sommes rendus sur le parking de l'aéroport, ou nous attendait une vieille voiture, ainsi que son chauffeur, que l'on devinait facilement être un autochtone. Il fumait une cigarette en nous attendant, et, au vu des mégots qui jonchaient le sol, ce n’était pas la première. Enzo a alors demandé au chauffeur, en anglais, de nous déposer le plus près possible de l'endroit où  se trouvait la pierre.Une fois tous assis dans le véhicule et nos ceintures bouclées, il a commencé à nous expliquer la situation.

"Je me suis renseigné auprès des habitants de Kaboul, et ce qui se passe ici est assez incroyable. Depuis que la pierre a été trouvée, la criminalité du pays a augmenté en flèche. Surtout au niveau des vols ! Et ce n'est pas que des objets de valeurs qui sont volés. L'autre jour, un homme a été tué pour son briquet ! Le monde devient fou...
- L’Afghanistan a toujours été un pays dangereux. Le peuple doit être oppressé par ces guerres constantes... Ça ne m'étonne pas qu'il y ai des vols... a répondu le professeur.
- Certes, a rétorqué Enzo. Mais, comme l'a aussi vu notre jeune ami ici présent, lorsque les voleurs accomplissent leur larcins, ils semblent être possédés par quelque chose. Il n'ont d'yeux que pour leur butin. Quand j'ai récupéré la valise, le voleur la serait si fort que j'ai du le frapper pour qu'il lâche prise. Les voleurs agissent comme Gollum avec l'anneau unique, si vous me permettez cette référence.
- C'est peut être la pierre qui cause tout ce tumulte. Cela ressemble beaucoup au péché de l'Envie...  Après tout, nous sommes là pour vérifier si tel est le cas. A ce propos, pouvez vous-nous montrer ce que le Vatican nous envoie pour contrer les effets des péchés capitaux ?
- Ah, oui, vous allez voir, c'est assez difficile à croire."

Enzo a alors sorti une valise de sous la banquette. Il l'a ouverte, laissant apparaître 4 anneaux en bois, sculptés de façon assez sommaire. Il en a donné un à chacun, puis nous a révélé leur nature :

"Alors, accrochez-vous bien. Ces anneaux on été sculptés avec des bouts de bois provenant de l'Arche d'alliance !"

Les yeux du père Jean se sont écarquillés. Lui qui n'avait pas prononcé un mot depuis notre arrivée s'était vu offrir une vigueur renouvelée.

"Vous avez l'Arche d'Alliance ! Santo Deus... Cela veux dire que vous avez également...
- Non, l'a coupé Enzo. Malheureusement, nous ne possédons que l'Arche. Nous n'avons pas trouvé les tablettes des 10 commandements dedans. Cela dit, elle s'est tout de même révélée très utile. Voyez-vous, elle a contenu la parole de Dieu, par conséquent, il n'y a pas d'endroit plus saint que son intérieur. Nous en avons donc déduit qu'elle pouvait contenir le pouvoir maléfique des 7 reliques. Le bol que vous avez vu au Tibet est déjà à l’intérieur, et, pour l'instant, il n'y a encore personne qui a vu sa faim grandir a proximité de l'arche.
- Mais, attendez, si cela marche vraiment, pourquoi n'avez-vous pas envoyé directement l'Arche ici pour récupérer cette pierre, source de tant de maux ? ai-je je demandé.
- C'est une bonne question, a répondu Enzo. Mais tu crois bien qu'une chose aussi sacrée, on ne la transporte pas de droite à gauche comme ça aussi facilement. Il faut vraiment que l'apparition d'une relique liée aux péchés capitaux soit confirmée. Et c'est pour cette raison que vous êtes ici. Si cette pierre est effectivement une relique des péchés, le Vatican viendra la récupérer aussitôt.
- Et ces anneaux portent en eux une partie du pouvoir de l'arche, c'est bien ça ? s'est enquit le professeur.
- Tout a fait, a répondu Enzo. Ils ne vous immunisent pas indéfiniment contre le pouvoir des reliques, mais ça devrait être assez pour que vous puissiez mener à bien votre mission.
- Mais comment se fait-il que personne ne soit au courant ? C'est un sacré secret ! D'ailleurs, vous nous le révélez comme ça... Qui vous dit qu'on ne vas pas vendre la mèche ? ai-je demandé, étonné par cet excès de confiance.
- Le Vatican a de nombreux secrets. Vous seriez surpris. Je vous ai parlé de l'Arche car de toute façon, au vu de votre mission, vous serez amenés à la voir tôt ou tard. Par rapport au fait de « vendre la mèche » , vous ne seriez pas les premiers à prétendre que l'Arche d'Alliance existe. D'autres ont essayé d'en parler, et personne ne les a jamais cru. Je ne vois pas comment vous pourrez prouver vos dire. Et pour ce qui est du chauffeur, il ne comprend pas un seul mot de français, j'ai déjà fait appel à lui par le passé."

Nous avions tous enfilé nos anneaux, pendant qu'Enzo demandait au chauffeur de s’arrêter dans la prochaine rue.

"Je n'ai pas eu le temps de vous remercier, Enzo, pour avoir récupéré ma valise. Vous avez une vitesse et une endurance bien supérieure à la mienne, je dois l'avouer.
- Ce n'est rien, ne t'en fais pas pour ça. Et puis, j'essaie de garder la forme et d'entretenir mon corps du mieux que je peux. Je ne peux t'encourager qu'à faire de même, une ou deux heures de cardio par jour, ce n'est pas la mer à boire !", a-il répondu, sarcastique, alors que notre voiture s'arrêtait sur le bas côté.

Alors que nous nous préparions à sortir de la voiture, un groupe de personne s'était approché de nous. Ils avaient le même regard vide que le voleur de l'aéroport. J'avais un très mauvais pressentiment sur ce qui allait se passer si nous restions là, et je n’étais visiblement pas le seul car Enzo nous à ordonné de remonter dans la voiture à toute vitesse, avant de demander au chauffeur de redémarrer le plus vite possible.

Notre intuition était la bonne, car ce groupe d'individus s’est violemment jeté sur la voiture, essayant de briser les vitres pour nous atteindre. Pire, certains ont même tenté d'arracher les rétroviseurs pour les emporter avec eux. Le chauffeur n'a réussi à les semer qu'au bout de quelques minutes, car non seulement ils couraient très vite, mais la voiture n’étais pas toute jeune et avait eu du mal à les distancer.

Finalement, nous sommes arrivés devant ce qui semblait être un musée de Minéralogie et de Géologie. Enzo a demandé au chauffeur de rester dans la voiture, avant de nous dire que nous étions arrivé à destination. La pierre était sans doute là.

Nous sommes entrés, nous attendant à découvrir l'intérieur classique d'un musée de ce genre... jusqu'à voir le sol jonché de cadavres qui s'offrait à nous. Ils étaient tous nus, probablement dépouillés de tous leur biens, et, visiblement, ils avaient été battus à mort. Il n'y avait plus ni pierres ni cristaux dans le musée, qui avait été complètement pillé. Enfin, il restait quand même quelque chose, une pierre, qui trônait au milieu de la salle.

Je me suis légèrement approché, et ai constaté qu'elle était effectivement couverte de symboles méconnus. Je n'en avais jamais encore vu de tels. Le professeur et moi nous sommes tournés vers notre expert, guettant sa réaction, se demandant s'il avait remarqué quelque chose. Et, au vu de son expression, c’était le cas.

"C'est... C'est la marque de Caïn ! Cela veux dire que cette pierre est... Meu Deus. Je suis stupide, nous sommes en Terre de Nod, j'aurais du l'avoir deviné depuis longtemps !
- Caïn ? Terre de Nod ? Pouvez vous être un peu plus explicite, mon père ? a demandé le professeur.
- Tout s'explique. Vous aviez raison, professeur. Cette pierre... elle représente le péché de L'envie... Elle représente... La jalousie originelle ! Vous voyez, Adam et Eve ont eu plusieurs enfants, dont l’aîné était Caïn. Il cultivait la terre, alors que son frère, Abel, était le gardien d'un troupeau de moutons. Lorsqu'ils eurent à faire une offrande à Dieu, chacun offrit ce qu'il avait de meilleur. Mais Dieu préféra l’offrande d'Abel. Caïn, fou de jalousie, tua son frère à l'aide d'une pierre. Celle-là même que vous voyez ici. C'est le premier meurtre, et la première fois qu'un être humain éprouva de la jalousie envers un autre... L'envie originelle.
- Mais comment pouvez vous savoir qu'il s'agit la de la pierre qu'a utilisé Caïn pour tuer son frère ? avais je demandé.
- Et bien, après qu'il ait assassiné son frère, Caïn fut banni par Dieu, et il rejoint la Terre de Nod... qui se situe ici même, en Afghanistan. Pour qu'il se rappelle pour toujours de son méfait, Dieu marqua Caïn d'un symbole. Et aussi l'arme du crime, comme nous pouvons le constater. "

Le prêtre s’était éloigné de la pierre.

"J'en ai vu plus qu'assez. Il faut mettre cette relique à l'abri, avant qu'elle ne fasse davantage de dégâts
- Je pense que c'est trop tard, a répondu Enzo, d'une voix apeurée."

Pendant que le prêtre nous parlait, une petite troupe s'était formée autour de nous. Nous étions encerclés par ces êtres fous de jalousie, et nous allions sûrement finir comme ces corps inertes qui jonchaient le sol. Ces mêmes corps qui m'avaient donnée une idée, idée qui allait peut-être permettre de survivre à cette situation critique.

"Que tout le monde se mette nu !" ai-je crié.

Ils m'ont alors tous regardé comme si j'avais perdu la tête.

"Faites-moi confiance. Si nous n'avons sur nous rien à voler, peut-être qu'ils nous laisseront tranquilles. Ça vaut le coup d'essayer !".

C'était peut être une idée farfelue, mais c’était la seule chance que nous avions. Nous nous sommes tous déshabillés et avons jeté nos affaires sur le sol. Le groupe qui nous encerclait s'est empressé de se jeter dessus, avant de disparaître aussi vite qu'ils étaient venus.

Ça avait marché. Nous avions perdu notre dignité, mais, au moins, nous étions vivants.

Alors que nous nous dirigions vers la sortie, le chauffeur était apparu devant nous. Il avait les yeux vides, comme les autres. Il avait fini lui aussi par succomber à la folie.
Enzo nous a regardé, ne sachant trop que faire, puis a haussé les épaules et nous a fait signe de le suivre :

"Nous sommes nus comme des vers. Il n'y a rien qu'il puisse nous voler, il ne nous fera pas de mal. Allons-nous en, que je puisse informer le Vatican de nos découvertes."

Il avait tort. Il avait encore quelque chose qui pouvait intéresser le chauffeur. Ce même chauffeur qui n'avait pas arrêter de fumer depuis l'aéroport. Et, au vu de sa toux persistante, il devait fumer comme ça depuis des années. Ses poumons devaient être dans un sale état... Tout le contraire de l'athlétique Enzo, qui fait 2 heures de cardio par jour.
Ses poumons devaient être en très bon état... Et, comme il en avait parlé dans la voiture, le chauffeur le savait. Et il ne voulait plus qu'une chose : se les approprier.
Avant que nous ne puissions bouger, le chauffeur avait déjà planté un couteau dans le ventre d'Enzo, qui ne semblait pas comprendre ce qui lui arrivait. il lui a alors ouvert le ventre, avant de plonger ses mains dedans, et de chercher à l’intérieur.

Nous étions tétanisés devant un tel spectacle. Le chauffeur a finalement trouvé ce qu'il cherchait. D'un coup sec, il extirpa un poumon, puis l'autre, du ventre d'Enzo, qui était toujours vivant. Ses boyaux étaient tombés sur sol. Il nous a alors jeté un dernier regard, avant de s'écrouler par terre, dans une mare de sang.

Le chauffeur tenait les poumons d'Enzo dans ses mains, et les levait au ciel. Il avait l'air d'être l'homme le plus heureux de la terre. Puis, il les a serré dans ses bras, comme si c'était un poupon.
Il fallait que nous en profitions pour partir, mais il était devant la sortie, et il avait un couteau. C’était très risqué de passer a coté de lui comme ça. Il fallait que quelqu'un fasse quelque chose.
Le professeur était horrifié par ce spectacle, et ne semblait pas apte à débloquer la situation. Le père Jean était trop occupé à faire des signes de croix en marmonnant des prières en portugais. Il ne restait plus que moi. Il fallait que je trouve quelque chose pour mettre le chauffeur hors d'état de nuire. Et j'avais ce qu'il fallait à proximité.

Je me suis saisi de la pierre, avant de m'approcher du chauffeur par derrière, et, pendant qu'il était toujours occupé à se frotter contre les poumons ensanglantés d'Enzo, j'ai mobilisé mes ressources avant de lui porter un coup sur le crâne.
Sans avoir eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait, il s'est écroulé. Je n'avait pas mis toute ma force dans le coup, mais un peu de sang s'écoulait de sa blessure. J'ai jeté la pierre au sol et nous sommes tous parti vers la voiture.
Je ne l'avais pas réalisé jusqu'à lors, mais c'était la deuxième fois que cette pierre était utilisée en tant qu'arme. Cette pierre, qui était autrefois recouverte du sang d'Abel, était maintenant teintée du sang d'un chauffeur afghan. Alors que je devait peut-être craindre un châtiment semblable à celui de Caïn, je ne ressentais toujours rien.
Nous avons ensuite roulé jusqu'à Kaboul. Là-bas, nous nous sommes habillés avec les vêtements qui étaient dans nos valise, et le professeur a pu joindre le Vatican pour leur faire un rapport, non sans oublier le destin funeste qu'avait rencontré Enzo.

Le lendemain, la délégation du Vatican était sur place. Nous les avons guidés vers l'endroit où se trouvait la pierre, mais aussi le cadavre mutilé du pauvre Enzo. Ils ont prit soin de récupérer son corps pour le rapatrier en Italie, où il aurait droit a des funérailles décentes.

Nous avons également pu assister au moment où la pierre a été entreposée dans l'Arche d'Alliance. L'Arche n'était pas du tout comme je l'imaginais. J'avais en tête l'image de L'arche qui apparaissait dans le film, "Indiana Jones et les aventuriers de l'Arche perdue", mais ce que j'avais en face de moi a eu tôt fait d’éclipser cette image idyllique. Ce n'était qu'une vulgaire caisse en bois. Les agents du Vatican m'avaient alors expliqué qu'elle était à la base recouverte d'or, mais que celui-ci avait été pillé, ne laissant que l'armature de bois. Malgré les années, celle-ci n'avait pas pris  une ride. Un vrai miracle, mais, après tout, c'était une relique, touchée par le divin.

La délégation était ensuite repartie avec l'Arche, contenant maintenant le bol de la gourmandise et la pierre de l'envie. Quelques jours après, le pays était revenu à son état habituel.  Les émeutes et les agressions étaient toujours d'actualité, mais bien moins présentes et violentes.

Après cela, nous avons repris l'avion pour Paris, pour retrouver tout le confort de l'appartement miteux ou nous avions déjà séjourné précédemment. C'était la deuxième fois en un mois que je voyais quelqu'un mourir sous mes yeux, et pourtant, comme au Tibet, je ne ressentais rien. Le professeur et le prêtre étaient, quant a eux, bouleversés. Mais notre mission passait avant nos ressentiments, et il fallait continuer.
Il fallait maintenant attendre que le Vatican nous envoie sur la piste d'un autre péché.

En attendant, j'étais reparti pour passer mes journées devant la télé, espérant qu'il y ai moins de cadavres lors de notre prochaine aventure.

Texte de Kamus

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Note de l'auteur : On nous demande souvent pourquoi on met autant de temps pour sortir les chapitres de cette saga, la réponse est toute simple : Lorsque qu'un chapitre est publié, le suivant n'est pas encore écrit. Je prends mon temps et j'écrit suivant l'inspiration qui me vient, tout en voulant écrire quelque chose qui me plait avant tout. J’espère cependant que l'histoire vous plaît à vous aussi, et vous donne rendez vous très vite pour le chapitre suivant. 
Kamus

Spotlight : L'ange pleureur

« Bonjour, Monsieur Tenant. Vous êtes ponctuel ! Entrez, je vous prie. 
– Merci, Monsieur. 
– S'il-vous-plaît, pas de ça avec moi. Je suis peut-être votre psychiatre, mais appelez-moi Jean. 
– Comme vous voudrez, Jean. 
– Voilà qui est mieux. Maintenant, s'il-vous-plaît, allongez-vous sur ce canapé. Cela vous gêne-t-il si je prends des notes de votre récit ? 
– Absolument pas, Jean. 
– Bien. Installez-vous confortablement. Je ne veux pas que vous soyez intimidé. Vous ne passerez pas pour un menteur, et encore moins pour un fou. Je suis là pour vous aider. Prenez votre temps, et lorsque vous serez prêt, racontez-moi ce qui vous a amené ici. 
– Hum, alors... euh. Je ne sais pas par où commencer. 
– Prenez votre temps. Je ne suis pas là pour vous juger. Ne vous inquiétez pas. Je ne vous interromprai pas. Nous avons tout le temps qu'il nous faut. Qu'il vous faut. 
– Donc, ça s'est passé il y a quelques semaines... Je suis photographe amateur. J'aime prendre en photo tout ce qui représente la beauté, la mélancolie, la tristesse. Ce genre de choses. J'avais entendu parler d'une maison abandonnée, au 9 Avenue des Roses. Alors... 
– Pardonnez-moi, Alphonse... Mais je connais cette maison, et elle a été terminée l'année dernière. Comment pourrait-elle être abandonnée ? 
– J'y viendrai, si cela ne vous dérange pas. 
– Pas le moins du monde. Continuez je vous prie. 
– Donc... Ah, oui. J'ai alors décidé d'aller la voir. J'ai enquêté un peu sur cette maison, et j'ai découvert qu'une famille habitait là. Il aurait perdu la tête et tué sa femme et son enfant avant de se tuer. Personne ne sait pourquoi. La police a juste découvert du sang partout sur les murs, et le cadavre du père. Ceux de sa femme et de son enfant n'ont jamais été retrouvés.


« Donc j'ai décidé d'aller là-bas. La maison était sublime. Et son aspect abandonné lui donnait une touche de tristesse que je recherchais. Bien sûr, la maison était fermée. Mais j'ai grimpé par-dessus la clôture et je suis allé dans le jardin. Des fleurs et des herbes hautes avaient poussé un peu partout. J'ai pris quelques photos avant de remarquer quelque chose d'intéressant. Une magnifique statue d'un ange se tenait au fond de la cour. L'ange avait la tête dans les mains, comme s'il pleurait le triste passé de cette maison. Je n'ai pas pu m'empêcher de prendre plusieurs photos. 


« Alors que je partais, je me suis retourné une dernière fois vers la maison. Et là, derrière une vitre, j'ai vu une inscription inscrite sur un mur. J'ai donc une nouvelle fois escaladé la clôture et je suis retourné dans le jardin. L'inscription était marquée en lettres rouges sur le papier peint défraîchi. J'ai mis quelques secondes avant de parvenir à déchiffrer ce qui y était écrit. « L'ange ». Je me suis retourné vers la statue. Elle n'avait rien d'anormal. J'ai regardé une nouvelle fois à travers la fenêtre. Il n'y avait pas d'autre inscription. Seul « L'ange » était marqué. Je me suis alors dit que c'était le père de la famille qui habitait ici qui l'avait marqué. Mais pourquoi ? Que venait faire la statue d'un ange dans une histoire de meurtre ? J'ai alors senti une goutte tomber sur ma joue. Il commençait à pleuvoir. J'ai donc couru jusqu'à ma voiture et je suis rentré chez moi.


« Arrivé chez moi, j'ai développé les photos. Et j'ai remarqué quelque chose d'anormal. Il y avait quatre photos qui représentaient la clôture en fer rouillé, ainsi qu'un peu d'herbe en bas. J'ai mis quelques instants à me rappeler que c'étaient les photos de l'ange. Pourquoi n'apparaissait-il pas ? Lorsque je suis allé me coucher, la maison de l'Avenue des Roses me trottait dans la tête. Je me posais des questions sur l'ange et sur l'histoire de cette maison. Cela avait tellement piqué ma curiosité que j'ai décidé d'y retourner le lendemain.


« Le lendemain, donc, je suis retourné à cette maison, en apportant une lampe torche et un appareil photo numérique. Euh, excusez-moi. C'est un appareil photo muni d'un petit écran qui affiche les photos qu'on a pris. En fait il n'y a pas de pellicule, mais une carte mémoire... Bref. Je me suis garé devant la maison. La première chose que j'ai remarquée était que les grilles n'étaient plus fermées. C'était sûrement quelqu'un qui les avait ouvertes, mais pourtant j'avais la désagréable impression qu'on... que « quelque chose » m'invitait à entrer. J'ai sorti l'appareil photo de ma sacoche. J'ai pénétré à l'intérieur de la cour. Je me demandais si la porte d'entrée était déverrouillée, mais ma curiosité était plus forte et je suis allé vérifier la statue de l'ange. Je sais que ça a l'air fou, s'il vous plaît, ne vous moquez pas de moi...


– Je n'en avait pas l'intention, Alphonse. Continuez.
– Alors je suis allé voir la statue... Et je me suis rendu compte qu'elle avait bougé d'au moins deux mètres. En tout cas, elle était plus à gauche que l'endroit où elle était la veille. Elle se couvrait toujours les yeux. J'ai pris une photo d'elle. J'ai regardé l'écran de l'appareil photo, il n'y avait pas l'ange, juste le jardin. Du coin de l’œil, j'ai cru que la statue avait changé. Je l'ai regardée, mais en réalité, elle était toujours dans la même position. J'étais sûrement parano...


« En tout cas, je suis revenu sur mes pas, et j'ai poussé la porte d'entrée. Elle s'est ouverte, mais ça ne me surprenait pas vraiment. L'intérieur de la maison était poussiéreux et décrépit. Et il faisait sombre aussi. J'ai allumé ma lampe torche. Je ne me rappelle plus très bien de l'intérieur, mais c'était vraiment glauque. Il y avait des traces rouge sombre partout dans le salon. Quand je pense qu'une famille a vécu ici... Ça me fait encore frissonner.. Après quelques minutes à fouiller un peu partout, j'ai marché sur un petit journal. Je l'ai emporté avec moi, si vous voulez.
– Bien sûr, allez-y.
– Hum... Voilà, c'est là. Donc j'ai ouvert le journal, je l'ai feuilleté jusqu'à trouver un mot qui m'a interpellé.
– Quel était ce mot ?
– Ange. Encore une fois. Permettez-moi de vous lire ce passage :


« Aujourd'hui, j'ai trouvé mon fils en train de jouer devant la fenêtre qui donne sur le jardin. Il se couvrait les yeux, attendait, puis regardait par la fenêtre. Quand je lui ai demandé ce qu'il faisait, il m'a répondu qu'il jouait avec la statue de l'ange qui pleure. J'ai regardé par la fenêtre : la statue de l'ange était bien là, dans le jardin, toujours au même endroit. Elle n'avait pas bougé. Elle était déjà là lorsqu'on avait acheté la maison. Je me demandais comment mon fils pouvait bien jouer avec ça.
Et c'est alors que ça c'est produit.
Enfin, je ne sais pas exactement ce qui s'est passé. J'ai à peine cligné des yeux pendant que mon fils se couvrait une nouvelle fois le visage. Mais dès que j'ai rouvert les yeux, l'ange me regardait. Il avait levé la tête ! La statue a bougé ! C'est impossible !
Mais pourtant ça s'est passé... J'ai encore cligné des yeux, et elle s'est remis le visage dans les mains. »


« À cet instant, je me suis arrêté de lire et je suis allé voir la statue par la fenêtre. Et là... Vous n'imaginez pas à quel point j'ai eu peur. La statue avait levé la tête et me regardait. J'ai reculé, j'ai failli trébucher, et j'ai tourné le dos à la fenêtre pour me précipiter dans la chambre. Je m'y suis enfermé du mieux que j'ai pu. J'ai attendu quelques minutes pour me calmer, puis j'ai continué ma lecture. Alors, où c'était... Ah, oui, voilà :


« Ma femme et mon fils étaient dans le jardin. Elle lisait et il jouait au ballon, dos à la statue. Je les regardais à travers la fenêtre, j'étais heureux de les voir si joyeux... Et j'ai cligné des yeux.
Ils avaient disparu. La balle rebondissait vers la clôture, et le livre que Sylvie lisait était tombé sur le banc. C'était comme si... Ils n'avaient jamais existé. Et alors, avec stupeur, j'ai remarqué que l'ange me regardait. Ce qui m'a terrifié par-dessus tout était le fait qu'il souriait.
J'ai couru me réfugier dans ma chambre et je n'en suis pas sorti de la journée.


« J'essaie de dormir. Mais je vois son visage. Partout. Dans ma tête, à travers la fenêtre... À travers toutes les fenêtres. Je suis allé dans la chambre d'invités, à l'étage. Là encore, l'ange m'observait à travers la fenêtre. Tout lâche que j'étais – et que je suis encore – je me suis réfugié une nouvelle fois sous les couvertures. Je suis sûr que l'ange n'est pas seul. Il doit y en avoir d'autres. Alors, vous qui lisez ceci, retenez bien : Les Anges Pleureurs sont partout. Évitez la moindre statue. Je ne sais pas ce qu'ils veulent, ni ce qu'ils ont fait à ma femme et mon fils, et encore moins pourquoi ils le font... Mais je m'en moque. Je veux revoir Sylvie... Et mon petit Valentin...»


« Le journal s'arrête ici. Je pense qu'il s'est suicidé ensuite. Il voulait échapper à l'Ange Pleureur, puisque c'est ainsi qu'il le nomme. Pour l'écriture rouge sombre sur le mur, je crois que c'était de la peinture. J'en ai retrouvé un pot dans le salon, et en visitant la maison, je me suis rendu compte qu'ils étaient en train de repeindre la chambre de l'enfant.


« Mon cœur s'est remis à battre à cent à l'heure après cette lecture. J'ai levé les yeux vers la fenêtre de la chambre. Les volets étaient fermés, mais pas complètement. Plutôt entrouverts, vous voyez? Et l'ange se tenait là, il me regardait à travers la fenêtre.


« J'ai paniqué. J'ai ouvert la porte à coup d'épaule et j'ai tenté de sortir. Mais la porte s'était fermée ! Vous ne comprenez pas, et je dois vous avouer que moi non plus. J'étais enfermé dans la maison. J'ai couru à l'étage pour me réfugier dans la chambre de l'enfant. J'ai entendu la porte d'entrée claquer, comme si quelqu'un était rentré puis avait refermé la porte. Même paniqué, la curiosité dominait. Je suis allé sur le pallier. J'ai failli tomber à la renverse : la statue de l'Ange Pleureur était juste devant la porte, il tendait les bras comme s'il voulait m’attraper.


« Et c'est là que j'ai fait une erreur. Je me suis retourné pour fermer la porte. Mais je n'en ai pas eu le temps. Je suis tombé sur le sol. J'ai senti une brise sur ma joue : j'étais à l'extérieur. J'ai ouvert les yeux et je me suis relevé. L'ange avait disparu, et la maison aussi. En fait, j'étais toujours au même endroit. Mais je me suis rendu compte que... ça me semble tellement absurde à dire.. Je me suis rendu compte que l'Ange m'avait envoyé dans le passé. Ça fait un an, désormais, monsieur... Euh, pardon, Jean. Ça fait un an. Il y a un an, j'étais en 2013, et désormais je suis en 1960.


– Vous pensez donc venir du futur, Alphonse ?
– Non ! Non, je viens du futur ! J'ai gardé l'appareil photo dans ma sacoche, si vous voulez voir. Le tout premier appareil photo numérique apparaîtra dans quinze ans !
– Soit. Mais et cet ange ? Qu'est-il devenu ?
– Je ne sais pas, Jean. Je frissonne rien qu'à l'idée de savoir que cette maison est en train d'être construite, et que l'ange doit sûrement déjà y être... Et que lorsque je serais vieux, en 2013, au même moment, je serai aussi dans cette maison en train d'être pris au piège par l'ange. Le propriétaire du carnet a raison, Jean. Les Anges sont partout.
– Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
– Le buste de votre bureau, derrière vous, n'a pas arrêté de changer d'expression depuis que j'ai commencé à parler. »

Texte de Cekuriel

L'auteur, à l'époque où ce texte est sorti, a abondamment souligné le fait qu'il ne s'agissait pas d'un plagiat. Il n'y a de toute manière pas de copyright sur les Anges Pleureurs, mais si cela rentre effectivement dans la catégorie des pastiches, à titre personnel, je pense qu'il reste recommandable pour les personnes comptant s'essayer à ce genre d'exercice dans le futur de s'éloigner un peu plus de l’œuvre originale, sans quoi c'est un peu limite...

Mon groupe de soutien préféré

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été un crevard de la pire espèce. Vous voyez, dans un groupe de personnes, il y a toujours un idiot qui  ne comprend rien à rien. Et bien moi, je suis celui qui va trouver cet idiot, et le rabaisser ouvertement. Et pour ça, je suis un bel enfoiré, doublé d'un paresseux de haut niveau. Bref, la combinaison de trop.

Mais récemment, j'ai rejoint un groupe de soutien. Rien d'extraordinaire, il était tout ce qu'il y a de plus banal. Nous nous sommes rencontrés en ligne, et avons très vite convenu d'un endroit calme pour notre première réunion. Une fois tout le monde sur place, nous nous sommes assis en tailleur, formant un cercle. Un vrai truc de hippies.  L'un d'entre nous s'était déjà levé et avait pris les devants en versant une tasse de thé à chacun, avant de prendre la parole.

« Bonsoir, je m'appelle Jérôme. Vous pouvez boire votre thé, mais uniquement après avoir révélé aux autres la raison qui vous a poussé à être avec nous ce soir. Si vous le permettez, je vais ouvrir le bal. »
Jérôme nous a alors raconté que personne ne l'avait jamais aimé. Je pouvais facilement deviner pourquoi, ce mec était moche comme pas deux. Après avoir terminé, et pris une gorgée de thé, il a passé la parole à la petite brunette située sur sa gauche.

« Miyu, a-t-elle dit tout simplement, avant de compléter : mes parents. »

Court et précis, pas de fioritures. Je l'aimais bien, cette Miyu. Ce n’était sûrement pas l'idiote du groupe. Avant d'arriver jusqu'à moi, la parole est passée par un vétéran de guerre amputé des deux jambes, un homme d'affaire ruiné, un drogué, et une vieille femme malade. Puis, enfin,  mon tour est venu. Sobrement mais fermement, j'ai expliqué la raison de ma venue.

« Je suis un enfoiré. Tout le monde me déteste. »

Dès que j'ai eu fini, je me suis empressé de prendre une gorgée de thé Oolong pendant que le petit gros avec un œil au beurre noir prenait la parole, nous racontant ses déboires d'obèse. Quand il a eu fini à son tour, il a goulûment avalé sa tasse de thé.

À peine quelques secondes plus tard,  Jérôme s’est écroulé, comme foudroyé, suivi de Miyu. Surpris, le petit gros a lâché un couinement.

« Qu'est ce qui se passe ? » a-t-il geint, alors qu'autour de nous, ils tombaient tous un par un comme des mouches.

Parfait, j'avais trouvé l'idiot.

« Eh bien, tu savais à quoi t'attendre en rejoignant un groupe de soutien pour suicidaires, non ? ai-je répondu, crachant par la même occasion le thé qui macérait dans ma bouche depuis maintenant quelques minutes. Ils soutiennent les suicidaires. Personne n'a envie de mourir seul, gamin. »

À ce moment précis, il était devenu blanc comme un linge, ses yeux écarquillés dirigés au fond de sa tasse. Sans doute mon instant préféré.

Ces réunions de suicidaires sont vraiment un endroit de choix pour un sadique, et, cerise sur le gâteau, je n'ai jamais eu à lever le petit doigt.

Je vous avait bien dit que j’étais un bel enfoiré, doublé d'un paresseux de haut niveau.

Traduction de Kamus, correction de Gordjack

Spotlight : Il vit en toi

Il fait très noir. Mais il y a une lumière. Elle est trop vive, elle m’aveugle. Elle vient vers moi à toute vitesse. Alors qu’elle m’atteint, elle disparaît. Maintenant j’ai mal. Partout. La douleur est insupportable. Et puis d’un coup tout s’arrête.


Je me réveille, je suis dans mon lit. Je tourne la tête et regarde le réveil. Bon sang, il est presque midi ! Pourquoi Diana ne m’a-t-elle pas réveillé ? Et puis pourquoi fait-il si noir ? Elle sait pourtant que je déteste dormir avec les volets fermés ! J’aime être réveillé par la lumière du soleil. Je me lève et je cherche la porte à tâtons. Qu’est-ce qu’elle est loin, cette porte ! Je me sens vraiment pataud… Et je ne me rappelle pas de ce que j’ai fait hier soir… Il faut vraiment que j’arrête de boire autant en soirée…


Je trouve enfin la porte et l’ouvre. Je mets quelques secondes à m’habituer à la lumière. Je traine des pieds jusqu’à la cuisine. Je tourne à droite… Tiens c’est la salle de bain ? Je ne suis vraiment pas réveillé ce matin… Je reviens sur mes pas. Il y a quelque chose qui cloche. Les pièces ne sont pas à leur place. Je finis par comprendre que je ne suis pas chez moi. J’ai dû rester dormir chez le pote qui a fait la soirée hier. Mais cette maison ne ressemble à aucune de celles de mes amis. Un chien arrive d’une pièce à gauche et vient me faire la fête. Je le fais dégager d’un coup de pied. J’ai horreur des chiens, j’y suis allergique. En déambulant dans la maison, je finis par trouver le salon. Une femme aux boucles blondes est en train de prendre un café sur le canapé. En me voyant, elle sourit, se lève et vient m’embrasser. Merde, mais c’est quoi ce bordel ? Je n'ai quand même pas trompé Diana sous l’effet de l’alcool ?


« Tu as bien dormi, Ben ? »


Ben ? Je ne sais pas qui est Ben, mais elle doit me confondre avec quelqu’un d’autre. C’est bien ce que je craignais, on a dû faire quelque chose, elle et moi…


« Euh, désolé, moi c’est Lucas. On est chez qui là ? »


La femme fronce les sourcils et me dévisage. Il va falloir qu’on ait une petite discussion tous les deux… Histoire de mettre les choses au clair. Diana va me tuer… Je cherche autour de moi les indices d’une soirée. Des cendriers plein, des bouteilles d’alcool, des confettis… Mais rien, la maison est parfaitement en ordre. On dirait plutôt une de ces maisons clichés de la parfaite petite famille. Même le chien est là.


« Lucas… ? »


Je me tourne vers la femme. Elle a l’air désorientée. Et je peux la comprendre. Je me demande de quoi elle se rappelle.


« Ouais. Excuse-moi, mais je ne me rappelle pas ce qui s’est passé hier soir, tu veux bien me faire un résumé ? »


La femme pose sa tasse et m’observe, l’air inquiet.


« Écoute, Ben, je comprends que tu sois désorienté… Le docteur a dit que ça pouvait arriver, il va te falloir un peu de temps pour te remettre de l’opération… Tu as pris tes médicaments ? »


Mon sang se fige. Une opération ? Mais bordel, qu’est-ce qui se passe ici ? Je me réveille dans une maison qui n’est pas la mienne, je ne me souviens de rien et une femme que je ne connais pas m’appelle Ben et m’apprend qu’on m’a opéré ! Je réfléchis un instant. C’est une blague, oui c’est forcément une blague ! Cette solution s’impose à moi comme une évidence. Cette fois, mes potes sont allés vraiment loin ! Je fais un grand sourire, soulagé.


« Ok, c’est bon les gars, je vous ai crus, j’ai marché. Maintenant où est la caméra ?
De… De quoi est ce que tu parles Ben ?
Bon, ça va, plus la peine de m’appeler comme ça, j’ai compris, mes potes m’ont fait une blague hein ? C’était bien joué, bravo ! »


Maintenant, la femme blonde m’observe d'un air alarmé. Son regard est trop sérieux pour qu’elle joue la comédie. Mon cœur se serre.


« Écoute, Ben… Je ne sais pas à quoi tu joues, mais ce n’est pas drôle. »


Mes jambes se mettent à trembler. Je cherche une explication. Comment faire pour démêler le vrai du faux ? Je me précipite devant un miroir. Je manque de m’évanouir. Ce n’est pas mon reflet. L’homme que je vois dans le miroir est brun, bien bâti, avec une barbe de trois jours. Je cherche la cicatrice que j’ai sur le ventre depuis que je suis tombé à vélo, quand j’avais 5 ans. Mais elle a disparu. Je me mets la tête entre les mains et réfléchit à toute vitesse. Mais qu’est ce qu’il se passe ? La femme s’accroupit près de moi.

« Ben, ça va ? Dis quelque chose ! »




[…]




J’ai eu une discussion avec la femme. D’après elle, je m’appellerais Ben Fournier. Elle, ce serait Laura, ma femme. Cette maison serait la mienne. On aurait une petite fille de 6 ans, mais elle serait à l’école. Pourtant c’est impossible ! Cette vie… Cette maison, et même ce corps, ce ne sont pas les miens, je le sais ! Je me souviens parfaitement de ma vie. Je m’appelle Lucas, j’ai une copine, Diana, mais on n'est pas mariés. Ça fait un moment qu’elle me parle de gosses, mais je ne suis vraiment pas tenté. Et comment j’aurais pu avoir un chien ? Je les évite toujours ! Rien à voir avec cette vie qui est censée être la mienne ! D’après Laura, il y a quelques semaines, je me serais fait opérer. Une greffe de cœur. Le mien était en très mauvais état. J’aurais eu beaucoup de chance d’avoir un donneur aussi rapidement.


Laura ne comprend pas pourquoi je ne me souviens de rien. Elle me montre des photos pour essayer de me faire retrouver mes souvenirs, mais je reste persuadé que ce ne sont pas les miens. Je ne sais pas ce qui s’est passé, je ne trouve pas d’explication logique. Laura finit par téléphoner à l’hôpital, et le docteur en charge de mon dossier médical accepte de nous recevoir. Je n’ai pas envie d’avaler quoi que ce soit, nous allons directement à l’hôpital.


« Je vais conduire…
Non je vais le faire, ça m’évitera de réfléchir. »


Laura cède, non sans inquiétude, je le vois bien. Elle pense sans doute que je suis trop perturbé pour conduire. Peut-être même qu’elle croit que je suis fou. Même moi, je ne comprends plus rien. On arrive à l’hôpital. Une fois dans le bureau du docteur, nous lui expliquons la situation. Celui-ci nous observe par-dessus ses lunettes, les sourcils froncés. Il nous écoute sans nous interrompre.


« Docteur, est-ce que… » Laura me jette un coup d’œil. « Est-ce qu’un patient peut avoir des pertes de mémoire après une intervention chirurgicale ?


Écoutez, je n’ai jamais entendu parler d’un cas pareil… Une opération n’est pas censée avoir de telles conséquences… Je ne pense pas que ce soit lié. Ce doit être un problème psychologique… Avez-vous… »


Quelqu’un frappe à la porte et une infirmière entre.


« Docteur, excusez moi de vous déranger, mais nous avons un problème, pouvez-vous venir un instant ? »


Le chirurgien se lève.


« Excusez-moi un instant, je reviens tout de suite. »


Laura et moi restons silencieux. Je fixe mon dossier médical, posé sur le bureau. Une idée germe dans mon esprit. Je n’ai pas le droit, mais il faut que j’essaye… Je me tourne vers Laura.


« Écoute, je meurs de faim… ça t’embêterait d’aller me chercher quelque chose à manger au distributeur ?
- Oh, non, bien sûr, qu’est-ce que tu veux ?
- N’importe quoi, une barre de céréale… »


Laura se lève et quitte le bureau. Je ferme la porte et me précipite sur le dossier. Je tourne rapidement les pages, espérant trouver quelque chose. N’importe quoi. Peut être que j’ai une maladie mentale, des hallucinations, et qu’on n’ose pas me le dire. Je dois savoir la vérité ! Dans ma précipitation, une feuille s’échappe du dossier. Je me penche pour la ramasser, et j’ai comme une sorte de flash back. La dernière chose dont je me souviens avant de me réveiller dans cette maison inconnue. J’étais allé chercher ma carte de donneur. Je voulais que s’il m’arrive quelque chose, mes organes puissent être récupérés pour des personnes qui en avaient besoin. En sortant, j’ai traversé. Je me suis rendu compte que j’avais fait tomber mon portefeuille au milieu de la route. J’ai fait demi-tour pour le récupérer. En relevant la tête, j’ai vu les phares d’une voiture. Foncer droit vers moi.


Je relève brusquement la tête et me cogne dans le coin du bureau. Je m’assois, le souffle court. Alors j’aurais été opéré pour ça ? J’aurais eu un accident ? Non, ça ne tient pas la route… Et puis ça n’explique pas pourquoi je ne me souviens pas de ma vie… Je remets la feuille dans le dossier. C’est celle des détails de ma greffe. Puis mes yeux tombent sur un nom. Le mien. Lucas Moreau. Dans la case du donneur.